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Fables de La Fontaine

Chapter 52: LA GOUTTE ET L’ARAIGNÉE.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

VIII

LA GOUTTE ET L’ARAIGNÉE.

Quand l’enfer eut produit la goutte et l’araignée,
Mes filles, leur dit-il, vous pouvez vous vanter
D’être pour l’humaine lignée
Également à redouter.
Or avisons aux lieux qu’il vous faut habiter.
Voyez-vous ces cases étraites[19],
Et ces palais si grands, si beaux, si bien dorés?
Je me suis proposé d’en faire vos retraites.
Tenez donc, voici deux bûchettes;
Accommodez-vous, ou tirez.—
Il n’est rien, dit l’aragne[20], aux cases qui me plaise.
L’autre, tout au rebours, voyant les palais pleins
De ces gens nommés médecins,
Ne crut pas y pouvoir demeurer à son aise.
Elle prend l’autre lot, y plante le piquet,
S’étend à son plaisir sur l’orteil d’un pauvre homme,
Disant: Je ne crois pas qu’en ce poste je chôme,
Ni que d’en déloger et faire mon paquet
Jamais Hippocrate me somme.
L’aragne cependant se campe en un lambris,
Comme si de ces lieux elle eût fait bail à vie;
Travaille à demeurer: voilà sa toile ourdie,
Voilà des moucherons de pris.
Une servante vient balayer tout l’ouvrage.
Autre toile tissue, autre coup de balai.
Le pauvre bestion tous les jours déménage.
Enfin, après un long essai,
Il va trouver la goutte. Elle étoit en campagne,
Plus malheureuse mille fois
Que la plus malheureuse aragne.
Son hôte la menoit tantôt fendre du bois,
Tantôt fouir, houer: goutte bien tracassée
Est, dit-on, à demi pansée.
Oh! je ne saurois plus, dit-elle, y résister.
Changeons, ma sœur l’aragne. Et l’autre d’écouter:
Elle la prend au mot, se glisse en la cabane:
Point de coup de balai qui l’oblige à changer.
La goutte, d’autre part, va tout droit se loger
Chez un prélat qu’elle condamne
A jamais du lit ne bouger.
Cataplasmes, Dieu sait! les gens n’ont point de honte
De faire aller le mal toujours de pis en pis.
L’une et l’autre trouva de la sorte son compte,
Et fit très-sagement de changer de logis.