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Fables de La Fontaine

Chapter 204: LES POISSONS ET LE BERGER QUI JOUE DE LA FLUTE.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

XI

LES POISSONS ET LE BERGER QUI JOUE DE LA FLUTE.

Tircis, qui pour la seule Annette
Faisoit résonner les accords
D’une voix et d’une musette
Capables de toucher les morts,
Chantoit un jour le long des bords
D’une onde arrosant des prairies
Dont Zéphyre habitoit les campagnes fleuries.
Annette, cependant, à la ligne pêchoit,
Mais nul poisson ne s’approchoit:
La bergère perdoit ses peines.
Le berger, qui par ses chansons
Eût attiré des inhumaines,
Crut (et crut mal) attirer des poissons.
Il leur chanta ceci: Citoyens de cette onde,
Laissez votre Naïade en sa grotte profonde,
Venez voir un objet mille fois plus charmant.
Ne craignez point d’entrer aux prisons de la Belle:
Ce n’est qu’à nous qu’elle est cruelle.
Vous serez traités doucement;
On n’en veut point à votre vie:
Un vivier vous attend, plus clair que fin cristal;
Et, quand à quelques-uns l’appât seroit fatal,
Mourir des mains d’Annette est un sort que j’envie.
Ce discours éloquent ne fit pas grand effet;
L’auditoire étoit sourd aussi bien que muet:
Tircis eut beau prêcher. Ses paroles miellées
S’en étant aux vents envolées,
Il tendit un long rets. Voilà les poissons pris;
Voilà les poissons mis aux pieds de la bergère.
O vous, pasteurs d’humains et non pas de brebis,
Rois, qui croyez gagner par raison les esprits
D’une multitude étrangère,
Ce n’est jamais par là que l’on en vient à bout!
Il y faut une autre manière:
Servez-vous de vos rets; la puissance fait tout.