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Histoire d'Attila et de ses successeurs (1/2) / jusqu'à l'établissement des Hongrois en Europe cover

Histoire d'Attila et de ses successeurs (1/2) / jusqu'à l'établissement des Hongrois en Europe

Chapter 15: CHAPITRE QUATRIÈME
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About This Book

The author reconstructs the life and career of Attila from contemporary fragments and later chronicle, balancing eyewitness reports with Gothic, Latin and Germanic traditions; he first presents a portrait of the ruler and his campaigns, then traces how his empire fragmented after his death while Hunnic populations remained in eastern Europe. The narrative follows the political fate of his successors and settlements along the Danube, and closes with a comparative study of legends and epic cycles across Latin, Teutonic and Magyar traditions that transformed the historical conqueror into varied mythic figures.

Priscus, Vigilas et les esclaves porteurs de présents s'étant arrêtés par respect près du seuil de la porte, Maximin s'avança, salua le roi, et, lui remettant dans les mains la lettre de Théodose, il lui dit: «L'empereur souhaite à Attila et aux siens santé et longue vie186.»--«Qu'il arrive aux Romains tout ce qu'ils me souhaitent!» répondit celui-ci brièvement187, et se tournant vers Vigilas avec les signes d'une colère concentrée: «Bête immonde! lui dit-il, qui t'a porté à venir vers moi, toi qui as connu mes conventions avec Anatolius au sujet de la paix? Tu savais bien que les Romains ne devaient point m'envoyer d'ambassadeur tant qu'il resterait chez eux un seul transfuge de ma nation188.» Vigilas ayant répliqué que cette condition était fidèlement remplie, puisqu'on lui ramenait dix-sept déserteurs, les seuls qu'on eût pu trouver dans tout l'empire d'Orient, ce ton d'assurance parut mettre Attila hors de lui. «Ah! lui cria-t-il d'une voix emportée, je te ferais mettre en croix à l'instant même, et te donnerais en pâture aux vautours pour prix de tes paroles impudentes, si je ne respectais le droit des ambassadeurs189;» puis, sur un signe qu'il fit, un secrétaire déploya une longue pancarte et se mit en devoir de la lire. C'était la liste nominative des transfuges qui étaient censés résider encore sur le territoire romain. La lecture terminée, Attila déclara qu'il voulait que Vigilas partît sur-le-champ avec Esla, un de ses officiers, pour signifier de sa part à Théodose d'avoir à lui restituer sans exception tous les Huns, de quelque qualité et en quelque nombre qu'ils fussent, qui avaient passé chez les Romains depuis l'époque où Carpilion, fils d'Aëtius, avait été son otage. «Je ne souffrirai point, disait-il avec hauteur, que mes esclaves portent les armes contre moi, quoiqu'ils ne puissent rien, je le sais bien, pour le salut de ceux qui les emploient. Quelle est la ville, quel est le château qu'ils parviendraient à sauver de mes mains, si j'ai résolu de le prendre ou de le détruire190? Qu'on aille donc faire connaître là-bas ce que j'ai décidé, et qu'on revienne tout aussitôt me faire connaître à moi si les Romains veulent me rendre mes transfuges ou s'ils préfèrent la guerre.» L'ordre de départ ne regardait que Vigilas; Attila pria l'ambassadeur de rester près de lui pour recevoir la réponse qu'il se proposait de faire à la lettre de l'empereur. Il n'oublia pas non plus de réclamer les présents qu'on lui avait destinés: l'audience finit là.

Note 186: (retour) Et imperatoris litteras tradeus dixit, salvum et incolumen illum suosque precari Imperatorem. Id., loc. cit.
Note 187: (retour) Et barbarus, «Sit et Romanis quemadmodum et mihi cupiunt», inquit. Id., ut supr.
Note 188: (retour) Statimque ad Vigilam convertit orationem; feram impudentem vocans, quærebat, qua re impulsus ad ipsum venisset, cum sibi eorum, quæ et ipso et Anatolius de pace sensissent, conscius esset... Prisc., Exc. leg., p. 53.
Note 189: (retour) Et cum clamore dixit, se illum in crucem acturum et prædam vulturibus præbiturum fuisse, nisi leges legationis hac impudentis ejus orationis et temeritatis pœna offendere vereretur. Id., loc. cit.
Note 190: (retour) Quæ enim urbs, quod castellum ab illis possit defendi, quod evertere aut diruere apud se constitutum habuerit? Prisc., ibid.

Cette scène, qui laissa les Romains tout émus, fut l'unique sujet de leur conversation à leur retour au quartier. Vigilas ne concevait pas que le même homme dont il avait éprouvé la bienveillance, il y avait à peine une année, eût pu le traiter d'une façon si ignominieuse, et son esprit se torturait pour en deviner la cause. Priscus la trouvait dans l'aventure du dîner de Sardique, dans ce propos imprudent de Vigilas, dont les Barbares n'avaient pas manqué de faire rapport à leur roi; Maximin, qui n'entrevoyait aucune autre raison que celle-là, appuyait l'avis de son ami; mais Vigilas secouait la tête et ne paraissait pas convaincu191. Survint Édécon, qui l'emmena en particulier et causa quelque temps avec lui. Cette démarche avait pour but de rassurer l'interprète sur ce qui venait de se passer, et de lui dire que tout se préparait à merveille pour le succès du complot: Édécon maintenant osait en répondre, et ce voyage procurait à Vigilas une occasion inespérée de tenir au courant Chrysaphius, et de rapporter l'argent dont ils avaient besoin192. L'interprète, remonté par ces explications, avait repris tout son calme quand il rejoignit ses collègues, et aux questions que ceux-ci s'empressèrent de lui adresser, il se contenta de répondre que l'affaire des transfuges agitait seule Attila, qui ferait la guerre infailliblement si on ne lui donnait satisfaction. Sur ces entrefaites, des messagers entrèrent dans le quartier de l'ambassade, et proclamèrent une défense du roi à tout Romain, quel qu'il fût, de rien acheter chez les Huns, ni chevaux, ni bêtes de somme, ni esclaves barbares, ni captifs romains, rien, en un mot, hormis les choses indispensables à la vie, et ce, jusqu'à la conclusion des difficultés pendantes entre les deux nations193. La défense fut signifiée à l'ambassadeur, Vigilas présent. C'était, comme on le pense bien, une ruse d'Attila pour enlever d'avance à l'interprète tout prétexte plausible d'introduire une forte somme d'argent dans ses États.

Note 191: (retour) Sed Vigilas ambiguus animi erat, neque causam suspicari posse videbatur, quare Attilas eum tam acerbis convitiis insectatus esset. Nec enim in animum suum inducere poterat, ut nobis postea retulit, enuntiata fuisse, quæ in convivio in Serdica dicta fuerant, nec conjurationem in Attilam detectam... Prisc., Exc. leg., p. 54.
Note 192: (retour) Hæc cum ambigua mente volveremus, Edecon supervenit, et abducto a nostro cœtu Vigila (fingebat enim velle vere et serio de præmeditatis inter eos insidiis agere), ubi aurum adferri præcepit, quod his daretur, qui exsequendo facineri operam navaturi essent, discessit. Prisc., Exc. leg., p. 54.
Note 193: (retour) Hæc dum loquebamur, advenere ab Attila, qui Vigilam et nos prohiberent, captivum romanum, aut barbarum mancipium, aut equos, aut quidquam aliud emere, præterquam quæ ad victum necessaria erant Prisc., ibid.

Attila ne parlait plus de sa chasse aux bêtes fauves en Pannonie depuis qu'il en avait rencontré une plus à son goût. Désireux de suivre sans préoccupation la piste de Vigilas et d'observer à loisir les démarches de l'ambassadeur qu'il gardait provisoirement en otage, il leva son camp deux jours après cette scène, et partit pour regagner sa résidence ordinaire dans la capitale de la Hunnie. Il fit dire aux Romains de se tenir prêts à le suivre, et au jour marqué, ceux-ci se mirent, avec leurs guides particuliers, à l'arrière-garde de l'armée des Huns194. On n'avait pas fait encore beaucoup de chemin quand ces guides changèrent brusquement de direction, et s'engagèrent dans une route peu frayée, laissant l'armée continuer sa marche, et pour raison de ce changement de front, ils apprirent aux voyageurs qu'une cérémonie, à laquelle il ne leur était pas permis d'assister, allait se célébrer dans un hameau voisin. Ce n'était pas moins qu'un nouveau mariage du roi: Attila ajoutait à ses innombrables épouses la fille d'un grand du pays, nommé Escam195. La contrée que Maximin et sa troupe avaient à traverser était basse et de parcours facile, mais extrêmement marécageuse; ils durent franchir plusieurs rivières, parmi lesquelles Priscus mentionne la Tiphise, aujourd'hui la Theiss, qui coule au cœur de la Hongrie, et se jette dans le Danube entre Semlin et Peterwaradin. Ils passaient les rivières ou les marais profonds au moyen de bateaux emmagasinés dans les villages riverains, et que les habitants leur amenaient sur des chariots. Leur nourriture, durant la route, se composa principalement de millet fourni par la population sur la demande des guides, et de deux espèces de boissons fermentées, l'une appelée médos, qui n'était autre chose que de l'hydromel; l'autre fabriquée avec de l'orge et que les Huns nommaient camos196. Le voyage ne manqua point d'aventures, les unes pénibles, les autres réjouissantes. En voici une que Priscus raconte avec une gaieté et une naïveté dont nous regretterions de priver nos lecteurs.

Note 194: (retour) Post Vigilæ discessum unum tantum diem in his locis commorati, postridie una cum Attila ad loca magis ad septentrionem vergentia profecti sumus. Prisc., Exc. leg., p. 55.
Note 195: (retour) Attilas interea in quodam vico substitit, in quo filiam Escam uxorem, etsi plures alias haberet, Scytharum legibus id permittentibus, ducere voluit. Prisc., ibid.
Note 196: (retour) Coumiss est le nom sous lequel les Tartares désignent le lait de jument fermenté, leur boisson ordinaire.--Meth en allemand, mead en anglais: hydromel.

«Le jour baissait, dit-il, quand nous plantâmes nos tentes au bord d'un marais dont nous jugeâmes l'eau très-potable, parce que les habitants d'un hameau voisin y venaient puiser pour leur usage; mais nous avions à peine fini notre installation, lorsqu'il s'éleva un vent violent, et une tempête subite, mêlée de foudre et de pluie, balaya pêle-mêle notre tente et nos ustensiles, qui roulèrent jusque dans le marais. Effrayés des tourbillons qui traversaient l'air et du malheur qui venait de nous arriver, nous désertâmes la place à qui mieux mieux, courant chacun au hasard sous des torrents de pluie et par l'obscurité la plus épaisse. Heureusement tous les chemins que nous prîmes conduisaient au village, et en quelques instants nous nous y trouvâmes réunis. Là, nous nous mîmes à pousser de grands cris pour avoir du secours. Notre tapage ne fut pas perdu, car nous vîmes les Huns sortir les uns après les autres de leurs maisons, tous munis de roseaux allumés qu'ils portaient en guise de flambeaux. En réponse à leurs questions, nos guides racontèrent l'événement qui nous avait dispersés, et aussitôt ceux-ci nous engagèrent à entrer dans leurs demeures, jetant d'abord à terre quelques brassées de roseaux dont la flamme servit à nous sécher197. Ce village appartenait à une des veuves de Bléda, laquelle, instruite de notre arrivée, nous envoya dans le logement que nous occupions des provisions de bouche et de très-belles femmes pour notre usage, ce qui est chez la nation hunnique une marque de grand honneur et de bonne hospitalité. Nous prîmes les vivres et remerciâmes les dames; puis, accablés de fatigue, nous ne fîmes qu'un somme jusqu'au lendemain198. Notre première pensée, au point du jour, fut d'aller faire l'inventaire de notre mobilier; nous le trouvâmes dans un triste état: une partie gisait éparse sur le lieu du campement, une partie le long du marais, une partie dans l'eau, où nous nous mîmes à la repêcher. La journée s'employa à ce travail et à faire sécher nos effets, que nous rapportions tout trempés199. Déjà la tempête avait cessé; le plus beau soleil brillait au ciel. Nous sellâmes chevaux et mulets, et nous nous rendîmes chez la reine pour la saluer. Elle accueillit bien quelques présents que nous lui offrîmes, savoir: trois coupes d'argent, des toisons teintes en pourpre, du poivre d'Inde, des dattes et des fruits secs dont ces Barbares sont très-curieux, parce qu'ils en voient rarement200. Après lui avoir exprimé notre reconnaissance pour son hospitalité et nos souhaits, nous prîmes congé d'elle et continuâmes notre voyage.»

Note 197: (retour) Ad quem strepitum Scythæ exilientes, calamos, quibus ad ignem utuntur, usserunt: et accenso lumine interrogarunt, quid nobis vellemus, qui tantos clamores ederemus. Barbari, qui nos comitabantur, responderunt, nos tempestate perculsos turbari. Itaque nos liberaliter invitatos, hospitio exceperunt, et calamis siccis ignem accenderunt. Prisc., Exc. leg., p. 56.
Note 198: (retour) Vici domina una ex Bledæ uxoribus erat. Hæc nobis cibaria et mulieres formosas, cum quibus amori indulgeremus (hoc enim apud Scythas honori ducitur), suppeditavit. Mulieribus pro cibis præbitis gratias egimus, et sub tectis nostris somnum capientes, ab earum consuetudine abstinuimus. Id., ibid.
Note 199: (retour) In his desiccandis totum diem in illo vico (tempestas enim desierat, et clarus sol apperebat), contrivimus. Prisc., Exc. leg., l. c.
Note 200: (retour) Hanc vicissim donis remunerati sumus tribus pateris argenteis, velleribus rubris, pipere ludico, palmulis et variis cupediis, quæ omnia a barbaris, ut ignola, magni æstimantur. Prisc., Exc. leg., p. 57.

Ils marchaient depuis sept jours, quand ils se croisèrent avec une autre ambassade romaine arrivée par un autre chemin: c'était une députation de l'empereur d'Occident Valentinien III au roi des Huns, à propos de certains vases sauvés du pillage de Sirmium; l'histoire est curieuse et jettera quelques lumières de plus sur cette politique asiatique, où l'opiniâtreté des résolutions servait à en déguiser l'injustice. A l'époque où, contre tout droit, les Huns étaient venus assiéger Sirmium, l'évêque de cette ville, ne prévoyant que trop bien l'issue de la guerre, disposa des vases de son église. Il connaissait un certain Constancius, Gaulois de naissance, alors secrétaire d'Attila et employé aux opérations du siége. Ayant trouvé moyen d'avoir une entrevue avec lui, l'évêque lui remit les vases sacrés: «Si je deviens votre prisonnier, lui dit-il, vous les vendrez pour me racheter; si je meurs auparavant, vous les vendrez encore, et avec leur prix vous rachèterez d'autres captifs201.» Il mourut pendant le siége, et le dépositaire s'appropria le dépôt. Il y avait près de là, par hasard, un prêteur sur gages nommé Sylvanus, lequel tenait une boutique d'argentier ou banquier sur une des places publiques de Rome; Constancius lui engagea les vases pour une certaine somme qu'il ne paya pas à l'échéance; le délai expiré, Sylvanus vendit les vases à un évêque d'Italie, ne voulant ni les briser ni les employer à un usage profane202. Ces faits vinrent aux oreilles d'Attila au bout de quelque temps. Il commença par faire pendre ou crucifier, suivant sa coutume, le secrétaire infidèle; puis il réclama, près de l'empereur Valentinien, Sylvanus ou les vases. «Il me faut une chose ou l'autre, écrivait-il; ces vases m'appartiennent comme ayant été soustraits par l'évêque au butin de la ville; mon secrétaire les a volés, je l'ai puni; je demande maintenant le recéleur ou la restitution de mon bien203.» Vainement l'empereur répondit que Sylvanus n'était point un recéleur, attendu qu'il avait acheté de bonne foi, et que, quant aux vases eux-mêmes, affectés à une destination religieuse, ils ne pourraient pas lui être remis sans profanation; vainement il offrit d'en payer la valeur en argent: Attila, sourd à toutes les raisons, ne sortait pas de son dilemme: «Mes vases ou le recéleur, sinon la guerre.» Le cabinet de Ravenne, à bout de correspondances sans résultats, lui députait trois nobles romains pour s'entendre enfin avec lui, s'il était possible, et prévenir de plus grands malheurs. On avait choisi pour cette mission un homme qui semblait devoir être bien venu du Barbare, le comte Romulus, beau-père d'Oreste; et on lui avait adjoint un officier général, nommé Romanus, avec Promotus, commandant de la Pannonie, et un Gaulois, nommé Constancius, qu'Aëtius envoyait à Attila pour être un de ses secrétaires. Un quatrième personnage, fort important dans la circonstance, Tatullus, père d'Oreste, avait voulu profiter aussi de l'occasion pour visiter son fils204. Priscus et Maximin furent heureux de retrouver des compatriotes au fond de ce désert sauvage, et les deux ambassades réunies attendirent dans un certain lieu le passage d'Attila, qu'on annonçait devoir être prochain. Au bout de quelques journées, le roi, l'armée et les deux ambassades romaines arrivaient en vue de la bourgade royale, capitale de toute la Hunnie205.

Note 201: (retour) Ille vero, quo tempore Sirmium... Scythæ obsidebant, aurea vasa a civitatis episcopo acceperat, ut ex corum pretio, si se superstite urbem capi contigisset, quoad satis esset, pro sua libertate solveretur: sin periisset... Prisc., Exc. leg., p. 57.
Note 202: (retour) Sed Constantius post urbis excidium de pacto illo parum sollicitus Romam profectus, vasa ad Sylvanum detulit, et aurum ab eo accepit, convenitque... Prisc., ub. sup.
Note 203: (retour) Sibi tradi Sylvanum, tanquam furem corum, quæ sua essent, flagitavit. Prisc., ibid.
Note 204: (retour) Ilis aderat Constantius, quem Aëtius ad Attilam, ut illi in conscribendis epistolis deserviret, miserat, et Tatullus, Orestis ejus, qui cum Edecone erat, pater, non legationis causa, sed privati officii et familiaritatis ergo. Prisc., Exc. leg., p. 57.
Note 205: (retour) On a beaucoup discuté sur le lieu exact où cette résidence était située: les uns ont cru reconnaître Tokai, les autres, avec plus de probabilité, la ville actuelle de Bude; mais tous s'accordent à décider que ce lieu se trouvait dans le pays qui est aujourd'hui la Hongrie. Le récit de Priscus ne laisse aucun doute sur ce point; il nomme la Theiss parmi les rivières que l'ambassade traversa, et le compte qu'il fait des journées de marche s'accorde assez bien avec la distance des lieux.

CHAPITRE QUATRIÈME

Palais d'Attila et de Kerka.--Bain d'Onégèse.--Entrée d'Attila dans sa ville capitale.--Onégèse, premier ministre d'Attila.--Conversation de Priscus avec un Grec, qui s'était fait Hun: comparaison de la vie barbare et de la vie civilisée.--Onégèse et Maximin.--Audience de la reine Kerka.--Attila rend la justice.--Conversation des Romains sur la puissance et les projets d'Attila.--Attila invite à sa table les deux ambassades romaines.--Description du repas; cérémonial; chants nationaux.--Fils d'Attila.--Apparition du nain Zercon.--Repas chez la reine Kerka.--Attila congédie Maximin.--Mauvaise foi des seigneurs huns; cruauté d'Attila.--Retour de Vigilas avec son fils.--Vigilas est conduit devant Attila et convaincu de complot.--Il avoue pour sauver son fils.--Attila envoie Oreste à Constantinople avec la bourse de Vigilas pendue au cou.--Il demande la tête de Chrysaphius.--Son message menaçant aux deux empereurs d'Orient et d'Occident.

Le palais du prince barbare, placé sur une hauteur, dominait toute la bourgade, et attirait au loin les regards par ses hautes tours qui se dressaient vers le ciel206. On désignait sous ce nom un vaste enclos circulaire renfermant plusieurs maisons, telles que celles du roi, de son épouse favorite Kerka, de quelques-uns de ses fils, et probablement aussi la demeure de ses gardes; une clôture en bois l'entourait; les édifices intérieurs étaient aussi en bois. Située probablement au centre et seule flanquée de tours, la maison d'Attila était encadrée dans de grands panneaux de planches d'un poli admirable, et si exactement joints ensemble qu'ils semblaient ne former qu'une seule pièce207. Celle de la reine, d'une architecture plus légère et plus ornée, présentait sur toutes ses faces des dessins en relief et des sculptures qui ne manquaient point de grâce. Sa toiture reposait sur des pilastres soigneusement équarris, entre lesquels régnait une suite de cintres en bois tourné, appuyés sur des colonnettes, et formant comme les arcades d'une galerie208. La maison d'Onégèse se voyait à peu de distance du palais, close également d'une palissade et construite dans le même genre que celle du roi, avec plus de simplicité. Une curiosité y méritait l'attention des étrangers: dans ce pays dénué de pierres à bâtir et même d'arbres209, et où il fallait transporter du dehors les matériaux de construction, Onégèse avait fait élever un bain sur le modèle des thermes romains. Voici l'histoire de ce bain telle que les Romains l'entendirent conter. Au nombre des captifs provenant du sac de Sirmium, se trouvait un architecte qu'Onégèse réclama dans sa part de butin. Le ministre d'Attila, Grec de naissance, venu très-jeune chez les Huns, y avait apporté le goût des bains à la façon romaine, et l'avait communiqué à sa femme et à ses enfants. S'il avait réclamé la personne de l'architecte, c'était afin d'obtenir d'un homme habile la construction d'un bâtiment où il pût satisfaire son goût, et le captif, en déployant toute son industrie, crut accélérer l'instant où il verrait tomber ses fers210. Il se mit donc à l'œuvre avec zèle: des pierres furent tirées de Pannonie; des fourneaux, des piscines, des étuves s'organisèrent; mais, lorsque tout fut achevé, comme il fallait des mains expérimentées pour diriger un service si nouveau chez les Huns, Onégèse créa l'architecte baigneur en titre de sa maison, et le malheureux dit adieu pour jamais à la liberté211.

Note 206: (retour) Turribus insignis... reliquis conspectior et in altiori loco sita. Prisc., Exc. leg., p. 58.
Note 207: (retour) Erant hæc ex lignis et tabulis eximie politis exstructæ et ambitu ligneo circumdatæ, non ad munimentum, sed ad ornatum comparato. Prisc., Exc. leg., p. 58.
Note 208: (retour) Intra illa septa erant multa ædificia, partim ex tabulis sculptis et eleganter compactis, partim ex trabibus opere puro et in rectitudinem affabre dolatis, in quibus ligna in circulos curvata imposita erant. Circuli autem a solo incipientes paullatim in altum assurgebant. Id., loc. cit.
Note 209: (retour) Non enim apud eos, qui in ea parte Scythiæ habitant, ullus est aut lapis, aut arbos, sed materia aliunde advecta utuntur. Prisc., Exc. leg., p. 58.
Note 210: (retour) Hujus autem balnei architectus, e Sirmio captivus abductus, mercedem operis sui libertatem se consecuturum sperans, falsus sua spe, cum nihil minus cogitaret, in longe duriorem apud Scythas incidit servitudem. Prisc., Exc. Leg., p. 58 et seq.
Note 211: (retour) Balucatorem enim eum Onegesius instituit, ut sibi totique suæ familiæ, cum lavarentur, operas præstaret. Id., ub. sup.

Attila fit son entrée dans la capitale de son empire avec un cérémonial qui intéressa vivement les Romains, et surtout Priscus, observateur si curieux, peintre si naïf de tout ce qui frappait ses regards par un côté singulier. Ce furent les femmes de la bourgade qui vinrent le recevoir en procession. Rangées sur deux files, elles élevaient au-dessus de leurs têtes et tendaient d'une file à l'autre, dans leur longueur, des voiles blancs, sous lesquels les jeunes filles marchaient par groupes de sept, chantant des vers composés à la louange du roi212. Le cortége prit la direction du palais en passant devant la maison d'Onégèse. La femme du ministre favori se tenait en dehors de l'enceinte, entourée d'une foule de servantes qui portaient des plats garnis de viande et une coupe pleine de vin. Lorsque le roi parut, elle s'approcha de lui, et le pria de goûter au repas qu'elle lui avait préparé; un signe bienveillant fit savoir qu'il y consentait: c'était la plus grande faveur qu'un roi des Huns pût accorder à ses sujets213. Aussitôt quatre hommes vigoureux soulevèrent une table d'argent jusqu'à la hauteur du cheval, et, sans mettre pied à terre, Attila goûta de tous les plats et but une gorgée de vin, après quoi il entra dans son palais214. En l'absence de son mari, qui arrivait d'un long voyage et que le roi manda près de lui, la femme d'Onégèse reçut les ambassadeurs à souper dans la compagnie des principaux du pays, presque tous ses parents. Maximin prit ensuite des dispositions pour son établissement; il dressa ses tentes dans un lieu voisin tout à la fois de la maison du ministre et du palais du roi.

Note 212: (retour) In hunc vicum adventanti Attilæ puellæ obviam prodierunt, quæ per series incedebant, sub lintels tenuibus et candidis, quam maxime in longitudinem extensis, ita ut sub unoquoque linteo, manibus mulierum ab utraque parte in altum sublato, septem puellæ aut etiam plures progredientes (erant autem multi hujus modi mulierum sub illis linteis ordines), Scythica carmina canerent. Prisc., Exc. leg., p. 58, et seq.
Note 213: (retour) Qui maximus est apud Scythas homos. Id., ibid.
Note 214: (retour) Itaque uxori hominis sibi necessarii gratificaturus, comedit, equo insidens, barbaris, qui in ejus comitatu erant, suspensam tabulam (erat antem argentea) attollentibus. Deinde degustato calice, qui illi fuerat oblatus, in regiam se recepit. Prisc., loc. cit.

Onégèse, dont le nom grec indiquait l'origine, mais qui avait été élevé chez les Huns; tenait le premier rang dans l'empire après Attila, soit par la puissance, soit par la richesse: c'était presque le roi, si Attila était l'empereur. Ce comble de fortune, devant lequel les Huns de naissance s'inclinaient sans murmurer, Onégèse le devait aux moyens les plus honorables, à la bravoure sur le champ de bataille, à la sincérité dans les conseils, au courage même avec lequel il luttait contre les résolutions violentes ou les mauvais instincts de son maître. Il était près d'Attila le meilleur appui des Romains, non par intérêt personnel ou par souvenir lointain de son origine, mais par pur esprit d'équité, par un goût inné de ce qui tenait à la civilisation. La logique, si différente des faits, eût placé de droit un tel ministre près d'un prince civilisé et chrétien, tandis qu'elle eût relégué au contraire un Chrysaphius près d'Attila. Le roi hun, si absolu, si emporté, cédait à ce caractère ferme dans sa douceur; Onégèse était devenu son conseiller indispensable, et c'est à lui qu'il avait confié l'éducation militaire et la tutelle de son fils aîné, Ellak, dans le royaume des Acatzires, dont Onégèse venait de terminer la conquête215. Ramené sur les bords du Danube, après une longue absence, par le désir de revoir son père, ce jeune homme avait fait en route une chute de cheval où il s'était démis le poignet216. Onégèse avait donc bien des choses importantes à traiter avec le roi, qui le retint toute la soirée: ce fut le motif de son absence au souper; mais Maximin brûlait d'impatience de le voir pour lui communiquer les instructions de Théodose à son égard; il espérait d'ailleurs beaucoup dans l'intervention de cet homme tout puissant pour aplanir les difficultés dont sa mission était entourée. Il dormit à peine, et, dès les premières lueurs de l'aube, il fit partir Priscus avec les présents destinés au ministre. L'enceinte était fermée; aucun domestique de la maison ne se montrait, et Priscus dut attendre; laissant donc les présents sous la garde des serviteurs de l'ambassade, il se mit à se promener jusqu'au moment où quelqu'un paraîtrait217.

Note 215: (retour) Etenim tum forte Onegesius una cum seniore ex Attilæ liberis ad Acatziros missus fuerat... ei genti cum seniorem ex filiis regem Attilas constituere decrevisset, ad hanc rem conficiendam Onegesium miserat. Prisc., Exc. leg., p. 63.
Note 216: (retour) Dextram delapsus fregerat. Id., ibid.
Note 217: (retour) Quam januæ clausæ essent, exspectavi, donec aperirentur, et aliquis exiret, qui eum mei adventus certiorem faceret. Prisc., Exc. leg., p. 60.

Il avait fait à peine quelques centaines de pas, quand un autre promeneur, l'abordant, lui dit en fort bon grec: «Khaïré, je vous salue.» Entendre parler grec dans les États d'Attila, où les idiomes usuels étaient le hun, le goth et le latin, surtout pour les relations de commerce, c'était une nouveauté qui frappa Priscus. Les seuls Grecs qu'on pouvait s'attendre à rencontrer là étaient des captifs de la Thrace ou de l'Illyrie maritime, gens misérables, faciles à reconnaître à leur chevelure mal peignée et à leurs vêtements en lambeaux, tandis que l'interlocuteur de Priscus portait la tête rasée tout alentour et le vêtement des Huns de la classe opulente218. Ces réflexions traversèrent comme un éclair la pensée de Priscus, qui, pour s'assurer de ce qu'était cet homme, lui demanda, en lui rendant son salut, de quel pays du monde il était venu essayer la vie barbare chez les Huns219.

Note 218: (retour) Sed illi ab obvio quoque dignosci possunt et a vestibus laceris et capitis squalore, tanquam qui in miseram inciderint fortunam. Hic vero opulenti Scythæ speciem præ se ferebat; erat enim bene et eleganter vestitus, capite in rotundum raso. Prisc., ibid., p. 61.
Note 219: (retour) Hunc resalutans interrogavi, quis esset, et unde in terram barbaram veniens, vitæ scythicæ institutum sequi delegisset. Prisc., Exc. leg., p. 61.

«Pourquoi me faites-vous cette question? dit l'inconnu.

--Parce que vous parlez trop bien le grec, répondit Priscus. L'inconnu se mit à rire220.

--En effet, dit-il, je suis Grec. Fondateur d'un établissement de commerce à Viminacium en Mésie, je m'y étais marié richement; j'y vivais heureux: la guerre a dissipé mon bonheur. Comme j'étais riche, j'ai été adjugé, personne et biens, dans le butin d'Onégèse, car vous saurez que c'est un privilége des princes et des chefs des Huns de se réserver les plus riches captifs221. Mon nouveau maître me mena à la guerre, où je me battis bien et avec profit. Je me mesurai contre les Romains; je me mesurai contre les Acatzires; quand j'eus acquis suffisamment de butin, je le portai à mon maître barbare, et, en vertu de la loi des Scythes, je réclamai ma liberté. Depuis lors, je me suis fait Hun; j'ai épousé une femme barbare qui m'a donné des enfants; je suis commensal d'Onégèse, et, à tout prendre, ma condition actuelle me paraît préférable à ma condition passée222.

Note 220: (retour) Ille quam ob causam hoc ex ipso quærerem, rogavit. «Mihi vero, inquam, hæc a te ut sciscitarer, causa fuit, quod græce locutus es.» Tum ridens ait, se Græcum esse genere... Prisc., ibid.
Note 221: (retour) Etenim esse apud eos in more positum, ut præcipui ab Attila scythæ principes captivos ditiores sibi seponant, quoniam plurimum auctoritate valent. Prisc., Exc. leg., p. 62.
Note 222: (retour) Uxorem quoque barbaram duxisse, et ex ea liberos sustulisse, et Onegesii mensæ participem, hoc vitæ genuis longe potius priore ducere. Prisc., Exc. leg., p. 62.

--Oh! oui, continua cet homme après s'être recueilli un instant, le travail de la guerre une fois terminé, on mène parmi les Huns une vie exempte de soucis: ce que chacun a reçu de la fortune, il en jouit paisiblement; personne ne le moleste, rien ne le trouble. La guerre nous alimente: elle épuise et tue ceux qui vivent sous le gouvernement romain. Il faut bien que le sujet romain mette dans le bras d'autrui l'espérance de son salut, puisqu'une loi tyrannique ne lui permet pas de porter les armes dont il a besoin pour se défendre, et ceux que la loi commet à les porter, si braves qu'ils soient, font mal la guerre, entravés qu'ils sont tantôt par l'ignorance, tantôt par la lâcheté des chefs223. Cependant les maux de la guerre ne sont rien chez les Romains en comparaison des calamités qui accompagnent la paix, car c'est alors que fleurissent dans tout leur luxe et la rigueur insupportable des tributs, et les exactions des agents du fisc, et l'oppression des hommes puissants. Comment en serait-il autrement? les lois ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Si un riche ou un puissant les transgresse, il profitera impunément de son injustice; mais un pauvre, mais un homme qui ignore les formalités du droit, oh! celui-là, la peine ne manquera point de l'atteindre, à moins pourtant qu'il ne meure de désespoir avant son jugement, épuisé, ruiné par un procès sans fin. Ne pouvoir obtenir qu'à prix d'argent ce qui est du droit et des lois, c'est, à mon avis, le comble de l'iniquité. Quelque injure que vous ayez reçue, vous ne pouvez ni aborder un tribunal ni demander une sentence au juge avant d'avoir déposé préalablement une somme d'argent qui bénéficiera à ce juge et à sa séquelle224

Note 223: (retour) Hos enim in aliis sui conservanci spem collocare necesse est; quandequidem per tyrannos minime licet arma, quibus unusquisque se tucatur, gestaro, atque adeo his, quibus jure licet, valde est perniciosa ducum iguavia, qui bellum minime gnaviter gerunt. Id., ub. sup.
Note 224: (retour) At mercede et pretio, quod legum et juris est obtinere, omnium iniquissimum est. Nec enim injuria affecto quisquam fori judicialis potestatem faciet, priusquam pecuniam judicis et ejus ministrorum commodo cessuram deponat. Prisc., Exc. leg., p. 62.

L'apostat de la civilisation continua longtemps sur ce ton, déclamant avec une chaleur qui donnait parfois à ses paroles l'apparence d'un plaidoyer pour lui-même. Quand il parut avoir tout dit, Priscus le pria de le laisser parler quelques instants à son tour et de l'écouter avec patience225. «A mon sens, commença-t-il, les fondateurs de l'État romain ont été des hommes sages et prévoyants; pour que chacun sût bien son métier, ils ont fait de ceux-ci les gardiens de la loi, de ceux-là les gardiens de la sûreté publique, et, n'ayant pas d'autre occupation au monde que de s'exercer au maniement des armes, de s'aguerrir et de se battre, ces derniers ont composé une classe de gens excellents pour protéger les autres. Nos législateurs établirent en outre une troisième classe, celle des colons qui cultivent la terre: il était bien juste qu'au moyen de l'annone militaire cette classe nourrît ceux qui la protégent. Ce n'est pas tout: ils créèrent des conservateurs de l'équité et du droit au profit des faibles et des incapables, des défenseurs juridiques pour ceux qui ne sauraient pas se défendre. Cela posé, qu'y a-t-il de si injuste à ce que le juge et l'avocat soient payés par le plaideur, comme le soldat par le paysan? Celui qui reçoit le service doit tribut à celui qui le rend, et le bon office doit être mutuel226. Le cavalier ne fait que gagner à soigner son cheval, le berger ses bœufs, le chasseur ses chiens227. S'il y a de mauvais plaideurs qui se ruinent en procès, tant pis pour eux! et, quant à la longueur des affaires, elle tient la plupart du temps à la nécessité de les éclaircir, et mieux vaut, après tout, une bonne sentence qui s'est fait attendre qu'une mauvaise sentence improvisée. Risquer de commettre l'injustice, ce n'est pas seulement nuire aux hommes, c'est encore offenser Dieu, l'inventeur de la justice. Les lois sont publiques, tout le monde les connaît ou peut les connaître; l'empereur lui-même leur obéit228. Votre accusation sur l'impunité des grands est vraie quelquefois, mais applicable à tous les peuples, et le pauvre lui-même peut échapper à la peine, si l'on ne trouve pas de preuves suffisantes de sa culpabilité. Vous vous félicitez du don de votre liberté; rendez-en grâce à la fortune, et non point à votre maître. En vous menant à la guerre, vous homme civil, il pouvait vous faire tuer, et, si vous aviez fui, il pouvait vous tuer lui-même. Les Romains n'ont point cette dureté; leurs lois garantissent la vie de l'esclave contre les sévices du maître: elles lui assurent la jouissance de son pécule, et elles l'élèvent par l'affranchissement à la condition des hommes libres, tandis qu'ici, pour la moindre faute, c'est la mort qui le menace229

Note 225: (retour) Ego precatus, ut quod sentirem, patienter et benigne audiret, respondi.... Id., ibid.
Note 226: (retour) Quid enim æquius, quam cum, qui opituletur et auxilium ferat, alere et officium mutuo officio rependere. Prisc., Exc. leg., p. 62.
Note 227: (retour) Quemadmodum equiti emolumento est equi, pastori houm et venatori canum cura, et reliquorum animantium, quæ homines custodiæ et utilitatis causa alunt. Prisc., loc. cit.
Note 228: (retour) Leges autem in omnes positæ sunt, ut illis etiam ipse imperator pareat. Prisc., ibid.
Note 229: (retour) Longe autem Romani benignius servis consuluerunt. Patrum enim aut præceptorum affectum erga eos exhibent, denique corrigunt eos in his, quæ delinquent, sicut et suos liberos. Nec enim servos morte afficere, sicut apud Scythas, fas est... Prisc., Exc. leg., p. 62.

Cette vue élevée de la civilisation, ce tableau des protections diverses qui entourent l'individu sous les gouvernements policés, sembla remuer vivement l'interlocuteur de Priscus, qui ne cherchait vraisemblablement, en accumulant sophismes sur sophismes, qu'à étouffer en lui-même quelques remords et à combattre quelques regrets. Ses yeux parurent mouillés de larmes230, puis il s'écria: «Les lois des Romains sont bonnes, leur république est bien ordonnée, mais les mauvais magistrats la pervertissent et l'ébranlent»231. Ils en étaient là quand un domestique d'Onégèse ouvrit l'enceinte de la maison: Priscus quitta l'inconnu, qu'il ne revit plus.

Note 230: (retour) Tum ille plorans... Id., ibid.
Note 231: (retour) Leges apud Romanos bonas et rem publicam præclare constitutam esse, sed magistratus, qui non, æque ac prisci, probi et prudentes sunt, eam labefactant et pervertunt. Prisc., l. c.

L'insistance que mettait Théodose à demander Onégèse pour négociateur dans ses différends avec les Huns tenait à un double calcul de la politique byzantine: d'abord on semblait repousser Édécon comme trop rude et trop dévoué aux intérêts de son maître, puis, à tout événement, on espérait attirer par les séductions et peut-être corrompre par l'argent le ministre tout-puissant qui montrait une bienveillance si pleinement gratuite à l'empire. De ces deux calculs, l'honnête Maximin ignorait le premier et soupçonnait à peine le second; mais cette partie de sa mission lui avait été recommandée comme une de celles auxquelles l'empereur tenait le plus, et il ne supposait pas qu'une telle avance de la part d'un tel souverain pût laisser le Barbare indifférent. Onégèse, après avoir donné un coup d'œil rapide aux présents que Priscus lui apportait, les fit déposer dans sa maison232, et, apprenant que l'ambassadeur romain voulait se rendre chez lui, il tint à le prévenir lui-même; au bout de quelques instants, Maximin le vit entrer sous sa tente. Alors commença entre ces deux hommes d'État une conversation dans laquelle le caractère du ministre d'Attila se déploya tout entier. Maximin s'attacha à lui exposer avec quelque peu d'emphase que le moment d'une pacification solide entre les Romains et les Huns paraissait arrivé, pacification dont l'honneur était réservé à sa prudence, et que l'utilité très-grande dont le ministre hun pouvait être pour les deux nations se reverserait sur lui-même et sur ses enfants en bienfaits perpétuels de la part de l'empereur et de toute la famille impériale. «Comment donc, demanda naïvement Onégèse, ce grand honneur peut-il m'advenir, et comment puis-je être entre vous et nous l'arbitre souverain de la paix233?--En étudiant, reprit l'ambassadeur, chacun des points qui nous divisent et les conventions des traités, et pesant le tout dans la balance de votre équité. L'empereur acceptera votre décision.--Mais, rétorqua celui-ci, ce n'est point là le rôle d'un ambassadeur, et, si je l'étais, je n'aurais pas d'autre règle que les volontés de mon maître. Les Romains espéreraient-ils par hasard m'entraîner par leurs prières à le trahir, et à tenir pour néant ma vie passée parmi les Huns, mes femmes, mes enfants nés chez eux? Ils se tromperaient grandement. L'esclavage me serait plus doux près d'Attila que les honneurs et la fortune dans leur empire234.» Ces paroles, prononcées d'un ton calme, mais net, ne souffraient point de réplique. Onégèse, comme pour en adoucir la rudesse, se hâta d'ajouter qu'il était plus utile aux Romains près d'Attila, dont il apaisait quelquefois les emportements, qu'il ne le serait à Constantinople, où son bon vouloir pour eux ne tarderait pas à le rendre suspect235. Évidemment le ministre de Théodose n'avait rien à faire de ce côté.

Note 232: (retour) Ille suos, qui aderant, jussit aurum et munera recipere. Prisc., Exc. leg., p. 62.
Note 233: (retour) Qua in re gratificaretur Imperatori, et per se contentiones dirimeret? Prisc., ibid., p. 63.
Note 234: (retour) An Romani existimant, inquit, se ullis precibus exorari posse, ut prodat dominum suum, et nihili faciat educationem apud Scythas, uxores et liberos suos, neque potiorem ducat apud Attilam servitutem, quam apud Romanos ingentes opes. Prisc., Exc. leg., p. 63.
Note 235: (retour) Cæterum se domi remanentem majori eoram rebus adjumento futurum, quippe qui domini iram placaret, si quibus in rebus Romanis irasceretur, quam si ad eos accedens criminationi se objiceret... Prisc., ibid.

Cependant la reine Kerka attendait ses présents: Priscus fut encore chargé de les lui présenter. Elle les reçut dans une pièce de son élégant palais recouverte d'un tapis de laine; elle-même était assise sur des coussins et entourée de ses femmes et de ses serviteurs accroupis en cercle autour d'elle, les hommes d'un côté et les femmes de l'autre; celles-ci travaillaient à passer des fils d'or et de soie dans des pièces d'étoffes destinées à relever les vêtements des hommes236. En sortant du palais de la reine, Priscus entendit un grand bruit, et vit courir une grande foule à laquelle il se mêla. Il aperçut bientôt Attila, qui, flanqué d'Onégèse, vint se placer devant la porte de sa maison pour y rendre la justice. Sa contenance était grave, et il s'assit en silence. Ceux qui avaient des procès à faire juger s'approchèrent à tour de rôle; il les jugea tous, puis il rentra pour recevoir des députés qui lui arrivaient de plusieurs pays barbares237.

Note 236: (retour) Ipsam deprehendi in molli stragula jacentem. Erat autem pavimentum laneis tapetibus stratum, in quibus constitimus. Eam famulorum multitudo in orbem circumstabat, et ancillæ ex adverso humi sedentes telas coloribus variegabant, quæ vestibus barbarorum ad ornatum super injiciuntur. Prisc., Exc. leg., p. 63.
Note 237: (retour) Vidi magnam turbam, quæ prodibat, currentem, tumultum et strepitum excitantem. Attilas domo egressus, gravi vultu, omnium oculis quaqua versus in eum conversis, incedens cum Onegesio, pro ædibus substitit. Hic eum multi, quibus erant lites, adierunt, et ejus judicium exceperunt. Deinde domum repitiit, et barbararum gentium legatos, qui ad se venerant, admisit. Prisc., ibid., p. 64.

L'enclos du palais d'Attila était une sorte de promenade où les ambassadeurs circulaient librement en attendant les audiences soit du roi, soit de son ministre; ils pouvaient aller, venir, tout observer, aucun garde ne les y gênant. Priscus s'y rencontra face à face avec le comte Romulus et ses collègues de l'ambassade d'Occident, lesquels se promenaient en compagnie de deux secrétaires d'Attila, Constancius et Constanciolus, tous deux Pannoniens, et de ce Rusticius qui avait accompagné volontairement l'ambassade d'Orient, et venait de se faire attacher comme scribe à la chancellerie du roi des Huns. «Comment vont vos affaires?» fut la question que Romulus et lui s'adressèrent d'abord. Elles ne marchaient pas plus vite d'un côté que de l'autre; rien ne pouvait fléchir la résolution d'Attila vis-à-vis de l'empire d'Occident: il lui fallait le banquier Sylvanus ou les vases de Sirmium. Comme plusieurs des assistants se récriaient sur l'opiniâtreté déraisonnable de l'esprit barbare238, Romulus, que son expérience des hautes affaires faisait toujours écouter avec intérêt, dit, en poussant un soupir: «Oui, la fortune et la puissance ont tellement gâté cet homme, qu'il n'y a plus de place dans son oreille pour des raisons justes, à moins qu'elles ne lui plaisent. Avouons aussi que, soit en Scythie, soit ailleurs, personne n'a jamais accompli de plus grandes choses en moins de temps: maître de la Scythie entière, jusqu'aux îles de l'Océan, il nous a rendus ses tributaires, et voilà qu'il couve encore de plus grands desseins, et qu'il veut entreprendre la conquête des Perses239.--Des Perses! interrompit un des assistants; mais quel chemin peut le conduire de Scythie en Perse240?--Un chemin fort court, reprit Romulus. Les montagnes de la Médie ne sont pas éloignées des tribus extrêmes des Huns; ceux-ci le savent bien. Il est arrivé autrefois que, pendant une famine qui les décimait sans qu'ils pussent tirer des subsistances de l'empire romain, parce qu'ils étaient en guerre avec lui, deux de leurs princes tentèrent de s'en procurer du côté de l'Asie. Ils poussèrent, à travers une région déserte, jusqu'au bord d'un marais que je crois être le marais Méotide241; puis, quinze journées de marche les amenèrent au pied de hautes montagnes qu'ils gravirent, et ils se trouvèrent en Médie. Le pays était fertile; les Huns y firent la moisson tout à leur aise, et ils avaient déjà réuni un butin immense quand un jour les Perses arrivèrent et obscurcirent le ciel de leurs flèches. Les Huns, pris à l'improviste et abandonnant tout, firent retraite par un autre chemin, et il advint que ce nouveau passage les conduisit également dans leur pays. Maintenant, supposez qu'il prenne fantaisie au roi Attila de renouveler cette campagne; Mèdes et Perses ne lui coûteront à conquérir ni beaucoup de fatigues, ni beaucoup de temps, car aucun peuple de la terre ne peut résister à ses armées242.» Les Romains suivaient avec une curiosité mêlée d'appréhension le récit du comte Romulus, qui avait visité tant de pays et pris part à tant d'événements. Un des interlocuteurs ayant exprimé le vœu qu'Attila se jetât dans cette guerre lointaine pour laisser respirer l'empire romain: «Prenons garde, au contraire, dit Constanciolus, qu'après avoir subjugué les Perses, et ce ne sera pas difficile pour lui, il ne revienne vers nous, non plus en ami, mais en maître. Aujourd'hui il se contente de recevoir l'or que nous lui donnons comme un salaire attaché à son titre de général romain; quand il aura mis la Perse sous ses pieds, et que l'empire romain restera seul debout en face de lui, pensez-vous qu'il le ménage? Déjà il souffre impatiemment ce titre de général que nous lui donnons pour lui dénier celui de roi, et on l'a entendu s'écrier avec indignation qu'il avait autour de lui des esclaves qui valaient les généraux romains, et des généraux huns qui valaient les empereurs243.» Cette conversation, dans laquelle les représentants du monde civilisé se communiquaient leurs sombres pressentiments et grandissaient à qui mieux mieux l'homme qui suspendait la destruction sur leur patrie, fut interrompue brusquement. Onégèse vint signifier à Priscus qu'Attila ne recevrait plus désormais pour ambassadeurs que trois personnages consulaires qu'il lui nomma: Anatolius était l'un des trois. Priscus, sans songer qu'il mettait son propre gouvernement en contradiction avec lui-même, fit observer que désigner ainsi certains hommes, c'était les rendre suspects à leur souverain; Onégèse ne répondit que ces mots: «Il le faut, ou la guerre244!» Priscus regagnait tristement son quartier, quand il rencontra le père d'Oreste, Tatullus, qui venait informer l'ambassadeur et lui qu'Attila les invitait à sa table pour le jour même, à la neuvième heure, environ trois heures après midi. Les ambassadeurs d'Occident devaient également s'y trouver.

Note 238: (retour) Nequaquam aiunt illum deduci a sententia, sed bellum minari et denuntiare, ut Sylvanus aut pocula dedantur. Nos vero eum barbari miraremur animi impotentiam... Prisc., Exc. leg., p. 64.
Note 239: (retour) Totius Scythiæ dominatum sibi comparavit, et ad Oceani insulas usque imperium suum extendit, ut etiam a Romanis tributa exigat. Nec his contentus, ad longe majora animum adjecit, et latius imperii sui fines protendere et Persas bello aggredi cogitat. Prisc., ibid., p. 65.
Note 240: (retour) Uno ex nobis quærente, qua via e Scythia in Persas tendere posset. Prisc., ub. sup.
Note 241: (retour) Hos narrasse, per quamdam desertam regionem illis iter fuisse, et paludem trajecisse, quam Romulus existimabat esse Mæotidem... Prisc., Exc. leg., p. 65.
Note 242: (retour) Quamobrem si Attilam cupido ceperit Medos invadendi, non multum operæ et laboris in eam invasionem consumpturum, neque magnis itineribus defatigatum iri, ut Medos, Parthos et Persas adoriatur. Prisc., ibid.
Note 243: (retour) Innuebat igitur, Attilam, Medis, Parthis et Persis subactis, hoc nomen, aut aliud quo Romanis illum vocare lubet, et dignitatem, quam illi ornamenti loco, esse existimant, repudiaturum, et pro duce coacturum eos se regem appellare. Jam tunc enim indignatus dicebat, illis servos esse exercituum duces, sibi vero viros imperatoribus romanis dignitate pares. Prisc., Exc. leg. p. 66.
Note 244: (retour) Attilam respondisse, si hæc abnuerint, armis se controversias disceptaturum. Prisc., Exc. leg., p. 66.

La salle du festin était une grande pièce oblongue, garnie à son pourtour de siéges et de petites tables mises bout à bout, pouvant recevoir chacune quatre ou cinq personnes. Au milieu s'élevait une estrade qui portait la table d'Attila et son lit, sur lequel il avait déjà pris place; à peu de distance derrière, se trouvait un second lit, orné comme le premier de linges blancs et de tapis bariolés et ressemblant aux thalami en usage en Grèce et à Rome dans les cérémonies nuptiales245. Au moment où les ambassadeurs entraient, des échansons, apostés près du seuil de la porte, leur remirent des coupes pleines de vin, dans lesquelles ils durent boire en saluant le roi: c'était un cérémonial obligatoire que chaque convive observa avant d'aller prendre son siége. La place d'honneur, fixée à droite de l'estrade, fut occupée par Onégèse, en face duquel s'assirent deux des fils du roi. On donna aux ambassadeurs la table de gauche, qui était la seconde en dignité; encore s'y trouvèrent-ils primés par un noble Hun, du nom de Bérikh, personnage considérable qui possédait plusieurs villages en Hunnie. Ellak, l'aîné des fils d'Attila, prit place sur le lit de son père, mais beaucoup plus bas; il s'y tenait les yeux baissés, et conserva pendant toute la durée du festin une attitude pleine de respect et de modestie246. Quand tout le monde fut assis, l'échanson d'Attila présenta à son maître une coupe remplie de vin, et celui-ci but en saluant le convive d'honneur qui se leva aussitôt, prit une coupe des mains de l'échanson posté derrière lui, et rendit le salut au roi. Ce fut ensuite le tour des ambassadeurs, qui rendirent pareillement, la coupe en main, un salut que le roi leur porta; tous les convives furent salués l'un après l'autre, suivant leur rang, et répondirent de la même manière; un échanson muni d'une coupe pleine se tenait derrière chacun d'eux. Les saluts finis, on vit entrer des maîtres d'hôtel portant sur leurs bras des plats chargés de viandes qu'ils déposèrent sur les tables; on ne mit sur celle d'Attila que de la viande dans des plats de bois, et sa coupe aussi était de bois, tandis qu'on servait aux convives du pain et des mets de toute sorte dans des plats d'argent, et que leurs coupes étaient d'argent ou d'or247. Les convives puisaient à leur fantaisie dans les plats déposés devant eux, sans pouvoir prendre plus loin. Lorsque le premier service fut achevé, les échansons revinrent, et les saluts recommencèrent; ils parcoururent encore, avec la même étiquette, toutes les places, depuis la première jusqu'à la dernière. Le second service, aussi copieux que le premier et composé de mets tout différents, fut suivi d'une troisième compotation, dans laquelle les convives, déjà échauffés, vidèrent leurs coupes à qui mieux mieux. Vers le soir, les flambeaux ayant été allumés, ou vit entrer deux poëtes qui chantèrent, en langue hunnique, devant Attila, des vers de leur composition, destinés à célébrer ses vertus guerrières et ses victoires248. Leurs chants excitèrent dans l'auditoire des transports qui allèrent jusqu'au délire: les yeux étincelaient, les visages prenaient un aspect terrible; beaucoup pleuraient, dit Priscus: larmes de désir chez les jeunes gens, larmes de regret chez les vieillards249. Ces Tyrtées de la Hunnie furent remplacés par un bouffon dont les contorsions et les inepties firent passer les convives en un instant de l'enthousiasme à une joie bruyante250. Pendant ces spectacles, Attila était resté constamment immobile et grave, sans qu'aucun mouvement de son visage, aucun geste, aucun mot trahît en lui la moindre émotion: seulement, quand le plus jeune de ses fils, nommé Ernakh, entra et s'approcha de lui, un éclair de tendresse brilla dans son regard; il amena l'enfant plus près de son lit, en le tirant doucement par la joue251. Frappé de ce changement subit dans la physionomie d'Attila, Priscus se pencha vers un de ses voisins barbares, qui parlait un peu le latin, et lui demanda à l'oreille par quel motif cet homme, si froid pour ses autres enfants, se montrait si gracieux pour celui-là. «Je vous l'expliquerai volontiers, si vous me gardez le secret, répondit le Barbare. Les devins ont prédit au roi que sa race s'éteindrait dans ses autres fils, mais qu'Ernakh la perpétuerait: voilà la cause de sa tendresse; il aime dans ce jeune enfant l'unique source de sa postérité.252»

Note 245: (retour) Medius in lecto sedebat Attilas, altero lecto a tergo strato, pone quem erant quidam gradus qui ad ejus cubile ferebant, linteis candidis et variis tapetibus ornatùs gratia contectum, simile cubilibus, quæ Romani et Græci nubentibus adornare pro more habent. Prisc., ibid.
Note 246: (retour) Senior enim in eodem, quo pater, throno, non prope, sed multum infrà accumbebat, oculis præ pudore propter patris præsentiam semper in terram conjectis. Prisc., Exc. leg., p. 66.
Note 247: (retour) Sed cæteris quidem barbaris et nobis lautissima cœna præparata erat et in discis argenteis reposita, Attilæ in quadra lignea, et nihil præter carnes, moderatum pariter in reliquis omnibus sese præbehat. Convivis aurea et argentea pocula suppeditabantur, Attilæ poculum erat ligneum. Prisc., ibid.
Note 248: (retour) Adveniente vespere, facibusque accensis, duo Scythæ coram Attila prodierunt, et versus a se factos, quibus ejus victorias et bellicas virtutes canebant, recitarunt. Prisc., Exc. leg., p. 67.
Note 249: (retour) In quos convivæ oculos defixerunt; et alii quidem versibus delectabantur, aliis bellorum recordatio animos excitabat, aliis manabant lacrymæ, quorum corpus ætate debilitatum erat, et vigor animi quiescere cogebatur. Prisc., ub. sup.
Note 250: (retour) Post cantus et carmina Scytha nescio quis, mente captus, absurda et inepta, nec sani quicquam habentia effundens, risum omnibus commovit. Prisc., loc. cit.
Note 251: (retour) Sed Attilas semper eodem vultu, omnis mutationis expers, et immotus permansit, neque quicquam facere, aut dicere, quod jocum, aut hilaritatem præ se ferret, conspectus est: præter quam quod juniorem ex filiis introeuntem et adventantem, nomine Hernach, placidis et lætis oculis, est intuitus, et eum gena traxit. Prisc., Exc. leg., p. 67.
Note 252: (retour) Ego vero cum admirarer, Attilam reliquos suos liberos parvi facere, et ad hunc solum animum adjicere, unus ex barbaris, qui prope me sedebat et latinæ linguæ usum habebat, fide prius accepta, me nihil eorum, quæ dicerentur, evulgaturum, dixit, vates Attilæ vaticinatos esse, ejus genus, quod alioquin interiturum erat, ab hoc puero restauratum iri. Prisc., ibid., p. 68.