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Histoire de France 1180-1304 (Volume 3/19) cover

Histoire de France 1180-1304 (Volume 3/19)

Chapter 25: ÉCLAIRCISSEMENTS.
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About This Book

The narrative traces the late twelfth- and early thirteenth-century shift in Christendom as papal authority reasserts itself through alliances with northern French forces against rival secular and regional powers, while the Church faces internal crises and contested spiritual authority. Scholasticism and the reintroduction of Aristotelian philosophy reshape university teaching and legal thought, even as mystical movements, lay religious fervor, and heterodox sects proliferate across towns and countryside. Rapid urbanization and the growth of artisan and commercial classes produce social strains and popular uprisings. The period emerges as a complex moment of political consolidation, religious mobilization, and cultural and intellectual transformation.

CHAPITRE VI

Innocent III. — Le Pape prévaut par les armes des Français du Nord, sur le roi d'Angleterre et l'empereur d'Allemagne, sur l'empire grec et sur les Albigeois. — Grandeur du roi de France.

Situation du monde à la fin du XIIe siècle.
Révolte contre l'Église.
Mysticisme sur le Rhin et aux Pays-Bas.
En Flandre, mysticisme industriel.
Rationalisme dans les Alpes.
Vaudois.
Albigeois.
Liaison du Midi avec les Juifs et les musulmans.
Incrédulité et corruption.
Littérature. Troubadours.
Situation politique du Midi.
Doctrines albigeoises, croyances manichéennes.
Danger de l'Église.
Innocent III.
Prétentions croissantes du saint-siége.
Opposition de l'empereur et du roi d'Angleterre.
Philippe-Auguste.
Richard Cœur-de-Lion.
1187. Prise de Jérusalem.
Règne des Atabeks de Syrie, Zenghi et Nuhreddin.
Saladin.
Troisième croisade. Frédéric Barberousse meurt en chemin.
Les rois de France et d'Angleterre prennent la route de mer.
Leurs querelles en Sicile.
Siége de Saint-Jean-d'Acre.
Divisions des croisés. Philippe retourne en France.
L'empereur retient Richard prisonnier.
1199. Retour et mort de Richard.
Le divorce de Philippe-Auguste le brouille avec l'Église.
1202-1204. Quatrième croisade.
Les croisés empruntent des vaisseaux à Venise.
L'empereur grec implore leur secours.
Haines mutuelles des Grecs et des Latins.
Siége et prise de Constantinople.
Soulèvement du peuple. Murzuphle.
Seconde prise de Constantinople.
Partage de l'empire grec. Baudoin de Flandre, empereur.

CHAPITRE VII

Ruine de Jean. Défaite de l'empereur. Guerre des Albigeois. Grandeur du roi de France. 1204-1222.

L'Église frappe d'abord le roi d'Angleterre.
Danger continuel des rois d'Angleterre; mercenaires et fiscalité.
Désharmonie croissante de l'empire anglais.
Rivalité de Jean et de son neveu Arthur de Bretagne.
1204. Meurtre d'Arthur.
Philippe-Auguste cite Jean devant sa cour.
Jean se ligue avec l'empereur et le comte de Toulouse.
Situation précaire de l'Église dans le Languedoc.
Antipathie du Nord pour le Midi.
Ravage des routiers.
Opposition des deux races dans les croisades.
La croisade est prêchée par l'ordre de Cîteaux. Sa splendeur.
Durando d'Huesca.
Saint Dominique.
Le comte de Toulouse favorise les hérétiques.
1208. Assassinat du légat Pierre de Castelnau.
Innocent III fait prêcher la croisade dans le nord de la France.
À la tête des croisés, Simon de Montfort. Destinée de cette famille.
Siége et massacre de Béziers.
Prise de Carcassonne.
Montfort accepte la dépouille du vicomte de Béziers.
Siége des châteaux de Minerve et de Termes.
Le comte de Toulouse se soumet à des conditions humiliantes.
Siége de Toulouse.
Tous les seigneurs des Pyrénées se déclarent pour Raymond.
Le roi d'Aragon fait défier Montfort.
Opposition des armées de Montfort et de don Pedro.
1213. Bataille de Muret.
Querelle de Jean et des moines de Kenterbury.
Le pape se déclare contre Jean et l'excommunie.
Le pape arme la France. Jean se soumet.
Guerre de Philippe contre les Flamands.
Jean se ligue avec l'empereur Othon.
1214. Bataille de Bouvines.
1215. Soulèvement des barons d'Angleterre. Grande Charte.
Louis, fils de Philippe, descend en Angleterre.
1216. Mort de Jean. Mort d'Innocent III.
Doutes, et peut-être remords du pape.
1222. Le Midi se jette dans les bras du roi de France.
Situation de l'Europe. L'avenir est au roi de France.

CHAPITRE VIII

Première moitié du XIIIe siècle. Mysticisme de Louis IX. Sainteté du Roi de France.

Décadence de la papauté.
Ordres mendiants, dominicains et franciscains.
Esprit austère des Dominicains.
Mysticisme des Franciscains.
Légende de saint François.
Drames et farces mystiques.
Le mysticisme franciscain accueilli par les femmes. Clarisses. Dévotion à la Vierge.
Influence des femmes au XIIIe siècle.
1218. Louis VIII s'empare du Poitou et étend son influence en Flandre.
Il reprend la croisade contre les Albigeois.
1226. Il meurt. Régence de Blanche de Castille.
Elle s'appuie sur le comte de Champagne.
Ligue des barons. Pierre Mauclerc, duc de Bretagne.
Nouvelle croisade en Languedoc. Soumission du comte de Toulouse.
Soumission des barons.
1236. Saint Louis. Situation favorable du royaume.
Discrédit de l'empereur et du pape.
Saint Louis hérite des dépouilles des ennemis de l'Église.
Ravages des Mongols en Asie.
L'empereur grec implore le secours de la France.
Saint Louis retenu par la guerre contre Henri III.
1241. Bataille de Taillebourg et de Saintes.
1288. Prise de Jérusalem par les Mongols.
Saint Louis, malade, prend la croix.
Séjour des croisés en Chypre.
Siége de Damiette.
Défaite de Mansourah.
Maladies dans le camp.
Prise du roi et d'une foule de croisés.
Il fortifie les places de la Terre sainte et revient en France.
Le mysticisme produit l'insurrection des Pastoureaux.
Saint Louis restitue des provinces à l'Angleterre.
Situation de l'Angleterre sous Henri III.
Il veut s'appuyer sur les hommes du Midi.
Insurrection des barons. Montfort.
1258. Statuts d'Oxford.
1264. Saint Louis, pris pour arbitre, casse les Statuts.
Montfort appelle les communes au Parlement.
Charles d'Anjou accepte la dépouille de la maison de Souabe.
Caractère héroïque de cette maison gibeline.
Dur esprit des Guelfes.
La maison de Souabe se rend odieuse.
Conquête des Deux-Siciles par Charles d'Anjou.
1270. Croisade de Tunis, et mort de Louis IX.
Sainteté de Louis IX. Son équité dans les jugements.

ÉCLAIRCISSEMENTS.

Lutte des Mendiants de l'Université. — Saint-Thomas. — Doutes de Saint-Louis. — La Passion comme principe d'art au moyen âge.

LIVRE V

CHAPITRE PREMIER

Vêpres Siciliennes.

1270-1282. Philippe le Hardi.
Charles d'Anjou chef de la maison de France.
Efforts des papes pour secouer le joug français.
Jean de Procida.
Il passe d'Espagne en Sicile et à Constantinople.
1282. Massacre des Français en Sicile.
D. Pedro, roi d'Aragon, secourt les Siciliens.
1285. Mort de Charles d'Anjou.
Philippe le Hardi meurt en Espagne.
1299. La Sicile reste au roi Frédéric, Naples aux descendants de Charles d'Anjou.

CHAPITRE II

Philippe Le Bel. — Boniface VIII. 1285-1304.

1285. Philippe le Bel.
Administration.
1288-1291. Parlement.
Centralisation monarchique. Légistes.
Fiscalité.
1293-1300. L'argent et la ruse.
Philippe appelé par les Flamands.
Le comte de Flandre et sa fille retenus à Paris.
Expulsion des Juifs, altération des monnaies; maltôte.
1295-1304. Démêlés entre Boniface VIII et Philippe le Bel.
1300. Le Jubilé.
Le pape favorise les ennemis de la France; représailles de Philippe.
Rupture au sujet de Languedoc.
1301. Philippe fait enlever l'évêque de Pamiers.
1302. Bulle supposée; brûlée à Paris.
Philippe appuyé par les États généraux.
Révolte des Flamands.
Défaite de Courtrai.
1302. Suite de la lutte contre le pape.
Nogaret à Anagni.
Retour du pape à Rome; sa mort.
Benoît XI meurt subitement.
1304. Victoires de Ziriksée et de Mons-en-Puelle.
Misère du peuple.

PARIS. — IMPRIMERIE MODERNE (Barthier, dr.), rue J.-J. Rousseau, 61.

Note 1: Il proclamait l'inutilité des sacrements, de la messe et de la hiérarchie, la communauté des femmes, etc. Il marchait couvert d'habits dorés, les cheveux tressés avec des bandelettes, accompagné de trois mille disciples, et leur donnait de splendides festins. Bulæus, historia Universit. Parisiensis, II, 98.—«Per matronas et mulierculas... errores suos spargere.»—«Veluti Rex, stipatus satellitibus, vexillum et gladium præferentibus... declamabat.» Epistol. Trajectens. eccles. ap. Gieseler, II, IIme partie, p. 479.(retour)

Note 2: «Il se nommait Éon de l'Étoile. Ce nom d'Éon rappelle les doctrines gnostiques.—C'était un gentilhomme de Loudéac; d'abord ermite dans la forêt de Broceliande, il y reçut de Merlin le conseil d'écouter les premières paroles de l'Évangile, à la messe. Il se crut désigné par ces mots: «Per Eum qui venturus est judicare, etc.,» et se donna dès lors pour fils de Dieu. Il s'attirait de nombreux disciples, qu'il appelait Sapience, Jugement, Science, etc. Guill. Neubrig., l. I: «Eudo, natione Brito, agnomen habens de Stella, illiteratus et idiota... sermone gallico Eon;... eratque per diabolicas præstigias potens ad capiendas simplicium animas... ecclesiarum maxime ac monasteriorum infestator.» Voyez aussi Othon de Freysingen, c. LIV, LV, Robert du Mont, Guibert de Nogent; Bulæus, II, 241; D. Morice, p. 100, Roujoux, Histoire des ducs de Bretagne, t. II.(retour)

Note 3: Rigord., ibid, p. 375: «.... Quod quilibet Christianus teneatur credere se esse membrum Christi.»—Concil. Paris., ibid.: «Omnia unum, quia quidquid est, est Deus, Deus visibilibus indutus instrumentis.—Filius incarnatus, i.e. visibili formæ subjectus.—Filius usque nunc operatus est, sed Spiritus sanctus ex hoc nunc usque ad mundi consummationem inchoat operari.»(retour)

Note 4: Averrhoës, ap. Gieseler, IIme partie, p. 378: «Aristoteles est exemplar, quod natura invenit ad demonstrandam ultimam perfectionem humanam.»—Corneille Agrippa disait au XIVe siècle: «Aristoteles fuit præcursor Christi in naturalibus; sicut Joannes Baptista... in gratuitis.» Ibid.(retour)

Note 5: Math. Pâris: «Dieu le punit: il devint si idiot, que son fils eut peine à lui rapprendre le Pater(retour)

Note 6: Math. Pâris: «In Alemannia mulierum continentium, quæ se Beguinas volunt appellari, multitudo surrexit innumerabilis, adeo ut solam Coloniam mille vel plures inhabitarent.»—Beghin, du saxon beggen, dans Ulphilas bedgan (en allem. beten), prier.(retour)

Note 7: «Inter omnes sectas quæ sunt vel fuerunt... est diuturnior.» Reinerus.(retour)

Note 8: Nous renvoyons sur ce grand sujet au livre de M. N. Peyrat: Les Réformateurs de la France et de l'Italie au XIIe siècle. 1860.(retour)

Note 9: Que de choses nous leurs devons: la distillation, les sirops, les onguents, les premiers instruments de chirurgie, la lithotricie, ces chiffres arabes que notre Chambre des comptes n'adopta qu'au XVIIe siècle, l'arithmétique et l'algèbre, l'indispensable instrument des sciences (1860). V. Introduction, Renaissance.(retour)

Note 10: Richard portait à Chypre un manteau de soie brodé de croissants d'argent.(retour)

Note 11: Epistola papæ Clementis IV, episc. Maglonensi, 1266; in Tes. novo anecd., t. II, p. 403: «Sane de moneta Miliarensi quam in tua diœcesi facis cudi miramur plurimum cujus hoc agis consilio... Quis enim catholicus monetam debet cudere cum titulo Mahometi?... Si consuetudinem forsan allegas, in adulterino negotio te et prædecessores tuos accusas.»—En 1268, saint Louis écrit à son frère, Alfonse comte de Toulouse, pour lui faire reproche de ce que dans son Comtat Venaissin, on bat monnaie avec une inscription mahométane: «In cujus (monetæ) superscriptione sit mentio de nomine perfidi Mahometi, et dicatur ibi esse propheta Dei; quod est ad laudem et exaltationem ipsius, et detestationem et contemptum fidei et nominis christiani; rogamus vos quatinus ab hujusmodi opere faciatis cudentes cessare.» Cette lettre, selon Bonamy (ac. des Inscr. XXX, 725), se trouverait dans un registre longtemps perdu, restitué au Trésor des Chartes, en 1748. Cependant ce registre n'y existe point aujourd'hui, comme je m'en suis assuré.(retour)

Note 12: Dans les Preuves de l'Histoire générale du Languedoc, t. III, p. 607, on trouve une attestation de plusieurs Damoisels (Domicelli), chevaliers, juristes, etc. «Quod usus et consuetudo sunt et fuerunt longissimis temporibus observati, et tanto tempore quod in contrarium memoria non exstitit in senescallia Belliquadri et in Provincia, quod Burgenses consueverunt a nobilibus et baronibus et etiam ab archiepiscopis et episcopis, sine principis auctoritate et licentia, impune cingulum militare assumere, et signa militaria habere et portare, et gaudere privilegio militari.»—Chron. Languedoc. ap. D. Vaissète. Preuves de l'Histoire du Languedoc.» Ensuite parla un autre baron appelé Valats, et il dit au comte: «Seigneur, ton frère te donne un bon conseil (le conseil d'épargner les Toulousains), et si tu me veux croire, tu feras ainsi qu'il t'a dit et montré; car, Seigneur, tu sais bien que la plupart sont gentilshommes, et par honneur et noblesse, tu ne dois pas faire ce que tu as délibéré.»(retour)

Note 13: Oc et non.(retour)

Note 14: Raynouard, poésies des Troubadours, II, p. 122. La cour d'Amour était organisée sur le modèle des tribunaux du temps. Il en existait encore une sous Charles VI, à la cour de France; on y distinguait des auditeurs, des maîtres des requêtes, des conseillers, des substituts du procureur général, etc., etc.; mais les femmes n'y siégeaient pas.(retour)

Note 15: On appelait les hérétiques Bulgares, ou Catharins, du mot grec χαθαρὁϛ, i.e. pur.

En conservant sur les Albigeois notre récit basé sur le poëme orthodoxe qu'a publié M. Fauriel et sur la chronique en prose qu'on en a tirée au XIVe siècle, nous renvoyons à l'histoire de M. Schmidt, reconstruite avec les interrogatoires trouvés dans les archives de Carcassonne et de Toulouse. Nous attendons patiemment l'ouvrage de M. N. Peyrat, qui a eu d'autres sources et va renouveler une histoire écrite jusqu'ici sur le témoignage des persécuteurs (1860).(retour)

Note 16: Pierre de Vaux-Cernay.(retour)

Note 17: Selon les uns, Dieu a créé; selon d'autres, c'est le Diable (Mansi op. Giesler). Les uns veulent qu'on soit sauvé par les œuvres (Ebrard), et les autres par la foi (Pierre de Vaux-Cernay). Ceux-là prêchent un Dieu matériel; ceux-ci pensent que Jésus-Christ n'est pas mort en effet, et qu'on n'a crucifié qu'une ombre. D'autre part, ces novateurs disent prêcher pour tous, et plusieurs d'entre eux excluent les femmes de la béatitude éternelle (Ebrard). Ils prétendent simplifier la loi, et prescrivent cent génuflexions par jour (Heribert). La chose dans laquelle ils semblent s'accorder, c'est la haine du Dieu de l'Ancien Testament. «Ce Dieu qui promet et ne tient pas, disent-ils, c'est un jongleur. Moïse et Josué étaient des routiers à son service.»

«D'abord il faut savoir que les hérétiques reconnaissaient deux créateurs, l'un, des choses invisibles, qu'ils appelaient le bon Dieu; l'autre, du monde visible, qu'ils nommaient le Dieu méchant. Ils attribuaient au premier le Nouveau Testament, et au second l'Ancien, qu'ils rejetaient absolument, hors quelques passages transportés de l'Ancien dans le Nouveau, et que leur respect pour ce dernier leur faisait admettre.

«Ils disaient que l'auteur de l'Ancien Testament était un menteur, parce qu'il est dit dans la Genèse: «En quelque jour que vous mangiez de l'arbre de la science du bien et du mal, vous mourrez de mort;» et pourtant, disaient-ils, après en avoir mangé, ils ne sont pas morts. Ils le traitaient aussi d'homicide, pour avoir réduit en cendres ceux de Sodome et de Gomorrhe, et détruit le monde par les eaux du déluge, pour avoir enseveli sous la mer Pharaon et les Égyptiens. Ils croyaient damnés tous les pères de l'Ancien Testament, et mettaient saint Jean-Baptiste au nombre des grands démons. Ils disaient même entre eux que ce Christ qui naquit dans la Bethléem terrestre et visible et fut crucifié à Jérusalem, n'était qu'un faux Christ; que Marie Madeleine avait été sa concubine, et que c'était là cette femme surprise en adultère dont il est parlé dans l'Évangile. Pour le Christ, disaient-ils, jamais il ne mangea ni ne but, ni ne revêtit de corps réel, et ne fut jamais en ce monde que spirituellement au corps de saint Paul.

«D'autres hérétiques disaient qu'il n'y a qu'un créateur, mais qu'il eut deux fils, le Christ et le Diable. Ceux-ci disaient que toutes les créatures avaient été bonnes, mais que ces filles dont il est parlé dans l'Apocalypse les avaient toutes corrompues.

«Tous ces infidèles, membres de l'Antechrist, premiers-nés de Satan, semence de péché, enfants de crime, à la langue hypocrite, séduisant par des mensonges le cœur des simples, avaient infecté du venin de leur perfidie toute la province de Narbonne. Ils disaient que l'Église romaine n'était guère qu'une caverne de voleurs, et cette prostituée dont parle l'Apocalypse. Ils annulaient les sacrements de l'Église à ce point qu'ils enseignaient publiquement que l'onde du sacré baptême ne diffère point de l'eau des fleuves, et que l'hostie du très-saint corps du Christ n'est rien de plus que le pain laïque; insinuant aux oreilles des simples ce blasphème horrible, que le corps du Christ, fût-il aussi grand que les Alpes, il serait depuis longtemps consommé et réduit à rien par tous ceux qui en ont mangé. La confirmation, la confession, étaient choses vaines et frivoles; le saint mariage une prostitution, et nul ne pouvait être sauvé dans cet état, en engendrant fils et filles. Niant aussi la résurrection de la chair, ils forgeaient je ne sais quelles fables inouïes, disant que nos âmes sont ces esprits angéliques qui, précipités du ciel pour leur présomptueuse apostasie, laissèrent dans l'air leur corps glorieux, et que ces âmes, après avoir passé successivement sur la terre par sept corps quelconques, retournent, l'expiation ainsi terminée, reprendre leurs premiers corps.

«Il faut savoir en outre que quelques-uns de ces hérétiques s'appelaient Parfaits ou Bons hommes; les autres s'appelaient les Croyants. Les Parfaits portaient un habillement noir, feignaient de garder la chasteté, repoussaient avec horreur l'usage des viandes, des œufs, du fromage; ils voulaient passer pour ne jamais mentir, tandis qu'ils débitaient sur Dieu principalement, un mensonge perpétuel; ils disaient encore que pour aucune raison on ne devait jurer. On appelait Croyants ceux qui, vivant dans le siècle, et sans chercher à imiter la vie des Parfaits, espéraient pourtant être sauvés dans la foi de ceux-ci; ils étaient divisés par le genre de vie, mais unis dans la loi et l'infidélité. Les Croyants étaient livrés à l'usure, au brigandage, aux homicides et aux plaisirs de la chair, aux parjures et à tous les vices. En effet, ils péchaient avec toute sécurité et toute licence, parce qu'ils croyaient que sans restitution du bien mal acquis, sans confession ni pénitence, ils pouvaient se sauver, pourvu qu'à l'article de la mort ils pussent dire un Pater, et recevoir de leurs maîtres l'imposition des mains. Les hérétiques prenaient parmi les Parfaits des magistrats qu'ils appelaient diacres et évêques; les Croyants pensaient ne pouvoir se sauver s'ils ne recevaient d'eux en mourant l'imposition des mains. S'ils imposaient les mains à un mourant, quelque criminel qu'il fût, pourvu qu'il pût dire un Pater ils le croyaient sauvé, et, selon leur expression, consolé; sans faire aucune satisfaction et sans autre remède, il devait s'envoler tout droit au ciel.

«..... Certains hérétiques disaient que nul ne pouvait pécher depuis le nombril et plus bas. Ils traitent d'idolâtrie les images qui sont dans les églises, et appelaient les cloches, les trompettes du démon. Ils disaient encore que ce n'était pas un plus grand péché de dormir avec sa mère ou sa sœur qu'avec tout autre. Une de leurs plus grandes folies, c'était de croire que si quelqu'un des Parfaits péchait mortellement, en mangeant, par exemple, tant soit peu de viande, ou de fromage, ou d'œufs, ou de toute autre chose défendue, tous ceux qu'il avait consolés perdaient l'Esprit-Saint, et il fallait les consoler; et ceux même qui étaient sauvés, le péché du consolateur les faisait tomber du ciel.»

«Il y avait encore d'autres hérétiques appelés Vaudois, du nom d'un certain Valdus, de Lyon. Ceux-ci étaient mauvais, mais bien moins mauvais que les autres; car ils s'accordaient avec nous en beaucoup de choses, et ne différaient que sur quelques-unes. Pour ne rien dire de la plus grande partie de leurs infidélités, leur erreur consistait principalement en quatre points; en ce qu'ils portaient des sandales à la manière des Apôtres; qu'ils disaient qu'il n'était permis en aucune façon de jurer ou de tuer; et en cela surtout que le premier venu d'entre eux pouvait au besoin, pourvu qu'il portât des sandales, et sans avoir reçu les ordres de la main de l'évêque, consacrer le corps de Jésus-Christ.

«Qu'il suffise de ce peu de mots sur les sectes des hérétiques.—Lorsque quelqu'un se rend aux hérétiques, celui qui le reçoit lui dit: «Ami, si tu veux être des nôtres, il faut que tu renonces à toute la foi que tient l'Église de Rome. Il répond: J'y renonce.—Reçois donc des Bons hommes le Saint-Esprit. Et alors il lui souffle sept fois dans la bouche. Il lui dit encore:—Renonces-tu à cette croix que le prêtre t'a faite, au baptême, sur la poitrine, les épaules et la tête, avec l'huile et le chrême?—J'y renonce.—Crois-tu que cette eau opère ton salut?—Je ne le crois pas.—Renonces-tu à ce voile qu'à ton baptême le prêtre t'a mis sur la tête?—J'y renonce.—C'est ainsi qu'il reçoit le baptême des hérétiques et renie celui de l'Église. Alors tous lui imposent les mains sur la tête, et lui donnent un baiser, le revêtent d'un vêtement noir, et dès lors il est comme un d'entre eux.» Petrus Vall. Sarnaii, c. I, ap. Scr. fr. XIX. 5, 7. Extrait d'un ancien registre de l'Inquisition de Carcassonne. (Preuves de l'Histoire du Languedoc, III, 371.)

Voy. Gieseler. II, P. 2, p. 495.—Sandii nucleus hist. eccles., VI; 404: «Veniens papa Nicetas nomine a Constantinopoli...»

Steph. de Borb., ap. Gieseler, II, P. 2a. 508.(retour)

Note 18: Le mahométisme se réconcilie en ce moment dans l'Inde avec les régions du pays, comme avec le christianisme au temps de Frédéric II. (Note de 1833.)(retour)

Note 19: On le nomma pape à trente-sept ans... «Propter honestatem morum et scientiam litterarum, flentem, ejulantem et renitentem. Fuit... matre Claricia, de nobilibus urbis, exercitatus in cantilena et psalmodia, statura mediocris et decorus aspectu.» Gesta Innoc. III. (Baluze, folo. I, p. 1, 2.)—Erfurt, chronic. S. Petrin. (1215): «Nec similem sui scientia, facundia, decretorum et legum peritia, strenuitate judiciorum, nec adhuc visus est habere sequentem.»(retour)

Note 20: On sait l'histoire du soufflet qu'un juif recevait chaque année à Toulouse, le jour de la Passion.—Au Puy, toutes les fois qu'il s'élevait un débat entre deux juifs, c'étaient les enfants de chœur qui décidaient: «afin que la grande innocence des juges corrigeât la grande malice des plaideurs.» Dans la Provence, dans la Bourgogne, on leur interdisait l'entrée des bains publics, excepté le vendredi, le jour de Vénus, où les bains étaient ouverts aux baladins et aux prostituées.(retour)

Note 21: La date la plus sinistre, la plus sombre de toute l'histoire est l'an 1200, le 93 de l'Église. C'est l'époque de l'organisation de la grande police ecclésiastique basée sur la confession. Ils ont exterminé un peuple et une civilisation. (V. Renaissance, Introduction.)(retour)

Note 22: Déjà Grégoire VII avait exigé des métropolitains un serment d'hommage et de fidélité. Decretal. Greg. l. II, tit. 28, c. XI (Alex. III): «De appellationibus pro causis minimis interpositis volumus te tenere, quod eis, pro quacumque levi causa fiant, non minus est, quam si pro majoribus fierent, deferendum.»

Decr. Greg. 1. III, tit. 43, c. I (Alex. III): «Etiamsi per eum miracula plurima fierent, non liceret vobis ipsum pro Sancto, absque auctoritate romanæ Ecclesiæ publice venerari.»—Conc. Later. IV, c. LXII: «Reliquias inventas de novo nemo publice venerari præsumat, nisi prius auctoritate romani pontificis fuerint approbatæ.»—Innocent III en vint à dire (l. II, ep. 209): «Dominus Petro non solum universam ecclesiam, sed totum reliquit seculum gubernandum.»(retour)

Note 23: «L'Allemagne, du sein de ses nuages, lançait une pluie de fer sur l'Italie.» Cornel, Zanfliet. Rome se défendait par son climat:

Roma, ferax febrium, necis est uberrima frugum;
Romanæ febres stabili sunt jure fideles.

Pierre Damien.(retour)

Note 24: Beaudoin Bras-de-Fer avait enlevé, puis épousé Judith, fille de Charles le Chauve.(retour)

Note 25: Lorsque Philippe apprit les premiers mouvements des grands vassaux, il dit sans s'étonner en présence de sa cour, au rapport d'une ancienne chronique manuscrite: «Jaçoit ce chose que il facent orendroit (dorénavant) lor forces; et lor grang outraiges et grang vilonies, si me les convient à souffrir; se à Dieu plest, ils affoibloieront et envieilliront, et je croistrai, se Dieu plest, en force et en povoir: si en serai en tores (à mon tour) vengié à mon talent.»(retour)

Note 26: Par exemple chez le roi Murat et le maréchal Lannes.(retour)

Note 27: Boha-Eddin.(retour)

Note 28: Extrait des Histor. arabes, par M. Reinaud (Bibl. des Croisades, III, 242). «Lorsque Noureddin priait dans le temple, ses sujets croyaient voir un sanctuaire dans un autre sanctuaire.»—Il consacrait à la prière un temps considérable, il se levait au milieu de la nuit, faisait son ablution et priait jusqu'au jour.»—Dans une bataille, voyant les siens plier, il se découvrit la tête, se prosterna et dit tout haut: «Mon Seigneur et mon Dieu, mon souverain maître, je suis Mahmoud, ton serviteur; ne l'abandonne pas. En prenant sa défense, c'est ta religion que tu défends.» Il ne cessa de s'humilier, de pleurer, de se rouler à terre, jusqu'à ce que Dieu lui eût accordé la victoire. Il faisait pénitence pour les désordres auxquels on se livrait dans son camp, se revêtant d'un habit grossier, couchant sur la dure, s'abstenant de tout plaisir, et écrivant de tous côtés aux gens pieux pour réclamer leurs prières. Il bâtit beaucoup de mosquées, de khans, d'hôpitaux, etc. Jamais il ne voulut lever de contributions sur les maisons des sophis, des gens de loi, des lecteurs de l'Alcoran. «Son plaisir était de causer avec les chefs des moines, les docteurs de la loi, les Oulamas; il les embrassait, les faisait asseoir à ses côtés sur son sopha, et l'entretien roulait sur quelque matière de religion. Aussi les dévots accouraient auprès de lui des pays les plus éloignés. Ce fut au point que les émirs en devinrent jaloux.»—Les historiens arabes, ainsi que Guillaume de Tyr le peignent comme très-rusé.

Bibliothèque des Croisades, p. 370.—On accusait Kilig Arslan d'avoir embrassé cette secte. Noureddin lui fit renouveler sa profession de foi à l'islamisme. «Qu'à cela ne tienne, dit Kilig Arslan; je vois bien que Noureddin en veut surtout aux mécréants.»

Hist. des Atabeks, ibid. Il avait étudié le droit, suivant la doctrine d'Abou-Hanifa, un des plus célèbres jurisconsultes musulmans; il disait toujours: Nous sommes les ministres de la loi, notre devoir est d'en maintenir l'exécution; et quand il avait quelque affaire, il plaidait lui-même devant le cadi.—Le premier, il institua une cour de justice, défendit la torture, et y substitua la preuve testimoniale.—Saladin se plaint dans une lettre à Noureddin de la douceur de ses lois. Cependant il dit ailleurs: «Tout ce que nous avons appris en fait de justice, c'est de lui que nous le tenons.»—Saladin lui-même employait son loisir à rendre la justice, on le surnomma le Restaurateur de la justice sur la terre.

La générosité de Saladin à l'égard des chrétiens est célébrée avec plus d'éclat par les historiens latins, et principalement par le continuateur de G. de Tyr, que par les historiens arabes: on trouve même dans ceux-ci quelques passages, obscurs à la vérité, mais qui indiquent que les musulmans avaient vu avec peine les sentiments généreux du sultan. Michaud, Hist. des Croisades, II, 346.(retour)

Note 29: Il jeûnait toutes les fois que sa santé le lui permettait, et faisait lire l'Alcoran à tous ses serviteurs. Ayant vu un jour un petit enfant qui le lisait à son père, il en fut touché jusqu'aux larmes.(retour)

Note 30: Avec Lusignan furent faits prisonniers le prince d'Antioche, le marquis de Montferrat, le comte d'Édesse, le connétable du royaume, les grands maîtres du Temple et de Jérusalem, et presque toute la noblesse de la terre sainte.(retour)

Note 31: L'historien prétend que les Turcs étaient plus de trois cent mille.(retour)

Note 32: Cum a physicis esset suggestum posse curari eum si rebus venereis uti vellet, respondit: malle se mori, quam in peregrinatione divina corpus suum per libidinem maculare.(retour)

Note 33: Boha-Eddin.(retour)

Note 34: Le catalogue des morts contient les noms de six archevêques, douze évêques, quarante-cinq comtes et cinq cents barons.—Suivant Aboulfarage, il périt cent quatre-vingt mille musulmans.(retour)

Note 35: Boha-Eddin, qui rapporte ce propos, le tenait de la bouche même de Saladin.(retour)

Note 36: Gaut. de Vinisauf.(retour)

Note 37: Joinville: «Le roi Richard fist tant d'armes outremer à celle foys que il y fu, que quant les chevaus aus Sarrasins avoient pouour d'aucun bisson, leur mestre leur disoient: Cuides-tu, fesoient-ils à leur chevaus, que ce soit le roy Richart d'Angleterre? Et quand les enfants aux Sarrasines bréoient, elles leur disoient: Tai-toy, tai-toy, ou je irai querre le roy Richart qui te tuera.»(retour)

Note 38: Devant Ptolémaïs, plusieurs barons français passèrent sous les drapeaux d'Angleterre: la Chronique de Saint-Denis n'appelle plus, depuis cette époque, le roi d'Angleterre du nom de Richard, mais de Trichard.(retour)

Note 39: Joinville: «Tandis qu'ils estoyent en ces paroles, un sien chevalier lui escria: Sire, sire, venez juesques ci, et je vous monsterrai Jérusalem.» Et quand il oy ce, il geta sa cote à armer devant ses yex tout en plorant, et dit à Nostre-Seigneur: «Biau Sire Diex, je te pri que tu ne seuffres que je voie ta sainte cité, puisque je ne la puis délivrer des mains de tes ennemis.»(retour)

Note 40: Par exemple le comte de Ptolémaïs, en 1191.(retour)

Note 41: Les croisés furent souvent admis à la table de Saladin, et les émirs à celle de Richard.(retour)

Note 42: Saladin envoya aux rois chrétiens, à leur arrivée, des prunes de Damas et d'autres fruits; ils lui envoyèrent des bijoux. Philippe et Richard s'accusèrent l'un l'autre de correspondance avec les musulmans. Richard portait à Chypre un manteau parsemé de croissants d'argent.—Richard fit proposer en mariage à Maleck-Adhel, sa sœur, veuve de Guillaume de Sicile: sous les auspices de Saladin et de Richard, les deux époux devaient régner ensemble sur les musulmans et les chrétiens, et gouverner le royaume de Jérusalem. Saladin parut accepter cette proposition sans répugnance; les imans et les docteurs de la loi furent fort surpris; les évêques chrétiens menacèrent Jeanne et Richard de l'excommunication. Saladin voulut connaître les statuts de la chevalerie, et Maleck-Adhel envoya son fils à Richard, pour que le jeune musulman fût fait chevalier dans l'assemblée des barons chrétiens.(retour)

Note 43: Le pape refusa.(retour)

Note 44: Comme Richard venait d'arriver à Vienne, après trois jours de marche, épuisé de fatigue et de faim, son valet qui parlait le saxon, alla changer des besants d'or et acheter des provisions au marché. Il fit beaucoup d'étalage de son or, tranchant de l'homme de cour, et affectant de belles manières; on aperçut à sa ceinture des gants richement brodés, tels qu'en portaient les grands seigneurs de l'époque; cela le rendit suspect, le bruit du débarquement de Richard s'était répandu en Autriche: on l'arrêta et la torture lui fit tout avouer.(retour)

Note 45:

TELUM LIMOGLÆ
OCCIDIT LEONEM ANGLIÆ

Une religieuse de Kanterbury fit à Richard cette épitaphe:

«L'avarice, l'adultère, le désir aveugle ont régné dix ans sur le trône d'Angleterre; une arbalète les a détrônés.» Rog. de Hoveden.(retour)

Note 46: Un légat fut massacré, et sa tête traînée à la queue d'un chien par les rues de la ville. On passa au fil de l'épée jusqu'aux malades de l'hôpital Saint-Jean. On n'épargna que quatre mille des Latins qui furent vendus aux Turcs.(retour)

Note 47: Ce fut Villehardouin qui porta la parole.(retour)

Note 48: Villehardouin.(retour)

Note 49: Un grand nombre de croisés avaient craint les difficultés du passage par Venise, et s'étaient allés embarquer à d'autres ports. Ces divisions faillirent plusieurs fois faire avorter toute l'entreprise.(retour)

Note 50: Le pape menaça les croisés d'excommunication, parce que le roi de Hongrie, ayant pris la croix, était sous la protection de l'Église.(retour)

Note 51: Guy de Montfort, son frère, Simon de Néaufle, l'abbé de Vaux-Cernay, etc. Villehardouin, p. 171.—À Corfou, un grand nombre de croisés résolurent de rester dans cette île «riche et plenteuroise.» Quand les chefs de l'armée en eurent avis, ils résolurent de les en détourner. «Alons à els et lor crions merci, que il aient por Dieu pitié d'els et de nos, et que il ne se honissent, et que il ne toillent la rescousse d'oltremer. Ensi fu li conseils accordez, et allèrent toz ensemble en une vallée où cil tenoient lor parlemenz, et menèrent avec als le fils l'empereor de Constantinople, et toz les evesques et toz les abbez de l'ost. Et cùm il vindrent là, si descendirent à pié. Et cil cùm il les virent, si descendirent de lor chevaus, et allèrent encontre, et li baron lor cheirent as piez, mult plorant, et distrent que il ne se moveroint tresque cil aroient creancé que il ne se mouroient d'els (avant qu'ils n'eussent promis de ne pas les abandonner). Et quant cil virent ce, si orent mult grant pitié, et plorèrent mult durement.» Ibid., p. 173-177. Lorsque ceux de Zara vinrent proposer à Dandolo de rendre la place, «Endementières (tandis) que il alla parler as contes et as barons, icèle partie dont vos avez oi arrières, qui voloit l'ost depecier, parlèrent as messages, et distrent lor: Pourquoy volez vos rendre vostre cité, etc.» Ces manœuvres firent rompre la capitulation.—Dans Zara, il y eut un combat entre les Vénitiens et les Français.(retour)

Note 52: En 858, le laïque Photius fut mis à la place du patriarche Ignace par l'empereur Michel III. Nicolas Ier prit le parti d'Ignace. Photius anathématisa le pape en 867.(retour)

Note 53: Par une lettre du patriarche Michel à l'évêque de Trani, sur les azymes et le sabbat, et les observances de l'Église romaine.(retour)

Note 54: Dans une lettre encyclique, où il raconte la prise de Constantinople, Baudouin accuse les Grecs d'avoir souvent contracté des alliances avec les infidèles; de renouveler le baptême, de n'honorer le Christ que par des peintures (Christum solis honorare picturis); d'appeler les Latins du nom de chiens; de ne pas se croire coupables en versant leur sang. Il rappelle la mort cruelle du légat envoyé à Constantinople en 1183.(retour)

Note 55: Dans un autre engagement: «Li Grieu lor tornèrent les dos, si furent desconfiz à la permière assemblée (au premier choc).» Villehardouin.(retour)

Note 56: Ailleurs il se contente de dire: «Ces Francs étaient aussi hauts que leurs piques.(retour)

Note 57: Villehardouin.(retour)

Note 58: Nicétas: «Les croisés se revêtaient, non par besoin, mais pour en faire sentir le ridicule, de robes peintes, vêtement ordinaire des Grecs; ils mettaient nos coiffures de toile sur la tête de leurs chevaux, et leur attachaient au cou les cordons qui, d'après notre coutume, doivent pendre par derrière; quelques-uns tenaient dans leurs mains du papier, de l'encre et des écritoires pour nous railler, comme si nous n'étions que de mauvais scribes ou de simples copistes. Ils passaient des jours entiers à table; les uns savouraient des mets délicats; les autres ne mangeaient, suivant la coutume de leur pays, que du boeuf bouilli et du lard salé, de l'ail, de la farine, des fèves, et une sauce très-forte.»(retour)

Note 59: Sanuto(retour)

Note 60: Il écrivit au clergé et à l'Université de France, qu'on envoyât aussitôt des clercs et des livres pour instruire les habitants de Constantinople.(retour)

Note 61: «E parlaven axi bell frances, com dins en Paris.»(retour)

Note 62: «Londonias quoque venderem si emptorem idoneum invenirem.» Guill. Neubrig.(retour)

Note 63: Roger de Hoveden.(retour)

Note 64: Au fait, l'Aquitaine était son héritage, et elle avait transféré ses droits à Jean.(retour)

Note 65: Guillaume le Breton.(retour)

Note 66: Mais il eut peine à persuader. Il suffit pour détruire l'accusation, d'une fausse lettre du Vieux de la Montagne, que Richard fit circuler.(retour)

Note 67: Lettre d'Innocent III.(retour)

Note 68: Math. Pâris: «Cum regina epulabatur quotidie splendide, somnosque matutinales usque ad prandendi horam protraxit.—Omnimodis cum regina sua vivebat deliciis.»(retour)

Note 69: Guillelm. de Podio Laur.(retour)

Note 70: Guillelm. de Podio Laur.(retour)

Note 71: Le Velay ne tarde pas à faire hommage à Philippe-Auguste.(retour)

Note 72: «Les princes et les seigneurs provençaux qui s'étaient rendus en grand nombre pendant l'été au château de Beaucaire, y célébrèrent diverses fêtes. Le roi d'Angleterre avait indiqué cette assemblée pour y négocier la réconciliation de Raymond, duc de Narbonne, avec Alphonse, roi d'Aragon; mais les deux rois ne s'y trouvèrent pas, pour certaines raisons; en sorte que tout cet appareil ne servit de rien. Le comte de Toulouse y donna cent mille sols à Raymond d'Agout, chevalier, qui, étant fort libéral, les distribua aussitôt à environ dix mille chevaliers qui assistèrent à cette cour. Bertrand Raimbaud fit labourer tous les environs du château, et y fit semer jusqu'à trente mille sols en deniers. On rapporte que Guillaume Gros de Martel, qui avait trois cents chevaliers à sa suite, fit apprêter tous les mets dans sa cuisine, avec des flambeaux de cire. La comtesse d'Urgel y envoya une couronne estimée quarante mille sols. Raymond de Venous fit brûler, par ostentation, trente de ses chevaux devant toute l'assemblée.» Histoire du Languedoc, t. III, p. 37. (D'après Gaufrid, Vos., p. 391.)(retour)

Note 73: Dans une Apologie adressée à Guillaume de Saint-Thierry, saint Bernard, tout en se justifiant du reproche qu'on lui avait fait, d'être le détracteur de Cluny, censure pourtant vivement les mœurs de cet ordre (édit. Mabillon, t. IV, p. 33, sqq.), c. X: «Mentior, si non vidi abbatem sexaginta equos et eo amplius in suo ducere comitatu,» c. XI. «Omitto oratoriorum immensas altitudines.... etc.»

Ceux de Cluny répondaient aux attaques de Cîteaux. «O, ô Pharisæorum novum genus!... vos sancti, vos singulares... unde et habitum insoliti coloris prætenditis, et ad distinctionem cunctorum totius fere mundi monachorum, inter nigros vos candidos ostentatis.»(retour)

Note 74: «Sa prière était si ardente qu'il en devenait comme insensé. Une nuit qu'il priait devant l'autel, le diable, pour le troubler, jeta du haut du toit une énorme pierre qui tomba à grand bruit dans l'église, et toucha, dans sa chute, le capuchon du saint; il ne bougea point, et le diable s'enfuit en hurlant.» Acta S. Dominici.(retour)

Note 75: Lorsqu'on recueillit les témoignages pour la canonisation de saint Dominique, un moine déposa qu'il l'avait souvent vu pendant la messe baigné de larmes, qui lui coulaient en si grande abondance sur le visage, qu'une goutte d'eau n'attendait pas l'autre.(retour)

Note 76: Pierre de Vaux-Cernay.(retour)

Note 77: Guill. de Pod. Laur.(retour)

Note 78: Acta S. Dominici. «Domine, mitte manum, et corrige eos, ut eis saltem hæc vexatio tribuat intellectum!»(retour)

Note 79: Innocent III écrit à Guillaume, comte de Forcalquier, une lettre, sans salut, pour l'exhorter à se croiser: «Si ad actus tuos Dominus hactenus secundum meritorum tuorum exigentiam respexisset, posuisset te ut rotam et sicut stipulam ante faciem venti, quinimo multiplicasset fulgura, ut iniquitatem tuam de superficie terræ deleret, et justus lavaret manus suas in sanguine peccatoris. Nos etiam et prædecessores nostri... non solum in te (sicut fecimus) anathematis curassemus sententiam promulgare, imo etiam universos fidelium populos in tuum excidium armassemus.» Epist. Inn. III, t. I, p. 239, anno 1198.(retour)

Note 80: C'était pour la plupart des Aragonais.(retour)

Note 81: Nous citons le fragment suivant comme un monument de la haine des prêtres.

«D'abord, dès le berceau, il chérit et choya toujours les hérétiques; et comme il les avait dans sa terre, il les honora de toutes manières. Encore aujourd'hui, à ce que l'on assure, il mène partout avec lui des hérétiques, afin que s'il venait à mourir, il meure entre leurs mains.—Il dit un jour aux hérétiques, je le tiens de bonne source, qu'il voulait faire élever son fils à Toulouse, parmi eux, afin qu'il s'instruisît dans leur foi, disons plutôt dans leur infidélité.—Il dit encore un jour qu'il donnerait bien cent marcs d'argent pour qu'un de ses chevaliers pût embrasser la croyance des hérétiques; qu'il le lui avait maintes fois conseillé, et qu'il le faisait prêcher souvent. De plus, quand les hérétiques lui envoyaient des cadeaux ou des provisions, il les recevait fort gracieusement, les faisait garder avec soin, et ne souffrait pas que personne en goûtât, si ce n'est lui et quelques-uns de ses familiers. Souvent aussi, comme nous le savons de science certaine, il adorait les hérétiques en fléchissant les genoux, demandait leur bénédiction et leur donnait le baiser. Un jour que le comte attendait quelques personnes qui devaient venir le trouver, et qu'elles ne venaient point, il s'écria: «On voit bien que c'est le diable qui a fait ce monde, puisque rien ne nous arrive à souhait.» Il dit aussi au vénérable évêque de Toulouse, comme l'évêque me l'a raconté lui-même, que les moines de Cîteaux ne pouvaient faire leur salut, puisqu'ils avaient des ouailles livrées à la luxure. Ô hérésie inouïe!

«Le comte dit encore à l'évêque de Toulouse qu'il vînt la nuit dans son palais, et qu'il entendrait la prédication des hérétiques; d'où il est clair qu'il les entendait souvent la nuit.

«Il se trouvait un jour dans une église où on célébrait la messe; or, il avait avec lui un bouffon, qui, comme font les bateleurs de cette espèce, se moquait des gens par des grimaces d'histrion. Lorsque le célébrant se tourna vers le peuple en disant: Dominus vobiscum, le scélérat de comte dit à son bouffon de contrefaire le prêtre.—Il dit une fois qu'il aimerait mieux ressembler à un certain hérétique de Castres, dans le diocèse d'Alby, à qui on avait coupé les membres et qui traînait une vie misérable, que d'être roi ou empereur.

«Combien il aima toujours les hérétiques, nous en avons la preuve évidente en ce que jamais aucun légat du siége apostolique ne put l'amener à les chasser de la terre, bien qu'il ait fait, sur les instances de ces légats, je ne sais combien d'abjurations.

«Il faisait si peu de cas du sacrement de mariage, que toutes les fois que sa femme lui déplut, il la renvoya pour en prendre une autre; en sorte qu'il eut quatre épouses, dont trois vivent encore. Il eut d'abord la sœur du vicomte de Béziers, nommée Béatrix; après elle, la fille du duc de Chypre; après elle, la sœur de Richard, roi d'Angleterre, sa cousine au troisième degré; celle-ci étant morte, il épousa la sœur du roi d'Aragon, qui était sa cousine au quatrième degré. Je ne dois pas passer sous silence que lorsqu'il avait sa première femme, il l'engagea souvent à prendre l'habit religieux. Comprenant ce qu'il voulait dire, elle lui demanda exprès s'il voulait qu'elle entrât à Cîteaux; il dit que non. Elle lui demanda encore s'il voulait qu'elle se fît religieuse à Fontevrault; il dit encore que non. Alors elle lui demanda ce qu'il voulait donc: il répondit que si elle consentait à se faire solitaire, il pourvoirait à tous ses besoins; et la chose se fit ainsi...

«Il fut toujours si luxurieux et si lubrique, qu'il abusait de sa propre sœur au mépris de la religion chrétienne. Dès son enfance, il recherchait ardemment les concubines de son père et couchait avec elles; et aucune femme ne lui plaisait guère s'il ne savait qu'elle eût couché avec son père. Aussi son père, tant à cause de son hérésie que pour ce crime énorme, lui prédisait souvent la perte de son héritage. Le comte avait encore une merveilleuse affection pour les routiers, par les mains desquels il dépouillait les églises, détruisait les monastères, et dépossédait tant qu'il pouvait tous ses voisins. C'est ainsi que se comporta toujours ce membre du diable, ce fils de perdition, ce premier-né de Satan, ce persécuteur acharné de la croix et de l'Église, cet appui des hérétiques, ce bourreau des catholiques, ce ministre de perdition, cet apostat couvert de crimes, cet égout de tous les péchés.