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Fables de La Fontaine

Chapter 42: LA CHATTE MÉTAMORPHOSÉE EN FEMME.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

XVIII

LA CHATTE MÉTAMORPHOSÉE EN FEMME.

Un homme chérissoit éperdument sa chatte;
Il la trouvoit mignonne, et belle, et délicate,
Qui miauloit d’un ton fort doux:
Il étoit plus fou que les fous.
Cet homme donc, par prières, par larmes,
Par sortiléges et par charmes,
Fait tant qu’il obtient du destin
Que sa chatte, en un beau matin,
Devient femme; et, le matin même,
Maître sot en fait sa moitié.
Le voilà fou d’amour extrême,
De fou qu’il étoit d’amitié.
Jamais la dame la plus belle
Ne charma tant son favori
Que fait cette épouse nouvelle
Son hypocondre de mari.
Il l’amadoue; elle le flatte:
Il n’y trouve plus rien de chatte;
Et, poussant l’erreur jusqu’au bout,
La croit femme en tout et partout;
Lorsque quelques souris qui rongeoient de la natte
Troublèrent le plaisir des nouveaux mariés.
Aussitôt la femme est sur pieds:
Elle manqua son aventure.
Souris de revenir, femme d’être en posture:
Pour cette fois elle accourut à point;
Car, ayant changé de figure,
Les souris ne la craignoient point.
Ce lui fut toujours une amorce:
Tant le naturel a de force!
Il se moque de tout: certain âge accompli,
Le vase est imbibé, l’étoffe a pris son pli.
En vain de son train ordinaire
On le veut désaccoutumer:
Quelque chose qu’on puisse faire,
On ne sauroit le réformer.
Coups de fourche ni d’étrivières
Ne lui font changer de manières;
Et, fussiez-vous embâtonnés[14],
Jamais vous n’en serez les maîtres.
Qu’on lui ferme la porte au nez,
Il reviendra par les fenêtres.