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Fables de La Fontaine

Chapter 211: LES DIEUX VOULANT INSTRUIRE UN FILS DE JUPITER.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

II

LES DIEUX VOULANT INSTRUIRE UN FILS DE JUPITER.

POUR MONSEIGNEUR LE DUC DU MAINE

Jupiter eut un fils, qui, se sentant du lieu
Dont il tiroit son origine,
Avoit l’âme toute divine.
L’enfance n’aime rien: celle du jeune dieu
Faisoit sa principale affaire
Des doux soins d’aimer et de plaire.
En lui l’amour et la raison
Devancèrent le temps, dont les ailes légères
N’amènent que trop tôt, hélas! chaque saison.
Flore aux regards riants, aux charmantes manières,
Toucha d’abord le cœur du jeune Olympien.
Ce que la passion peut inspirer d’adresse,
Sentiments délicats et remplis de tendresse,
Pleurs, soupirs, tout en fut: bref, il n’oublia rien.
Le fils de Jupiter devoit, par sa naissance,
Avoir un autre esprit et d’autres dons des cieux
Que les enfants des autres dieux:
Il sembloit qu’il n’agît que par réminiscence,
Et qu’il eût autrefois fait le métier d’amant,
Tant il le fit parfaitement!
Jupiter cependant voulut le faire instruire.
Il assembla les dieux, et dit: J’ai su conduire,
Seul et sans compagnon, jusqu’ici l’univers;
Mais il est des emplois divers
Qu’aux nouveaux dieux je distribue.
Sur cet enfant chéri j’ai donc jeté la vue:
C’est mon sang; tout est plein déjà de ses autels.
Afin de mériter le rang des immortels,
Il faut qu’il sache tout. Le maître du tonnerre
Eut à peine achevé, que chacun applaudit.
Pour savoir tout, l’enfant n’avoit que trop d’esprit.
Je veux, dit le dieu de la guerre,
Lui montrer moi-même cet art
Par qui maints héros ont eu part
Aux honneurs de l’Olympe, et grossi cet empire.—
Je serai son maître de lyre,
Dit le blond et docte Apollon.
Et moi, reprit Hercule à la peau de lion,
Son maître à surmonter les vices,
A dompter les transports, monstres empoisonneurs,
Comme hydres renaissants sans cesse dans les cœurs:
Ennemi des molles délices,
Il apprendra de moi les sentiers peu battus
Qui mènent aux honneurs sur les pas des vertus.
Quand ce vint au dieu de Cythère,
Il dit qu’il lui montreroit tout.
L’Amour avoit raison. De quoi ne vient à bout
L’esprit joint au désir de plaire?