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Hier et demain

Chapter 35: CHAPITRE PREMIER Rôle de certaines qualités secondaires dans la vie des peuples.
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About This Book

A collection of concise aphorisms and short essays reflecting on the moral and intellectual aftermath of a great modern war, arguing that long-held social doctrines and certainties have been shaken. The author examines collective psychology, shifting beliefs, and the tangled economic and social interests that will shape postwar problems, asserting that no single ideology proved adequate. Condensed historical, political and psychological observations are offered as distilled propositions intended to prompt reflection rather than to provide exhaustive proof, emphasizing the need to reconsider institutions, ideas, and the psychological forces that guide nations as they move toward reconstruction and peace.

LIVRE V
Facteurs psychologiques de la Puissance des Peuples

CHAPITRE PREMIER
Rôle de certaines qualités secondaires dans la vie des peuples.

Des qualités inutilisables à certaines périodes de la civilisation déterminent la prospérité d’un peuple quand de nouvelles conditions d’existence permettent leur utilisation.


Les supériorités littéraires, artistiques et intellectuelles furent dans certaines civilisations, celles des anciens Grecs et des Italiens de la Renaissance, par exemple, des éléments de grandeur. La patience, la ténacité, l’obéissance aux règlements et autres qualités jadis tenues pour médiocres constituent dans les civilisations à forme industrielle des conditions de succès.


L’âge moderne, avec sa technique compliquée et sa division du travail, exige des qualités de patience, de vigilante attention, de minutie, d’effort soutenu et de solidarité que des races individualistes à intelligence vive ne pratiqueront jamais facilement.


Le sentiment de la continuité est pour un peuple un élément de stabilité très lent à acquérir et sans lequel il ne saurait, cependant, ni durer ni grandir.


La force des peuples modernes dépend de moins en moins de leurs gouvernants. Elle se compose surtout d’une addition de millions de petits efforts individuels. Un pays devient grand lorsque tous ses citoyens travaillent à sa grandeur. Son déclin est rapide quand il abandonne à l’État les initiatives et les responsabilités.


Les succès d’un peuple sont dus aujourd’hui moins à la valeur de ses gouvernants, ou même de ses élites, qu’à certaines qualités, secondaires possédées par la majorité des citoyens.


Les supériorités individuelles peuvent parfois se remplacer par de modestes qualités collectives. Avec des poussières d’individualités médiocres les Allemands ont su faire des agrégats très forts.


La puissance d’un peuple exige des qualités communes à la grande majorité de ce peuple. La supériorité des élites ne suffit pas à déterminer sa grandeur.