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Fables de La Fontaine

Chapter 229: LE LOUP ET LE RENARD.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

IX

LE LOUP ET LE RENARD.

D’où vient que personne en la vie
N’est satisfait de son état?
Tel voudroit bien être soldat
A qui le soldat porte envie.
Certain renard voulut, dit-on,
Se faire loup. Eh! qui peut dire
Que pour le métier de mouton
Jamais aucun loup ne soupire?
Ce qui m’étonne est qu’à huit ans
Un prince en fable ait mis la chose,
Pendant que, sous mes cheveux blancs,
Je fabrique à force de temps
Des vers moins sensés que sa prose.
Les traits dans sa fable semés
Ne sont en l’œuvre du poëte
Ni tous ni si bien exprimés:
Sa louange en est plus complète.
De la chanter sur la musette,
C’est mon talent; mais je m’attends
Que mon héros, dans peu de temps,
Me fera prendre la trompette.
Je ne suis pas un grand prophète;
Cependant je lis dans les cieux
Que bientôt ses faits glorieux
Demanderont plusieurs Homères:
Et ce temps-ci n’en produit guères.
Laissant à part tous ces mystères,
Essayons de conter la fable avec succès.
Le renard dit au loup: Notre cher, pour tout mets
J’ai souvent un vieux coq, ou de maigres poulets:
C’est une viande qui me lasse.
Tu fais meilleure chère avec moins de hasard:
J’approche des maisons; tu te tiens à l’écart.
Apprends-moi ton métier, camarade, de grâce,
Rends-moi le premier de ma race
Qui fournisse son croc de quelque mouton gras:
Tu ne me mettras point au nombre des ingrats.—
Je le veux, dit le loup: il m’est mort un mien frère,
Allons prendre sa peau, tu t’en revêtiras.
Il vint; et le loup dit: Voici comme il faut faire,
Si tu veux écarter les mâtins du troupeau.
Le renard, ayant mis la peau,
Répétoit les leçons que lui donnoit son maître.
D’abord il s’y prit mal, puis un peu mieux, puis bien;
Puis enfin il n’y manqua rien.
A peine il fut instruit autant qu’il pouvoit l’être,
Qu’un troupeau s’approcha. Le nouveau loup y court,
Et répand la terreur dans les lieux d’alentour.
Tel, vêtu des armes d’Achille,
Patrocle mit l’alarme au camp et dans la ville:
Mères, brus et vieillards, au temple couroient tous.
L’ost du peuple bêlant crut voir cinquante loups:
Chien, berger et troupeau, tout fuit vers le village,
Et laisse seulement une brebis pour gage.
Le larron s’en saisit. A quelques pas de là
Il entendit chanter un coq du voisinage.
Le disciple aussitôt droit au coq s’en alla,
Jetant bas sa robe de classe,
Oubliant les brebis, les leçons, le régent,
Et courant d’un pas diligent.
Que sert-il qu’on se contrefasse?
Prétendre ainsi changer est une illusion:
L’on reprend sa première trace
A la première occasion.
De votre esprit, que nul autre n’égale,
Prince, ma muse tient tout entier ce projet:
Vous m’avez donné le sujet,
Le dialogue et la morale.