WeRead Powered by ReaderPub
Fables de La Fontaine cover

Fables de La Fontaine

Chapter 7: LE LOUP ET LE CHIEN.
Open in WeRead

About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

V

LE LOUP ET LE CHIEN.

Un loup n’avoit que les os et la peau,
Tant les chiens faisoient bonne garde;
Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli[1], qui s’étoit fourvoyé par mégarde.
L’attaquer, le mettre en quartiers,
Sire loup l’eût fait volontiers:
Mais il falloit livrer bataille,
Et le mâtin étoit de taille
A se défendre hardiment.
Le loup donc l’aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu’il admire.
Il ne tiendra qu’à vous, beau sire,
D’être aussi gras que moi, lui repartit le chien.
Quittez les bois, vous ferez bien:
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, hères et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car, quoi? rien d’assuré! point de franche lippée!
Tout à la pointe de l’épée!
Suivez-moi, vous aurez un bien meilleur destin.
Le loup reprit: Que me faudra-t-il faire?—
Presque rien, dit le chien: donner la chasse aux gens
Portant bâtons et mendiants;
Flatter ceux du logis, à son maître complaire:
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs[2] de toutes les façons,
Os de poulets, os de pigeons;
Sans parler de mainte caresse.
Le loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le cou du chien pelé.
Qu’est-ce là? lui dit-il.—Rien.—Quoi! rien?—Peu de chose.—
Mais encor?—Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.—
Attaché! dit le loup: vous ne courez donc pas
Où vous voulez?—Pas toujours; mais qu’importe?—
Il importe si bien que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrois pas même à ce prix un trésor.
Cela dit, maître loup s’enfuit, et court encor.