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Fables de La Fontaine cover

Fables de La Fontaine

Chapter 67: L’ANE ET LE PETIT CHIEN.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

V

L’ANE ET LE PETIT CHIEN.

Ne forçons point notre talent;
Nous ne ferions rien avec grâce:
Jamais un lourdaud, quoi qu’il fasse,
Ne sauroit passer pour galant.
Peu de gens, que le Ciel chérit et gratifie,
Ont le don d’agréer infus avec la vie.
C’est un point qu’il leur faut laisser,
Et ne pas ressembler à l’âne de la fable,
Qui, pour se rendre plus aimable,
Et plus cher à son maître, alla le caresser.
Comment! disoit-il en son âme,
Ce chien, parce qu’il est mignon,
Vivra de pair à compagnon
Avec monsieur, avec madame;
Et j’aurai des coups de bâton!
Que fait-il? Il donne la patte,
Puis aussitôt il est baisé:
S’il en faut faire autant afin que l’on me flatte,
Cela n’est pas bien malaisé.
Dans cette admirable pensée,
Voyant son maître en joie, il s’en vient lourdement,
Lève une corne tout usée,
La lui porte au menton fort amoureusement,
Non sans accompagner, pour plus grand ornement,
De son chant gracieux cette action hardie.
Oh! oh! quelle caresse! et quelle mélodie!
Dit le maître aussitôt. Holà! Martin-bâton!
Martin-bâton accourt: l’âne change de ton.
Ainsi finit la comédie.