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France and England in North America, Part VII, Vol 2: A Half-Century of Conflict cover

France and England in North America, Part VII, Vol 2: A Half-Century of Conflict

Chapter 22: A.
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About This Book

A detailed historical narrative of mid-18th-century Franco-British struggle in North America, tracing French inland exploration toward the western sea, the creation and rivalry of frontier posts, and major military operations that sought control of trade and territory. It reconstructs expeditions and their encounters with Indigenous nations, the planning and execution of sieges and naval actions, and the logistical, political, and human strains on colonial forces. The work integrates campaign accounts with administrative correspondence to show how exploration, fortification, and warfare interlocked to shape the continental balance of power.

[268] N. Y. Col Docs., x. 147.

APPENDIX.

A.

CHAPTER XVII. ENGLAND HAS NO RIGHTFUL TITLES TO NORTH AMERICA, EXCEPT THOSE WHICH MAY BE GRANTED HER BY FRANCE.

Second Mémoire concernant les limites des Colonies presenté en 1720, par Bobé prêtre de la congregation de la Mission. à Versailles. Archives Nationales.

(Extracts, printed literatim.)

“L’année Dernier 1719 je presenté un Memoire Concernant les prétensions reciproques de la grande bretagne et de la france par Raport aux Colonies des deux Nations dans L’Amerique, et au Reglement des limites des dites Colonies.

“Je ne repete pas ce que j’ay dit dans ce memoire, je prie seulement que l’on pese bien tout ce que j’y dis pour Aneantir les prétensions des Anglois, et pour les Convaincre, s’ils veullent être de bonne foy, qu’elles sont des plus mal fondées, trés Exorbitantes, et mêmes injustes, qu’ayant usurpé sur La france presque tout ce qu’ils possedent en Amerique, ils deveroient luy rendre au lieu de luy demander, et qu’ils deveroient estimer Comme un tres grand avantage pour Eux, la Compensation que j’y propose pour finir cette affaire, laqu’elle, sans cette Compensation, renaitra toujours jusqu’a ce qu’enfin la france soit rentrée en paisible possession de tout ce qui luy appartient légitimement, et dont on ne L’a depoüilleé que par la force et La malheureuse Conjoncture des tems, qui sans doute tôt ou tard luy seront plus favorables.

“Il Est surprenant que les Anglois entendus Comme ils sont par Raport à leurs Interests, ne fassent pas attention qu’il Leurs est infiniment plus Avantageux de s’assurer, par un traité raisonnable, la tranquille et perpetuelle possession des payis ou ils etoient établis avant la paix D’utrecht, que de vouloir profiter des Conjonctures pour oster aux françois des payis qu’ils ne Cederont jamais de bon Coeur, et dont ils se rempareront quand ils trouveront l’occasion favorable pour Cela, se persuadant qu’il leur sera alors permis de reprendre par force, ce que par force on leurs à pris, et ce qu’ils ont été obligé de Ceder a Utrecht; et meme de reprendre au moins une partie des payis que l’angleterre à usurpez sur la france, qui ne les à jamais cedez par aucun traité que je scache....

“Jean Verazan par ordre de françois 1er. fit La decouverte de tous les payis et Costes qui sont Entre le 33e. et le 47e. Degre de latitude, et y fit deux voyages dont le dernier fut en 1523 et par ordre et au nom du dit Roy francois 1er. il prit possession de toute cette Coste et de tous ces payis, bien long tems avant que les Anglois y Eussent Eté.

“L’an 1562 Les françois s’établirent dans La Caroline. Champlain à La fin de la relation de ses voyages fait un chapitre exprez Dans lequel il prouve.

“1o. Que La france a pris possession de toutes les Costes et payis depuis la floride inclusivement jusqu’au fleuve St. Laurent inclusivemt., avant tout autre prince chrêtien.

“2o. Que nos roys ont eu, dez le Commancement des decouvertes des lieutenans generaux Dans ces payis et Costes.

“3o. Que Les françois les ont habitez avant les Anglois.

“4o. Que Les prétensions des Anglois sont Mal fondées.

“La Lecture De ce chapitre fait voir que Champlain prouve invinciblement tous ces chefs, et de maniere que les Anglois n’ont rien de bon à y repondre, de sorte que s’ils veullent être de bonne foy, ils doivent Convenir que tous ces payis appartiennent Légitimement à la france qu’ils s’en sont emparez et qu’ils les Retiennent Contre toute justice....

“Il Est A Remarquer que quoyque par le traité de St. germain l’angleterre dut restituer tout ce qu’elle Avoit occupé dans la Nouvelle france, et par Consequent toute la Coste depuis baston jusqu’a la virginie inclusivement (car alors les Anglois ne s’etoient pas encore emparez de la Caroline) laqu’elle Coste est Certainement partie de la Nouvelle france, les Anglois ne l’ont pas Cependant restituée et la gardent encore a present Contre la teneur du traité de St. Germain, quoy que la france ne L’ait point Cedée a L’angleterre ni par le dit traité ni par Aucun Autre que je scache.

“Cecy Merite La plus serieuse attention de la france, et qu’elle fasse Entendre serieusement aux Anglois que par le traité de St. germain ils se sont obligez de luy rendre toutte cette Coste, qui incontestablement est partie de la Nouvelle france, Comme je L’ay prouvé cy devant et encore plus au long dans mon 1r. memoire et Comme le prouvent Verazan, Champlain, Denis, et toutes les plus ancienes Cartes de l’amerique septentrionale....

“Or Le Commun Consentement de toute l’Europe est de depeindre la Nouvelle france S’étendant au moins au 35e. et 36e. degrez de latitude Ainsy qu’il appert par les mappe-mondes imprimées en Espagne, Italie, hollande, flandres, allemagne Et Angleterre même, Sinon depuis que les Anglois se sont Emparez des Costes de la Nouvelle france, ou est L’Acadie, Etechemains L’almouchicois, et la grande riviere de St. l’aurens, ou ils ont imposé a leur fantaisie des Noms de nouvelle Angleterre, Ecosse, et autres, mais il est mal aisé de pouvoir Effacer une chose qui est Connué De toute la Chretienteé D’ou je Conclus,

“1o. Quavant L’Usurpation faite par les Anglois, toute Cette Coste jusqu’au 35e. Degre s’appelloit Nouvelle france, laquelle Comprenoit outre plusieurs autres provinces, l’Etechemains, L’almouchicois, et L’acadie....

“Les Anglois Doivent remettre à La france le Port Royal, et La france doit insister vigoureusement sur cette restitution, et ordonner aux françois de Port Royal, Des Mines, et de Beaubassin, et autres lieux De reconaitre sa Majesté tres Chretiene pour leur Souverain, et leur deffendre d’obeir a aucun autre; de plus Commander a tous ces lieux et payis, et a toute la partie Septentrionale de la Peninsule, ainsi qu’aux payis des Almouchicois et des Etechemains [Maine, New Hampshire, and Massachusetts], de Reconaitre le gouverneur de l’isle Royale pour leur Gouverneur.

“Il Est même apropos De Comprendre Dans le Brevet de gouverneur de L’isle Royale tous ces payis jusqu’au Cap Cod....

“Que La france ne doit point souffrir que les Anglois s’etablissent Dans les payis qu’elle n’a pas Cedez.

“Qu’elle Doit incessament s’en remettre en possession, y Envoyer quantite D’habitans, et s’y fortifier de maniere qu’on puisse Arrêter les Anglois que depuis long tems tachent de s’emparer de l’amerique francoise dont ils Conaissent L’importance, et dont ils feroient un meilleur usage que celuy que les françois en font....

“Si les Anglois disent que les payis qui sont entre les rivieres de quinibequi [Kennebec] et de Ste. Croix font partie de la Nouvelle Angleterre.

Je leurs Repons

“1o. Qu’ils scavent bien le Contraire, que Ces payis ont toujours fait partie de la Nouvelle france, que Les francois les ont toujours possedez et habitez, que Monsr. De St. Castin gentilhomme francois a toujours eu, et a encore son habitation entre la Riviere de Quinibequi et celle de Pentagoet [Penobscot] (que même depuis les usurpations des anglois et leurs etablissements, dans leur Prétenduë Nouvelle Angleterre) les francois ont toujours prétendu que la Nouvelle france s’etend qusqu’au Cap Cod et qu’il en est fait mention dans toutes les patentes de gouverneurs francois.

“2o Que De L’aveu même des Anglois, la Nouvelle Angleterre a une tres petite Etenduë du Costé de L’est, il est facile de le prouver par eux mêmes.

“J’ay Lu une description de la Nouvelle Angleterre et des autres Colonies Angloises, Composée par un Anglois, traduite en francois, imprimée à Paris en 1674 par Loüis Billaine, voicy les propres termes de Cet autheur Anglois, La Nouvelle Angleterre est au Septentrion de Marylande, au raport du Capitaine Smith, elle a prez de 25 Lieuës de Coste de mer.

“Ainsi selon les Anglois qui sont de Bonne foy, la Nouvelle Angleterre, qui n’a que prez de 25 lieuës de Coste de mer, ne scauroit s’etendre jusqu’e á La Riviere de Quinebequi. C’est tout au plus si elle s’etend jusqu’a deux ou trois lieuës à l’est De Baston.

“Il Semble même que les Anglois ont basti Baston, et en ont fait une ville Considerable à l’extremeté de leur pretenduë Nouvelle Angleterre.

“1o Pour être a portée et en Etat de s’emparer sur les francois de tout ce qui est à L’est de Baston.

“2o Pour être en Etat d’Empecher les francois de s’etablir sur toute Cette Coste jusqu à La Karoline inclusivement, laquelle Coste etant de Notorieté publique de la Nouvelle france, à eté usurpez sur La france a qui elle appartenoit alors, et luy appartient Encore, ne L’ayant jamais cedeé. C’est ce que je vais prouver.

“Apres Avoir Invinciblement Convaincu les Anglois que tout ce qui est a L’est de quinibequi a Toujours appartenu et appartient encore a La france, excepté L’Acadie selon ses Ancienes limites, qu’elle a Cedée par force a L’Angleterre par La paix d’utrecht.

“Il faut Que Presentement je prouve que toute La Coste depuis la Riviere quinibequi jusqu’ à La Caroline inclusivement appartient par toutes sortes de droits à La france. Sur qui les Anglois L’ont usurpée, voicy une partie de mes preuves.

“Les françois ont decouvert tous ces payis Avant les Anglois, et en ont pris possession avant Eux. Les Roys de france ont nommé ces payis Caroline et Nouvelle france avant que les Anglois leurs eussent donné des Noms à leur mode pour faire oublier les Noms que les francois Leurs avoient imposez. Et que ces payis Appartenoient à La france.

“Les Roys de france ont Donné des lettres patentes à leurs sujets pour posseder et habiter ces payis, avant que Jacques 1r. et Charles 1r. Roys d’Angleterre en eussent donne à Leurs sujets.

“Pour Convaincre les Anglois de ces veritées il faut Lire avec attention ce qu’en ont Ecrit Jean verazan, Champlain, Laet, Denis.

“Les traitez faits Entre La france et L’Angleterre, et Le memoire que j’ay presenté L’anneé Dernier 1719.

“On y Trouvera tant de Choses, lesquelles il seroit trop long de Copier icy, qui prouvent que ces payis ont toujours appartenu de droit a La france, et que les Anglois s’en sont emparez par force, que La france ne les a jamais Cedez à l’angleterre par aucun traité, que je scache.

“Et Partant que La france Conserve toujours son droit sur tous ces payis, et qu’elle a droit de les redemander à l’Angleterre. Comme elle les redemande présentement, ou Bien un Equivalent.

“L’Equivalent que la france demande et dont elle veut bien se Contenter, C’est la restitution de tout ce qu’elle a Cedéé par force à L’Angleterre par Le traité D’utrecht.

“Il Est De l’honeur et de l’interest de l’angleterre d’accorder à la france cette Equivalent.

“1o Parceque n’y ayant point D’honeur à profiter des Malheurs D’un Roy pour Luy faire Ceder par force les payis qui luy appartiennent, il est de l’honeur de L’Angleterre de rendre a la france, ce qu’elle a eté Contrainte de luy ceder, et qu’elle ne possede qu’a ce mauvais tiltre.

“2o Il est aussi Contre la justice et l’honeur de l’angleterre de posseder sans aucun Tiltre, et Contre toute justice les payis qui sont depuis la Riviere de quinibequi jusqu’à la Caroline inclusivement.

“3o Il N’est pas moins de l’honeur et de l’interest de l’angleterre de profiter du moyen que la france veut bien luy presenter, pour sassurer a perpetuite toute Cette Coste, et pour la posseder justemt. par la Cession que la france en fera, et de tous ses droits sur ces payis moyennant L’Equivalent proposé.

“4o Parceque L’Angleterre doit Craindre que la france, dont elle ne Doit mepriser ni le Ressentiment ni la puissance, ne trouve une Conjoncture favorable pour faire valoir ses pretensions et ses droits, et pour Rentrer en possession de tout ce que L’Angleterre Luy a usurpée, et de tout ce qu’elle l’a obligé par force de luy Ceder.

“5o Quand on veut trop avoir, souvent on n’a Rien, et meme on perd ce que L’on Avoit. Il est donc de la sagesse Et de l’interest de l’Angleterre de ne pas pousser trop loin ses demandes, et de Convenir avec La france de sorte qu’elle puisse posseder Avec justice et tranquillement des payis que la france Aura toujours droit de reprendre jusqu’a ce qu’elle en ait fait une Cession libre et volontaire, et qu’il paroisse que L’Angleterre En faveur de Cette Cession luy ait donné un Equivalent.

“La france s’offre donc pour vivre en paix avec l’Angleterre de luy Ceder tous ses droits sur toute la Coste qui est entre la riviere de quinibequi dans la Nouvelle france jusqu’a la Riviere Jourdain, dans la Caroline, de sorte que ces deux rivieres servent de limites aux francois et aux Anglois.

“La france Demande pour Equivalent de la Cession de tant de payis, si grands, si beaux, et si a sa biensceance que l’Angleterre luy rende Et restituë tout ce qu’elle luy à cedé par le traité Dutrecht.

“Si La france ne peut pas engager L’Angleterre à convenir de Cet Equivalent, Elle pouroit (mais Ce ne doit être qu’a L’extremité) Ceder Encore à l’Angleterre la Caroline francoise, C’est a dire, ce qui est au sud de la Riviere Jourdain, Ou bien Ce qui est Entre la Riviere quinibequi, et Celle de Pentagoet. Ou bien leur offrir une somme D’argent.

“Il Semble que L’Angleterre doive estimer Comme un grand Avantage pour Elle, que La france veuille bien Convenir de Cet Equivalent, qui Assure Aux Anglois et leur rend legitime La possession de Cette grande etenduë de Costes qu’ils ont usurpez sur La france, qui ne les a jamais Cedez, qui ne les Cedera jamais, et sur lesqu’elles elle Conservera toujours ses legitimes droit et pretensions, jusqu’a ce qu’elle les ait Cédeés a L’angleterre moyennant un Equivalent raisonnable tel qu’est la Restitution de tout ce que La France luy a Cedé par force a Utrecht.

Limites.

“Suposeé L’acceptation de Cet Equivalent par L’une et l’autre Nation.

“La france toujours genereuse Consentira pour vivre en paix avec les Anglois, qu’une ligne tirée depuis l’embouchure de la Riviere de quinibequi, ou bien, depuis l’embouchure de la Riviere de Pentagoet, qui ira tout droit passer á egale distance entre Corlard [Schenectady] et les lacs de Champlain et du Saint Sacrement, et joindre la ligne par laqu’elle le sieur de L’isle geographe termine les terres Angloises, jusqu’a la Riviere Jourdain, ou bien jusqu’à La Caroline inclusivemt. La france dis-je Consentira que cette ligne serve De borne et limites aux terres des deux Nations, de sorte que tous les payis et terres qui sont entre Cette ligne et la mer appartiendront à L’Angleterre, et que tout ce qui sera au dela de cette ligne appartiendra a La france.

“Dans Le fond il est avantageux a la france de faire incessament regler les limites, tant pour Empecher les Anglois d’empieter toujours de plus en plus sous pretexte de limites Non regleés, que parcequ’il est assuré que si le droit de la france est bien soutenu le réglement lui sera Avantageux, aussi bien que l’equivalent que j’ay proposé.

“Mais il pouroit arriver que les Anglois qui ont demandé le Reglement des limites, voyant qu’il ne doit pas leur etre favorable s’il est fait selon la justice, pourroient bien eux mêmes l’eloigner, afin de pouvoir toujours empieter sur les francois sous pretexte de limites non regleés, et de se mettre toujours en possession des payis Appartenans à la france.

“En ce Cas et aussi au Cas que les Anglois ne veullent pas restituer a la france leur Nouvelle Angleterre et autres payis jusqu’a la Caroline inclusivement qu’ils luy out usurpez, ou bien leur rendre L’Acadie &c pour l’equivalent Dont j’ay parlé.

“1o Il faut que la france mette incessament quantité d’habitans dans le payis qui est entre la riviere de quinibequi et Celle de Ste. Croix, lequel payis qui selon les Anglois N’est point en Litige, ni partie de la pretenduë Nouvelle Ecosse, même, selon l’etenduë imaginaire que luy á donnée leur Roy Jacques 1r. qui ne la fait Commancer qu’a La riviere Ste Croix, et Celle de quinibequi N’ayant jamais eté Cedé ni par le traite D’utrecht ni par Aucun autre que je scache, et ce payis Ayant toujours appartenu a La france, et eté par elle possedez et habité, Mr. de St. Castin gentilhomme francois ayant son habitation entre la riviere de Pentagoet et Celle de quinibequi comme je l’ay Deja dit.

“2o On peut même faire entendre a L’Angleterre que Le Roy donnera Ce payis a la Compagnie des Indes qui scaura bien le deffendre et le faire valoir.

“Que Le Roy donnera aussi a la Compagnie des Indes la Caroline francoise, Comme depandance et province de la loüisiane, a Condition qu’elle y mettera des habitans, et y fera bâtir de bons forts, et une bonne Citadelle pour soutenir et deffendre ce beau payis Contre les Anglois.

“Il Est Certain que si le Roy fait entendre serieusement qu’il est resolu de donner à la Compagnie des Indes non seulement La Caroline francoise, et le payis qui est entre les Rivieres de quinibequi et de Ste Croix, mais aussi de luy Ceder et abandonner tous ses droits sur tous les payis que les Anglois ont usurpez sur la france.

“Il Est Certain Dis je, que les Anglois, Crainte D’Avoir affaire avec une Compagnie si puissante, se resoudront au Reglement des limites, tel que je l’ay proposé, et à rendre a la france toute la Nouvelle Ecosse ou Acadie selon ses Ancienes limites, Enfin tout ce que la france leur à Cedez a Utrecht, moyennant une somme D’Argent, ou bien L’equivalent que j’ay Aussi proposé.

“Je finis Ce memoire en priant de faire une tres serieuse attention aux Exorbitantes prétensions des Anglois et a tout ce qu’ils ont fait Et font encore pour se rendre maitres de la pesche la Moluë, et de L’Amerique francoise.

“En Effet il est tres important que quand on traitera du reglement des limites, La france attaque les Anglois au lieu d’etre sur La defensive, C’est a dire, qu’elle doit demander aux Anglois tout ce qu’ils ont usurpez sur Elle, et le demander vigoureusement.

“C’est peut être le meilleur moyen de les mettre a la Raison, il est même apropos qu’elle les presse de finir Cette affaire, Dont sans doute La Conclusion luy sera Avantageuse, si on luy rend justice.”

II.

DEMANDES DE LA FRANCE (1723).

Archives du Ministère des Affaires Etrangères.

(Literatim.)

“Pour tous les Raisons deduites cy devant La france demande a Langleterre.

“1o Qu’Elle laisse jouir Tranquillement la france de Tous les pays qui sont a L’Est de la riviere Quinibequi ou de Celle de St. Georges excepté de la seulle ville de Port Royal avec sa banlieüe et de L’accadie selon ses anciennes Limites, C’Est a dire La partie Meridionale de la Peninsule depuis le Cap fourchu jusqua Camseau Exclusivement, Que la france a cedée par la traite d’Utrecht, Tout le reste qui est a L’Est de Quinibequi [Kennebec], appartenant a La France en tout souveraineté depuis L’an 1524. Laquélle ne la jamais cedé ny par le Traitté d’Utrecht ny par aucun autre traitté.

“2o Que les Anglois Laissent Vivre Tranquillement sous la domination du Roy les nations Sauvages qui sont dans Les payis a L’Est de Quinibequi et qu’ils Ninquietent point les Missionnaires qui demeureront Chés les d. Nations Ny les françois qui Iront Chés Elles.

“3o Que Les Anglois restituent a la france ce qu’ils ont occupé a L’Est de Quinibequi et qu’ils ne Trouvent pas mauvais que les françois prennent detruisent ou gardent les forts Postes et habitations, que les Anglois ont Etablis, ou Etabliront dans tous les Pays a L’Est de Quinibiqui, ou de la Rivierre St Georges Car quand même il ne Seroist pas sure que Ces d. Paÿs appartiennent a La France, il suffit qu’ils sont Contesté pour rendre injuste et Violente L’occupation qu’En feroient les Anglois avant que la Contestation fut finie.

“4o Que Les Anglois restituent tout ce qu’ils Occupent dans la Nouvelle france depuis Le 30e degré jusqua Quinibequi ou jusqua La Rivierre St georges Comme Elle y est obligeé par Le traitté de St. germain En Laye En 1632. La france ne luy ayant jamais cedé par aucun Traitté aucune partie de toute La Nouvelle france, sinon La Ville de Port Royal avec sa Banlieüe et lacadie selon ses anciennes Limittes.

“Si les Anglois disent que la France ne s’est point opposeé aux occupations qu’ils ont fait dans la Nouvelle france

“Je Leur repons que la france sy est toujours opposeé et qu’elle s’Est Toujours Maintenuë dans la souveraineté de toute la Nouvelle france, soit en donnant tout ses Paÿs enconcession, soit en y envoyant des gouverneurs généraux, soit en Nommant Vice Roys de la Nouvelle france Les plus grands Seigneurs du Roÿaume, Tels Ont esté M. Le Comte de Soissons, M. Le Prince de Condé, M. de Montmorency, M. Le Duc de Vantadour, M. Le Cardinal de Richelieu etc. qui des les premiers tems ont este successivement Viceroys de la Nouvelle france et Terres Circonvoisines, par la Lecture de leurs patentes On verra que Nos Roys se sont Toujours Conservé la Souveraineté des pays qui sont Entre le 30e. et Le 50e. degré, et qu’ils Nont jamais Consenty que les Anglois y fissent aucun Etablissement et que sy-ils y en ont fait çá esté Malgré la france, que avoit trop d’affaires en Europe pour pouvoir les Empecher, Se reservant Toujours ses droits et la Volonté de les faire Valoir quand Elle en Trouveroit une occasion favorable, ce qui pourroit bien arriver un jour, alors on Verroit que L’on ne s’Empare pas Impunement et par Violence, des Domaines d’un Roy de france et qu’il est assés puissant pour se remettre en pocession Tost ou tard de ce qu’on a Usurpé sur luy, C’est a quoy les Anglois deveroient faire attention, et ce qui devroit les obliger de ne pas mepriser Ny maltraitter La France Comme Ils font.

“La france s’Est encore opposeé aux Usurpations des Anglois Les ayant obligé par le traitté de St. Germain En 1632, de restituer a la france Tout ce qu’ils avoient jusqual’ors occupe dans la Nouvelle france, Ils Nont pas cependant Encore fait cette restitution, Mais on leur demande présentement qu’ils la fassent incessammant N’Etant pas juste qu’ils retiennent plus Longtems ce qui ne leur appartient pas, et qu’ils ont promis solennellement de restituer a la france.

“Mais disent Les Anglois Nous sommes Etablis dans La Nouvelle france depuis la Caroline Inclusivement jusqua Quinibequi depuis 1585, jusqua presant 1723. Nous y avons mis quantiteé d’habitans et bastis plusieurs grandes villes. Navons Nous pas prescrit Contre La france par une sy Longue procession.”

Reponse.

“Non parce que La france sy est Toujours opposeé par les Lettres pattentes qu’Elle a donneés aux Concésionnaires Generaux, aux Lieutenants generaux et aux Viceroys de la Nouvelle france.

“Non parce que La france obligea en 1632, par Le traitté de St. Germain, Langleterre de luy restituer tous les lieux occupés dans la Nouvelle france par les Anglois, Et que le traitté de Breda en 1667, celuy de Neutralité en 1686, et celuy d’Utrecht en 1713, ne disent rien d’ou on puisse Inferer que la france ait cedé a Langleterre aucune partie de la Nouvelle france, sinon la province de la Cadie selon ses anciennes Limittes, et la seule ville de Port Royal avec ses dépendances ou Banlieüe. Je dis encore que Cette longue possession des anglois, ces Villes baties et ce grand Nombre d’habitans mis par eux dans ces pays Nanéantissent point le droit de la france pour les redemander....

“Il y avoit Environ 150 ans que les françois avoient abandonné les postes qu’ils avoient alors sur la Coste du Bresil les Portuguais sy Etablirent aussitost y Mirent quantité d’habitans et y batirent de grandes Villes. Ils ne Croyoient pas cependant que pour cela la france fut dechüe de ses droits de proprieté et de souveraineté sur ces pays abandonnés par Elle depuis 150 ans, puisqua Utrecht en 1713 Le Roy de Portugal demanda au Roy qu’il luy abandonnat ses droits sur ces pays, ce qui Le Roy fit en Consideration du Portugal.

“Les Anglois possedoient depuis longues anneés La Jamaique y avoient quantité d’habitans, de forts et de riches Villes, persuadés cependant que les droits de l’Espagne subsisteroient Tant quelle Ny auroit pas renoncé en leur faveur. Ils demanderent a Utrecht Cette renonciation au Roy d’Espagne et il la leur accorda.

“Si les Anglois avoient demandé a la france une Cession de tous ces droits sur les pays occupés par Eux dans la Nouvelle france Il y a apparance que le Roy leur auroit fait cession a des Conditions raisonnables. Ils nont pas demandés cette cession, ou sy ils lont demandeé, elle ne leur a pas esté accordeé les droits de la france subsistent donc Toujours et Elle pretend presentement que les Anglois qui en usent sy mal avec Elle, luy restituënt Tout ce quelle a usurpé dans la Nouvelle france depuis le 30e. jusquau 50e. degré.”

“Mais disent les Anglois Commant pouvoir restituer un sy vaste pays ou nous avons une Infinité d’habitans et un trés grand nombre de belles et riches villes? Une Telle restitution N’Est pas practicable.”

Response.

“Javouë qu’il est bien difficile de sy resoudre même aux personnes qui font profession d’aimer L’Equité et La Justice.

“Mais Le Roy aime trop la nation Angloise, a trop de Consideration pour Elle, desire trop luy faire plaisir, et est trop généreux pour exiger d’Elle une Telle restitution Voulant luy donner Un Exemple de la moderation dont il souhaite que Langleterre use a son Egard.

“Il se désistera Volontiers de tous ces droits et consentira que Toute la Coste jusqua 20 Lieuës dans l’Enfoncement des Terres Depuis le 32e. degré jusqua la Rivierre de Quinibequi demeure en toute proprieté et souveraineté a perpetuité a Langleterre a condition quelle Sobligera par un traitté solennel et décisif de ne jamais passer ces limites. Que la france ne sera jamais Inquieté par Langleterre dans la Jouissance en proprieté et souveraineté de Ce qui est au dela de ces 20 lieuës dans lenfoncement des terres et de Tous les pays qui sont a L’Est de la rivierre de Quinibequi, qui de Ce Costé la servira de Limites aux deux Nations, et que Langleterre rendra a la france Le port Royal et la Cadie avec leurs dependances, Enfin Tout ce que la france luy a Cedé par le traité d’Utrecht sans en rien Excepter.

“Cet offre du Roy doit estre agreable a Langleterre et luy faire plaisir, parceque sy elle l’accepte elle possedera a juste Titre cette grande partie de la Nouvelle france, qu’Elle possedera Toujours injustement sy Elle Naccepte pas un offre sy raisonnable que Luy fait Le Roy qui sans cette acceptation Ne renoncera jamais a ses droits de souveraineté sur une sy grande et sy belle partie de la Nouvelle France, droits que les anglois doivent Craindre qu’il Ne fasse Valoir Tost ou tard, Car si puissante que soit Langleterre, Ils ne doivent pas croire que la france ne luy cede rien en puissance ny en quoy que ce soit, et qu’on ne la meprise et maltraitte pas Impunement.

“Sy Les Anglois ont quelques autres titres et quelques autres raysons a alleguer en leur faveur, sy on me veut faire L’honneur de me les Communiquer, Je moffre d’y repondre d’une maniere a les obliger d’ avouër qu’ils ont tort, sils sont de bonne foy et si ils aiment La justice et la paix.

Addition.

“On vient de me faire voire une carte de la nouvelle france presenté au Roy par les Anglois sur la quelle est tracé par une ligne tout ce qu’ils pretendent en vertu du traitté d’Utrecht.

“Ils y etendent sy loin leurs pretentions dans Les terres, qu’il y a tout lieu de Croire que cette Ligne na pas eté traceé, Ny Cette carte presenteé par ordre et au scû du Sage et judicieux ministre dangleterre, mais par quelqu’Un que donne a penser qu’il veut broüiller L’angleterre avec La france.

“Ce qui donne encore plus de lieu a avoir de luy cette penseé C’est que le traitté d’Utrecht ayant determiné les Limites des deux Nations pour la pesche, par desairs de vent, quoyque par toutes les nations les airs de vent se tracent en Ligne droite, il les a tracé en Ceintre a L’Est de Lisle de Sable, en quoy il semble avoir Intention de se mocquer de la france et de L’Irriter.

“La prise d’un vaisseau françois dans Le passage de Camceau, La Construction d’un fort a Canceau, Le nom d’albanie donné a la partye de la Nouvelle France qui est entre quinibequi et la ville de Port Royal pays qui n’a point esté Cedé par le traitté d’Utrecht, Les forts Construits, et Les Concessions donneés, Les Nations sauvages, et Les missionnaires maltraités dans ce pays appartenant a la france, ou du moins pretendu et Contesté par Elle.

“Tout cela pourroit bien Venir de quelque Anglois qui voudroit broüiller les deux Nations. C’est aux Anglois pacifiques a le punir et a la france a supposer a de telles entreprises jusqu ce que les Limites soient regleés d’Une Maniere Equitable.

“Collationné et figuré sur une Copie de Mémoire ou notte en papier non Signeé ni dattée estant au Secrétariat du Chateau St. Louis de Quebec ou elle est resteé Par Le Notaire Royal en la prevosté de Quebec y resident soussigné ce jourdhuy Vingt cinq Juillet mil sept cent cinquante.

Du Laurent.  

“François Bigot, Conseiller du Roy en ses Conseils, Intendant de justice, Police, finances et de la marine en la Nouvelle france.

“Certifions a tousqu’il appartiendra que Mr. Dulaurent qui a signé la Collation de L’autre part Est notaire Royal en la prevosté de Quebec Et que foy doit Estre ajouteé a sa signature En la de qualité; En temoin de quoy nous avons signeé et fait Contresigner ces presentes par nôtre secretaire et a Icelles fait apposer le Cachet de nos armes, fait en nôtre hotel a Quebec Le per. Aoust, mil sept cent Cinquante.

Bigot

 Cachet Par monseigneur

Deschenaux.

Endorsed. “Envoyé par Mr. Bigot Intendt. du Canada avec sa lettre au Mis. de Puyzieulx du 1er. aoust 1750. No 25, 1723.”


B.

CHAPTERS XIX., XX., XXI.

THE SIEGE OF LOUISBOURG AS DESCRIBED BY FRENCH WITNESSES.

Lettre d’un Habitant de Louisbourg contenant une Relation exacte et circonstanciée de la Prise de l’Isle Royale par les Anglois. À Québec, chez Guillaume le Sincère, à l’Image de la Vérité. MDCCXLV. [Extraits.]

[Literatim.]

“... Le mauvais succès dont cette entreprise (against Annapolis) a été suivie, est envisagé, avec raison, comme la cause de notre perte. Les Anglois ne nous auroient peut-être point inquietés, si nous n’eussions été les premiers à les insulter. Notre qualité d’aggresseurs nous a été funeste; je l’ai oüi conter à plus d’un ennemi, & je n’y vois que trop d’apparence. Les habitans de la nouvelle Angleterre étoient interressés à vivre en paix avec nous. Ils l’eussent sans doute fait, si nous ne nous étions point avisés mal à propos de les tirer de cette sécurité où ils etoient à notre égard. Ils comptoient que de part & d’autre, on ne prendroit aucun parti dans cette cruelle guerre qui a mis l’Europe en feu, et que nous nous tiendrions comme eux sur la seule défensive. La prudence le dictoit; mais elle n’est pas toujours la régle des actions des hommes: nous l’avons plus éprouvé que qui que ce soit....

“... L’expédition de l’Acadie manquée, quoiqu’il y eût tout à parier qu’il reuissiroit par le peu de forces que les ennemis avoient pour nous résister, leur fit faire de serieuses réflexions sur notre crainte, ou notre faiblesse. Selon tous les apparences, ils en conclurent qu’ils devoient profiter d’une aussi favorable circonstance, puisque dès-lors ils travaillerent avec ardeur à l’armement qui leur était necessaire. Ils ne firent pas comme nous: ils se prêterent un secours mutuel: on arma dans tous leurs Ports, depuis l’Acadie jusqu’au bas de la Côte: on dépêcha en Angleterre, & on envoya, dit on, jusqu’à la Jamaïque afin d’en tirer tous les secours qu’il seroit possible. Cette entreprise fut concertée avec prudence, et l’on travailla tout l’hiver pour être prêt au premier beau tems.

“Les préparatifs n’en pouvaient être si secrets, qu’il n’en transpirât quelque chose. Nous en avions été informés dès les premiers instans, & assez à tems pour en pouvoir donner avis à la Cour....

“Nous eumes tout l’hiver à nous, c’était plus qu’il n’en falloit pour nous mettre en état de défense; mais la terreur s’étoit emparée des esprits: on tenait des conseils, dont le résultat n’avoit rien que de bizarre et de puérile; cependant le tems s’écoulait, nous perdions de précieux momens en déliberations inutiles, & en résolutions presque aussitôt détruites que prises. Quelques ouvrages demandoient qu’on les parachevât: il en falloit renforcer quelques-uns, augmenter quelques autres, pourvoir à des postes, visiter tous ceux de l’Isle, voir où la descente étoit plus facile, faire le denombrement des personnes en état de porter les armes, assigner à chacun son poste; enfin se donner tous les soins et les mouvemens ordinaires en pareil cas; rien de tout cela ne se faisoit; de sorte que nous avons été surpris, comme si l’ennemi fût venu fondre sur nous à l’improviste. Nous aurions eu même assez de tems pour nous precautionner mieux qu’on ne l’a fait, depuis le jour où nous vimes paroître les premiers Navires qui nous ont bloqués; car ils n’y sont venues que les uns après les autres, ainsi que je le dirai dans la suite. La négligence & la déraison avoient conjuré la perte de notre malheureuse Isle....

“Ce fut le quatorze [Mars], que nous vimes les premiers Navires ennemis; ils n’étoient encore que deux, & nous les primes d’abord pour des Vaisseaux François; mais nous fumes bien tôt détrompés par leur manœuvre. Le nombre en augmentoit de jour à autre, il en arriva jusqu’à la fin de Mai. Ils croiserent long-tems, sans rien tenter. Le rendez-vous général étoit devant notre Isle, où ils arrivoient de tous côtez; car on avoit armé à l’Acadie, Plaisance, Baston, & dans toute l’Amerique Anglaise. Les secours d’Europe ne vinrent qu’en Juin. C’étoit moins une entreprise formée par la Nation ou par le Roi, que par les seuls habitans de la nouvelle Angleterre. Ces peuples singuliers ont des Lois & une Police qui leur sont particulières, & leur Gouverneur tranche du Souverain. Cela est si vrai, que, quoi-qu’il y eût guerre déclarée entre les deux Couronnes, il nous la déclara lui de son chef & en son nom, comme s’il avoit fallu qu’il eût autorisé son maître. Sa declaration portoit, qu’il nous déclaroit la guerre pour lui, & pour tous ses amis & alliés; il entendoit parler apparemment des Sauvages qui leur sont soumis, qu’on appelle Indiens, & que l’on distingue des Sauvages qui obéissent à la France. On verra que l’Amiral Warren n’avoit rien à commander aux troupes envoyées par le Gouverneur de Baston, & que cet Amiral n’a été que Spectateur, quoique ce soit à lui que nous nous soyons rendus. Il nous en avoit fait solliciter. Ce qui marque bien l’independance qu’il y avoit entre l’armée de terre & celle de mer que l’on nous a toujours distinguées comme si elles eussent été de differentes Nations. Quelle Monarchie s’est jamais gouvernée de la sorte?

“La plus grande partie des Bâtimens de transport étant arrivés dans le commencement de Mai, nous les apperçûmes le onze en ordre de bataille, au nombre de quatre-vingt seize venant du côté de Canceaux & dirigeant leur route vers la Pointe plate de la Baye de Gabarus. Nous ne doutames plus qu’ils n’y fissent leur descente. C’est alors qu’on vit la nécessité des precautions que nous aurions dû prendre. On y envoya à la hâte un détachement de cent hommes, tirés de la garnison & des Milices, sous le commandement du sieur Morpain, Capitaine de Port. Mais que pouvait un aussi faible corps, contre la multitude que les ennemis debarquoient! Cela n’aboutit qu’à faire tuer une partie des nôtres. Le sieur Morpain trouva déjà près de deux milles hommes débarqués; il en tua quelques-uns & se retira.

“L’Ennemi s’empare de toute la campagne, & un détachement s’avance jusques auprès de la batterie Royale. Pour le coup, la frayeur nous saisit tous; on parla dès l’instant d’abandonner cette magnifique batterie, qui auroit été notre plus grande défense, si l’on eût sçu en faire usage. On tint tumultuairement divers Conseils là-dessus. Il seroit bien difficile de dire les raisons qui portoient à un aussi étrange procédé; si ce n’est une terreur panique, que ne nous a plus quitté de tout le Siège. Il n’y avoit pas eu encore un seul coup de fusil tiré sur cette batterie, que les ennemis ne pouvoient prendre qu’en faisant leurs approches comme pour la Ville, & l’assiégeant, pour ainsi dire, dans les régles. On en a dit sourdement une raison sur laquelle je ne suis point en état de décider; je l’ai pourtant entendu assurer par une personne qui était dans la batterie; mais mon poste étant en Ville, il y avoit long-tems que je n’étois allé à la batterie Royale: C’est que ce qui détermina à un abandon si criminel, est qu’il y avoit deux brêches qui n’avoient point été réparées. Si cela est, le crime est encore plus grand, parce que nous avions eu plus de loisir qu’il n’en falloit, pour mettre ordre à tout.

“Quoiqu’il en soit, la résolution fut prise de renoncer à ce puissant boulevard, malgré les représentations de quelques gens sages, qui gémissoient de voir commettre une si lourde faute. Ils ne purent se faire écouter. Inutilement remontrèrent-ils que ce seroit témoigner notre foiblesse aux ennemis, qui ne manqueroient point de profiter d’une aussi grande étourderie, & qui tourneroient cette même batterie contre nous; que pour faire bonne contenance & ne point réchauffer le courage à l’ennemi, en lui donnant dès le premier jour, une si grande espérance de réussir, il falloit se maintenir dans ce poste important le plus que l’on pourroit: qu’il étoit évident qu’on s’y conserveroit plus de quinze jours, & que ce délai pouvoit être employé à retirer tous les canons dans la Ville. On répondit que le Conseil l’avoit résolu autrement; ainsi donc par ordre du Conseil, on abandonna le 13 sans avoir essuyé le moindre feu, une batterie de trente pièces de canon, qui avoit couté au Roi des sommes immenses. Cet abandon se fit avec tant de précipitation, qu’on ne se donna pas le temps d’encloüer les canons de la manière que cela se pratique; aussi les ennemis s’en servirent-ils dès le lendemain. Cependant on se flatoit du contraire; je fus sur le point de gager qu’ils ne tarderoient guères á nous en battre. On étoit si peu à soi, qu’avant de se retirer de la batterie, le feu prit à un baril de poudre, qui pensa faire sauter plusieurs personnes, & brûla la robe d’un Religieux Récolet. Ce n’étoit pas de ce moment que l’imprudence caracterisoit nos actions, il y avoit long-tems qu’elle s’étoit refugiée parmi nous.

“Ce que j’avois prévu arriva. Dès le quatorze les ennemis nous saluèrent avec nos propres Canons, dont ils firent un feu épouvantable. Nous leur répondimes de dessus les murs; mais nous ne pouvions leur rendre le mal qu’ils nous faisoient, rasant nos maisons, & foudroyant tout ce qui étoit à leur portée.

“Tandis que les Anglois nous chauffoient de la batterie Royale, ils établissoient une Plate-forme de Mortiers sur la hauteur de Rabasse proche le Barachois du côté de l’Ouest, qui tirerent le seize jour où a commencé le bombardement. Ils avoient des Mortiers dans toutes les batteries qu’ils éleverent. Les bombes nous ont beaucoup incommodé....

“Les ennemis paroissoient avoir envie de pousser vigoureusement le Siège. Ils établirent une batterie auprès de la Plaine de Brissonnet, qui commença à tirer le dix-sept, & travaillerent encore à une autre, pour battre directement la Porte Dauphine, entre les maisons du nommé la Roche & Lescenne, Canonier. Ils ne s’en tinrent point à ces batteries, quoiqu’elles nous battissent en brêche; mais ils en dresserent de nouvelles pour soutenir les premières. La Plaine marécageuse du bord de la Mer à la Pointe blanche, les incommodoit fort, & empêchoit qu’ils ne poussassent leurs travaux comme ils l’auroient souhaité: pour y rémédier, ils pratiquerent divers boyaux, afin de couper cette Plaine; étant venus à bout de la dessécher, ils y firent deux batteries qui ne tirerent que quelques jours après. Il y en avoit une au dessus de l’habitation de Martissance, composée de sept pièces de canon, prises en partie de la Batterie Royale & de la Pointe plate ou s’etait fait le débarquement. On la destinoit à miner le Bastion Dauphin; ces deux dernières batteries ont presque rasé la Porte Dauphine.

“Le dix-huit nous vîmes paroître un Navire, avec Pavillon Français, qui cherchoit à donner dans le Port. Il fut reconnu pour être effectivement de notre Nation, & afin de favoriser son entrée, nous fimes un feu continuel sur la Batterie Royale. Les Anglais ne pouvant resister à la vivacité de notre feu, qui ne discontinuoit point, ne purent empêcher ce Navire d’entrer, qu’il leur eut été facile sans cela de couler à fond. Ce petit refraichissement nous fit plaisir; c’étoit un Navire Basque: il nous en étoit venu un autre dans le courant d’Avril.

“Nous n’eumes pas le même bonheur pour un Navire de Granville, qui se présenta aussi pour entrer, quelques jours après; mais qui ayant été poursuivi, fut contraient de s’echouer, & se battit long-tems. Celui qui le commandoit, nomme Daguenet, étoit un brave homme, lequel ne se rendit qu’à la dernière extrêmité, & après avoir été accablé par le nombre. Il avoit transporté tous les Canons d’un même côté, & en fit un feu si terrible, que les ennemis n’eurent pas bon marché de lui. Il fallut armer presque toutes leurs Chaloupes pour le prendre. Nous avons sçu de ce Capitaine, qu’il avoit rencontré le Vigilant, & que c’étoit de ce malheureux Vaisseau, qu’il avoit apris que l’Isle Royale étoit bloquée. Cette circonstance importe au récit que je vais faire.

“Vous êtes persuadés, en France, que la prise de ce Vaisseau de guerre a occasionné la notre, cela est vraie en quelque sorte, mais nous eussions pu nous soutenir sans lui si nous n’avions pas entassé fautes sur fautes, ainsi que vous avez dû vous en aperçevoir jusqu’à présent. Il est vrai que, graces à nos imprudences, lors que ce puissant secours nous arrivoit, nous commencions à être sans espérance. S’il fût entré, comme il le pouvoit, nous serions encore dans nos biens, & les Anglais eussent été forcés de se retirer.

Le Vigilant parut le vingt-huit ou le vingt-neuf de Mai, à environ une lieue et demie de distance de Santarge [sic]. Le vent était pour lors Nord-Est, & par conséquent bon pour entrer. Il laissoit la Flotte Anglaise à deux lieues & demi sous le vent. Rien ne pouvoit donc l’empêcher d’entrer; & c’est par la plus grande de toutes les fatalités qu’il est devenu la proye de nos Vainqueurs. Témoins de sa manœuvre, il n’étoit personne de nous qui ne donnât des malédictions à une manœuvre si mal concertée & si imprudente.

“Le Vaisseau, commandé par M. de la Maisonfort, au lieu de suivre sa route, ou d’envoyer sa chaloupe à terre pour prendre langue, ainsi que le requéroit la prudence, s’amusa à poursuivre un Corsaire monté en Senault qu’il rencontra malheureusement sous la terre. Ce Corsaire, que commandoit un nommé Brousse (Rous) manœuvre d’une autre manière que le Vaisseau Français. Il se battit toujours en retraite, forçant de voiles et attirant son ennemi vers l’Escadre Angloise; ce qui lui réussit; car le Vigilant se trouva tellement engagé, qu’il ne lui fut plus possible de se sauver, quand on eut vu le danger. Deux Frégates l’attaquerent d’abord; M. de la Maisonfort leur répondit par un feu très vif, qui en mit bien-tôt une hors de combat; elle fut démâtée de son grand mât, désemparée de toutes les manœuvres, et contrainte de se retirer. Mais il vint cinq autres Frégates qui chaufferent le Vigilant de toutes parts; le combat que nous voyons à découvert, dura depuis cinq heures du soir jusqu’à dix. Enfin il fallut céder à la force, & se rendre. Les ennemis ont beaucoup perdu dans ce combat, & le commandant Français eut quatre-vingts hommes tués ou blessés; le Vaisseau n’a été que fort peu endommagé.

“On doit dire, à la gloire de M. de la Maisonfort, qu’il a fait preuve d’une extrême valeur dans ce combat; mais il auroit mieux valu qu’il eût suivi sa destination; c’étoit tout ce que les intérêts du Roi exigeoient. Le Ministre ne l’envoyoit pas pour donner la chasse à aucun Vaisseau ennemi; chargé de munitions de guerre & de bouche, son Vaisseau étoit uniquement destiné à ravitailler notre malheureuse Place, qui n’auroit jamais été en effet emportée, si nous eussions pû recevoir un si grand secours; mais nous étions des victimes dévouées à la colère du Ciel, qui a voulu faire servir contre nous jusqu’à nos propres forces. Nous avons sçu des Anglais, depuis notre reddition, qu’ils commençoient à manquer de munitions de guerre, & que la poudre étoit encore plus rare dans leur armée que parmi nous. Ils avoient même tenu quelques Conseils pour lever le Siége. La poudre trouvée dans le Vigilant fit bientôt évanouir cette idée; nous nous apperçumes que leur feu avoit depuis beaucoup augmenté.

“Je sçai que le Commandant de cet infortuné Vaisseau dira, pour se justifier, qu’il étoit important pour lui d’enlever le Corsaire, afin de se régler sur les nouvelles qu’il en auroit appris. Mais cela ne l’excuse point; il sçavoit que Louisbourg étoit bloqué, c’en étoit assez; qu’avoit-il besoin d’en sçavoir davantage? S’il craignoit que les Anglais n’eussent été maîtres de la Place, il étoit aisé de s’en instruire, en envoyant son canot ou sa chaloupe, & sacrifiant quelques hommes pour sa sûreté; la batterie Royale ne devoit point l’inquiéter, nous en aurions agi comme avec le Navire Basque, dont nous facilitâmes l’entrée par un feu excessif. La perte d’un secours si considerable ralentit le courage de ceux qui avoient le plus conservé de fermeté; il n’étoit pas difficile de juger que nous serions contraints d’implorer la clémence des Anglais, & plusieurs personnes furent d’avis qu’il falloit dès-lors demander à capituler. Nous avons cependant tenu un mois au-delà; c’est plus qu’on n’auroit pu exiger dans l’abbatement où venoit de nous jetter un si triste spectacle.

“L’Ennemi s’occupa à nous canoner & à nous bombarder toute le reste du mois, sans faire des progrès bien sensibles, & qui lui pussent donner de l’espoir. Comme il ne nous attaquoit point dans les formes; qu’il n’avoit pratiqué aucuns retranchemens pour se couvrir, il n’osoit s’aprocher de trop près; tous nos coups portoient; au lieu que la plûpart des siens étoient perdus: aussi ne tirons-nous que lorsque nous le jugions nécessaire. Il tiroit, lui, plus de cinq à six cens coups de canon par jour, contre nous vingt; à la vérité, le peu de poudre que nous avions, obligeoit à n’en user que sobrement. La mousqueterie étoit peu d’usage.

“J’ai oublié de dire que, dès les premiers jours du siége, les ennemis nous avoient fait sommer de nous rendre; mais nous répondîmes selon ce que le devoir nous prescrivoit; l’Officier, deputé pour nous en faire la proposition, voyant que nous rejettions ses offres, proposa de faire sortir les Dames, avec assurance qu’elles ne seroient point insultées, et qu’on les feroit garder dans les maisons qui subsistoient encore en petit nombre; car l’ennemi, en débarquant, avoit presque tout brûlé ou détruit dans la campagne. Nous remerçiâmes cet officier, parceque nos femmes & nos enfans étoient sûrement dans les logemens que nous leur avions faits. On avoit mis sur les casemates de longues piéces de bois, placées en biais, qui, en amortissant le coup de la bombe, la rejettent, & empêchent l’effet de son poids. C’est là dessous que nous les avions enterrés.

“Au commencement de Juin les Assiégeans parurent reprendre une nouvelle vigueur; n’étant pas contens du peu de succès qu’ils avoient eu jusques-là, ils s’attacherent à d’autres entreprises, & voulurent essayer de nous attaquer par le côté de la mer. Pour réussir, ils tenterent de nous surprendre la batterie de l’entrée: un Détachement d’environ cinq cens hommes s’y étant transporté pendant la nuit du six au sept, fut taillé en pièces par le sieur Daillebout, Capitaine de Compagnie, qui y commandoit, & qui tira sur eux à mitraille; plus de trois cens resterent sur la place, & il n’y eut de sauvés que ceux qui demandoient quartier, les blessés furent transférés dans nos hôpitaux. Nous fîmes en cette occasion cent dix-neuf prisonniers, & n’eûmes que trois hommes de tués ou blessés; mais nous perdîmes un Canonier, qui fut fort regretté....

“Pour sur croit d’infortune, il arrive aux Anglois le 15 une Escadre de six Vaisseaux de guerre, venant de Londres. Ces Vaisseaux croiserent devant la Ville, avec les Frégattes sans tirer un seul coup. Mais nous avons sçu depuis que, si nous eussions tarder à capituler, tous les Vaisseaux se seroient embossés, et nous auroient fait essuyer le feu le plus vif. Leurs dispositions n’ont point été ignorée, je rapporterai l’ordre qu’ils dévoient tenir.

“Les ennemis ne s’étoient encore point avisés de tirer à boulets rouges; ils le firent le dix-huit & le dix-neuf, avec un succès qui auroit eté plus grand, sans le prompt secours qui y fut apporté. Le feu prit à trois ou quatre maisons, mais on l’eut bientôt éteint. La promptitude en ces sortes d’occasions, est la seul ressource que l’on puisse avoir.

“L’Arrivée de l’Escadre étoit, sans doute, l’objet de ce nouveau salut de la part de l’Armée de terre; son Général qui vouloit avoir l’honneur de notre conquête, étant bien aisé de nous forcer à nous soumettre avant que l’Escadre se fût mise en devoir de nous y contraindre.

“L’Amiral de son côté songeoit à se procurer l’honneur de nous reduire. Un Officier vint pour cet effet, le vingt-un, nous proposer de sa part, que si nous avions à nous rendre, il seroit plus convenable de le faire à lui, qui auroit des égards que nous ne trouverions peut être pas dans le Commandant de terre. Tout cela marquoit peu d’intelligence entre les deux Généraux, & verifie assés la remarque que j’ai ci-devant faite: on n’eût jamais dit en effet que ces troupes fussent de la même Nation & sous l’obéissance du même Prince. Les Anglais sont les seuls peuples capables de ces bizarreries, qui font cependant partie de cette précieuse liberté dont ils se montrent si jaloux.

“Nous répondîmes à l’Officier, par qui l’Amiral Warren nous avoit fait donner cet avis, que nous n’avions point de réponse à lui faire, & que quand nous en serions à cette extrémité, nous verrions le parti qu’il conviendroit d’embrasser. Cette fanfaronade eût fait rire quiconque auroit été témoin de notre embarras en particulier; il ne pouvoit être plus grand: cet Officier dût s’en apperçevoir, malgré la bonne contenance que nous affections. Il est difficile que le visage ne décéle les mouvements du cœur. Les Conseils étoient plus frequens que jamais, mais non plus salutaires; on s’assembloit sans trop sçavoir pourquoi, aussi ne sçavoit-on que résoudre. J’ai souvent ri de ces assemblées, où il ne se passoit rien que de ridicule, & qui n’annonçat le trouble & l’indécision. Le soin de notre défense n’étoit plus ce qui occupoit. Si les Anglois eussent sçu profiter de notre épouvante il y auroit eu longtems qu’ils nous auroient emportés, l’épée en main. Mais il faut convenir à leur louange, qu’ils avoient autant de peur que nous. Cela m’a plusieurs fois rappellé la fable du Liévre & des Grenouilles.

“Le but de nos frequens Conseils étoit de dresser des articles de capitulation. On y employa jusqu’au vingt sept, que le sieur Lopinot, Officier, sortit pour les porter au Commandant de terre. L’on se flatoit de les lui faire mieux goûter qu’à l’Amiral. Mais ils étoient si extraordinaires, que malgré l’envie que ce Général avoit de nous voir rendre à lui, il se donna à peine la patience de les écouter. Je me souviens que nous demandions par un article, cinq piéces de canon, & deux mortiers de fonte. De pareilles propositions ne quadroient guéres avec notre situation.

“Afin de réussir d’un côté ou d’autre, on envoya proposer les mêmes conditions à l’Amiral. Cette négociation avoit été confiée au sieur Bonaventure, Capitaine de Compagnie, qui s’intrigua beaucoup auprès de M. Warren, & qui, quoique la plûpart de nos articles fussent rejettez, en obtint pourtant d’assés honorables. On arrêta donc la Capitulation telle que les nouvelles publiques l’ont raportée. Elle nous fut annoncée par deux coups de canon tirés à bord de l’Amiral, ainsi qu’on en avoit donné l’ordre au Sieur Bonaventure. A cette nouvelle, nous reprimes un peu de tranquillité; car nous avions sujet d’apprehender le sort le plus triste. Nous craignons à tout moment, que les ennemis, sortant de leur aveuglement, ne se présentassent pour nous enlever d’assaut. Tout les y convioit; il y avoit deux bréches de la longueur d’environ cinquante pieds chacune, l’une à la porte Dauphine, & l’autre à l’Eperon, qui est vis-à-vis. Ils nous ont dit depuis que la resolution en avoit été prise, & l’exécution renvoyée au lendemain. Les Navires devoient les favoriser, & s’embosser de la maniere suivante.

“Quatre Vaisseaux & quatre Frégattes étoient destinés pour le bastion Dauphin: un egal nombre de Vaisseaux & de Frégattes, parmi lesquels étoit le Vigilant, devoit attaquer la piéce de la Grave: & trois autres Vaisseaux & autant de Frégattes avoient ordre de s’attacher à l’Isle de l’entree. Nous n’eussions jamais pû repondre au feu de tous ces Vaisseaux & défendre en même tems nos brêches; de façon qu’il auroit fallu succomber, quelques efforts que nous eussions pû faire, & nous voir réduits à recourir à la clémence d’un vainqueur, de la générosité duquel il y avoit à se défier. L’Armée de terre n’étoit composée que de gens ramassés, sans subordination ni discipline, qui nous auroit fait éprouver tout ce que l’insolence & la rage ont de plus furieux. La capitulation n’a point empêché qu’ils ne nous ayent bien fait du mal.

“C’est donc par une protection visible de la Providence, que nous avons prévenu une journée qui nous auroit été si funeste. Ce qui nous y a le plus déterminé, est le peu de poudre qui nous restoit: je puis assurer que nous n’en avions pas pour faire trois décharges. C’est ici le point critique & sur lequel on cherche le plus à en imposer au public mal instruit: on voudroit lui persuader qu’il nous en restoit encore vingt milliers. Fausseté insigne! Je n’ai aucune interêt à déguiser la vérité; on doit d’autant plus m’en croire, que je ne prétends pas par-là justifier entierement nos Officiers. S’ils n’ont pas capitulé trop tôt ils avoient commis assez d’autres fautes, pour ne les pas laver du blâme qu’ils ont encouru. Il est constant que nous n’avions plus que trent-sept barils de poudre, à cent livres chacun; voilà ce qui est veritable, & non pas tout ce qu’on raconte de contraire. Nous n’en trouvions même d’abord que trente-cinq; mais les recherches qu’on fit nous en procurerent deux autres, cachés apparemment par les Canoniers, qu’on sçait être partout accoutumés à ce larcin.”