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Fables de La Fontaine

Chapter 245: LA LIGUE DES RATS.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

XXV

LA LIGUE DES RATS.

Une souris craignoit un chat
Qui dès longtemps la guettoit au passage.
Que faire en cet état? Elle, prudente et sage,
Consulte son voisin: c’étoit un maître rat,
Dont la rateuse seigneurie
S’étoit logée en bonne hôtellerie,
Et qui cent fois s’étoit vanté, dit-on,
De ne craindre ni chat, ni chatte,
Ni coup de dent, ni coup de patte.
Dame souris, lui dit ce fanfaron,
Ma foi, quoi que je fasse,
Seul, je ne puis chasser le chat qui vous menace:
Mais assemblons tous les rats d’alentour,
Je lui pourrai jouer d’un mauvais tour.
La souris fait une humble révérence,
Et le rat court en diligence
A l’office, qu’on nomme autrement la dépense,
Où maints rats assemblés
Faisoient, aux frais de l’hôte, une entière bombance.
Il arrive, les sens troublés,
Et tous les poumons essoufflés.
Qu’avez-vous donc? lui dit un de ces rats; parlez.
En deux mots, répond-il, ce qui fait mon voyage,
C’est qu’il faut promptement secourir la souris;
Car Rominagrobis
Fait en tous lieux un étrange carnage.
Ce chat, le plus diable des chats,
S’il manque de souris, voudra manger des rats.
Chacun dit: Il est vrai. Sus! sus! courons aux armes!
Quelques rates[83], dit-on, répandirent des larmes.
N’importe, rien n’arrête un si noble projet:
Chacun se met en équipage;
Chacun met dans son sac un morceau de fromage;
Chacun promet enfin de risquer le paquet.
Ils alloient tous comme à la fête,
L’esprit content, le cœur joyeux.
Cependant le chat, plus fin qu’eux,
Tenoit déjà la souris par la tête.
Ils s’avancèrent à grands pas,
Pour secourir leur bonne amie:
Mais le chat, qui n’en démord pas,
Gronde, et marche au-devant de la troupe ennemie.
A ce bruit, nos très-prudents rats,
Craignant mauvaise destinée,
Font, sans pousser plus loin leur prétendu fracas,
Une retraite fortunée.
Chaque rat rentre dans son trou;
Et si quelqu’un en sort, gare encor le matou.