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Fables de La Fontaine

Chapter 75: LE CHEVAL S’ÉTANT VOULU VENGER DU CERF.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

XIII

LE CHEVAL S’ÉTANT VOULU VENGER DU CERF.

De tout temps les chevaux ne sont nés pour les hommes.
Lorsque le genre humain des glands se contentoit,
Ane, cheval, et mule, aux forêts habitoit;
Et l’on ne voyoit point, comme au siècle où nous sommes,
Tant de selles et tant de bâts,
Tant de harnois pour les combats,
Tant de chaises, tant de carrosses;
Comme aussi ne voyoit-on pas
Tant de festins et tant de noces.
Or un cheval eut alors différend
Avec un cerf plein de vitesse;
Et, ne pouvant l’attraper en courant,
Il eut recours à l’homme, implora son adresse.
L’homme lui mit un frein, lui sauta sur le dos,
Ne lui donna point de repos
Que le cerf ne fût pris, et n’y laissât la vie.
Et, cela fait, le cheval remercie
L’homme son bienfaiteur, disant: Je suis à vous;
Adieu; je m’en retourne en mon séjour sauvage.—
Non pas cela, dit l’homme; il fait meilleur chez nous;
Je vois trop quel est votre usage.
Demeurez donc; vous serez bien traité,
Et jusqu’au ventre en la litière.
Hélas! que sert la bonne chère
Quand on n’a pas la liberté?
Le cheval s’aperçut qu’il avoit fait folie;
Mais il n’étoit plus temps: déjà son écurie
Étoit prête et toute bâtie.
Il y mourut en traînant son lien:
Sage s’il eût remis une légère offense.
Quel que soit le plaisir que cause la vengeance,
C’est l’acheter trop cher que l’acheter d’un bien
Sans qui les autres ne sont rien.