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Hier et demain

Chapter 16: CHAPITRE IV La vie des morts et la philosophie de la mort.
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About This Book

A collection of concise aphorisms and short essays reflecting on the moral and intellectual aftermath of a great modern war, arguing that long-held social doctrines and certainties have been shaken. The author examines collective psychology, shifting beliefs, and the tangled economic and social interests that will shape postwar problems, asserting that no single ideology proved adequate. Condensed historical, political and psychological observations are offered as distilled propositions intended to prompt reflection rather than to provide exhaustive proof, emphasizing the need to reconsider institutions, ideas, and the psychological forces that guide nations as they move toward reconstruction and peace.

CHAPITRE IV
La vie des morts et la philosophie de la mort.

Les qualités de caractère qui font la grandeur d’un peuple sont l’œuvre de ses aïeux. L’âme des vivants est façonnée par celle des morts.


Dans les grands conflits, pouvant décider du sort d’un peuple, l’invisible armée des morts guide les gestes des combattants. La bataille de la Marne fut gagnée par des morts. Ils étaient là plus nombreux que les vivants, ceux de Tolbiac, de Bouvines, de Marengo et de toutes les gloires passées, pour empêcher la France de sombrer dans l’abîme où semblait la pousser un sinistre destin.


Les volontés des vivants ne luttent pas facilement contre celle des morts.


En Angleterre, l’opinion des morts est plus puissante que celle des vivants. Le gouvernement anglais en fit l’expérience pendant la première année de la guerre. Conquérir l’âme des morts à travers celle des vivants fut sa plus difficile tâche.


L’inconscient, où s’élaborent les motifs de beaucoup de nos actes, représente une condensation de l’âme des aïeux.


Les morts doivent avoir leur place dans la direction d’une société, mais il ne faut pas que leur puissance soit trop tyrannique, car, ne pouvant progresser, ils tendent à paralyser le progrès.


La discipline interne créée par les morts est toujours moins dure que la discipline externe imposée par des vivants. Les individus et les peuples ne possédant pas la première doivent se résigner à subir la seconde.


Quand l’homme écoute l’âme de sa race, le sens de la mort devient nouveau pour lui. Il comprend alors que sous l’éphémère se cache la durée, et que la perpétuité refusée à l’individu est accordée à la race dont il représente un fragment.


La mort n’est qu’un déplacement d’individualités. L’hérédité fait circuler les mêmes âmes à travers la suite des générations d’une même race.


Nos actes ne sont éphémères qu’en apparence. Leurs répercussions se prolongent parfois pendant des siècles. La vie du présent tisse celle de l’avenir.


Nos formes transitoires recèlent un contenu éternel. Héritier d’un long passé, chaque être, momentanément surgi sur la ligne du temps, renferme un nombre immense de générations attendant l’heure d’échapper à leur provisoire néant.