WeRead Powered by ReaderPub
Fables de La Fontaine cover

Fables de La Fontaine

Chapter 51: L’IVROGNE ET SA FEMME.
Open in WeRead

About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

VII

L’IVROGNE ET SA FEMME.

Chacun a son défaut, où toujours il revient:
Honte ni peur n’y remédie.
Sur ce propos d’un conte il me souvient:
Je ne dis rien que je n’appuie
De quelque exemple. Un suppôt de Bacchus
Altéroit sa santé, son esprit et sa bourse:
Telles gens n’ont pas fait la moitié de leur course,
Qu’ils sont au bout de leurs écus.
Un jour que celui-ci, plein du jus de la treille,
Avoit laissé ses sens au fond d’une bouteille,
Sa femme l’enferma dans un certain tombeau.
Là, les vapeurs du vin nouveau
Cuvèrent à loisir. A son réveil il treuve
L’attirail de la mort à l’entour de son corps,
Un luminaire, un drap des morts.
Oh! dit-il, qu’est ceci? Ma femme est-elle veuve?
Là-dessus son épouse, en habit d’Alecton,
Masquée, et de sa voix contrefaisant le ton,
Vient au prétendu mort, approche de sa bière,
Lui présente un chaudeau propre pour Lucifer.
L’époux alors ne doute en aucune manière
Qu’il ne soit citoyen d’enfer.
Quelle personne es-tu? dit-il à ce fantôme.—
La cellerière du royaume
De Satan, reprit-elle, et je porte à manger
A ceux qu’enclôt la tombe noire.
Le mari repart, sans songer:
Tu ne leur portes point à boire?