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Faust: A Lyric Drama in Five Acts cover

Faust: A Lyric Drama in Five Acts

Chapter 44: SCÈNE VIII.
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About This Book

The libretto dramatizes a learned man's despair and his pact with a demonic tempter who offers youth and worldly delights. His ensuing relationship with an innocent woman, the social consequences, and his pursuit of transcendence are depicted across five acts of choral and solo numbers. The work juxtaposes public spectacle and private torment to explore temptation, guilt, and redemption, using arias, ensembles, and dramatic stagecraft. This edition presents both English and French texts and includes a selection of principal arias for performance.

Mep. (paraissant tout à coup au milieu des étudiants et interrompant Wagner). Pardon!
Wag. Hein?
Mep. Parmi vous, de grâce Permettez-moi de prendre place! Que votre ami d'abord achève sa chanson! Moi, je vous en promets plusieurs de ma façon!
Wag.   (descendant de son escabeau). Une seule suffit, pourvu qu'elle soit bonne!
Mep. Je ferai de mon mieux pour n'ennuyer personne!
I. Le veau d'or est toujours debout; On encense Sa puissance D'un bout du monde à l'autre bout! Pour fêter l'infâme idole, Peuples et rois confondus, Au bruit sombre des écus Dansent une ronde folle Autour de son piédestal?... Et Satan conduit le bal!
II. Le veau d'or est vainqueur des dieux; Dans son gloire Dérisoire Le monstre abjecte insulte aux cieux! Il contemple, ô rage étrange! A ses pieds le genre humain Se ruant, le fer en main, Dans le sang et dans la fange Où brille l'ardent métal!... Et Satan conduit le bal!
Tous. Et Satan conduit le bal!
Cho. Merci de ta chanson!
Val.   (à part). Singulier personnage!
Wag. (tendant un verre à Mephistopheles). Nous ferez vous l'honneur de trinquer avec nous?
Mep. Volontiers!... (Saisissant la main de Wagner et l'examinant.) Ah! voici qui m'attriste pour vous! Vous voyez cette ligne?
Wag. Eh bien?
Mep. Fâcheux presage! Vous vous ferez tuer en montant à l'assaut!
Sie. Vous êtes donc sorcier?
Mep. Tout juste autant qu'il faut Pour lire dans ta main que le ciel te condamne A ne plus toucher une fleur Sans qu'elle se fane!
Sie. Moi!
Mep. Plus de bouquets à Marguerite!...
Val. Ma sœur!... Qui vous a dit son nom?
Mep. Prenez garde, mon brave! Vous vous ferez tuer par quelqu'un que je sais! (Prenant le verre des mains de Wagner.) A votre santé!... (Jetant le contenu du verre, après y avoir trempé ses lèvres.) Peuh! que ton vin est mauvais!... Permettez-moi de vous en offrir de ma cave! (Frappant sur le tonneau, surmonté d'un Bacchus, qui sert d'enseigne au cabaret.) Holà! seigneur Bacchus! à boire!... (Le vin jaillit du tonneau. Aux étudiants.) Approchez-vous! Chacun sera servi selon ses goûts! A la santé que tout à l'heure Vous portiez, mes amis, à Marguerite!
Val.   (lui arrachant le verre des mains). Assez!... Si je ne te fais taire à l'instant, que je meure!
(Le vin s'enflamme dans la vasque placée audessous du tonneau.)
Wag. et les Etuds. Holà!... (Ils tirent leurs épées.)
Mep. Pourquoi trembler, vous qui me menacez? (Il tire un cercle autour de lui avec son épée.
Valentin s'avance pour l'attaquer.—Son épée se brise.)
Val. Mon fer, ô surprise! Dans les airs se brise!...
Val., Wag., Sie. et les Etuds. (forçant Mephistopheles à reculer et lui présentant la garde de leurs épées). De l'enfer qui vient émousser Nos armes! Nous ne pouvons pas repousser Les charmes! Mais puisque tu brises le fer, Regarde!... C'est une croix qui, de l'enfer, Nous garde!

(Ils sortent.)


SCÈNE IV.

Mephistopheles, puis Faust.

Mep.   (remettant son épée au fourreau). Nous nous retrouverons, mes amis!—Serviteur!
Faust   (entrant en scène). Qu'as-tu donc?
Mep. Rien!—A nous deux, cher docteur! Qu'attendez-vous de moi? par où commencerai-je?
Faust. Où se cache la belle enfant Que ton art m'a fait voir?—Est-ce un vain sortilège?
Mep. Non pas! mais contre nous sa vertu la protège; Et le ciel même la défend!
Faust. Qu'importe? je le veux! viens! conduis-mois vers elle! Ou je me sépare de toi!
Mep. Il suffit!... je tiens trop à mon nouvel emploi Pour vous laisser douter un instant de mon zèle! Attendons!... Ici même, à ce signal joyeux, La belle et chaste enfant va paraître à vos yeux!

SCÈNE V.

(Les étudiants et les jeunes filles, bras dessus, bras dessous, et précédés par des joueurs de violon, envahissent la scène. Ils sont suivie par les bourgeois qui ont paru au commencement de l'acte.)

Les Mêmes, Étudiants, Jeunes Filles, Bourgeois, puis Siebel et Marguerite.

Cho.   (marquant la mesure en marchant). Ainsi que la brise légère Soulève en épais tourbillons La poussière Des sillons, Que la valse nous entraîne! Faites retentir la plaine De l'éclat de nos chansons!
(Les Musiciens montent sur les bancs; la valse commence.)
Mep.   (à Faust). Vois ces filles Gentilles! Ne veux-tu pas Aux plus belles D'entre elles Offrir ton bras?
Faust. Non! fais trêve A ce ton moqueur! Et laisse mon cœur A son rêve!...
Sie.   (rentrant en scène). C'est par ici que doit passer Marguerite!
Quelques Jeunes Filles. (s'approchant de Siebel). Faut-il qu'une fille á danser Vous invite?
Sie. Non!... non! je ne veux pas valser!...
Cho.  Ainsi que la brise légère Soulève en épais tourbillons La poussière Des sillons, Que la valse nous entraîne! Faites retentir la plaine De l'éclat de nos chansons!...
(Marguerite paraît.)
Faust. Ah!... la voici ... c'est elle!...
Mep. Eh bien, aborde-la!
Sie.  (apercevant Marguerite et faisant un pas vers elle). Marguerite!...
Mep.  (se retournant et se trouvant face à face avec Siebel). Plaît-il!...
Sie.   (à part). Maudit homme! encor là!...
Mep.   (d'un ton mielleux). Eh quoi! mon ami! vous voilà!... (en riant). Ah, vraiment, mon ami!

(Siebel recule devant Mephistopheles, qui lui fait faire ainsi la tour du théâtre en passant derrière le groupe des danseurs.)

Faust  (abordant Marguerite qui traverse la scène). Ne permettrez-vous pas, ma belle demoiselle, Qu'on vous offre le bras pour faire le chemin?
Mar. Non, monsieur! je ne suis demoiselle, ni belle, Et je n'ai pas besoin qu'on me donne la main.
(Elle passe devant Faust et s'éloigne.)
Faust   (la suivant des yeux). Pas le ciel! que de grâce ... et quelle modestie!... O belle enfant, je t'aime!...
Sie. (redescendant en scene sans avoir vu ce qui vient de se passer). Elle est partie!

(Il va pour s'élancer sur la trace de Marguerite; mais, se trouvant de nouveau face à face avec Mephistopheles, il lui tourne le dos et s'éloigne par le fond du théâtre.)

Mep.   (à Faust). Eh bien?
Faust. On me repousse!...
Mep.   (en riant). Allons! à tes amours Je vois qu'il faut prêter secours!...
(Il s'éloigne avec Faust du même côté que Marguerite.)
Quelques Jeunes Filles (s'adressant à trois ou quatre d'entre elles qui ont observé le rencontre de Faust et de Marguerite). Qu'est-ce donc!...
Deuxième Groupe de Jeunes Filles. Marguerite, Qui de ce beau seigneur refuse la conduite!...
Etuds.    (se rapprochant). Valsons encor!
Jeunes Filles. Valsons toujours!

ACTE TROISIÈME.


SCÈNE PREMIÈRE.

Le Jardin de Marguerite.

(Au fond, un mur percé d'une petite porte. A gauche, un bosquet. A droite, un pavillon dont la fenêtre fait face au public. Arbres et massifs.)

Sie.    (seul). (Il est arrêté près d'un massif de roses et de lilas.)
I. Faites-lui mes aveux, Portez mes vœux, Fleurs écloses près d'elle, Dites-lui qu'elle est belle ... Que mon cœur nuit et jour Languit d'amour! Révélez à son âme Le secret de ma flamme! Qu'il s'exhale avec vous Parfums plus doux!... (Il cueille une fleur.) Fanée!... hélas! (Il jette la fleur avec dépit.) Ce sorcier que Dieu damne M'a porté malheur! (Il cueille une autre fleur qui s'effeuille encore.) Je ne puis sans qu'elle se fane Toucher une fleur!... Si je trempais mes doigts dans l'eau bénite?...

(Il s'approche du pavillon et trempe ses doigts dans un bénitier accroché au mur.)

C'est là que chaque soir vient prier Marguerite! Voyons maintenant! voyons vite!... (Il cueille deux ou trois fleurs.) Elles se fanent?... Non!... Satan, je ris de toi ...
II. C'est en vous que j'ai foi; Parlez pour moi! Qu'elle puisse connaître L'ardeur qu'elle a fait naître, Et dont mon cœur troublé N'a point parlé! Si l'amour l'effarouche, Que la fleur sur sa bouche Sache au moins déposer Un doux baiser!...

(Il cueille des fleurs pour former un bouquet et disparaît dans les massifs du jardin.)


SCÈNE II.

Mephistopheles, Faust, puis Siebel.

Faust   (entrant doucement en scène). C'est ici?
Mep. Suivez-moi!
Faust. Que regardes-tu là?
Mep. Siebel, votre rival.
Faust. Siebel!
Mep. Chut!... le voilà!
(Il se cache avec Faust dans un bosquet.)
Sie.   (rentrant en scène, avec un bouquet à la main). Mon bouquet n'est-il pas charmant?
Mep.   (à part). Charmant!
Sie. Victoire! Je lui raconterai demain toute l'histoire; Et, si l'on veut savoir le secret de mon cœur, Un baiser lui dira le reste!
Mep.   (à part) Séducteur!

(Siebel attache le bouquet à la porte du pavillon et sort.)


SCÈNE III.

Faust, Mephistopheles.

Mep. Attendez-moi là, cher docteur! Pour tenir compagnie aux fleurs de votre élève, Je vais vous chercher un trésor Plus merveilleux, plus riche encor Que tous ceux qu'elle voit en rêve!
Faust. Laisse-moi!
Mep. J'obéis!... daignez m'attendre ici?

(Il sort.)


SCÈNE IV.

Faust.

Faust     (seul). Quel trouble inconnu me pénètre! Je sens l'amour s'emparer de mon être. O Marguerite! tes pieds me voici! Salut! demeure chaste et pure, où se devine La présence d'une âme innocente et divine!... Que de richesse en cette pauvreté! En ce réduit, que de félicité!... O nature, c'est là que tu la fis si belle! C'est là que cette enfant a grandi sous ton aile, A dormi sous tes yeux? Là que, de ton haleine enveloppant son âme, Tu fis avec amour épanouir la femme En cet ange des cieux! Salut! demeure chaste et pure, où se devine! La prèsence d'une âme innocente et divine!... Que de richesse en cette pauvreté! En ce réduit, que de félicité!... Salut! demeure chaste et pure, où se devine La présence d'une âme innocente et divine!...

SCÈNE V.

Faust, Mephistopheles.

(Mephistopheles reparaît, une cassette sous le bras.)

Mep. Alerte! la voilà!... Si le bouquet l'emporte Sur l'écrin, je consens à perdre mon pouvoir! (Il ouvre l'écrin.)
Faust. Fuyons!... je veux ne jamais la revoir!
Mep. Quel scrupule vous prend!... (Plaçant l'écrin sur le seuil du pavillon.) Sur le seuil de la porte, Voici l'écrin placé!... venez!... j'ai bon espoir!

(Il entraine Faust et disparaît avec lui dans le jardin. Marguerite entre par la porte du fond et descend en silence jusque sur le devant de la scène.)


SCÈNE VI.

Marguerite.

Mar.   (seule). Je voudrais bien savoir quel était ce jeune homme, Si c'est un grand seigneur, et comment il se nomme?

(Elle s'assied dans le bosquet, devant son rouet, et prend son fuseau autour duquel elle prépare de la laine.)

I. "Il était un roi de Thulé, Qui, jusqu'à la tombe fidèle, Eut, en souvenir de sa belle,
Une coupe en or ciselé!..." (S'interrompant.) Il avait bonne grâce, à ce qu'il m'a semble. (Reprenant sa chanson.)
"Nul trésor n'avait plus de charmes! Dans les grands jours il s'en servait, Et chaque fois qu'il y buvait, Ses yeux se remplissaient de larmes!..."
II. (Elle se lève et fait quelques pas.) "Quand il sentit venir la mort, Entendu sur sa froide couche, Pour la porter jusqu'à sa bouche Sa main fit un suprême effort!..."
(S'interrompant.) Je ne savais que dire, et j'ai rougi d'abord. (Reprenant sa chanson.)
"Et puis, en l'honneur de sa dame, Il but un dernière fois; La coupe trembla dans ses doigts, Et doucement il rendit l'âme!" Les grands seigneurs ont seuls des airs si résolus, Avec cette douceur. (Elle se dirige vers le pavillon.) Allons! n'y pensons plus! Cher Valentin, si Dieu m'écoute, Je te reverrai!... me voilà Toute seule!...

(Au moment d'entrer dans la pavillon, elle aperçoit la bouquet suspendu à la porte.)

Un bouquet! (Elle prend le bouquet.) C'est de Siebel, sans doute! Pauvre garçon! (Apercevant la cassette.) Que vois-je là? D'où ce riche coffret peut-il venir?... Je n'ose Y toucher, et pourtant ...—Voici la clef, je crois!... Si je l'ouvrais!... ma main tremble!... Pourquoi! Je ne fais, en l'ouvrant, rien de mal, je suppose!... (Elle ouvre la cassette et laisse tomber le bouquet.) O Dieu! que de bijoux!... est-ce un rêve charmant Qui m'éblouit, ou si je veille!— Mes yeux n'ont jamais vu de richesse pareille!... (Elle place la cassette tout ouverte sur une chaise et s'agenouille pour se parer.) Si j'osais seulement Me parer un moment De ces pendants d'oreille! (Elle tire des boucles d'oreilles de la cassette.) Voici tout justement, Au fond de la cassette, Un miroir!... comment N'être pas coquette? (Elle se pare des boucles d'oreilles, se lève et se regarde dans le miroir.) Ah! je ris de me voir Si belle en ce miroir!... Est-ce toi, Marguerite? Réponds-moi, réponds vite!— Non! non!—ce n'est plus toi! Ce n'est plus ton visage! C'est la fille d'un roi, Qu'on salue au passage! Ah! s'il était ici! S'il me voyait ainsi!... Comme une demoiselle Il me trouverait belle!... Achevons la métamorphose! Il me tarde encor d'essayer Le bracelet et le collier. (Elle se pare du collier d'abord, puis du bracelet.—Se levant.) Dieu! c'est comme une main qui sur mon bras se pose! Ah! je ris de me voir Si belle en ce miroir! Est-ce toi, Marguerite? Réponds-moi, réponds vite!— Non! non!—ce n'est plus toi! Ce n'est plus ton visage! C'est la fille d'un roi, Qu'on salue au passage!... Ah! s'il était ici! S'il me voyait ainsi!... Comme une demoiselle Il me trouverait belle!... Ah! s'il était ici!...

SCÈNE VII.

Marguerite, Marthe.

Mart.   (entrant par le fond). Que vois-je, Seigneur Dieu!... comme vous voilà belle, Mon ange!...—D'où vous vient ce riche écrin?

Mar.    (avec confusion).

Hélas! On l'aura par mégarde apporté!
Mart.  Que non pas! Ces bijoux sont á vous, ma chère demoiselle! Oui! c'est là le cadeau d'un seigneur amoureux! (Soupirant.) Mon cher époux jadis était moins généreux!

(Mephistopheles et Faust entrent en scène.)


SCÈNE VIII.

Les Mêmes, Mephistopheles, Faust.

Mep. Dame Marthe Schwerlein, s'il vous plait?
Mart.  Qui m'appelle?
Mep. Pardon d'oser ainsi nous présenter chez vous! (Bas à Faust.) Vous voyez qu'elle a fait bel accueil aux bijoux? (Haut.) Dame Marthe Schwerlein?
Mart.  Me voici!
Mep. La nouvelle Que j'apporte n'est pas pour vous mettre en gaité:— Votre mari, madame, est mort et vous salue!
Mart.  Ah!... grand Dieu!...
Mar. Qu'est ce donc?
Mep. Rien!...

(Marguerite baisse les yeux sous le regard de Mephistopheles, se hâte d'ôter le collier, le bracelet et les pendants d'oreilles et de les remettre dans la cassette.)

Mart.   O calamité! O nouvelle imprévue!...
Ensemble.
Mar.   (à part). Malgré moi mon cœur tremble et tressaille à sa vue!
Faust   (à part). La fièvre de mes sens se dissipe à sa vue!
Mep.   (à Marthe). Votre mari, madame, est mort et vous salue!
Mart.  Ne m'apportez-vous rien de lui!
Mep. Rien!... et, pour le punir, il faut dès aujourd'hui Chercher quelqu'un qui le remplace!
Faust   (à Marguerite). Pourquoi donc quitter ces bijoux?
Mar. Ces bijoux ne sont pas à moi!... Laissez, de grâce!
Mep.   (à Marthe). Que ne serait heureux d'échanger avec vous La bague d'hyménée?
Mart.   (à part). Ah, bah! (Haut.) Plait-il?
Mep.   (soupirant). Hélas! cruelle destinée!...
Faust   (à Marguerite). Prenez mon bras un moment!
Mar.   (se défendant). Laissez!... Je vous en conjure!...
Mep.   (de l'autre côté du théâtre, à Marthe). Votre bras!...
Mart.   (à part). Il est charmant!
Mep.   (à part). La voisine est un peu mûre!

(Marguerite abandonne son bras à Faust et s'éloigne avec Mephistopheles et Marthe restent seuls en scène.)

Mart.  Ainsi vous voyagez toujours?
Mep. Dure nécessité, madame! Sans ami, sans parents!... sans femme.
Mart.  Cela sied encore aux beaux jours! Mais plus tard, combien il est triste De vieillir seul, en égoïste!
Mep. J'ai frémi souvent, j'en conviens, Devant cette horrible pensée!
Mart.  Avant que l'heure en soit passée! Digne seigneur, songez-y bien!
Mep. J'y songerai!
Mart.  Songez-y bien!
(Ils sortent. Entre Faust et Marguerite.)
Faust. Eh quoi! toujours seule?...
Mar. Mon frère Est soldat; j'ai perdu ma mère; Puis ce fut un autre malheur, Je perdis ma petite sœur! Pauvre ange!... Elle m'était bien chère!... C'était mon unique souci; Que de soins, hélas!... que de peines! C'est quand nos âmes en sont pleines Que la mort nous les prend ainsi!... Sitôt qu'elle s'éveillait, vite Il fallait que je fusse là!... Elle n'aimait que Marguerite! Pour la voir, la pauvre petite, Je reprendrais bien tout cela!...
Faust. Si le ciel, avec un sourire, L'avait faite semblable à toi, C'était un ange!... Oui, je le crois!...
Mar. Vous moquez-vous!...
Faust. Non! je t'admire!
Mar.   (souriant). Je ne vous crois pas Et de moi tout bas Vous riez sans doute!... J'ai tort de rester Pour vous écouter!... Et pourtant j'écoute!...
Faust. Laisse-moi ton bras!... Dieu ne m'a t'il pas Conduit sur ta route?... Pourquoi redouter, Hélas! d'écouter?... Mon cœur parle; écoute!...

(Mephistopheles et Marthe reparaissent.)

Mart.  Vous n'entendez pas, Ou de moi tout bas Vous riez sans doute! Avant d'écouter, Pourquoi vous hâter De vous mettre en route?
Mep. Ne m'accusez pas, Si je dois, hélas! Me remettre en route. Faut-il attester Qu'on voudrait rester Quand on vous écoute?
(La nuit commence à tomber.)
Mar.   (à Faust). Retirez-vous!... voici la nuit.
Faust (passant son bras autour de la taille de Marguerite). Chère âme!
Mar. Laissez-moi! (Elle se dégage et s'enfuit.)
Faust   (la poursuivant). Quoi! méchante!... on me fuit!
Mep. (à part, tandis que Marthe, dépitée, lui tourne le dos). L'entretien devient trop tendre! Esquivons nous! (Il se cache derrière un arbre.)
Mart.   (à part). Comment m'y prendre? (Se retournant.) Eh bien! il est parti!... Seigneur!... (Elle s'éloigne.)
Mep. Oui! Cours après moi!... Ouf! cette vieille impitoyable De force ou de gré, je crois, Allait épouser le diable!
Faust   (dans la coulisse). Marguerite!
Mart.   (dans la coulisse). Cher seigneur!
Mep. Serviteur!

SCÈNE IX.

Mephistopheles.

Mep.    (seul). Il était temps! sous le feuillage sombre Voici nos amoureux qui reviennent!... C'est bien! Gardons nous de troubler un si doux entretien! O nuit, étends sur eux ton ombre! Amour, ferme leur âme aux remords importuns! Et vous, fleurs aux subtils parfums, Epanouissez-vous sous cette main maudite! Achevez de troubler le cœur de Marguerite!...

(Il s'éloigne et disparaît dans l'ombre.)


SCÈNE X.

Faust, Marguerite.

Mar. Il se fait tard! adieu!
Faust   (la retenant). Quoi! je t'implore en vain! Attends! laisse ma main s'oublier dans la tienne! (S'agenouillant devant Marguerite.) Laisse-moi, laisse-moi contempler ton visage Sous la pâle clarté Dont l'astre de la nuit, comme dans un nuage, Caresse ta beauté!...
Mar. O silence! ô bonheur! ineffable mystère! Enivrante langueur! J'écoute!... Et je comprends cette voix solitaire Qui chante dans mon cœur! (Dégageant sa main de celle de Faust.) Laissez un peu, de grâce!...
(Elle se penche et cueille une marguerite.)
Faust. Qu'est se donc?
Mar. Un simple jeu! Laissez un peu! (Elle effeuille la marguerite.)
Faust. Que dit ta bouche à voix basse!...
Mar. Il m'aime!—Il ne m'aime pas!— Il m'aime!—pas!—Il m'aime!—pas! —Il m'aime!
Faust. Oui!... crois en cette fleur éclose sous tes pas!... Qu'elle soit pour ton cœur l'oracle du ciel même!... Il t'aime!... comprends-tu ce mot sublime et doux?... Aimer! porter en nous Une ardeur toujours nouvelle!... Nous enivrer sans fin d'une joie éternelle!
Faust et Mar.  Eternelle!...
Faust. O nuit d'amour ... ciel radieux!... O douces flammes!... Le bonheur silencieux Verse les cieux Dans nos deux âmes!...
Mar. Je veux t'aimer et te chérir! Parle encore! Je t'appartiens!... je t'adore!... Pour toi je veux mourir!...
Faust. Marguerite!...
Mar.  (se dégageant des bras de Faust). Ah!... partez!...
Faust. Cruelle!... Me séparer de toi!...
Mar. Je chancelle!...
Faust. Ah! cruelle!...
Mar.  (suppliante). Laissez-moi!...
Faust. Tu veux que je te quitte Hélas!... vois ma douleur. Tu me brises le cœur, O Marguerite!...
Mar. Partez! oui, partez vite! Je tremble!... hélas!... J'ai peur! Ne brisez pas le cœur De Marguerite!
Faust. Par pitié!...
Mar. Si je vous suis chère, Par votre amour, par ces aveux Que je devais taire, Cédez à ma priére!... Cédez à mes vœux!
(Elle tombe aux pieds de Faust.)
Faust  (après un silence, la relevant doucement). Divine pureté!... Chaste innocence, Dont la puissance Triomphe de ma volonté!... J'obéis!... Mais demain!
Mar. Oui, demain!... dès l'aurore!... Demain toujours!...
Faust. Un mot encore!... Répète-moi ce doux aveu!... Tu m'aimes!...
Mar. Adieu!... (Elle entre dans le pavillon.)
Faust. Félicité du ciel.... Ah ... fuyons....
(Il s'élance vers la porte du jardin. Mephistopheles lui barre le passage.)

SCÈNE XI.

Faust. Mephistopheles.

Mep. Tête folle!...
Faust. Tu nous écoutais.
Mep. Par bonheur. Vous auriez grand besoin, docteur, Qu'on vous renvoyât à l'école.
Faust. Laisse-moi.
Mep. Daignez seulement Écouter un moment Ce qu'elle va conter aux étoiles, cher maître. Tenez; elle ouvre sa fenêtre.

(Marguerite ouvre la fenêtre du pavillon et s'y appuie un moment en silence, la tête entre les mains.)


SCÈNE XII.

Les mêmes. Marguerite.