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Fables de La Fontaine

Chapter 227: LA CHAUVE-SOURIS, LE BUISSON ET LE CANARD.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

VII

LA CHAUVE-SOURIS, LE BUISSON ET LE CANARD.

Le buisson, le canard et la chauve-souris,
Voyant tous trois qu’en leur pays
Ils faisoient petite fortune,
Vont trafiquer au loin, et font bourse commune.
Ils avoient des comptoirs, des facteurs, des agents
Non moins soigneux qu’intelligents,
Des registres exacts de mise et de recette.
Tout alloit bien, quand leur emplette,
En passant par certains endroits
Remplis d’écueils et fort étroits,
Et de trajet très-difficile,
Alla tout emballée au fond des magasins
Qui du Tartare sont voisins.
Notre trio poussa maint regret inutile;
Ou plutôt il n’en poussa point:
Le plus petit marchand est savant sur ce point:
Pour sauver son crédit, il faut cacher sa perte.
Celle que, par malheur, nos gens avoient soufferte
Ne put se réparer: le cas fut découvert.
Les voilà sans crédit, sans argent, sans ressource,
Prêts à porter le bonnet vert.
Aucun ne leur ouvrit sa bourse.
Et le sort principal, et les gros intérêts,
Et les sergents, et les procès,
Et le créancier à la porte
Dès devant la pointe du jour,
N’occupoient le trio qu’à chercher maint détour
Pour contenter cette cohorte.
Le buisson accrochoit les passants à tous coups.
Messieurs, leur disoit-il, de grâce, apprenez-nous
En quel lieu sont les marchandises
Que certains gouffres nous ont prises.
Le plongeon sous les eaux s’en alloit les chercher.
L’oiseau chauve-souris n’osoit plus approcher
Pendant le jour nulle demeure:
Suivi de sergents à toute heure,
En des trous il s’alloit cacher.
Je connois maint detteur, qui n’est ni souris-chauve,
Ni buisson, ni canard, ni dans tel cas tombé,
Mais simple grand seigneur, qui tous les jours se sauve
Par un escalier dérobé.