WeRead Powered by ReaderPub
Fables de La Fontaine cover

Fables de La Fontaine

Chapter 77: LE LOUP, LA CHÈVRE ET LE CHEVREAU.
Open in WeRead

About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

XV

LE LOUP, LA CHÈVRE ET LE CHEVREAU.

La bique, allant remplir sa traînante mamelle,
Et paître l’herbe nouvelle,
Ferma sa porte au loquet,
Non sans dire à son biquet:
Gardez-vous, sur votre vie,
D’ouvrir que l’on ne vous die,
Pour enseigne et mot du guet:
Foin du loup et de sa race!
Comme elle disoit ces mots,
Le loup, de fortune, passe,
Il les recueille à propos,
Et les garde en sa mémoire.
La bique, comme on peut croire,
N’avoit pas vu le glouton.
Dès qu’il la voit partie, il contrefait son ton,
Et, d’une voix papelarde,
Il demande qu’on ouvre, en disant: Foin du loup!
Et croyant entrer tout d’un coup.
Le biquet soupçonneux par la fente regarde;
Montrez-moi patte blanche, ou je n’ouvrirai point,
S’écria-t-il d’abord. Patte blanche est un point
Chez les loups, comme on sait, rarement en usage.
Celui-ci, fort surpris d’entendre ce langage,
Comme il étoit venu s’en retourna chez soi.
Où seroit le biquet, s’il eût ajouté foi
Au mot du guet que, de fortune,
Notre loup avoit entendu?
Deux sûretés valent mieux qu’une;
Et le trop en cela ne fut jamais perdu.