ÉCOLES ALLEMANDE ET FLAMANDE
(2e salle)
Salle VII.
SCHOUFFLEIN DE NUREMBERG (1492-1539). Plusieurs scènes de la vie de Saint Pierre et de Saint Paul.
N° 703.—JEAN MEMLING. La Madone sur un trône. Ce délicat petit tableau, d'une finesse exquise, si on le compare aux œuvres des primitifs florentins, donne peut-être la supériorité aux maîtres flamands pour le rendu et la minutie du détail. C'est de la peinture à la fois aussi large et aussi poussée que possible.
La Vierge, assise sur un trône derrière lequel est tendue une étoffe de brocart, est entièrement vêtue de rouge, y compris son voile, et le bas de sa robe tombe sur un superbe tapis d'Orient placé devant elle. De ses deux mains elle porte l'Enfant Jésus, qui tient de la main gauche une cerise et tend la droite pour recevoir une pomme présentée par un ange agenouillé. Cet ange, vêtu d'une dalmatique passée sur sa robe blanche, porte de l'autre main son violon et son archet, tandis qu'un second ange agenouillé joue de la harpe.
Le premier plan est séparé du fond par une arcade enrichie de motifs sculpturaux traités avec une étonnante perfection et à travers lesquels s'aperçoit un beau paysage flamand tout différent des fonds peints par les maîtres italiens.
ÉCOLE FRANÇAISE
Salle VIII.
N° 674.—LARGILLIÈRE. Portrait de Jean-Baptiste Rousseau.
La tête de face, d'une belle couleur, est coiffée d'un bonnet de velours bleu à la Rembrandt. Son costume se compose d'une robe du même velours bleu drapée avec art; elle est doublée de satin orange, brodée et garnie de dentelle.
N° 671.—ANTOINE WATTEAU. Le Joueur de flûte. Des cavaliers et des dames écoutent dans un jardin un joueur de flûte.
N° 667.—FRANÇOIS CLOUET (1500-1572). Petit portrait équestre du roi de France, François Ier, monté sur un cheval blanc harnaché d'entrelacs de velours cramoisi. Peut-être le chef-d'œuvre de Clouet.
Le roi est armé de toutes pièces, seulement le casque est remplacé par la petite toque noire à plume blanche; les détails infinis de l'armure noire niellée d'or sont traités d'une façon merveilleuse.
LES GEMMES
Salle IX.
La petite salle des gemmes est un cabinet de forme elliptique entouré de six armoires vitrées, où sont contenus les ouvrages en pierre dure, cristal de roche, lapis et autres gemmes, au nombre de quatre cents, qui constituaient la précieuse collection des Médicis.
Armoire II.—Cassette en cristal de roche, peut-être le plus précieux morceau de la collection. L'histoire de Jésus-Christ y est représentée en vingt-quatre compartiments gravés en creux. Cet objet fut commandé à VICENTINO BELLI par le pape Clément VII et fut donné par lui à François Ier, lors du mariage d'Henri II et de Catherine de Médicis. VICENTINO forcé, comme les della Robbia, par la matière à laquelle il s'était consacré, à une extrême tenue de style et à une simplicité sévère, déploie un art véritable dans ses ouvrages. Dans la même armoire, un autre exemple du goût de Vicentino est l'admirable coupe en cristal dont le couvercle en or émaillé, attribué à Benvenuto Cellini, porte les chiffres entrelacés d'Henri II et de Diane de Poitiers pour laquelle la pièce fut commandée.
Armoire V.—Coupe en pierre dure attribuée à Jean de Bologne et dont le couvercle est surmonté d'Hercule terrassant l'Hydre de Lerne.
Armoire VI.—Coupe en cristal de roche, par Benvenuto Cellini.
Corridor méridional donnant sur l'Arno.
N° 137.—Autel antique de la belle époque grecque. Il représente Iphigénie conduite au sacrifice.
N° 138.—Le Spinero, le tireur d'épines, réplique antique en marbre du beau bronze du Capitole.
N° 141.—Base triangulaire représentant trois belles figures de femmes en bas-relief, ouvrage grec du plus beau style.
MICHEL-ANGE. Bacchus avec un satyre derrière lui. Ce bel ouvrage de jeunesse fut exécuté pendant que le maître était encore tellement imbu de l'antiquité que tout l'art pour lui se réduisait à la reproduire exactement. C'est ce qui explique l'attribution d'antique donnée longtemps à cet ouvrage remarquable et d'un caractère unique dans l'œuvre du maître.
Dans le corridor occidental.
Nos 155 et 156.—Deux statues de Marsyas plus grandes que nature restaurées, l'une par Donatello, l'autre par Verrocchio.
Salles donnant sur le corridor occidental.
ÉCOLE VÉNITIENNE
(1re salle)
Salle XXIII.
ECOLE VÉNITIENNE. Le cardinal Léopold de Médicis acheta en 1654 la collection de Paul de Sera, riche marchand florentin établi à Venise. C'est de cette galerie que proviennent presque tous les tableaux de l'école Vénitienne du musée des Offices. Au milieu d'un ensemble plutôt secondaire, quelques toiles sont de premier ordre.
N° 767.—FRA SEBASTIANO DEL PIOMBO (attribué au Moretto). La Mort d'Adonis. Les belles formes et la noble attitude de Vénus accompagnée de nymphes désolées, rappellent la pure et grave manière de Palma. Le paysage du fond, franchement vénitien, est fort beau.
Nos 599 et 605.—TITIEN. Portraits du duc François-Marie d'Urbin en armure, sur un fond rouge, et de sa femme la duchesse d'Urbin assise dans un fauteuil et déjà âgée. Ces portraits, peut-être la plus remarquable œuvre de l'époque, furent peints en 1537; ils sont admirables de caractère, tout en étant d'un fini d'exécution précieux. On retrouve dans celui de la duchesse le même petit chien pelotonné que dans la Vénus couchée de la Tribune.
N° 626.—TITIEN. La Flore. Dans cette superbe toile on ne saura jamais la part réelle qu'a la nature ou qui revient à la fantaisie imaginative du maître. C'est une jeune et admirable Vénitienne blonde, vêtue d'une chemise légère, sur laquelle elle ramène une draperie rose, tandis que sa main tendue tient des fleurs. Rien ne peut rendre la largeur et la maëstria avec lesquelles le Titien a peint ce chef-d'œuvre.
N° 648.—TITIEN. Portrait de Catherine Cornaro, reine de Chypre. Elle est représentée avec la roue de sa patronne, sainte Catherine d'Alexandrie. Ce portrait est plus intéressant par le costume que par la facture.
ÉCOLE VÉNITIENNE
(2e salle)
Salle XXIV.
N° 629.—MORONE. Portrait d'un savant, remarquable peinture.
N° 631.—JEAN BELLIN (attribué à Basaiti). La Vierge au lac. Sur un rocher qui domine la rive d'un lac solitaire, la Vierge est adorée par saint Joseph, saint Paul, saint Sébastien et plusieurs autres saints. Le délicieux paysage du fond contribue à la beauté grave et mélancolique de ce délicat petit chef-d'œuvre.
Nos 601 et 638.—TINTORET. Deux très beaux portraits de l'amiral Venier et de Jacob Sansovino, sculpteur et architecte, peint dans sa vieillesse un compas à la main.
Au fond des salles de la peinture vénitienne s'ouvre le cabinet des médailles.
Retournant sur ses pas au corridor oriental, on prend un couloir conduisant à la salle dite de «Lorenzo Monaco» où ont été réunis quelques ouvrages remarquables des «Quatrocentisti». Ils sont mieux éclairés que dans les autres salles du musée.
SALLE DE LORENZO MONACO
N° 1309.—LORENZO MONACO. Le Couronnement de la Vierge, peint en 1413 et provenant de la Badia de Cerretan. C'est un grand retable sur fond or à trois compartiments, intéressant surtout par son style gothique absolu.
N°1310.—GENTILE DA FABRIANO(1425). Sainte Madeleine, Saint Nicolas de Bari, Saint Jean et Saint Georges dans quatre compartiments sur fond or; ces figures sont elles-mêmes richement rehaussées d'or.
N° 17.—BEATO ANGELICO. Grand retable à volets sur fond or. Peint en 1443 pour la corporation des marchands de tissus de lin. Au milieu est la figure colossale de la Vierge assise et sur les volets extérieurs et intérieurs sont les quatre Évangélistes. Dans ce tableau on peut se rendre un compte exact de l'impossibilité où se trouvait Angelico d'excéder certaines proportions hormis dans la fresque. Pour une œuvre de cette dimension, l'absence de science anatomique, le manque d'animation et de vie des personnages sont des défauts frappants, qui deviennent trop sensibles.
La véritable voie d'Angelico, celle où il est unique, est l'interprétation des joies et des béatitudes célestes par des figures hiératiques et mystiques de petites proportions; aussi les douze anges qui encadrent la Vierge et jouent de différents instruments sont-ils de beaucoup la meilleure partie de l'œuvre, et plusieurs d'entre eux peuvent compter parmi les plus idéales compositions du maître.
N°1297.—DOMENICO GHIRLANDAJO. Vierge et Enfant.—La Vierge est assise sur un trône entouré d'une balustrade derrière laquelle se pressent quatre chérubins avec des lys; sur son genou gauche L'Enfant porte la sphère et bénit. A ses côtés se tiennent saint Michel et L'archange Gabriel, au premier plan sont agenouillés deux saints évêques de chaque côté d'un vase de fleurs. La tonalité un peu grise de cette jolie composition la ferait plutôt attribuer à Ridolfo Ghirlandajo.
N° 1286.—SANDRO BOTTICELLI. Adoration des Mages (1466). Ce tableau, peint par Botticelli encore très jeune pour Cosme l'Ancien, se ressent des influences de ses maîtres et tel personnage semble échappé du pinceau de Pollajuolo, tandis que tel autre, comme la Vierge par exemple, est empreint du sentiment gracieux de Lippi. Toutefois, combien, par la science de la composition, par le groupement des personnages, Botticelli leur est-il déjà supérieur!
Devant un rocher, au milieu de ruines fantaisistes, la Vierge mince et élancée reçoit les Rois Mages agenouillés sur des plans différents et qui sont les portraits de Cosme, de son fils Jean et de son petit-fils Julien. Cosme, vêtu à la Pollajuolo d'une robe noire couverte de broderies d'or, est le plus rapproché de la Vierge.
Au premier plan, vu de dos, Jean, en manteau rouge à revers d'hermine, le chapeau posé à terre, est accompagné de son fils Julien vêtu de blanc.
Les autres personnages dont le groupement mouvementé concourt à l'action, sont également des portraits et quelques-uns même sont des portraits de premier ordre. Il faut citer particulièrement la splendide, austère et grave figure d'un homme jeune vêtu de noir avec des chausses vertes, puis celle d'un adolescent en manteau bleu clair dont le profil exprime l'adoration et l'extase, tandis qu'un autre portant la tunique florentine rouge à manches bleu de ciel, les mains croisées sur son épée fichée en terre devant lui, regarde d'un œil dédaigneux ce qui l'entoure; aussi, son voisin a-t-il l'air de le ramener à la réalité en lui montrant la scène.
On peut considérer cette œuvre comme une des plus précieuses qu'aient laissées les «Quattrocentisti» et une des plus complètement belles de l'art florentin.
N° 59.—SANDRO BOTTICELLI. La Naissance de Vénus. Autre œuvre de jeunesse, peinte simultanément avec l'allégorie du Printemps, sur l'ordre de Pierre de Médicis, pour la décoration de sa villa de Castello. C'est le premier sujet mythologique où s'essaya le maître; aussi est-il d'une jeunesse, d'une poésie et d'un charme inexprimables. Rien ne peut rendre la grâce de cette figure de Vénus quasiment vêtue de sa chevelure d'or, debout sur la conque à reflets dorés qu'elle va quitter pour descendre au rivage de Cythère. Son beau corps est légèrement penché en avant, sur son instable nacelle que poussent les zéphyrs, et le Printemps, figuré sous les traits charmants d'une jeune femme, sort d'un bois de lauriers à reflets dorés pour recevoir la déesse dans les plis d'un manteau semé de fleurs et gonflé par le vent. Moins énigmatique que celui de l'Académie, le Printemps est vêtu d'une flottante robe blanche, parsemée de bleuets, retenue autour de la taille par une ceinture formée de branches de roses. Ses admirables cheveux dorés flottent en arrière et toute son élégante silhouette se découpe sur le manteau de la déesse. Certaines naïvetés de facture, telles que les vagues de la mer, donnent encore une saveur particulière à cette charmante composition où les personnages sont d'une taille plus importante que ne le sont les figures habituelles de Botticelli.
N° 1309.—DOMENICO VENEZIANO. La Vierge trônant sous des arcades et entourée de quatre saints.
Cette peinture un peu blafarde est la seule sûrement attribuée à ce peintre, maître de Piero della Francesca.
SALLES DES PORTRAITS DES PEINTRES
PEINTS PAR EUX-MÊMES
Salle XIX.
MAITRES ANCIENS.
N° 233.—Rubens sans chapeau (1610).
N° 228.—Rubens avec chapeau (1620).
N° 354.—Giovanni Bellini. Beau portrait d'homme faussement donné comme le sien, buste dont le visage rose est encadré de longs cheveux roux coupés à la florentine.
N° 549.—Mme Vigée-Lebrun.
N° 290.—Michel-Ange (mauvaise œuvre du XVIIIe siècle).
N° 292.—Léonard de Vinci. Portrait exécuté probablement par Schidone. Belle tête jeune et énergique où de longs cheveux blonds se confondent avec la barbe soyeuse et épaisse, d'un ton doré.
N° 288.—Raphaël. Ce joli portrait (1506) est de la même époque et de la même valeur que celui de Madeleine Doni. Cette œuvre intéressante de sa première manière a malheureusement beaucoup souffert. Raphaël s'y est représenté sous les traits d'un jeune homme vu de dos, la tête tournée à droite et le visage encadré de longs cheveux châtains. Il porte la tunique et la barrette noire.
N° 287.—PIETRO PÉRUGIN. Le plus beau des portraits dus au Pérugin (1494). Il représente l'espagnol Lopez Perego et est d'une individualité, d'une finesse de coloration et d'un ton doré remarquables. Le visage rasé, vu de face, encadré de cheveux blonds ébouriffés, est surprenant de vie.
N° 223.—Antoine Van Dyck.
N° 237.—Quentin Matsys.
N° 236.—Antonio Moor assis devant une toile blanche, sa palette et ses pinceaux à la main.
N° 232.—Hans Holbein le Jeune. Dessin au charbon et au crayon avec une légère coloration à l'aquarelle. La tête est très fine, les cheveux rares sont arrangés en curieuses mèches sur le front.
Nos 451-452.—Rembrandt. Le premier de ces admirables portraits produit une profonde impression; il montre le maître au déclin de l'âge, dont les atteintes ont laissé leur profonde mélancolie sur son grave et beau visage.
AU MILIEU DE LA SALLE.
N° 339.—Vase Médicis. Ce cratère, fameux par l'élégance de sa forme et par la beauté de son bas-relief, représente le Sacrifice d'Iphigénie. On le considère comme un très remarquable ouvrage grec trouvé à Rome dans les fouilles du XVIIIe siècle.
Salle XVIII.
MAITRES MODERNES.
SALLES DES ANTIQUES ET DES PIERRES GRAVÉES
Salle XV.
Inscriptions grecques et latines provenant de Rome pour la plupart.
Au milieu: Statues antiques de Bacchus et d'Ampelos, de Mercure, de Vénus, d'Uranie, de Vénus Genitrix.
Salle XVI.
Cabinet de l'Hermaphrodite (à la suite de la salle précédente).
N° 308.—Ganymède et l'Aigle, restauré par Benvenuto Cellini dans son sentiment personnel.
N° 315.—Torse de Faune.
N° 306.—Hermaphrodite couché sur une panthère. Cette statue n'est pas une des plus belles interprétations qui existent de ce sujet si cher aux anciens. Toute la partie inférieure a été restaurée.
Salle XVII.
(Suite de la salle de l'Hermaphrodite.) Cabinet des Camées et des Pierres gravées.
La collection des Camées et des Intailles de ce cabinet provient des Médicis. Cette belle collection de plus de 4.000 numéros est exposée en douze compartiments. Les camées antiques les plus remarquables sont contenus dans le premier.
Le n° 7 est un excellent ouvrage grec sur onyx. L'amour ailé jouant de la lyre est monté sur un lion rugissant qui symbolise le pouvoir de l'amour destiné à dompter les natures les plus féroces.
La vitrine n°6 contient des portraits sur camée de personnages célèbres au XVe et au XVIe siècle.
La vitrine n°11, au n°2458, renferme la fameuse bague à sphinx dont Auguste se servait comme cachet. Elle fut trouvée dans son tombeau à Corea près de Rome.
PIERRES GRAVÉES DU XVe SIÈCLE.
N° 371.—Buste de Savonarole, ouvrage superbe de Giovanni delle Corniole, gravé sur cornaline.
N° 373.—Buste de Léon X en jade, œuvre présumée de Michelino, orfèvre florentin.
N° 334.—Scène allégorique de Mariage, ouvrage attribué à Valerio Vicentino. Différents objets intéressants sont encore dans cette salle.
A. Masque du Dante, moulé après sa mort.
B. Petit modèle en cire de Michel-Ange pour la statue du «Penseur» de la nouvelle sacristie de Saint-Laurent.
G. Petit cadre où sont renfermées les miniatures de Henri II et de Catherine de Médicis entourés des princes et princesses de la maison royale de France.
E. Vingt-quatre petits portraits des Médicis depuis Jean de Bicci, père de Cosme l'Ancien; plusieurs sont l'œuvre du Bronzino.
SALLE DU BARROCCIO
Salle XIV.
Œuvres d'intérêt secondaire.
Salle XIII.
Salle de Niobé. Ainsi nommée des seize statues du célèbre groupe de Niobé. En l'année 1583, on trouva dans la villa Palombara à Rome, entre Sainte-Marie Majeure et le Latran, une véritable mine de statues, parmi lesquelles se trouvèrent les Lutteurs de la Tribune et les statues de Niobé, de ses sept fils, de ses sept filles et des pédagogues tombés sous les flèches d'Apollon et de Diane. Ces statues appartiennent à des époques très différentes et la qualité même de leur marbre tend à prouver que ce sont des copies romaines de l'époque de la décadence plutôt que d'anciens originaux grecs, comme on l'avait pensé d'abord. Elles ont presque toutes une raideur de mouvement et une exagération de pose résolument contraires à cette attribution. Les deux plus belles sont:
N° 241.—Niobé et sa plus jeune fille, sujet principal de l'ensemble.
N° 244.—Jeune homme gisant à terre, dans un beau mouvement.
La taille et les attitudes différentes de ces statues font présumer qu'elles décoraient le fronton d'un temple.
Nos 140 et 147.—RUBENS. Ces deux belles compositions, où le talent de Rubens se montre sous son meilleur jour, représentent Henri IV à la bataille d'Ivry et son entrée à Paris.
BRONZES ANTIQUES
Salles XI et XII.
La collection des bronzes contenue dans deux salles comprend des pièces d'ordre secondaire, exception faite toutefois des numéros suivants.
N° 424.—Mercure, connu sous le nom de l'Idolino, statue nue de jeune homme, trouvée à Pesaro en 1530; œuvre grecque remarquable.
N° 148.—Le bronze repose sur une base du XVe siècle, ouvrage de DESIDERIO SETTIGNANO, travail d'une beauté, d'une élégance et d'une richesse extrêmes, aussi bien dans les bas-reliefs que dans les ornements qui le décorent.
A l'extrémité du corridor oriental s'ouvrent trois salles où sont contenus les dessins.
La Galerie de Florence possède une des plus riches collections connues de précieux dessins originaux des maîtres anciens. Commencée par le cardinal Léopold de Médicis, on présume qu'il acheta, pour la former, le fameux recueil composé par Vasari, alors qu'il travaillait à son ouvrage sur les peintres. Enrichie, par la suite, de legs et de dons successifs, elle se compose actuellement de plus de 35.000 dessins dont on a exposé les plus remarquables, tous par conséquent de premier ordre.
Salle I.
La paroi du mur de droite est occupée par les dessins de l'école de Giotto, parmi lesquels s'en retrouve un à la plume, très rare, de Taddeo Gaddi. Ceux de Masolino, de Masaccio, d'Uccello, de Fra Angelico et de Benozzo Gozzoli remplissent la paroi suivante. Les œuvres les plus saillantes sont:
N° 254.—PIERO POLLAJUOLO. Remarquables anatomies d'hommes assis.
Nos 267, 268, 269.—ANTONIO POLLAJUOLO. Études de nu.
Nos 261, 262, 263.—ANTONIO POLLAJUOLO. Études de femmes nues pour ses Vertus.
Nos 276, 277, 278, 279.—ANTONIO POLLAJUOLO. Pape bénissant, études.
Nos 59 (256).—SQUARCIONE. Guerrier en armure.
N° 187.—BOTTICELLI. Anges lisant.
N° 190.—BOTTICELLI. Étude de femme nue.
N° 192 à 199.—BOTTICELLI. Études plus ou moins poussées, toutes d'un beau mouvement et d'une grâce exquise.
N° 212.—BOTTICELLI. Étude admirable pour la Vénus de la National Gallery de Londres.
Nos 200, 201, 202.—BOTTICELLI. Études.
N° 203.—BOTTICELLI. Étude connue sous le nom de «Circé». Deux femmes nues drapées de gazes sont à côté d'un brasier où l'une d'elles prend des tisons.
N° 1440.—PIERO DELLA FRANCESCA. Esquisse de «la Résurrection» de Borgo San Sepolcro.
N° 184 T.—FRA FILIPPO LIPPI. Dessin rehaussé de blanc, la Vierge adorant l'Enfant soutenu par deux anges, carton du tableau.
N° 1307.—Placé dans la troisième salle de l'école Toscane.
N° 139.—FILIPPINO LIPPI. Étude de tête pour la Vierge de la Badia (bistre).
N° 129.—FILIPPINO LIPPI. Étude pour le Saint Bernard de la Badia.
FILIPPINO LIPPI. Esquisses à la plume et études pour les fresques de la chapelle Strozzi à Sainte-Marie Nouvelle.
La paroi gauche de la salle est occupée par des dessins de maîtres divers.
Ceux de MANTEGNA sont de premier ordre; ils semblent des bas-reliefs antiques.
N° 395.—Hercule étouffant Antée.
N° 397.—Merveilleux dessin de Vierge en adoration.
N° 404.—Judith mettant la tête d'Holopherne dans un sac présenté par sa suivante.
Étude plume, bistre et noir, d'une rare perfection. Elle porte la date de 1491.
N° 336.—Femme dont le vêtement s'envole. Les dessins de GHIRLANDAJO sont presque tous des compositions et des études de sa fameuse fresque du chœur de Sainte-Marie Nouvelle.
Nos 1246 et 1250.—SIGNORELLI. Études de démons et de damnés pour la chapelle Saint-Brizio d'Orvieto.
N° 566.—SODOMA. Buste de jeune homme couronné de lauriers, admirable dessin au crayon de couleur.
N° 594.—JEAN BELLIN. Portrait de jeune homme à la sanguine, qu'on croit être le sien.
Des dessins de SÉBASTIEN DEL PIOMBO, d'autres d'ANDREA DEL SARTO, compositions ou études pour les fresques exécutées à Florence, sont dignes de remarque. Les maîtres vénitiens sont aussi nombreusement et bien représentés.
Salle II.
N° 164.—PIERRE PÉRUGIN est représenté par des dessins de premier ordre. Dans un même cadre se trouvent réunies les trois feuilles de la composition du tableau de la «Déposition de Croix» du Musée Pitti. Toutes les figures de cette pièce remarquable sont exécutées à l'aquarelle rehaussée de blanc et précieusement finies.
Autre étude pour la fresque du couvent de Sainte-Madeleine des Pazzi.
N° 408.—Sainte Catherine, étude pour le tableau de Bologne.
N° 402.—Vénus et l'Amour, étude pour le Cambio de Pérouse.
Vingt-sept précieux dessins de LÉONARD DE VINCI de la plus grande rareté atteignent tous le summum de la perfection.
N° 435 (1re salle).—Admirable lutte d'une chimère contre un lion (au lavis).
N° 426.—Tête de jeune femme couverte d'un voile.
N° 425.—Tête de femme vue de face.
N° 414.—Jeune femme au crayon rouge, en buste.
N°427.—Admirable portrait d'homme, crayon rouge et noir.
N°419.—Tête de jeune femme au crayon rouge, d'un modelé précieux, véritable petit chef-d'œuvre. Son front est couvert d'un voile retenu par une bandelette, ses longs cheveux tombent sur ses épaules, son profil noble et délicat a une expression énigmatique.
N° 428.—Étude de tête pour une Madeleine, à la plume et au bistre.
Puis des études de draperies à la détrempe, des caricatures, des études sur le laid, et enfin une curieuse feuille avec des esquisses de machines annotée de la main de Léonard et datée de 1478.
Trente-sept dessins sont de la main de Raphaël. Quelques critiques que l'on puisse justement adresser à l'incroyable fécondité de Raphaël et à sa facilité trop excessive, comme dessinateur il est incomparable et la pureté de son style reste unique.
«La Cavalcata». Un de ses plus fameux dessins à la plume, rehaussé d'aquarelle. Il porte en haut l'explication du sujet et représente un des épisodes de la vie d'Æneas Silvius Piccolomini, celui où il se rend au concile de Bâle.
Le Pinturicchio, qui avait reçu la mission de retracer la vie d'Æneas sur les murs de la Libreria de Sienne, n'avait pas eu de cesse qu'il n'eût obtenu de son jeune camarade d'atelier que celui-ci exécutât un des sujets à son choix. Le dessin en question est l'étude de cette composition.
N° 259.—Étude pour le petit Saint George du musée de l'Hermitage de Saint-Pétersbourg.
N° 530.—Étude pour le petit Saint George de la National Gallery à Londres.
N° 521.—Étude pour la femme portant des amphores dans «l'Incendie du Bourg» (Vatican, Chambres).
N° 531.—Dessin appelé «l'Idolino». Bacchus jeune porte un vase sur sa tête.
Dessin pour la «Déposition de Croix» du musée Borghèse à Rome.
Étude au crayon rouge pour la «Vierge au voile» de la Tribune du Louvre.
Étude pour le «Saint Jean dans le désert» de la Tribune.
N° 1127.—Deux aquarelles rehaussées de blanc pour les loges du Vatican: «l'Adoration du veau d'or» et «Moïse faisant jaillir l'eau du rocher».
Au crayon noir, la première esquisse de la «Vierge du Grand-Duc» du musée Pitti. Au crayon rouge la composition de la «Madonna del Pesce» du musée du Prado à Madrid.
Enfin, à l'aquarelle rehaussée de blanc, le fameux dessin de la peste dit «il Morbetto» qui a été gravé par Marc-Antoine.
Les dessins de Michel-Ange, au nombre de vingt, sont autant de chefs-d'œuvre.
N° 608.—L'un d'eux offre le plus grand intérêt. A la plume et à l'aquarelle, il donne le plan du fameux tombeau de Jules II, inexécuté, au grand désespoir du maître.
N° 607.—Esquisse des tombeaux des Médicis à la sacristie neuve de Saint-Laurent.
Deux esquisses du célèbre carton détruit de la «Bataille des Florentins et des Pisans».
N° 599.—Têtes de femmes; l'une d'elles, casquée et la poitrine nue, passe pour être le portrait de Vittoria Colonna.
N° 594.—Étude pour un des esclaves de la Sixtine.
N° 601.—La Furie appelée aussi «el Damnato». Tête de face, la bouche ouverte et convulsée, les yeux féroces, les cheveux hérissés sous une draperie soulevée par le vent.
Nos 606, 613, 616.—Études pour la Sixtine.
N° 601.—Ganymède (sanguine).
N° 614.—La Prudence, assise, avec son miroir, protège un enfant contre la Folie symbolisée par un autre enfant caché derrière un masque.
N° 609.—La Fortune, le torse nu, à cheval sur sa roue.
3e Salle.
N° 1123.—ANTONIO POLLAJUOLO. Christ en croix entre la Vierge et saint Jean.
N° 1129.—GHIRLANDAJO. «Le Mariage de sainte Catherine.» Figures en camaïeu rehaussées de ton chair.
ALBERT DÜRER, dessins à la plume, précieux d'exécution et admirables de composition.
N° 1077.—«Jésus portant sa Croix».
N° 1060.—Tête de jeune négresse.
N° 1063.—Homme debout, en armure, monté sur un lion; derrière lui, femme montée sur un chien.
N° 1073.—«Le Cavalier de la Mort».
N° 1074.—«Le Fauconnier».
N° 1068.—«Déposition de Croix».
N° 1082.—MARTIN SCHÖNGAUER, soldat combattant contre un diable.
N° 1080.—Tête de Madeleine.
N° 1084.—ROGER VAN DER WEYDEN. Vision, personnages debout, agenouillés devant une fenêtre; étude pour le tableau de Berlin.
A côté de la salle de Lorenzo Monaco, se trouve l'escalier descendant à la galerie qui relie les Offices au palais Pitti en traversant l'Arno sur le Ponte Vecchio. On remarque d'abord, dans cet interminable passage, des gravures sur bois et sur cuivre des maîtres italiens, jusqu'à MARC-ANTOINE RAIMONDI; d'autres plus intéressantes sont celles de MANTEGNA, de DÜRER et de MARTIN SCHÖNGAUER; des vues des villes italiennes au XVIIe siècle, et enfin une grande collection de portraits tous mauvais, mais intéressants au point de vue de l'histoire du costume: membres de la famille des Médicis, Papes, Cardinaux, Sultans, Rois de France; portraits de dames de la Cour d'Angleterre et de Florentines renommées pour leur beauté.
III
DES OFFICES A SANTA CROCE
LE BARGELLO, VIA DEL PROCONSOLO, LA BADIA, VIA GHIBELLINA, MUSÉE BUONARROTI, INSTITUT PHILHARMONIQUE, PLACE SANTA CROCE, SANTA CROCE, SAN AMBROGIO.
LE BARGELLO. La Révolution de 1250 ayant supprimé la charge de podestat, elle fut rétablie en 1255 et la Seigneurie décréta, pour loger ce magistrat suprême de la République, la construction d'un palais pouvant tout à la fois lui servir de demeure et de prison. TADDEO GADDI fut donc chargé d'élever un édifice destiné à ce double usage. En effet, la situation de ce souverain juge était peu enviable. Pour que son impartialité fût absolue dans l'exercice de ses fonctions, il devait être choisi à l'étranger et être non seulement comte et guelfe, mais encore n'avoir ni amitié ni parenté dans la ville. Une fois entré en charge et investi de sa redoutable puissance, il devait vivre solitaire et séquestré dans son palais, car les Florentins avaient mis à l'exercice de ce pouvoir les conditions les plus dures. Le podestat devait ne partager ses repas avec qui que ce fût, n'adresser dans la rue la parole à personne, ne marcher qu'avec une escorte de pages et de cavaliers armés. S'il était marié et père de famille, pendant l'année que durait son pouvoir, il ne pouvait ni voir sa femme ou ses enfants, ni même leur donner signe de vie. Enfin, avant de résigner sa charge, il lui fallait rendre compte du somptueux mobilier dont il avait dû reconnaître l'inventaire.
La méfiance d'un peuple jaloux, la dureté d'un juge choisi pour être inexorable, les sentiments inspirés par ce tyran à la fois tout-puissant et tenu en captivité, sont exprimés avec force dans ce monument où s'allient une richesse sombre et la sévérité la plus grande.
L'extérieur du Bargello a l'aspect austère d'une forteresse; sa masse sinistre, couronnée de mâchicoulis et de créneaux, est à peine percée de rares fenêtres; et la tour carrée, élevée à un de ses angles, contribue encore à accentuer ce caractère.
Sous les Médicis, tout ce qui pouvait rappeler la grandeur de la République étant proscrit, le palais du Podestat devint cour criminelle, siège de la police, prison, le «Bargello» pour tout dire en un mot. Il renferme aujourd'hui le musée national et contient des objets d'art remarquables.
Sous la voûte d'entrée deux salles voûtées divisées en nefs par des piliers, décorées des armoiries des anciens podestats, renferment des collections d'armes intéressantes pour l'histoire de la ville. Les deux pièces les plus importantes, placées à l'extrémité de la salle, sont une rondache et un casque, œuvres de BENVENUTO CELLINI exécutées pour François Ier, roi de France.
La rondache représente l'histoire de Persée et d'Andromède. Le casque, surmonté d'une chimère, est décoré d'une riche ornementation dorée en relief.
La cour du Bargello forme un carré dont une face est occupée par le mur froid et nu de la sévère construction de Taddeo Gaddi, tandis que les trois autres sont atténuées par un portique dont les arcades cintrées sont supportées par des colonnes. Cette partie fut construite vers 1350 par BENCI DI CIONE et NERI FIORAVANTI. Pour donner un accès plus facile au palais, les architectes du XIVe siècle élevèrent contre l'aile de Taddeo un escalier coupé par un palier fermé d'une grille qu'ils firent aboutir à une loggia ouverte sur tout un côté de la cour. La décoration des murs de cette cour, unique en son genre, est aussi variée qu'intéressante; elle est formée par les écussons en relief des podestats semés à profusion sur ses quatre faces et affectant toutes les formes. Ils sont en pierre dure ou en marbre avec les traces des peintures qui les rehaussaient.
Au milieu de ces marques de la puissance des podestats, la République, toujours jalouse de sa suprématie, a placé partout l'empreinte de son autorité et partout se retrouvent les armes de la ville, des Guelfes et du peuple. Le même sentiment apparaît encore sous les portiques où sont encastrés les écussons peints en relief des divers «sestiere», tandis qu'aux voûtes sont représentées les armes de leurs gonfalons.
Sous les portiques au rez-de-chaussée s'ouvrent deux salles:
I
Tombeaux du XIVe siècle.
II
Sculptures des XVe et XVIe siècles.
Cinq bas-reliefs d'une grande allure, de BENEDETTO DA ROVEZZANO. Ils proviennent du tombeau de saint Gualbert et furent mutilés par les Espagnols après le siège de Florence (1519). L'intérêt particulier de cette salle est dans les nombreuses œuvres de MICHEL-ANGE qu'elle contient.
A.—Buste de Brutus. Cette figure énergique et sombre ne pouvait manquer de séduire Michel-Ange. Ce buste, fait à l'époque où le maître quitta définitivement Florence pour Rome, reflète les pensées dont il était alors hanté et dont l'inscription du socle est un si frappant témoignage.
Dum Bruti effigiem sculptor de marmore ducit, In mentem sceleris venit et abstinuit.
Semblable en cela aux statues de San Lorenzo, le buste, inachevé, fut abandonné à la même époque.
B.—Masque de satyre édenté.
C.—La Vierge, l'Enfant et Saint Jean. La tête de la Vierge, seule partie achevée de ce médaillon, est d'une rare beauté.
D.—Bacchus ivre. Cette statue fut exécutée en 1497, pendant le premier séjour de Michel-Ange à Rome, pour A. Galli. Le maître a cherché à reproduire l'antique Dionysos, et a représenté le dieu sous la forme d'un très jeune homme aux formes élégantes, dont la figure exprime l'ivresse par la fixité du regard. Il est couronné de grappes de raisin et tient une coupe.
E.—Petit groupe de Léda et du Cygne.
F.—Réduction en marbre du Moïse.
PREMIER ÉTAGE
Sous la loggia sont conservées cinq cloches de bronze. La plus ancienne, fort simple, est datée de 1183.
Une autre, un peu plus grande, porte le millésime de 1249 et a été fondue par BARTOLOMEO PISANO.
La troisième est de 1352.
La quatrième, ornée des bas-reliefs du Calvaire et de l'Annonciation, est de 1670.
La cinquième, de 1675, est la plus ornée.
Ainsi que la précédente, elle est l'œuvre de GIOVANNI CENNI.
Salle I (à droite de la loggia).
Cette salle est exclusivement consacrée à DONATELLO, ce grand et puissant génie, malheureusement parfois trop inégal et inférieur à lui-même. Il faut citer en tout premier lieu les quatre admirables bas-reliefs de Rondes d'enfants qu'il exécuta de 1433 à 1440 pour une des tribunes des orgues de la cathédrale; ils faisaient face à ceux de Luca della Robbia; et ils reproduisent avec des variantes ceux de la chaire de Prato.
Donatello traita ses sujets tout autrement que ne le fit Luca et ce qui, à cette heure, constitue la remarquable supériorité de l'œuvre de Luca sur celle de Donatello fut tout justement ce qui, lors de leur mise en place, donna l'avantage à Donatello. En effet, la condition essentielle de l'œuvre décorative doit être de se subordonner à la place qu'elle doit occuper et c'est à cet unique point de vue que se plaça Donatello. Comme ses bas-reliefs destinés à la tribune d'un orgue devaient être vus à une grande hauteur, il se préoccupa seulement de l'effet à produire à distance. De là sont venus ces modelés trop sommaires, ces raccourcis trop osés dans les figures de second plan, enfin ces défauts destinés à donner à l'ensemble vu de loin, une vigueur et une netteté incomparables.
Original du Marzocco en pierre grise.
L'Amour appelé aussi le Cupidon. La grâce et la poésie qui débordent de cette figure bizarre sont inexprimables. Ces ailes naissantes, ces serpents enroulés autour des pieds, ces culottes maladroitement assujetties, forment le mélange le plus imprévu et le plus attachant. Quelle naïveté dans l'attitude du jeune dieu les bras encore levés, après qu'ils ont lancé la flèche vers un but invisible; quelle malice et quelle joie dans ce regard gai et narquois tout ensemble!
David. Le séjour que Donatello fit à Rome de 1432 à 1433 développa certainement les tendances latentes de son esprit secrètement influencé par l'antiquité. Aussi quand, à son retour, Cosme lui commanda une statue en bronze destinée au Palais Vieux, cette statue fut le David, c'est-à-dire la première et parfaite étude de nu exécutée par les sculpteurs de la Renaissance. Le jeune pâtre a pour tout costume un pétase et des jambières; il est debout, un pied posé sur la tête de Goliath, le glaive dans la main droite et une pierre dans la main gauche qu'il appuie sur sa hanche. Son visage entouré de longs cheveux bouclés rayonne de joie et son beau corps trahit la force et la jeunesse. Il y a dans la poésie de cette figure enchanteresse un parfum antique et biblique tout ensemble qui lui donne sa grâce et son charme inexprimables.
Buste en terre cuite colorée de Niccolò da Uzzano, homme politique florentin considérable.
Ce morceau prodigieux est d'un réalisme à outrance, effrayant et d'une brutalité presque féroce. La tête est si profondément fouillée qu'elle paraît comme ravagée; on la dirait moulée sur nature, tant la laideur saisissante du modèle, galvanisée par l'intelligence, déborde de vie.
Buste en bas-relief et en pierre grise de Saint Jean-Baptiste enfant. La figure de saint Jean est une de celles qui tentèrent le plus l'imagination de Donatello; il représenta le saint en ronde bosse, en bas-relief, en buste, en pied, dans toutes les situations, à tous les âges, tant il s'était épris de passion pour l'ascète austère et le précurseur enthousiaste avec lequel les caractères osés de son art et de sa propre nature lui donnaient tant de points de contact.
Autre statue en marbre de Saint Jean-Baptiste en pied et debout. Donatello a représenté ici l'ascète décharné, aux traits sévères et inspirés; le prophète dévoré par le feu de l'enthousiasme ou illuminé par la vision intérieure.
David. Cette statue en marbre et en pied semble être la première étude que Donatello ait faite pour son Saint Georges, le chef-d'œuvre d'Or San Michele (1408). La pose et les draperies sont les mêmes, seulement avec des proportions moins parfaites et une expression incomplète.
A côté des Donatello, quelques sculptures marquantes se trouvent encore réunies dans cette première salle.
La plus célèbre est l'Adonis mourant de Michel-Ange. Cette œuvre paraît avoir été exécutée vers 1502, comme un délassement du labeur qu'imposait au maître son colossal David. Aussi peut-on presque dire que l'Adonis garde quelques traces de cette simultanéité et que les proportions y semblent un peu outrepasser le sujet. La tête est fort belle, et la chevelure, par son arrangement, se rattache au type adopté plus tard par Michel-Ange et dont la statue de Julien de Nemours fut la réalisation la plus haute. Cette composition doit pourtant être considérée comme secondaire dans l'œuvre du maître.
MICHEL-ANGE. Groupe nommé la Victoire. Vainqueur agenouillé sur un vaincu et ramenant son manteau dérangé par la lutte. Ce groupe n'est pas des meilleurs.
Salle II (dans la tour).
Meubles anciens et cristaux
Salle III.
Cette salle précède la chapelle et elle était nommée la salle des Condamnés, parce qu'ils y attendaient l'heure de leur dernière prière.
Elle renferme la collection des anciens vases de la pharmacie du couvent de San Marco, en faïence de Faënza, XVIe siècle.
Salle IV (chapelle).
Elle est décorée de fresques célèbres du GIOTTO respectées par l'incendie de 1337, mais malheureusement très détériorées par des badigeonnages successifs et par le partage, sous les Médicis, de la chapelle en trois étages de prisons.
Les huit divisions du mur de droite sont consacrées à sainte Madeleine et à sainte Marie l'Égyptienne. Le fond est occupé par le Paradis avec les portraits de Dante, de Corso Donati et de Brunetto Latini. Au-dessous de cette fresque deux petits panneaux sont attribués à GHIRLANDAJO. Ils sont datés de 1490 et représentent la Vierge et Saint Gérôme. Des stalles en marqueterie et le lutrin sont de bons ouvrages du XVe siècle.
Dans une vitrine, petit bas-relief en pierre de Sonthofen, par ALBERT DÜRER. Avec une finesse excessive, il représente Adam et Ève au pied de l'arbre de la connaissance où est enroulé le serpent.
Autre vitrine. La Cène, retable en argent doré, par JEAN DE BOLOGNE.
Huit baisers de paix en argent niellé et en émaux, dont trois sont d'admirables œuvres d'art.
I. La plus remarquable pièce des nielles, le Couronnement de la Vierge, fut exécuté en 1452, par MASO FINIGUERRA, pour le Baptistère Saint-Jean.
Maso, né à Florence en 1425, excellait dans l'art des nielles; c'est en travaillant à ce genre de gravure, qu'il imagina d'en tirer à l'aide de la presse des épreuves sur papier, invention qui fait de lui le créateur d'un art nouveau, celui de la gravure.
II. Autre paix niellée d'un beau caractère, le Crucifiement, pièce exécutée également pour le Baptistère, par MATTEO DEI.
III. La Déposition de Croix, ouvrage de toute beauté, d'ANTONIO POLLAJUOLO, en émail sur paillons.
Salle V.
1° Ivoires. 2° Ouvrages en ambre des XVIIe et XVIIIe siècles.
A.—Deux admirables triptyques d'ivoire des XIIIe et XIVe siècles, par ANDREA ORCAGNA.
B.—Deux superbes selles en ivoire du XIVe siècle: l'une, un travail allemand avec figures de princes, de chevaliers, de dames en bas-relief sur fond noir; l'autre, italienne, avec la devise «Amor aspetta tempo», ornée de scènes de chasse, d'armoiries et d'ornements fantastiques.
3° Coupes du XVIe siècle en cristal taillé et gravé. Certaines de ces pièces sont d'une rare beauté.
Salle VI (Bronzes).
GHIBERTI. Reliquaire de sainte Jacinthe. Il a la forme d'un petit sarcophage antique dont la face principale est simplement ornée de deux anges d'un mouvement gracieux qui soutiennent une couronne. Ghiberti montre une fois de plus dans cette œuvre combien il gagne à la simplicité (1428).
BRUNELLESCHI et GHIBERTI. Deux médaillons dorés polylobés représentant le Sacrifice d'Abraham. Ces médaillons sont les fameuses pièces du concours pour les portes du Baptistère à la suite duquel Brunelleschi retira sa candidature (1403).
Dans le relief de Brunelleschi se trouve déjà fortement accusée la tendance au naturalisme qui se développa chez Donatello. Le mouvement d'Abraham est sauvage, l'ange arrête son bras d'un geste peu admissible, le bélier et l'âne sont autant de recherches réalistes. A gauche, Brunelleschi a placé le tireur d'épines, «le Spinaro», dont l'antique venait d'être découvert. La composition manque d'unité, de simplicité et de grandeur.
Ghiberti au contraire sut tirer parti du sujet avec un art incomparable et placer ses personnages en observant strictement la loi de la valeur des plans. La figure d'Isaac retourné vers son père pour le questionner est de premier ordre.
LORENZO VECCHIETTA de Sienne (1412-1480). Statue couchée de Mariano Soccino provenant de son tombeau et certainement modelée sur le cadavre.
VERROCCHIO. Le David (1476). Cette statue fut exécutée sur l'ordre de Laurent le Magnifique désireux de voir, dans un sujet analogue, le Verrocchio surpasser Donatello. Il devient donc très intéressant de comparer deux œuvres si dissemblables. Tandis que Donatello faisait de son David un héros idéal, sorte de Persée moderne, Verrocchio faisait du sien un adolescent, presque un enfant, dont les formes encore frêles et anguleuses semblent plutôt délicates. Ce qui est de premier ordre est la tête adorable dont le sourire énigmatique et mystérieux est déjà celui du Vinci, les cheveux courts et bouclés encadrent le visage où à la joie du triomphe s'allie une certaine timidité.
Dans la vitrine.
ANTONIO DEL POLLAJUOLO. Petit groupe d'Hercule étouffant Cacus, d'une sauvage énergie et d'une superbe allure.
Salle VII (Bronzes).—BENVENUTO CELLINI. Buste colossal de Cosme Ier.
BENVENUTO CELLINI. Deux modèles pour son Persée. Ils présentent des différences notables; l'un est en bronze, l'autre en cire: ce dernier, très supérieur, même à l'exécution définitive, par la simplicité des attitudes et des formes.
DONATELLO. Petite frise en relief représentant une Bacchanale d'Enfants qui traînent le vieux Silène ivre dans un char. Ce petit chef-d'œuvre, exécuté pour Cosme de Médicis, est ce qui a pu exister depuis l'antiquité de plus parfait en ce genre.
JEAN DE BOLOGNE. Le Mercure. Cette statue, faite en 1598 pour une fontaine de la Villa Médicis, à Rome, est certainement la maîtresse œuvre de Jean de Bologne, celle où, dans une période de décadence, il s'est le plus rapproché de l'antiquité. Mercure s'envole d'un mouvement léger, au souffle d'Éole dont la tête lui sert de base.
DEUXIÈME ÉTAGE
Salle I.—Elle est décorée de huit portraits à la fresque peints par ANDREA DEL CASTAGNO en 1430, pour la Villa Carducci à Legnaia, et représentant en pied et plus grands que nature des poètes, des héros et des sibylles.
1° Dominus Philippus Descolaris Relator Victorie Theucrus. Filippe Scolari del Pipo Spano, chef du comitat de Temeswar, vainqueur des Turcs. Il est en armure et tient son yatagan des deux mains.
2° Dominus Farinata de Ubertis, sue patrie liberator (Farinata degli Uberti), de profil, en armure, avec surcot et bonnet rouge; il s'appuie sur son épée.
3° Magnus Tetrarcha d'Acciarolis neapleani regni dispensator (Niccolò Acciajuoli, grand sénéchal de Naples, fondateur de la chartreuse d'Ema). Une robe bleuâtre à longues manches de fourrure recouvre son armure; il tient le bâton de commandement.
4° Sibylle de Cumes en tunique rouge à reflets bleuâtres sur une jupe verte. Elle tient un livre et lit, le doigt au ciel.
5° Esther Regina, gentis suæ liberatrix. Demi-figure formant dessus de porte, robe et voile blancs bordés d'or, manteau vert, couronne en tête, dans une attitude pleine de noblesse.
6° Thomirta se de filio et patriam liberavit suam (Tomyris).
C'est une guerrière en robe jaune, les bras recouverts d'une armure, fièrement campée; elle s'appuie sur sa lance, qu'elle tient la pointe en terre.
7° Dantes de Alligieris, Florentinus (Dante Alighieri), en robe rouge.
8° Dominus Franceschus Petrarcha. Pétrarque est en manteau rouge fendu pour le passage des bras, la tête couverte d'un capuchon doublé de vert.
9° Dominus Johannes Boccacum (Boccace) en manteau bleuâtre et capuchon rouge.
Cette œuvre magistrale est malheureusement très mal placée; les personnages sont hors de proportion avec la salle, ce qui est nuisible pour le bon effet de l'ensemble.
Salle II.—Bas-reliefs en terre cuite émaillée par les DELLA ROBBIA. Les plus anciens, bleus sur fond blanc, sont d'Andrea; il faut remarquer deux Vierges, dont l'une a un joli socle en grès du style de Donatello. Les moins anciens sont de Giovanni et polychromes: Annonciation, Adoration de l'Enfant (1521), Pietà, Jésus et Madeleine, saint Dominique et cinq Saintes.
Trois vitrines contiennent des faïences.
1°.—Urbino. Vases, coupes et plats: décor raphaélesque.
2°.—Urbino, avec sujets. Deruta et Gubbio, très fins.
3°.—Faenza, Florence et divers. Belle collection avec quelques pièces hors ligne. Buste en terre cuite donné comme étant le portrait de Charles VIII, roi de France et l'œuvre d'ANTONIO DEL POLLAJUOLO.
Coupe en verre de Venise bleu, avec décoration peinte représentant le Triomphe de la Justice suivie des autres Vertus (XVe siècle).
Salle III.—Dans la tour. Suite de tapisseries allégoriques des Gobelins représentant les Cinq parties du monde, d'après LEONARDO BERNINI (1719).
En revenant sur ses pas, à gauche de la salle I, on passe dans la:
Salle V (marbres).—MINO DA FIESOLE. Buste de Rinaldo della Luna (1461), figure d'un aspect sévère.
ANDREA VERROCCHIO. Curieux haut relief représentant la femme d'un Tornabuoni, Francesca Pitti, morte en couches, et la remise de l'enfant au père éploré.
ANDREA VERROCCHIO. Portrait en bas-relief de Frédéric Montefeltro, de profil à gauche; portrait en bas-relief de FRANCESCO SFORZA, de profil à droite.
BENEDETTO DA MAJANO. Buste de Pietro Mellini, le donateur de la chaire de Santa Croce, tête très énergique, couturée de rides; il est vêtu d'une robe qui couvre ses épaules et où sont figurés des rinceaux de damas.
MINO DA FIESOLE. Bas-relief. Buste de Jeune femme et Sainte Famille.
ANTONIO DEL POLLAJUOLO. Buste dit le Jeune Guerrier, en terre cuite. Cette œuvre admirable est marquée du caractère puissant du maître. La tête imberbe, d'une énergie farouche et indomptable, est encadrée de cheveux coupés à la florentine et casquée d'une chimère. La cuirasse forme un buste bombé dont les bras sont absents; Pollajuolo y a représenté en bas-relief ses sujets favoris. D'un côté Hercule terrassant l'hydre de Lerne, et de l'autre Hercule vainqueur du sanglier d'Érymanthe.
Un second buste en terre cuite, connu sous le nom du Prêtre Florentin, a été indûment attribué à Antonio del Pollajuolo dont il n'a aucun des caractères; il paraît plutôt être l'œuvre de BENEDETTO DA MAJANO. C'est un jeune homme coiffé à la florentine, sans barbe, et portant une soutanelle ajustée avec une ligne de petits boutons.
Salle VI (marbres).—VERROCCHIO. La Vierge et l'Enfant Jésus. Bas-relief.
VERROCCHIO. Buste de femme serrant un petit bouquet sur sa poitrine. Tête plate peu agréable.
MATTEO CIVITALI. La Foi (bas-relief). Gracieuse figure de jeune femme assise dans une niche. Ses mains sont jointes en adoration devant le calice que lui apportent des chérubins. Une des rares œuvres de ce maître charmant dont les compositions sont presque toutes à sa ville natale, Lucques.
MINO DA FIESOLE. Buste de Pierre de Médicis le Goutteux.
MINO DA FIESOLE. Médaillon. La Vierge et l'Enfant.
BENEDETTO DA MAJANO. Saint Jean. Le saint, sous les traits d'un adolescent en tunique de peau de mouton, est maigre et décharné.
SANSOVINO. Statue de Bacchus, jeune, levant une coupe.
MICHEL-ANGE. Apollon (statue ébauchée). Il est adossé contre un tronc d'arbre, fléchissant la jambe droite placée sur une élévation, et regarde en arrière. Il porte sa main gauche à hauteur de l'épaule droite pour saisir une flèche dans un carquois. Cette œuvre, quoique à peine tirée du bloc, est admirable et rappelle la beauté des statues antiques.
Salle IV (sceaux et monnaies).—Suite de six tapisseries des Gobelins d'après Oudry. Chasses de Louis XV.
VIA DEL PROCONSOLO.
PALAZZO NONFINITO (occupé par le télégraphe). Construit en 1592 par BUONTALENTI. Lourde façade du style Barocco.
Au numéro 10 le PALAZZO DE RASTI (anciennement Quaratesi) a été construit par BRUNELLESCHI dans le style des beaux palais de Florence; il porte les armoiries des Pazzi, ses anciens propriétaires.
L'ÉGLISE DE LA BADIA fondée en l'an 1000 et reconstruite en 1285 par ARNOLFO DI CAMBIO, fut remaniée en 1625 par Ségaloni qui ne conserva de l'édifice précédent que le chevet et le ravissant clocher octogonal de 1330, dont la flèche de pierre forme avec la tour du Bargello un des points de vue les plus caractéristiques de Florence.
MINO DA FIESOLE obtint, après avoir terminé le monument de Salutati à Fiesole, la commande des deux tombeaux qui décorent la Badia:
1° A droite de l'entrée. La Vierge assise avec l'Enfant entre deux diacres; bas-relief à trois divisions où Mino n'est resté que trop fidèle au retable de la chapelle de Salutati.
2° Dans le bras gauche du transept, tombeau du comte Hugo, bienfaiteur de l'église (1481).
Dans ces deux monuments, Mino copia, pour ainsi dire, les tombeaux du Marsuppini et de Bruni de Santa Croce, plaçant les sarcophages sous une arcade et les surmontant de l'effigie couchée des défunts.
Dans la chapelle de la famille del Bianco, à gauche de l'entrée, le tableau d'autel: l'Apparition de la Vierge à saint Bernard, a été peint en 1480 par FILIPPINO LIPPI, encore à cette époque dans l'atelier de Botticelli. Saint Bernard, en robe blanche drapée à la perfection, est assis devant un rocher lui servant d'ermitage, dans les anfractuosités duquel sont placés ses livres. Le pupitre où il écrit est disposé sur un tronc d'arbre, mais il interrompt son travail et reste plongé dans une profonde adoration au moment où la Vierge lui apparaît et vient poser la main sur son manuscrit. La Vierge est entourée d'un groupe charmant de petits anges tout surpris de se trouver sur la terre et qui, par leur attitude, manifestent leur curiosité. Dans le bas du tableau, le donateur, à mi-corps, vêtu d'une robe noire à revers rouges, joint les mains en prière.
Cette composition, charmante de délicatesse et d'expression, a conservé toute sa vivacité de coloris, et l'ensemble est si parfait qu'on peut vraiment la considérer comme le chef-d'œuvre de Filippino Lippi.
Le cloître est entouré de deux étages de portiques. Sous le portique supérieur sont conservées des fresques d'ANTONIO SOLARIO LE ZINGARO (1512) d'un joli ton doré. Toutes ces peintures retracent la Vie de saint Benoît et semblent comme la préparation aux fresques si remarquables traitant le même sujet à l'église de San Severino, à Naples.
L'œuvre de la Badia, fort intéressante, montre des perspectives très bien traitées et des groupements harmonieux. Quelques-unes de ces compositions sont même de premier ordre; il faut citer:
A.—Saint Benoît enfant prie aux côtés de sa mère.
B.—Saint Benoît reçoit l'habit.
C.—Apparition d'un ange pour inviter le saint à la vie monacale.
D.—Portique avec des moines agenouillés et debout.
E.—Maure sauve Placide qui se noie.
F.—Repas des moines.
G.—Seigneurs et dames à cheval.
CASA BUONARROTI (Musée Michel-Ange, 64, Via Ghibellina).—Cette maison où Michel-Ange vécut à Florence fut consacrée au XVIIe siècle par son arrière-neveu le poète, son homonyme, à la gloire de son grand-oncle. Il la fit décorer, en 1620, par les meilleurs artistes de ce temps, de fresques et de peintures sur toile où sont retracés les principaux faits de la vie de Michel-Ange.
La «Casa Buonarroti» est en somme un musée intime et fort inégal, où, à côté de documents écrits, lettres autographes, papiers de famille, dessins d'architecture et croquis de toute sorte, brillent quelques pièces inestimables, comme le bas-relief de «la Guerre des Centaures et des Lapithes», celui de «la Vierge assise avec l'Enfant», l'esquisse du «David», le modèle en terre cuite de la «Vierge de Médicis», et enfin ce merveilleux carton à la sanguine d'une «Vierge avec l'Enfant», morceau de toute beauté, d'une incomparable maîtrise.
Chambre I.—Combat des Centaures et des Lapithes, une des premières œuvres de Michel-Ange. Il avait dix-sept ans quand il entreprit ce travail. C'est une composition de style héroïque où tous les personnages sont nus et où règne dans la mêlée une étonnante fougue épique; ce morceau non terminé garde encore les traces du ciseau. La jeunesse du maître se révèle par de certaines inexpériences; il n'a pas introduit de variété dans les formes et toutes les figures ont une saillie si faible qu'elles en sont comme déprimées; pourtant on y reconnaît déjà quelques traits de cet idéal dont la poursuite sera la constante obsession de sa vie.
Chambre II.—Dessins originaux. Cadre I.—N° 2.—Buste de Cléopâtre bizarrement coiffée. Elle est entourée d'un serpent qui lui mord le sein.
N° 3.—Belle tête de vieille femme de profil.
Cadre 9.—N° 75.—Projet de façade pour Saint-Laurent de Florence.
Cadre 13.—N° 65.—Esquisse primitive du Jugement dernier.
Cadre 14.—N° 70.—Sacrifice d'Abraham.
Cadre 15.—N° 75.—La Vierge allaitant l'Enfant. Ce dessin de toute beauté est au crayon noir, rouge et blanc.
Cadres 25, 26, 27, 30, 31, 32.—Divers plans des fortifications de Florence, à la plume, au crayon rouge et au bistre, faites pendant le siège de 1529.
Dans la Chapelle se trouve l'admirable bas-relief (n° 72) de la Vierge assise avec l'Enfant auquel elle donne le sein. Cette composition que Michel-Ange exécuta à la fois en marbre et en bronze, vers l'âge de seize ans, est influencée par le génie de Donatello et montre la forte emprise qu'un tel maître exerça sur lui par son réalisme viril et son naturalisme puissant. Mais tout grand que soit Donatello, ce qui dès l'abord le différencie profondément de son génial élève, est que chez l'un l'œuvre se double volontiers du portrait et recherche l'individualité, tandis que chez l'autre la conception tout idéale jaillit de son puissant cerveau pour ainsi dire par génération spontanée.
N° 78.—La Vierge avec l'enfant Jésus. Maquette en terre cuite, pour le groupe en marbre de la nouvelle sacristie de Saint-Laurent. La tête manque.
Bibliothèque. Armoire V.—N° 10.—David. Deux petites statuettes en cire, délicieuses et premières ébauches du David colossal de l'Académie des Beaux-Arts.
INSTITUT PHILHARMONIQUE (83, Via Ghibellina).—Dans l'escalier, protégée par des volets, est la curieuse fresque du GIOTTINO, l'Expulsion du duc d'Athènes chassé de Florence en 1308, le jour de la Sainte-Anne. Aussi l'artiste a-t-il peint sainte Anne remettant aux nobles florentins agenouillés à ses côtés les étendards de la ville et du peuple, pendant qu'au fond de la fresque saint Zenobe chasse de son trône le duc, qui fuit en barque sur l'Arno.
PIAZZA SANTA CROCE où se trouvent le monument moderne du Dante, le Palazzo dell'Antella décoré de fresques de 1610 en partie effacées, et enfin, sur le côté est, la façade moderne de l'église Santa Croce.
SANTA CROCE fut construite par ARNOLFO DEL CAMBIO en 1294 pour les Franciscains. L'architecte était tenu par son contrat «à élever une église comme il convient à l'humilité d'un ordre mendiant», c'est-à-dire une église dont les dimensions contiendraient tout un peuple appelé par la vogue extraordinaire dont l'ordre jouissait alors, mais où tout viserait uniquement à la simplicité et à la pauvreté en rapport avec l'esprit de l'ordre. Aussi les dispositions d'Arnolfo furent-elles sévères et froides dans le détail, mais grandioses par les immenses dimensions de la nef et des bas-côtés, dont l'aspect majestueux rappelle la basilique antique. Mais les transepts et la branche supérieure de la croix, à peine figurée par un chœur court et mesquin, ne répondent aucunement à ces proportions.
Au milieu du mur terminal s'ouvre, en guise de chœur, une sorte de chapelle accompagnée de chaque côté de cinq chapelles moins importantes, ouvertes sur les transepts. A ces chapelles du mur oriental s'en ajoutent quatre autres, deux ouvertes sur le mur occidental et deux fermant les transepts.
Il était de mode, dès le XIVe siècle, de se faire enterrer à Santa Croce et toutes les grandes familles de Florence y avaient leurs caveaux. Cet usage se perpétua si bien que l'église est devenue en quelque sorte le panthéon de l'Italie. Les tombes qu'elle contient appartiennent à toutes les époques et se trouvent soit adossées aux murs des bas-côtés, soit encastrées dans le pavé de l'église.
Placée trop haut, au-dessus du portail de l'église, est la belle statue de Saint Louis de Toulouse par DONATELLO. Ses vêtements, d'une grande somptuosité, sont d'une exécution poussée à l'extrême.
La chaire, le chef-d'œuvre de BENEDETTO DA MAJANO, d'une extrême légèreté, malgré son excessive richesse, fut exécutée en 1475. Pour ne pas déranger les lignes de son monument, Benedetto dissimula l'escalier de la chaire dans un des piliers auxquels elle est adossée, qu'il creusa à cet effet, et qu'il ferma par une délicieuse porte en marqueterie ouverte sur le bas-côté. La chaire, en marbre blanc, est pentagonale, et ses cinq pans, séparés par des colonnettes portées sur des consoles, sont consacrés à l'histoire de saint François traitée à la manière de Ghiberti, c'est-à-dire avec des bas-reliefs en ronde bosse au premier plan, pour finir au fond par des méplats.
1°.—Le Pape approuvant l'ordre des Franciscains.
2°.—La destruction des livres hérésiarques.
3°.—Saint François recevant les Stigmates.
4°.—Obsèques du Saint.
5°.—Martyre de Franciscains.
Cinq petites niches intermédiaires contiennent des statuettes de la Foi, de l'Espérance, de la Charité, de la Justice et de la Force qui sont peut-être ce que la sculpture de la première Renaissance a produit de plus parfait.
Nef de droite.—Monument de Michel-Ange, érigé en 1570 et œuvre de VASARI. Des trois figures de la Sculpture, de l'Architecture et de la Peinture, la moins mauvaise, celle de l'Architecture, est de GIOVANNI DEL OPERE. Si Michel-Ange avait jamais pu prévoir que Vasari lui élèverait un jour un tel tombeau, sa mort certes en serait devenue amère.
Sur le pilier, au-dessus du bénitier, Madonna del Latte, bas-relief de ROSSELLINO.
Cénotaphe du Dante, affreux monument de 1829.