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France and England in North America, Part VII, Vol 2: A Half-Century of Conflict cover

France and England in North America, Part VII, Vol 2: A Half-Century of Conflict

Chapter 24: C.
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About This Book

A detailed historical narrative of mid-18th-century Franco-British struggle in North America, tracing French inland exploration toward the western sea, the creation and rivalry of frontier posts, and major military operations that sought control of trade and territory. It reconstructs expeditions and their encounters with Indigenous nations, the planning and execution of sieges and naval actions, and the logistical, political, and human strains on colonial forces. The work integrates campaign accounts with administrative correspondence to show how exploration, fortification, and warfare interlocked to shape the continental balance of power.

II.

Lettre de Monsieur Du Chambon au Ministre,
à Rochefort, le 2 Septembre, 1745.

Archives de la Marine.

Monseigneur,

“J’ai l’honneur de vous rendre compte de l’attaque et reddition de Louisbourg, ainsy que vous me l’avez ordonné par votre lettre du 20 de ce mois.

“Nous eûmes connaissance d’un battiment le quatorze mars dernier parmy les glaces qui étaient détachées du golfe; ce battiment parut à 3 ou 4 lieues devant le port et drivait vers la partie du sud-ouest, et il nous disparut l’après-midi.

“Le 19 du d. nous vîmes encore en dehors les glaces un senaux qui couroit le long de la banquise qui était etendue depuis Escartary jusques au St Esprit, plusieurs chasseurs et soldats, hivernant dans le bois, m’informèrent qu’ils avaient vu, les uns deux battiments qui avoient viré de bord à Menadou, et d’autres qu’ils avoient entendu du canon du côté du St Esprit, ce qui fit que j’ordonnai aux habitans des ports de l’isle, qui étaient à portée de la ville, de se renger aux signaux qui leur seroient faits.

“Je fis en outre rassembler les habitans de la ville et port de Louisbourg, je formai de ceux de la ville quatre compagnies, et je donnai ordre à ceux du port de se renger à la batterie Royale, et à celle de l’isle de l’entrée, au signaux que je leur fit donner.

“Le 9 avril nous aperçûmes à l’éclaircy de la brume, et parmi les glaces vers la Pointe Blanche, quatre battimens, le premier ayant tiré quelques coups de canon, l’islot lui répondit d’un coup, et le battiment l’ayant rendu sur le champ, cela nous confirma dans l’idée que c’étoient des François qui cherchoient à forcer les glaces pour entrer dans le port. D’ailleurs ils profitoient des éclaircis pour s’y enfourner vers le port, et cela nous assuroit pour ainsi dire, que ce n’étoit pas des corsaires, mais bien des François.

“Etant dans le doute si c’étoit des basttiments François ou Anglois, j’envoyai ordre à Monsieur Benoit, officier commandant au port Toulouse, de dettacher quelqu’un de confiance à Canceau, pour apprendre s’il y avoit des basttiments, et si on y travailloit, ou s’il y avoit apparance de quelque entreprise sur l’isle Royale.

“Monsieur Benoit dettacha le nommé Jacob Coste, habitant, avec un soldat de la garnison et un Sauvage, pour faire quelques prisonniers au dit lieu. Ces trois envoyés mirent pied à terre à la Grande Terre du costé de Canceau; ils eurent le bonheur de faire quatre prisonniers anglois; et revenant avec eux, les prisonniers se rendirent maitres de nos trois François, un soir qu’ils étaient endormis, et nous n’avons pu apprendre aucune nouvelle ni des envoyés ni de l’ennemy.

“Je fus informé, le 22, par deux hommes, venus par terre du port de Toulouse, qu’on entendait tirer du canon à Canceau, et qu’ils travailloient au rétablissement de cette isle, et un troisième arrivé le soir, m’assura avoir été témoin d’un grand combat sur le navire St-Esprit, qu’il avoit vu venir du large trois vaisseaux sur quatre qui étoient pour lors à cette coste, et que le feu ayant commencé après la Jonction de ces bastimens, il avoit duré bien avant dans la nuit, ce qui nous engageoit à nous flatter que nous avions des vaisseaux sur la coste.

“Le 30 du d. nous vîmes sept vaisseaux parmy les glaces, dont il y avoit quatre vaisseaux, deux corvettes et un brigantin, et ils se sont tenus ce jour vers les isles à Dion, sans pavillon, ni flamme.

“Ces battiments continuèrent à se faire voir pendant quelques jours, depuis la Pointe Blanche jusques à Port de Noue, sous pavillon blanc, et les glaces s’étant écartées de la coste, nous apperçûmes, le 7 mai, un navire qui faisait route pour le port; il y entra heureusement; ce navire venoit de St Jean de Luz, commandé par le Sieur Janson Dufoure; il nous apprit qu’il avoit été poursuivi la veille par trois vaisseaux, qu’une frégatte de 24 canons l’avoit joint, et qu’il s’estoit sauvé, après un combat de trois volées de canon et de mousquetterie.

“Le 8 à la pointe du jour, nous eûmes connaissance de tous les vaisseaux au vent du port dans la partie du sud-ouest, ce qui nous occasionna une alerte, les signaux ayant été faits, les habitans de Lorembec et de la Baleine, qui étoient les plus proches de la ville, s’y rangèrent aux postes qui leur étoient destinés, ainsi que les habitans de la ville et du port, le même jour ces vaisseaux prirent à notre vue deux caboteurs frettés par le Roy et qui venoient du port de Toulouse chargés de bois de corde pour le chauffage des troupes et des corps de garde, ils prirent aussy une chaloupe qui venoit des Isles Madame chargée de gibier.

“Comme nous doutions toujours si ces vaisseaux étoient anglois ou françois jusqu’à ce jour, les glaces empêchant l’entrée du port depuis qu’ils avoient paru ensemble, j’avois eu la précaution d’arrêter, conjointement avec monsieur Bigot, deux battiments pour les faire partir en cas de nécessité pour la France, pour porter les nouvelles à Sa Grandeur de la situation où se trouvoit la colonie, et sitôt que nous fûmes confirmés par le prise de ces caboteurs que c’étoit des vaisseaux anglois et qu’il y en avoit d’autres à Canceau, au rapport des équipages qui s’étoient sauvés, nous fîmes partir à la faveur de la brume et de la nuit obscure du 10 mai, La Société, capitaine Subtil, avec nos lettres pour Monseigneur, pour lui apprendre l’état de la colonie avec les circonstances de vaisseaux qui bloquèrent le port; quand à l’autre bâtiment qui avoit été fretté, nous avons été obligé de la faire couler, après la descente faite par l’ennemy, étant impossible de la faire sortir.

“Les vaisseaux ennemis qui étoient au devant du port, se servant de la chaloupe qu’ils avoient prise chargée de gibier pour descendre et mettre pied à terre à Gabarrus, à notre vue, je fis partir, le 9, un détachement de 20 soldats sous le commandement du sieur de Lavallière pour aller par terre à Gabarrus, et un autre de 39 hommes d’habitans, sous le commandement du sieur Daccarrette dans un charroye pour s’emparer de cette chaloupe, mais ces deux détachements ne purent joindre cette chaloupe; celui de terre y resta deux jours et ne rentra en ville que le onze du soir, et celui du sieur Daccarrette rentra le 12 au matin, ayant été obligé d’abandonner le charroye à fourché où il avoit été à la sortie du Gabarrus.

“Le 11, à trois ou quatre heures du matin, nous eûmes connoissance de dessus les remparts de la ville, d’environ 100 voiles qui parurent du côté de fourché, derrière les isles à Dion, les vents étant de la partie de nord-ouest, ces battiments s’approchoient à vue d’œil, je ne doute pas que ce ne fussent des bastiments de transport, je fis tirer les signaux qui avoient été ordonnés, plusieurs habitans et particuliers n’ont pu s’y rendre, et entr’autres ceux des havres éloignés, la campagne étant investie de l’ennemy, et même plusieurs ont été faits prisonniers voulant se rendre en ville.

“Je fis aussy commander un détachement pour s’opposer à la descente de l’ennemy, et ce détachement au nombre de 80 hommes et 30 soldats, le surplus habitans, partit sous le commandement de Monsieur Morpain et du Sieur Mesilac, il se transporta au-dessous de la Pointe Blanche, â l’endroit où l’ennemy avoit commencé à faire sa descente, il le fit rembarquer dans les voitures, mais pendant le temps qu’il étoit en cet endroit à repousser l’ennemy, celui-cy fit faire une autre descente plus considérable de troupes de débarquement à l’anse de la Cormorandière, entre la Pointe-Plate et Gabarrus.

“Il s’y transporta avec ses troupes, sitôt qu’il en eût connoissance, mais l’ennemy avoit mis pied à terre et s’étoit emparé des lieux les plus propres qu’il jugea pour sa défense, cela n’empêcha pas ce détachement d’aller l’attaquer, mais l’ennemy étant beaucoup plus supérieur en nombre, il fut contraint de se retirer dans le bois; nous avons eu à cette occasion 4 ou 5 soldats tués ou faits prisonniers, ainsy que 4 ou 5 habitans ou particuliers du nombre desquels fut Monsieur Laboularderie; nous eûmes encore 3 ou 4 blessés qui rentrèrent en ville.

“Depuis la retraite de ce détachement l’ennemy acheva son débarquement au nombre de 4 à 500 hommes, ainsy que des planches et autres matériaux, au rapport de ceux du détachement qui rentrèrent les derniers en ville.

“L’ennemy ayant avancé dans la campagne, se fit voir en grand nombre, mais sans ordre, à la portée du canon de la pointe Dauphine et du bastion du Roy.

“Les montagnes qui commandent cette porte étoient couvertes de monde: à deux heures après-midi les canons, qui étoient sur la Barbette, tirèrent sur plusieurs pelotons qui paroissoient défiler du côté du fond de la baye, nous nous aperçûmes aussy qu’ils défiloient en quantité le long du bois vers la batterie royale, je fis fermer les portes et je fis pourvoir sur le champ à la sûreté de la ville et placer environ 1100 hommes qui s’y sont trouvés pour la défendre.

“Sur le soir, monsieur Thiery, capitaine de compagnie qui commandoit à la batterie royale, m’écrivit une lettre par laquelle il me marquoit le mauvois état de son poste, que cela pourroit donner de grande facilités à l’ennemy s’il s’en emparoit, qu’il croyoit pour le bien du service qu’il seroit à propos de travailler à le faire sauter après avoir encloué les canons.

“Je fis à cette occasion assembler le conseil de guerre, monsieur Verrier, ingénieur en chef, ayant aussi été appelé, fit son rapport que cette batterie avoit ses épaulements du costé de la terre démolis dès l’année dernière, que les chemins couverts n’étoient pas palissadés, et qu’il étoit hors d’état de résister à une attaque par terre de trois à quatre mille homme avec 400 hommes qu’il y avoit dedans pour la défense.

“Sur ce rapport le conseil de guerre décida unanimement qu’il convenoit pour la sûreté de la ville, manquant de monde pour la défendre, de l’abandonner après en avoir encloué les canons et enlevé le plus de munitions de guerre et de bouche qu’on pourroit.

“Je ne dois pas oublier de vous informer que le même conseil de guerre vouloit faire sauter cette batterie; mais que monsieur Verrier, s’y étant opposé fortement, on la laissa subsister.

“J’envoyai l’ordre en conséquence à monsieur Thiery pour abandonner la dite batterie, après qu’il auroit encloué les canons, et enlevé le plus de munitions de guerre et de bouche qu’il pourroit; cet officier travailla le soir à faire enclouer tous les canons; il fit transporter partie des vivres et des munitions et se retira à la ville avec sa troupe vers minuit.

“La dite batterie n’ayant pas été entièrement évacuée ce soir, je fis partir le lendemain les Sieurs St. Etienne, lieutenant, et Souvigny, enseigne, avec une vingtaine d’hommes pour parachever la dite évacuation, ce qu’ils firent à l’exception de tous les boulets de canon et bombes qui y sont restés, n’ayant pas pu les emporter.

“Ayant jugé nécessaire conjointement avec monsieur Bigot de faire couler tous les bastiments qui étoient armés dans le port, pour empêcher l’ennemy de s’en emparer, je commandai, le 12, le sieur Verger, enseigne, avec 5 soldats et des matelots pour faire couler ceux qui etoient vis-à-vis la ville, et le sieur Bellemont, enseigne, avec la même opération au fond de la baye, et retirer l’huile de la tour de la lanterne, ce qu’ils exécutèrent.

“Le 13, je fis sortir toutes les compagnies de milice avec des haches et des engins pour démolir les maisons qui étoient à la porte Dauphine jusqu’au Barruchois, et pour enlever le bois en ville pour le chauffage de la garnison, n’en ayant pas, et pour faire brûler toutes celles qu’on ne pourroit pas démolir, afin d’empêcher l’ennemy de s’y loger.

“Je fis soutenir ces travailleurs par 80 soldats François et Suisses commandé par monsieur Deganne, capitaine, et Rasser, officier Suisse.

“Comme ils finissaient et qu’ils étoient au moment de se retirer en ville, il parut au Barruchois et dans les vallons des hauteurs plusieurs pelotons de l’armée ennemie, il y eût même quelques coups de fusils de tirés par ceux qui étoient les plus près; nous n’eûmes personne de tué ni de blessé, et nos gens virent tomber deux hommes de l’ennemy.

“L’ennemy s’est emparé de la batterie Royale, le 13, et le lendemain il tira sur la ville plusieurs coups de canon de deux qu’il avoit désencloué.

“Le même jour l’ennemy commença aussi à nous tirer plusieurs bombes de 12 pouches, pesant 180 l. et de 9 pouces d’une batterie de quatre mortiers qu’ils avoient estably sur la hauteur derrière les plaines, vis-à-vis le bastion du Roy.

“Cette batterie de mortiers n’a pas cessé de tirer de distance en distance, ainsi que douze mortiers à grenades royales que l’ennemy y avoit placés, et deux autres canons qu’ils ont désencloués à la batterie royale, mais ce feu n’a fait aucun progrès jusqu’au 18, et n’a tué ni blessé personne.

“Le 16, je fis partir un exprès en chaloupe pour porter une lettre à monsieur Marin, officier de Canada, qui commandoit un détachement de Canadiens et des Sauvages à l’Acadie, avec ordre de partir pour se rendre en toute diligence à Louisbourg, avec son détachement; c’étoit une course de 20 à 25 jours au plus, s’il avoit été aux mines, ainsi que l’on m’avoit assuré; mais ce détachement étoit parti pour le port Royal lorsque l’exprès y arriva.

“Cet exprès fut obligé d’y aller: il lui remit la lettre dont il étoit chargé, il tint conseil, plusieurs de son party ne voulurent pas le suivre, mais lui s’étant mis en chemin avec ceux de bonne volonté qui voulurent le suivre, il eût toutes les peines imaginables, à ce qu’on m’a assuré, de trouver des voitures dans toute l’Acadie, propres pour son transport.

“Ils s’y embarquèrent environ 3 à 400 dans un bateau de 25 tonneaux et dans environ une centaine de canots. Comme ils étoient dans la baie à doubler une pointe, ils furent attaqués par un bateau corsaire de 14 canons et autant de pierriers; cet officier soutint l’attaque avec vigueur, et dans le temps qu’il étoit au moment d’aborder le corsaire pour l’enlever, un autre corsaire de la même force vint au secours de son camarade, ce qui obligea le dit Sieur Marin d’abandonner la partie et de faire côte.

“Cette rencontre lui a fait perdre plusieurs jours et il n’a pu se rendre sur les terres de l’Isle Royale qu’au commencement de juillet, après que Louisbourg a été rendu; si ce détachement s’étoit rendu quinze ou vingt jours avant la reddition de la ville, je suis plus que persuadé que l’ennemy auroit été contraint de lever le siège de terre, par la terreur qu’il avoit de ce détachement qu’il pensoit être au nombre de plus de 2500.

“Je dois aussi informer Sa Grandeur que ce détachement a tué et pris, comme il se retiroit du passage de Fronsac, pour aller à l’Acadie, après notre départ, treize hommes d’un corsaire anglois qui étoit à leur passage pour les empêcher de passer, ces hommes ayant été avec leurs canots pour faire de l’eau, ils sont tombés entre les mains de ceux de ce détachement.

“Le 18, messieurs les généraux anglois me sommèrent de rendre la ville, forteresses et terres en dépendant, avec l’artillerie, les armes et les munitions de guerre qui en dépendent sous l’obéissance de la Grande Bretagne, en conséquence de quoy, promettoient de traiter humainement tous les sujets du Roy mon maître qui y étoient dedans, que leurs biens leur seroient assurés, et qu’ils auraient la liberté de se transporter avec leurs effets dans quelque partie de la domination du Roy de France, en Europe, qu’ils jugeroit à propos.

“Je répondis sur le champ à cette sommation que le Roy mon maître m’ayant confié la défense de la place, je ne pouvois qu’après la plus rigoureuse attaque écouter une semblable proposition, et que je n’avois d’autre réponse à faire à cette demande que par les bouches des canons.

“L’ennemy commença à établir, le 19, une batterie de sept pièces de canon dans les plaines et derrière un petit étang, vis-à-vis la face du bastion du Roy, laquelle batterie n’a pas cessé de tirer des boulets de 12, 18 et 24 depuis ce jour jusqu’à la reddition de la place, sur le casernes, le mur du bastion du Roy et sur la ville; cette batterie étoit, Monseigneur, la plus dangereuse de l’ennemy pour détruire le monde; tous les boulets enfiloient toutes les rues jusqu’à la porte Maurepas et au mur crénelé; personne ne pouvoit rester dans la ville, soit dans les maisons ou dans les rues.

“Aussy pour éteindre le feu de l’ennemy, je fis établir deux pièces de canon de 18 sur le cavalier du dit Bastion du Roy: on fit pour cet effet deux coffres en planches qu’on remplit de fascines et de terres qui formoient deux embrasures par le moyen desquelles les canonniers et ceux qui servirent ces canons étoient à l’abry du feu de l’ennemy.

“Je fis aussy percer en même temps deux embrasures au mur du parapet de la face droite du dit bastion; on y mit deux autre canons de 24.

“Ces quatre canons ont été si bien servis que le feu de l’ennemy de la dite batterie de la plaine a été éteint, puisqu’ils ne tiroient lors de la reddition de la place qu’un canon, et qu’ils ont eu les autres démontés à la dite batterie, ainsy que ceux de nos gens qui ont été voir cette batterie, après la reddition de la place, m’en ont rendu compte.

“Le matin du 20, je fis assembler messieurs les capitaines des compagnies pour prendre un party s’il convenoit de faire des sorties sur l’ennemy. Il fut résolu que la ville étoit entièrement dénuée de monde, qu’il étoit préjudiciable d’en faire, qu’à peine on pourroit garder les remparts avec les 1300 hommes qu’il y avoit dans la ville y compris les deux cent de la batterie royale.

“Je fis masquer la porte Dauphine en pierre de taille, fascines et terre de l’épaisseur d’environ dix-huit pieds, ainsi que les deux corps de garde qui sont joints. Sans cet ouvrage l’ennemy auroit pu entrer en ville dés le lendemain qu’il auroit tiré de la batterie de Francœur; cette porte n’etoit pas plus forte que celle d’une porte cochère, les murs de la dite porte et des corps de garde n’avoient que trois pieds ou environ d’épaisseur. La dite porte n’étoit pas non plus flanquée et n’avoit pour toute défense que quelques créneaux aux corps de garde, desquels on ne pouvoit plus se servir sitôt qu’on étoit obligé de garnir les dits corps de garde de pierres, de terre.

“J’ordonnai qu’on fit des embrasures de gazon et de terre, n’ayant pas le temps d’en faire de pierre, aux quatre canons qui étoient sur la batterie du bastion Dauphin, sur le corps de garde des soldats, joignant la porte du dit bastion, afin d’empêcher l’ennemy en ses travaux sur les hauteurs qui étoient devant la dite porte; lesquelles embrasures furent faites.

“Tous les flancs des bastions de la ville furent aussy garnis des canons des corsaires et autres qui se sont trouvés en ville.

“L’ennemy ayant calfeutré une goelette qui étoit échouée au fond de la baye depuis l’année dernière, il l’a remplit de bois, goudron et autres matières combustibles, et à la faveur d’une nuit obscure et d’un vent frais du nord-nord-est qu’il fit le 24, il nous l’envoya en brûlot sur la ville.

“Tout le monde passoit toutes les nuits sur les remparts, nous attendions de pied ferme l’ennemy, plustôt que des artifices de cette nature, et ce brûlot ayant été s’échouer au dehors de la ville vis-à-vis du terrain du Sr Ste Marie ne fit pas l’effet que l’ennemy s’attendoit.

“L’ennemy s’étant emparé de la hauteur de Francœur qui est à la queue du glacis de la porte Dauphine, il a commencé à ouvrir des boyaux et former deux batteries malgré le feu continuel de nos canons de la barbette et du bastion Dauphin et du flanc droit du bastion du Roy et de la mousqueterie, et ces deux batteries n’ont point cessé de tirer depuis le 29 jusqu’à la reddition de la place des boulets de 18, 24, 36 et 42, pour battre en brèche la porte Dauphine et la flanc droit du bastion du Roy.

“L’ennemy, faisant plusieurs mouvements au fond de la baye et à la hauteur de la Lanterne, monsieur Vallé, lieutenant de la Compagnie des Canonniers, vint m’avertir que l’ennemy pourroit faire ces mouvements à l’occasion de plusieurs canons de dix-huit et de vingt-quatre qui avoient été mis au carénage pour servir de corps de garde depuis environ dix ans. Que parmy ces canons il y en avoit plusieurs en état de servir, qu’il avoit informé les Gouverneurs de cy-devant plusieurs fois que l’ennemy pourroit les transporter à la tour, établir une batterie pour battre l’isle de l’entree et les vaisseaux qui voudroient entrer.

“Sur un avis aussy important, et l’ennemy ayant aboré pavillon à la tour de la Lanterne, je fis faire un détachement de cinq cent jeunes gens du pays et autres de la milice et des flibustiers, sous les ordres du Sieur de Beaubassin, pour aller voir si cela étoit vrai, tâcher de suprendre l’ennemy ou empêcher de faire leurs travaux en cet endroit.

“Ce dêtachement partit en trois chaloupes le 27 may avec chacun douze jours de vivres et les munitions de guerre nécessaires qui leur furent fournies des magasins du Roy; il mit pied à terre au grand Lorembec.

“Le lendemain, faisant son approche à la tour, il fut découvert par l’ennemy qui étoit au nombre d’environ 300.

“Ils se tirèrent quelques volées de mousqueterye, et se séparèrent, ce détachement ne voyant pas son avantage et plusieurs ayant lâché le pied, il fut contraint de se retirer dans le bois, pour brûler s’il lui étoit possible les magasins qu’il y avoit, on l’avoit assuré que cela étoit aisé, que l’ennemy dormoit avec sécurité en cet endroit.

“Koller qui étoit second du dit Sieur de Beaubassin, venant de St. Pierre par terre, quelques jours auparavant, avait été dans une des barraques du dit camp et avoit emporté une chaudière sans être découvert, ce détachement, dis-je, étoit à un demi quart de lieue à l’habitation du dit Koller, il avoit envoyé des découvreurs en attendant la nuit, mais ils eurent le malheur dêtre découverts par une douzaine d’Anglois qui se trouvèrent aux environs, ce qui fit que l’ennemy détacha un party considérable qui fut pour les attaquer. Le sieur de Beaubassin fut encore obligé de se retirer après quelques coups tirés de part et d’autre: l’ennemy, depuis lors cherchoit partout ce détachement, et plusieurs de ceux-ci ayant été obligés de jeter leurs vivres pour se sauver, ils étoient sans vivres pour passer leur douze jours, et plusieurs qui étoient des havres voisins l’avoient abandonné et s’étoient retirés chez eux; il se trouvoit par conséquent sans vivres et trop faibles pour résister à l’ennemy.

“Il fut donc obligé d’aller au petit Lorembec pour prendre des chaloupes afin de rentrer dans la ville; il se trouva en ce havre environ 40 Sauvages de la colonie qui avoient détruit, il y avoit deux ou trois jours, 18 à 20 Anglois qu’ils avoient trouvés qui pillaient ce havre.

“Comme ils étaient à même d’embarquer dans les chaloupes, il leur tomba un détachement de 2 à 300 Anglois. Les Sauvages se joignèrent à ce détachement et ces deux corps faisaient environ 120 hommes qui tinrent pied ferme à l’ennemy.

“Le feu commença de part et d’autre vers les deux heures et dura pendant plus de quatre, les Anglois avoient même été repoussés deux fois et ils auroient été défaits si dès le commencement de l’action, ceux-ci n’avoient pas envoyé avertir de leurs gens qui étoient à la batterie royale et à la tour et s’il ne leur étoit pas venu à l’entrée de la nuit un party considérable qui commença à vouloir l’entourer.

“Notre détachement voyant qu’il n’y avoit pas moyen de résister et manquant de munitions, plusieurs ayant tiré jusqu’à leur dernier coup, il se retira dans les bois, l’ennemy, supérieur comme il étoit, les poursuivit une partie de la nuit, notre détachement fut contraint de se retirer à Miré et de passer la rivière.

“Nous avons eu en cette occasion deux hommes de tués et environ 20 de blessés ou prisonniers. Monsieur de Beaubassin fut du nombre des blessés, il reçut une balle au gras de la jambre et après une heure et demie de combat, ne pouvant résister à sa blessure, il se retira. Le sieur Koller continua le combat jusqu’à la fin.

“Le dit sieur de Beaubassin, s’étant rendu en ville quelques jours après sixième dans une pirogue, m’informa de ce qui s’étoit passé à l’occasion de son détachement, que le surplus étoit réfugié à Miré où il l’avait laissé sous la conduite de Koller, qu’il lui manquoit des vivres et des munitions de guerre ainsy qu’aux Sauvages.

“Sur ce rapport je fis partir une chaloupe avec 20 quarts de farine et autres vivres et des munitions, tant pour ce détachement, celui de monsieur Marin que j’attendois tous les jours, que pour les Sauvages.

“On trouva Koller avec ses gens, monsieur Marin n’y étoit pas et les Sauvages s’étoient retirés à leur village.

“Koller rentra en ville le 14 juin en chaloupe avec ceux de son détachement et les quelques autres qu’il trouva à Miré, il eût bien de la peine â passer la nuit parmy bâtiments de l’ennemy qui croisoient depuis Gabarrus jusqu’à Escatary.

“Nous avons appris depuis la reddition de la place, par des personnes de probité, que l’ennemy avoit eu au moins 150 homme de tués, et 90 de blessés au choc du petit Lorembec.

“Les canons de la porte Dauphin et ceux du flanc droit du Bastion du Roy, ne joignant pas bien la batterie que l’ennemy avoit fait sur les hauteurs de Francœur à la porte Dauphine, on perça trois embrâsures à la courtine de la grave pour battre à revers la batterie de l’ennemy de la hauteur de Francœur. Ces trois embrâsures où on avoit placé du canon de 36 furent ouvertes les 30 mai, et firent un effet merveilleux; le premier jour on leur démonta un de leurs canons, et leurs embrâsures furent toutes labourées, cela n’empêcha pas le feu continuel de l’ennemy, et quant à la batterie ce que nous défaisions le jour, ils le refaisoit la nuit.

“Le même jour, sur les trois heurs, nous eûmes connoissance d’un gros vaisseau qui donnoit chasse à un senau et ensuite qui se battoit avec le dit senau et une frégatte à environ 4 lieues du fort vers le sud-est, en même tems trois vaisseaux ennemis, qui étoient en passe vers le Cap Noir et la pointe Blanche, courrurent dessus; le gros vaisseau après s’être battu longtems prit la chasse sans doute quand il eut connoissance des trois qui courroient sur lui, et nous avons entendu tirer du canon jusque vers les 9 à 10 heures du soir, nous avons appris depuis que ce vaisseau étoit le Vigilant.

“J’ordonnai qu’on tirât de la poudrière du Bastion Dauphin les poudres qui y étoient et les fis transporter sous la poterne de la courtine qui est entre le Bastion du Roy et celui de la Reine.

“Comme l’ennemy avait coupé par les boulets de la batterie de Francœur, les chaines du pont levi de la porte Dauphine, j’ordonnay aussy de couper le pont de la dite porte.

“Le canon de l’ennemy de la batterie de Francœur qui battoit le flanc droit du bastion du Roy, faisant beaucoup de progrès et entr’autres aux embrasures, je fis commencer à faire percer le mur de la face du bastion Dauphin de deux embrasures, pour y mettre deux canons, cet ouvrage malgré la mousqueterie que l’ennemy tiroit toujours, fut mis en état et notre canon a tiré et fut servi autant qu’on pouvoit désirer sur celui de l’ennemy.

“L’ennemy a aussi étably une batterie de cinq canons sur les hauteurs des Mortissans et a commencé à tirer le 2 juin des boulets de 36 et 42, en brèche sur le bastion Dauphin et sur l’éperon. La guérite a été jetée à bas, et une partie de l’angle saillant, le même jour. Cette batterie a déboulé l’épéron de la porte Dauphine en ses embrasures, lesquelles ont été racommodées plusieurs fois, autant bien qu’on pouvoit, à pierre sèche, avec des pierres de taille et des sacs de terre.

“Le même jour l’escadre ennemye s’augmenta par l’arrivée d’un vaisseaux d’environ 40 à 50 canons, et nous vismes aussy, parmy cette escadre, un vaisseau désemparé, qu’on nous a dit depuis être celui que nous avions vu se battre le 30 may.

“Le 5 l’ennemy a envoyé vers les deux heures du matin de la batterie royale, un brulot qui s’est échoué à la calle Frédéric oû il a brûlé sur une göelette, il n’a pas fait d’autre mal, quoiqu’il fut chargé de matières combustibles et de bombes qui firent leur effet; toutes les batteries de l’ennemy ne cessèrent point de tirer, pendant ce temps nos gens étoient comme de coutume tout le long des remparts et du quay, à essuyer ce feu avec intrépidité.

“La nuit du 6 au 7 nous eumes une alarme générale de l’isle de l’entrée; l’ennemy, voulant enlever cette batterie, s’embarqua au nombre de 1000 sur 35 barques, 800 autres venant derrière devoient les soutenir. La nuit étoit très obscure et faisoit une petite brume.

“Ces premiers furent mettre pied à terre, les uns à la Pointe à Peletier, les autres vis-à-vis le corps des casernes, et le surplus au débarquement de la dite isle; l’ennemy en debarquant commença à crier hourrah par trois fois; ils attachèrent même environ 12 échelles aux embrasures afin de les escalader, mais Monsieur D’Aillebout, qui commandoit à cette batterie, les reçut à merveille; le canon et la mousqueterie de ceux de l’isle fut servi au mieux, toutes les barques, furent toutes brisées ou coulées à fond; le feu fut continuel depuis environ minuit jusqu’à trois heures du matin.

“Le dit S D’Ailleboust ainsy que les Srs Duchambon, son Lieutenant, et Eurry de la Perrelle, son enseigne, étoient les premiers à monter sur les embrasures et faire feu sur les ennemis pour montrer à leurs soldats l’exemple, et aux autres qui étoient avec eux à la dite batterie.

“Les soldats firent même plusieurs fois descendre leurs officiers des embrasures, leur alléguant qu’ils ne devoient point ainsi s’exposer, qu’ils n’avoient qu’à les commander et qu’ils en viendroient à bout; à la fin l’ennemy fut contraint de demander quartier. Les huit cents qui devoient soutenir les premiers n’osèrent pas s’approcher et s’en furent: on fit 119 prisonniers, plusieurs blessés sont morts la même journée, et l’ennemy a eu plus de 250 de tués, noyés ou de blessés, ne s’étant sauvés, au rapport de nos prisonniers qui étoient à la batterie royale, que dans deux barges qui pouvoient contenir environ 30 hommes, parmy lesquels il y avoit plusieurs de blessés.

“L’ennemy pouvant attaquer la ville avec des barges par le quay, j’ordonnay une estacade de mâts qui prenoit depuis l’eperon du bastion Dauphin jusques à la pièce de grave, et cette estacade a été parachevée le 11 juin. L’ennemy qui s’étoit aperçu de cet ouvrage, n’a pas cessé de tirer des canons de ses batteries, sur les travaillants, mais inutilement.

“Les ennemis ayant toujours continué leurs travaux à la tour de la Lanterne, malgré le feu continuel de bombes et de canons de la batterie de l’isle de L’entrée, il fut décidé qu’il étoit nécessaire de blinder les casernes et la boulangerie de la dite isle, et le bois manquant pour cet ouvrage le magasin du Sieur Dacarrette fut démoli pour cela.

“Le feu continuel des batteries de l’ennemy ayant démoly les embrasures du flanc droit du bastion du Roy, où nous avions six canons de dix-huit et de vingt-quatre qui tiroient continuellement, et ces canons ne pouvant pas être servis, j’ordonnay qu’on fit aussy des contremerlons et des embrasures en bois, à quoi on y travailla avec toute la diligence possible, et ces embrasures étant parachevées le 19 juin, le canon tira toujours; mais ces mêmes embrasures n’ont pas laissé d’être démantibulées aussy par le canon de l’ennemy.

“Depuis que la batterie de martissan a été établie, elle n’a pas cessé de tirer en brèche sur la porte Dauphin et sur l’éperon. L’éperon a été tout démantibulé et racommodée plusieurs fois, ainsy que je l’ai dit ci-devant; les embrasures qui battent le long du quay ont aussy été démantelées, par cette batterie et celle de Francœur, et personne ne pouvoit rester derrière le mur du quay qui a été tout criblé, les boulets de 24, 36 et 42 le perçant d’outre en outre.

“Le 18, messieurs les généraux anglois m’envoyèrent un officier avec pavillon, portant une lettre de monsieur Warren chef de l’escadre et une autre de Monsieur de la Maisonfort, capitaine de vaisseau. Par la première ce général se plaignait des cruautés que nos François et Sauvages avoient exercées sur ceux de sa nation, et que si, à l’avenir, pareille chose arrivoit, il ne pourroit pas empêcher ses gens d’en agir de même.

“Monsieur de la Maisonfort m’apprenoit sa prise, le 30 mai, et qu’il avoit tout lieu d’être satisfait du traitement qu’on lui faisoit, ainsy qu’à ses officiers et matelots, et de punir sévèrement, etc.

“Je répondis à celle de monsieur Warren qu’il n’y avoit point de François parmy les Sauvages qui avoient usé ainsi qu’il disoit de cruauté, comme de fait il n’y en avoit pas, qu’il devoit être persuadé que je négligeray rien pour arrêter le cours des cruautés des Sauvages autant qu’il me seroit possible de communiquer avec eux, etc.

“A celle de monsieur de la Maisonfort, que je ferai défendre aux Sauvages, lorsque je pourrai avoir communication avec eux, d’en user mieux [sic] par la suite, qu’il n’y avoit aucun des François avec eux lorsqu’ils ont usé de cruautés, etc., et l’officier porteur de ces lettres partit sur le champ.

“Le 21, la batterie que les ennemis ont établie à la tour de la Lanterne de 7 canons et un mortier a commencé à tirer sur celle de l’isle de L’entrée avec des boulets de 18 et un mortier de 12 pouces, pesant 180 l. et le feu de la dite batterie n’a pas cessé de tirer jusqu’à la reddition de la place, malgré le feu continuel de celle de l’isle.

“Les batteries de l’ennemy faisant un progrès considérable, malgré notre feu des canons du bastion du Roy, bastion Dauphin, de la pièce de la grave, et de la mousqueterie à la brèche de la porte Dauphine et aux corps de garde joignants, j’ordonnai à Monsieur Verrier, ingénieur, de faire un retranchement dans le bastion Dauphin pour défendre l’assaut que l’ennemy pourrait donner par la brèche. Cet ouvrage qui prenoit depuis le quay jusqu’au parapet de la face du bastion Dauphin, fut mis en état le 24 après bien des travaux de nuit.

“Il se fit le même jour une jonction de 4 vaisseaux, dont deux de 60, un de 50 et l’autre de 40 canons, avec ceux qui bloquoient le port. Ces vaisseaux sitôt qu’ils eurent tiré les signaux de reconnaissance s’assemblèrent et après s’être parlés, ils furent vers la baye de Gabarrus.

“Le lendemain les vaisseaux ennemis au nombre de 13 mouillèrent en ligne vers la Pointe Blanche à environ 2 lieues du port de Louisbourg. L’ennemy fit faire en même temps et le lendemain trois piles de bois pour des signaux sur les hauteurs qui sont à l’ouest du port de Louisbourg.

“Je ne puis pas m’empêcher d’informer Sa Grandeur et de lui dire avec vérité que toutes les batteries de l’ennemy soit de mortier ou de canon n’ont pas cessé de tirer depuis les jours qu’ils les ont établis, de même que la mousqueterie, sans discontinuer, de la batterie de Francœur; que toutes les maisons de la ville ont toutes été écrasées, criblées et mises hors d’état d’être logées; que le flanc du bastion du Roy a été tout démoli, ainsy que les embrasures en bois qu’on y avoit remplacées; qu’ils ont fait brèche à la porte Dauphine, le corps de garde joignant, et qu’il étoit praticable au moyen des fascines qu’ils avoient transporté pendant deux jours à la batterie de Francœur; que l’eperon joignant le corps de garde de l’officier de la porte Dauphine étoit tout demantelé, ainsi que les embrasures du quai, malgré le feu continuel de tous les canons, mortiers et mousqueterie que nous tirions de la ville et qui étoient servis avec toute la vigueur et l’activité qu’on pouvoit espérer en pareille occasion.

“La preuve en est assez évidente, Monseigneur, puisque de 67 milliers de poudre que nous avions au commencement du siège, il nous n’en restoit, le 27 juin, que 47 barils en ville, laquelle quantité m’étoit absolument nécessaire pour pouvoir capituler; nous avons aussi tiré toutes les bombes de 12 pouces que nous avions et presque toutes celles de 9 pouces.

“Je dois rendre justice à tous les officiers de la garnison, aux soldats et aux habitans qui ont défendu la place, ils ont tous en général supporté la fatigue de ce siège avec une intrépidité sans égale, pendant les 116 [?] jours qu’il a duré.

“Passant toutes les nuits au chemin couvert de la porte Dauphine, depuis que l’ennemy avoit commencé à battre en brèche cet endroit, à soutenir les travaillants qui ôtoient les décombres sur les remparts aux portes qui leur étoient destinées, sans se reposer aucune nuit et pour le jour n’ayant pas un seul endroit pour sommeiller sans courir risque d’être emporté par les canons de l’ennemy qui commandoient toute la ville.

“Aussy tout le monde étoit fatigué de travail et d’insomnie, et de 1300 que nous étions au commencement du siège, 50 ont été tués, 95 blessés hors d’état de rendre service, plusieurs étoient tombés malades par la fatigue, aussy les remparts qui n’étoient au commencement du siège garnis que de 5 à 5 pieds, se trouvoient presque tous dégarnis le 26 de juin lorsque les habitans de la ville me présentèrent leur requête tendant à ce que les forces de l’ennemy soit de terre et de mer, augmentant tous les jours, sans qu’ils nous parvint aucun secours ni apparence d’en avoir d’assez fort pour forcer l’ennemy, il me plût capituler avec les généraux afin de leur conserver le peu qu’il leur restoit.

“Cette requête, Monseigneur, me toucha jusqu’au plus vif de mon âme. D’un côté je voyois une place telle que Louisbourg et qui a coûte bien des sommes au Roi, au moment d’être enlevée par la force de l’ennemy qui avoit une brèche assez practicable pour cela, et des vaisseaux en ligne qui s’installoient depuis deux jours.

“D’autre côté, il me paroissoit un nombre d’habitans, tous chargés de familles, au moment de périr, perdre par conséquent le fruit de leurs travaux depuis le commencement de l’etablissement de la colonie.

“Dans une conjoncture aussy délicate, je fis rendre compte à monsieur Verrier, ingénieur en chef, de l’état des fortifications de la Place, et à monsieur de Ste Marie, capitaine chargé de l’artillerie, de celui des munitions de guerre; l’un et l’autre me firent leur rapport, je fis tenir conseil de guerre qui décida unanimement que vu les forces de l’ennemy et l’état de la Place il convenoit de capituler.

“J’écrivis une lettre à le sortie du Conseil à messieurs les généraux anglois, je leur demanday une suspension d’armes, pour le temps qu’il me seroit convenable pour leur faire des articles de capitulation aux conditions desquelles je leur remettrois la Place.

“Monsieur de Laperelle, fils, qui étoit porteur de cette lettre, me rapporta le même soir leur réponse par laquelle ils me donnoient le temps jusques au lendemain à huit heures du matin, et que si pendant ce temps, je me déterminois à me rendre prisonnier de guerre, je pouvois compter que je serois traité avec toute la générosité possible.

“Je ne m’attendois pas à une telle réponse, aussy le lendemain 27, je leur envoyai par Monsieur de Bonnaventure les articles de capitulation avec une seconde lettre, par laquelle je leur mandai que les conditions faites la veille étoient trop dures, que je ne pouvois les accepter et que c’étoit à ceux que je faisois par mes propositions que je consentirois à leur remettre la place [sic].

“Messieurs les généraux ne voulurent pas répondre par apostille à ces propositions, mais ils me renvoyèrent leur réponse séparée par le dit Sieur de Bonnaventure; cette réponse m’accordoit partie des articles que j’avois demandés, mais ceux qui m’étoient le plus sensible et glorieux, qui étoient ceux de sortir de la Place, avec les honneurs de la guerre, avec arme et bagage, tambour battant et drapeaux déployés, ne s’y trouvoient pas insérés, aussy je leur écrivis sur le champ deux lettres, l’une au chef d’escadre et l’autre au général de terre, que je ne pouvois consentir à laisser sortir les troupes de la place sans ces articles qui étoient des honneurs dûs à des troupes qui avoient fait leur devoir, que cela accordé je consentois aux articles.

“Messieurs les généraux m’écrivirent en réponse qu’ils accordoient cet article et monsieur Warren augmenta des conditions pour la reddition de l’Isle et de la Place.

“Les ratifications ont été signées de part et d’autre, mais messieurs les généraux Anglois bien loin d’avoir exécuté de leur part la dite capitulation, ainsy que j’ai fait du mien en tout son contenu, ils ont manqué en plusieurs articles.

“Au premier article il est dit que tous les effets mobiliers de tous les sujets du Roy de France qui étoient dans Louisbourg leur seroient laissés et qu’ils auroient la liberté de les emporter avec eux dans tels ports d’Europe de la domination de leur Roy qu’ils jugeront à propos.

“Tous les battiments qui étoient dans le port appartenant aux particuliers, faisaient partie de leurs effets mobiliers, cependant les Anglois s’en sont emparés et les ont garde pour eux.

“Tous les particuliers généralement quelconques qui ont passé en France n’ont pu emporter aucune armoire, chaise, fauteuil, table, bureau, chenets et autres meubles de cette nature, ny même aucune grosse marchandise, messieurs les généraux n’ayant point fourni des battiments pour cela nécessaires, ils n’ont pas été pillés, mais à bien examiner la chose, ne pouvant pas emporter le peu de meubles qu’ils avoient faute de battiments, ils ont éte obligés de les laisser, ce qu’ils ont laissé à Louisbourg est tout comme si on leur avait pillé, à moins que Sa Grandeur ne fasse faire raison par la cour d’Angleterre.

“Ils ont encore manqué à cet article, pendant le temps que j’étois à la colonie; ils ont fait partir à mon insu 436 matelots et particuliers pour Baston; ils étoient embarqués ainsi que les troupes sur des vaisseaux de guerre jusqu’à leur embarquement pour la France, mais un matin le vaisseau dans lequel ils étoient eut ordre de partir pour Baston, et fit voile.

“J’en fus informé, j’en portai ma plainte, mais cela n’aboutit à autre chose sinon qu’ils n’avoient pu faire autrement faute de vivres et de battiment et qu’on les feroit repasser de Baston en France.

“Ces matelots n’ont pas été les seuls, j’ai été informé que depuis mon départ, ils ont agi de même à l’égard des familles qui n’avoient pu être placées sur les bâtiments de transport qu’ils avoient destiné pour la France, si les généraux anglois avoient voulu, les bâtiments qui ont transporté ces familles à Boston les auroient transportées pour France, ils avoient des vivres en magazin beaucoup plus que pour la traversée; mais ils n’ont agi ainsi qu’afin de disperser la colonie.

“Le 2e article regarde les battiments qui étoient dans le port et ceux qu’ils devoient fournir en cas que les premiers ne fussent pas suffisants pour faire le transport.

“J’ay fait mes remarques à ceci au précédent article, c’est un des plus considérables par rapport à la valeur des choses, y ayant quantité de battiments dans le port qui étoient coulés ou échoués, et dont l’ennemy ne pouvoit en faire sortir aucun du port ny faire aucun usage tant que nos batteries auroient existé.

“Au surplus si plusieurs particuliers de la ville n’avoient pas acheté des battiments les Anglois auroient profité de tous les effets qu’ils y ont chargés, ainsi qu’ils ont fait de ceux qui n’avoient pas le moyen d’en acheter, ces familles auroient été contraintes, ainsi que celles qui se sont embarquées en payant de gros frets, de passer à Boston.

“A l’égard du dernier article des armes, tous les habitans avoient les leurs et les ont remises en dépôt sitôt la reddition de la place; ces armes étoient partie de leurs effets, les ennemis n’ont pas voulu les rendre, je m’en suis plaint, ils m’ont fait réponse, lorsqu’ils ont envoyé les 436 matelots, qu’ils leur enverroient leurs armes, les autres habitans sont dans le même cas.

“Je crois devoir vous informer, Monseigneur, qu’ils se sont aussy emparés de tous les effets et ustensils de l’hôpital et des magasins du Roi: par la reddition de la Place ils n’ont que la ville avec les fortifications et batteries, avec toute l’artillerie armes et ustensils de guerre qui y étoient et non pas les autres effets; cependant ils s’en sont emparés, disant que c’étoit au Roy, Monsieur Bigot leur a fait ses representations qui n’ont eu aucun fruit, il vous rendra compte à ce sujet.

“Monsieur Bigot a bien voulu se charger lorsqu’il est parti de l’isle d’Aix pour vous rendre compte de ma lettre du 15 de ce mois avec tous les originaux des papiers, concernant tout ce qui s’est passé à l’occasion du siège de Louisbourg; je suis persuadé qu’ils les aura remis à sa grandeur et qu’après l’examen qu’elle en a fait, elle me rendra assez de justice que j’ay fait tout mon possible pour la défense de cette place, et que je ne l’ay rendue qu’a la dernière extrémité.

“J’oubliois d’informer monseigneur, que messieurs de la Tressillière et Souvigny, enseignes, et Lopinot, fils cadet, sont du nombre de ceux qui ont été tués pendant le siege.

“La garnison de Canceau avoit été faite prisonnière au dit lieu le 24 may de l’année dernière; elle ne devoit pas porter les armes contre le Roy pendant l’an et jour; monsieur Duquesnel donna la liberté à tous les officiers de cette garnison d’aller sur leur parole d’honneur à Baston et de passer au dit lieu le temps porté par leur capitulation.

“Le Sieur Jean Blastrick, officier, étoit du nombre, il a manqué à sa parole, puisqu’il les a prises au mois de mars dernier, c’étoit un des chefs de ceux qui ont brûlé Toulouse-Port et qui ont fait la descente à Gabarrus le 11 may.

“Il étoit colonel général de la milice de Baston, et il est entré en ville à la tête de cette milice, le lendemain de la reddition de la place.”


C.

CHAPTER XXII. SHIRLEY AND THE ACADIANS.

All the following correspondence is from the Public Record Office: America and West Indies.

Shirley to Newcastle, 14 Dec., 1745.

(Extract.)

“... Having lately procur’d from Fort Major Phillips of Annapolis Royal the late Lieutenant Governour Armstrong’s Original Instrument mention’d in my late State of the Province of Nova Scotia to be given by him to the French Inhabitants of that Province, by virtue of which and of another of the same tenour given ’em by him in 1730, they claim an Exemption from bearing Arms in defence of his Majesty’s Government, I inclose your Grace a Copy of it. Mr. Phillips in his letter inclosing this Instrument to me observes that the ‘Inhabitants of Nova Scotia at the first news of Louisbourg’s being surrendred were in great Consternation and at Minas in particular they appear’d in Tears in the Publick Places, where nine months before they had assisted in singing Te Deum, on a false report that Annapolis Royal was surrendred to Monsieur Duvivier.’ He goes on to say that a report was spread there that Monsieur Duvivier was arriv’d at Canada with rigging for two Men of War, and the Renommée a French thirty gun Ship with two Prizes at Quebec. And all the Nova Scotia Priests were gone to Canada for Instructions; and give out that there are 2000 Canadeans at Chignecto waiting ready for another attempt against his Majesty’s Garrison. To which I would beg leave to subjoin that it seems to me far from being improbable that the French will Attempt the reduction of Nova Scotia early in the Spring, by gaining which they will have a fine provision Country to assemble 8 or 10,000 fighting men and all the tribes of Indians ready to join in an attempt against Louisbourg at a few days Warning as I observ’d to your Grace in a late Letter; But if they should not attempt Louisbourg they would irresistably break up all the Eastern Settlements of this Province and I doubt not the whole Province of New Hampshire it self, which would make ’em masters of all Mast Country and Naval Stores and of a rich Soil for Corn as well as Cattle and this would also enable ’em to make deep impressions on all the Western frontier of this Province, New York and Connecticut, and, how far they might penetrate is not Certain but so far at least as might make it very difficult to dislodge ’em and give ’em such an hold of the Continent as to make ’em think in time of pushing with the assistance of the Indians for the Mastery of it, which is richly worth contending for with all their might as it would in their hands lay the surest foundation for an Universal Monarchy by Sea and Land that ever a people had. This train of Consequences from the Enemies being Masters of Nova Scotia may seem remote, my Lord, but they are not impossible, and it may be very difficult for the French to regain Louisbourg at least without being Masters of Nova Scotia, and that seems under the present Circumstances of the Garrison where no recruits are yet Arriv’d from England and the Inhabitants of the Country Surrounding it are Enemies in their hearts no difficult acquisition and to be made with a small Train of Artillery in three weeks at farthest. I would submit it to your Grace’s consideration whether the Garrison should not be reinforc’d as soon as may be. And the Inhabitants should not be forthwith put upon a good foot of Subjection and fidelity. Thus in obedience to your Grace’s Direction I have troubled you with my whole sentiments concerning the Province of Nova Scotia which as I can’t think it probable that the French will sleep the next year after the blow we have given ’em at Louisbourg (which, if they don’t recover it soon by retaking Cape Breton or getting Nova Scotia will prove their Death wound in North America) seems to be most likely to be attack’d by ’em of any place in these parts, and I hope your Grace will excuse my Repetition of the Danger of it.

“I am with the most Dutiful Regards