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Histoire de la magie

Chapter 79: CONCLUSION.
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About This Book

A panoramic account of ceremonial magic that combines theoretical exposition with historical survey, arguing for a disciplined definition of magic as a symbolic and practical science. The narrative analyzes kabbalistic symbolism and alphabetic-numerical correspondences, outlines ritual techniques and their ceremonial forms, and treats concepts such as astral light, spirits, and popular misconceptions about demons and sorcery. Chapters pair doctrinal statements with corresponding rites to show how theory and practice interlock, while the author seeks to correct misunderstandings about occult operations and to present an organized framework for interpreting rites, symbols, and their alleged effects.


CHAPITRE V.

SOUVENIRS INTIMES DE L'AUTEUR.

SOMMAIRE.--Influence des Illuminés et des maniaques sur les événements historiques.--Le mapah.--Sobrier et la révolution de février 1848.--Puissance magnétique de certains hommes.--Une somnambule statique.


En 1839, l'auteur de ce livre reçut un matin la visite d'Alphonse Esquiros.

--Venez-vous avec moi, voir le mapah, lui dit ce dernier.

--Qu'est-ce que c'est que le mapah?

--C'est un dieu.

--Merci, alors je n'aime que les dieux invisibles.

--Venez-donc, c'est le fou le plus éloquent, le plus radieux et le plus superbe qu'on ait jamais vu.

--Mon ami, j'ai peur des fous, la folie est contagieuse.

--Eh mon cher, je viens bien vous voir, moi!

--C'est vrai: et puisque vous y tenez, eh bien, allons voir le mapah.

Dans un affreux galetas, était un homme barbu, d'une figure majestueuse et prophétique, il portait habituellement sur ses habits une vieille pelisse de femme, ce qui lui donnait assez l'air d'un pauvre derviche, il était entouré de plusieurs hommes barbus et extatiques comme lui et d'une femme aux traits immobiles qui ressemblait à une somnambule endormie.

Ses manières étaient brusques mais sympathiques, son éloquence entraînante, ses yeux hallucinés; il parlait avec emphase, s'animait, s'échauffait jusqu'à ce qu'une écume blanchâtre vînt border ses lèvres. Quelqu'un a défini l'abbé de Lamennais, quatre-vingt-treize faisant ses pâques; cette définition conviendrait mieux au mysticisme du Mapah, on peut en juger par ce fragment échappé à son enthousiasme lyrique:

«L'humanité devait faillir: ainsi le voulait sa destinée, afin qu'elle fût elle-même l'instrument de sa reconstitution, et que dans la grandeur et la majesté du labeur humain passant par toutes ses phases de lumières et de ténèbres, apparussent manifestement la grandeur et la majesté de Dieu.

«Et l'unité primitive est brisée par la chute; la douleur s'introduit dans le monde sous la forme du serpent; et l'arbre de vie devient arbre de mort.

«Et les choses étant ainsi, Dieu dit à la femme: Tu enfanteras dans la douleur; puis il ajoute: C'est par toi que la tête du serpent sera écrasée.

«Et la femme est la première esclave; elle a compris sa mission divine, et le pénible enfantement a commencé.

«C'est pourquoi, depuis l'heure de la chute, la tâche de l'humanité n'a été qu'une tâche d'initiation, tâche grande et terrible; c'est pourquoi tous les termes de cette même initiation, dont notre mère commune Ève est l'alpha, et notre mère commune Liberté, l'oméga, sont également saints et sacrés aux yeux de Dieu.

«J'ai vu un immense vaisseau surmonté d'un mât gigantesque terminé en ruche, et l'un des flancs du vaisseau regardait l'Occident et l'autre l'Orient.

«Et, du côté de l'Occident, ce vaisseau s'appuyait sur les sommets nuageux de trois montagnes, dont la base se perdait dans une mer furieuse;

«Et chacune de ces montagnes portait son nom sanglant attaché à son flanc. La première s'appelait Golgotha; la seconde, mont Saint-Jean; la troisième Sainte-Hélène.

«Et au centre du mât gigantesque, du côté de l'Occident, était fixé une croix à cinq branches sur laquelle expirait une femme.

«Au-dessus de la tête de cette femme, on lisait:

France:
18 juin 1815;
Vendredi-Saint.

«Et chacune des cinq branches de la croix, sur laquelle elle était étendue, représentait une des cinq parties du monde; sa tête reposait sur l'Europe et un nuage l'entourait.

«Et du côté du vaisseau qui regardait l'Orient les ténèbres n'existaient pas; et la carène était arrêtée au seuil de la cité de Dieu sur le faîte d'un arc triomphal que le soleil illuminait de ses rayons.

«Et la même femme apparaissait de nouveau, mais transfigurée et

radieuse. Elle soulevait la pierre d'un sépulcre: sur cette

pierre il était écrit:

Restauration, jours du tombeau.
29 juillet 1830;
Pâques.»

Le mapah était, comme on le voit, un continuateur de Catherine Théot et de dom Gerle, et cependant étrange sympathie des folies entre elles, il nous déclara un jour confidentiellement qu'il était Louis XVII, revenu sur la terre pour une oeuvre de régénération, et que cette femme qui vivait avec lui avait été Marie-Antoinette de France. Il expliquait alors ses théories révolutionnaires jusqu'à l'extravagance, comme le dernier mot des prétentions violentes de Caïn, destinées à ramener par une réaction fatale le triomphe du juste Abel. Esquiros et moi, nous étions allés voir le mapah pour nous amuser de sa démence, et notre imagination resta frappée de ses discours. Nous étions deux amis de collège à la manière de Louis-Lambert et de Balzac, et nous avions souvent rêvé ensemble des dévouements impossibles et des héroïsmes inconnus. Après avoir entendu Ganneau, ainsi se nommait celui qui se faisait appeler le mapah, nous nous prîmes à penser qu'il serait beau de dire au monde le dernier mot de la révolution et de fermer l'abîme de l'anarchie, en nous y jetant comme Curtius. Cet orgueil d'écoliers donna naissance à l'Évangile du peuple et à la Bible de la liberté, folies qu'Esquiros et son malencontreux ami n'ont que trop chèrement payées.

Tel est le danger des manies enthousiastes, elles sont contagieuses, et l'on ne se penche pas impunément au bord des abîmes de la démence; mais voici quelque chose de bien autrement terrible.

Parmi les disciples du mapah, se trouvait un jeune homme nerveux et débile nommé Sobrier. Celui-là perdit complètement la tête, et se crut prédestiné à sauver le monde en provoquant la crise suprême d'une révolution universelle.

Arrivent les journées de février 1848. Une émeute avait provoqué un changement de ministère, tout était fini, les Parisiens étaient contents et les boulevards étaient illuminés.

Un jeune homme apparaît tout à coup dans les rues populeuses du quartier Saint-Martin. Il se fait précéder de deux gamins, l'un portant une torche, l'autre battant le rappel, un rassemblement nombreux se forme, le jeune homme monte sur une borne et harangue la foule. Ce sont des choses incohérentes, incendiaires, mais la conclusion, c'est qu'il faut aller au boulevard des Capucines porter au ministère la volonté du peuple.

Au coin de toutes les rues l'énergumène répète la même harangue, et il marche en tête du rassemblement, deux pistolets aux poings et toujours précédé de sa torche et de son tambour.

La foule des curieux qui encombrait les boulevards se joint par curiosité au cortège du harangueur. Bientôt ce n'est plus un rassemblement, c'est une masse de peuple qui roule sur le boulevard des Italiens.

Au milieu de cette trombe, le jeune homme et les deux gamins ont disparu, mais devant l'hôtel des Capucines un coup de pistolet est tiré sur la troupe.

Ce coup de pistolet, c'était la révolution, et il fut tiré par un fou.

Pendant toute la nuit, deux tombereaux chargés de cadavres se promenèrent dans les rues à la lueur des torches; le lendemain tout Paris était aux barricades, et Sobrier sans connaissance était rapporté chez lui. C'était Sobrier qui, sans savoir ce qu'il faisait, venait de donner une secousse au monde.

Ganneau et Sobrier sont morts, et l'on peut maintenant, sans danger pour eux, révéler à l'histoire ce terrible exemple du magnétisme des enthousiastes et des fatalités que peuvent entraîner après elles les maladies nerveuses de certains hommes. Nous tenons de source certaine les choses que nous racontons et nous pensons que cette révélation peut apporter un soulagement à la conscience du Bélisaire de la poésie, l'auteur de l'Histoire des Girondins.

Les phénomènes magnétiques produits par Ganneau durèrent même après sa mort. Sa veuve, femme sans instruction et d'une intelligence assez négative, fille d'un honnête Auvergnat, est restée dans le somnambulisme statique où son mari l'avait plongée. Semblable à ces enfants qui subissent la forme des imaginations de leurs mères, elle est devenue une image vivante de Marie-Antoinette prisonnière à la Conciergerie. Ses manières sont celles d'une reine à jamais veuve et désolée, parfois seulement elle laisse échapper quelques plaintes qui sont de s'écrier que son rêve la fatigue, mais elle s'indigne souverainement contre ceux qui cherchent à la réveiller; elle ne donne d'ailleurs aucun signe d'aliénation mentale; sa conduite extérieure est raisonnable, sa vie parfaitement honorable et régulière. Rien n'est plus touchant, selon nous, que cette obsession persévérante d'un être follement aimé qui se survit dans une hallucination conjugale. Si Artémise a existé, il est permis de croire que Mausole était aussi un puissant magnétiseur, et qu'il avait entraîné et fixé à jamais les affections d'une femme toute sensitive en dehors des limites du libre arbitre et de la raison.


CHAPITRE VI.

DES SCIENCES OCCULTES.

SOMMAIRE.--Coup d'oeil synthétique sur les sciences occultes.--La recherche de l'absolu.


Le secret des sciences occultes c'est celui de la nature elle-même, c'est le secret de la génération des anges et des mondes, c'est celui de la toute-puissance de Dieu!

Vous serez comme les Élohims, connaissant le bien et le mal, avait dit le serpent de la Genèse, et l'arbre de la science est devenu l'arbre de la mort.

Depuis six mille ans, les martyrs de la science travaillent et meurent au pied de cet arbre pour qu'il redevienne l'arbre de vie.

L'absolu cherché par les insensés et trouvé par les sages, c'est la vérité, la réalité et la raison de l'équilibre universel!

L'équilibre, c'est l'harmonie qui résulte de l'analogie des contraires.

Jusqu'à présent l'humanité a essayé de se tenir sur un seul pied, tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre.

Les civilisations se sont élevées et ont péri, soit par la démence anarchique du despotisme, soit par l'anarchie despotique de la révolte.

Tantôt les enthousiasmes superstitieux, tantôt les misérables calculs de l'instinct matérialiste ont égaré les nations, et Dieu pousse le monde enfin vers la raison croyante et les croyances raisonnables.

Nous avons eu assez de prophètes sans philosophie et de philosophes sans religion, les croyants aveugles et les sceptiques se ressemblent et ils sont aussi loin les uns que les autres du salut éternel.

Dans le chaos du doute universel et des conflits de la science et de la foi, les grands hommes et les voyants n'ont été que des artistes malades qui cherchaient la beauté idéale aux risques et périls de leur raison et de leur vie.

Aussi voyez-les tous encore, ces sublimes enfants, ils sont fantasques et nerveux comme des femmes, un rien les blesse, la raison les offense, ils sont injustes les uns envers les autres, et eux qui ne vivent que pour être couronnés, ils sont les premiers à faire dans leurs fantasques humeurs ce que Pythagore défend d'une manière si touchante dans ses symboles admirables, ils déchirent et foulent aux pieds les couronnes! Ce sont les aliénés de la gloire, mais Dieu, pour les empêcher de devenir dangereux, les contient avec les chaînes de l'opinion.

Le tribunal de la médiocrité juge le génie sans appel, parce que le génie étant la lumière du monde, est regardé comme nul et comme mort, dès qu'il n'éclaire pas.

L'enthousiasme du poëte est contrôlé par le sang-froid de la prosaïque multitude. L'enthousiaste que le bon sens public n'accepte pas, n'est point un génie, c'est un fou.

Ne dites pas que les grands artistes sont les esclaves de la foule ignorante, car c'est d'elle que leur talent reçoit l'équilibre de la raison.

La lumière, c'est l'équilibre de l'ombre et de la clarté.

Le mouvement, c'est l'équilibre de l'inertie et de l'activité.

L'autorité, c'est l'équilibre de la liberté et du pouvoir.

La sagesse, c'est l'équilibre dans les pensées.

La vertu, c'est l'équilibre dans les affections; la beauté, c'est l'équilibre dans les formes.

Les belles lignes sont les lignes justes, et les magnificences de la nature sont un algèbre de grâces et de splendeurs.

Tout ce qui est juste est beau: tout ce qui est beau doit être juste.

Le ciel et l'enfer sont l'équilibre de la vie morale; le bien et le mal sont l'équilibre de la liberté.

Le grand oeuvre, c'est la conquête du point central où réside la force équilibrante. Partout ailleurs, les réactions de la force équilibrée conservent la vie universelle par le mouvement perpétuel de la naissance et de la mort.

C'est pour cela que les philosophes hermétiques comparent leur or au soleil.

C'est pour cela que cet or guérit toutes les maladies de l'âme et donne l'immortalité. Les hommes arrivés à ce point central sont les véritables adeptes, ce sont les thaumaturges de la science et de la raison.

Ils sont maîtres de toutes les richesses du monde et des mondes, ils sont les confidents et les amis des princes du ciel, la nature leur obéit parce qu'ils veulent ce que veut la loi qui fait marcher la nature.

Voilà ce que le Sauveur du monde appelle le royaume de Dieu! c'est le sanctum regnum de la sainte kabbale. C'est la couronne et l'anneau de Salomon, c'est le sceptre de Joseph devant lequel s'inclinent les étoiles du ciel et les moissons de la terre.

Cette toute-puissance nous l'avons retrouvée, et nous ne la vendons pas, mais si Dieu nous avait chargé de la vendre, nous ne trouverions pas que ce soit assez de toute la fortune des acheteurs; nous leur demanderions encore, non pas pour nous, mais pour elle toute leur âme et toute leur vie!


CHAPITRE VII.

RÉSUMÉ ET CONCLUSION.

SOMMAIRE.--L'énigme du Sphinx.--Les questions paradoxales.--Portée des découvertes de la science magique dans l'ordre religieux, dans l'ordre moral et dans l'ordre politique.--Objet et but de cet ouvrage.


Il nous reste maintenant à résumer et à conclure.

Résumer l'histoire d'une science, c'est résumer la science. Aussi allons-nous récapituler les grands principes de l'initiation conservés et transmis à travers tous les âges.

La science magique est la science absolue de l'équilibre.

Cette science est essentiellement religieuse, elle a présidé à la formation des dogmes de l'ancien monde, et a été ainsi la mère nourrice de toutes les civilisations.

Mère pudique et mystérieuse, qui, en allaitant de poésie et d'inspiration les générations naissantes, couvrait son visage et son sein!

Avant tout principe, elle nous dit de croire en Dieu, et de l'adorer sans chercher à le définir, parce que souvent pour notre intelligence imparfaite, un Dieu défini est en quelque sorte un Dieu fini! Mais après Dieu, elle nous montre comme souverains principes des choses, les mathématiques éternelles et les forces équilibrées.

Il est écrit dans la Bible que Dieu a tout disposé par le poids, le nombre et la mesure, voici le texte:

Omnia in pondere et numero et mensurâ disposuit Deus.

Ainsi le poids, c'est-à-dire l'équilibre, le nombre ou la quantité et la mesure, c'est-à-dire la proportion, telles sont les bases éternelles ou divines de la science de la nature.

La formule de l'équilibre est celle-ci:

«L'harmonie résulte de l'analogie des contraires.»

Le nombre est l'échelle des analogies dont la proportion est la mesure.

Toute la philosophie occulte du Sohar pourrait s'appeler la science de l'équilibre.

La clef des nombres se trouve dans le Sepher Jézirah. La génération des nombres est analogue à la filiation des idées et à la production des formes.

En sorte que, dans leur alphabet sacré, les sages hiérophantes de la kabbale ont réuni les signes hiéroglyphiques des nombres, des idées et des formes.

Les combinaisons de cet alphabet donnent des équations d'idées, et mesurent, en les indiquant, toutes les combinaisons possibles dans les formes naturelles.

Dieu, dit la Genèse, a fait l'homme à son image: or, l'homme étant le résumé vivant de la création, il s'ensuit que la création aussi est faite à l'image de Dieu.

Il y a dans l'univers trois choses: l'esprit, le médiateur plastique et la matière.

Les anciens donnaient à l'esprit pour instrument immédiat, le fluide igné auquel ils prêtaient le nom générique de soufre; au médiateur plastique, le nom de Mercure à cause du symbolisme représenté par le caducée, et à la matière le nom de sel, à cause du sel fixe qui reste après la combustion et qui résiste à l'action du feu.

Ils comparaient le soufre au père, à cause de l'activité génératrice du feu; le mercure à la mère, pour sa puissance d'attraction et de reproduction; et le sel était pour eux l'enfant ou la substance soumise à l'éducation de la nature.

La substance créée pour eux était une, et ils la nommaient lumière.

Lumière positive ou ignée, le soufre volatil; lumière négative ou rendue visible par les vibrations du feu, le mercure fluide éthéré; et lumière neutralisée ou ombre, le mixte coagulé ou fixé sous la forme de terre ou de sel.

C'est pourquoi Hermès trismégiste s'exprime ainsi dans son symbole connu sous le nom de Table d'émeraude:

«Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut pour former les merveilles de la chose unique.»

C'est-à-dire que le mouvement universel est produit par les analogies du fixe et du volatil, le volatil tendant à se fixer, et le fixe à se volatiliser, ce qui produit un échange continuel entre les formes de la substance unique et, par cet échange, les combinaisons sans cesse renouvelées des formes universelles.

Le feu c'est Osiris ou le soleil, la lumière c'est Isis ou la lune, ils sont le père et la mère du grand Télesma, c'est-à-dire de la substance universelle, non qu'ils en soient les créateurs, mais ils en représentent les deux forces génératrices, et leur effort combiné produit le fixe ou la terre, ce qui fait dire à Hermès que leur force est parvenue à toute sa manifestation quand la terre en a été formée.

Osiris n'est donc pas Dieu, même pour les grands hiérophantes du sanctuaire égyptien. Osiris n'est que l'ombre lumineuse ou ignée du principe intellectuel de la vie, et c'est pour cela qu'au moment des dernières initiations on jetait en courant dans l'oreille de l'adepte cette révélation redoutable: Osiris est un dieu noir.

Malheur, en effet, au récipiendaire dont l'intelligence ne se serait pas élevée par la foi au-dessus des symboles purement physiques de la révélation égyptienne! Cette parole devenait pour lui une formule d'athéisme et son esprit était frappé d'aveuglement. Elle était au contraire pour le croyant d'un génie plus élevé, le gage des plus sublimes espérances. Enfant, semblait lui dire l'initiateur, tu prends une lampe pour le soleil, mais ta lampe n'est qu'une étoile de la nuit; il existe un véritable soleil; sors de la nuit et cherche le jour!

Ce que les anciens appelaient les quatre éléments n'étaient pas pour eux des corps simples, mais bien les quatre formes élémentaires de la substance unique. Ces quatre formes étaient figurées sur le sphinx: l'air par les ailes, l'eau par le sein de femme, la terre par le corps de taureau, le feu par les griffes du lion.

La substance une, trois fois triple en mode d'essence, et quadruple en forme d'existence, tel est le secret des trois pyramides triangulaires d'élévation, carrées par la base et gardées par le sphinx. L'Égypte, en élevant ces monuments, avait voulu poser les colonnes d'Hercule de la science universelle.

Aussi les sables ont monté, les siècles ont passé et les pyramides toujours grandes proposent aux nations leur énigme dont le mot a été perdu. Quant au sphinx, il semble avoir sombré dans la poussière des âges. Les grands empires de Daniel ont régné tour à tour sur la terre, et se sont enfoncés de tout leur poids dans le tombeau. Conquêtes de la guerre, fondations du travail, oeuvres des passions humaines, tout s'est englouti avec le corps symbolique du sphinx; maintenant la tête humaine se dresse seule au-dessus des sables du désert, comme si elle attendait l'empire universel de la pensée.

Devine ou meurs! tel était le terrible dilemme posé par le sphinx aux aspirants à la royauté de Thèbes. C'est qu'en effet les secrets de la science sont ceux de la vie; il s'agit de régner ou de servir, d'être ou de ne pas être. Les forces naturelles nous briseront, si elles ne nous servent à conquérir le monde. Roi ou victime, il n'y a pas de milieu entre cet abîme et cette sommité, à moins qu'on ne se laisse tomber dans la masse de ceux qui ne sont rien, parce qu'ils ne se demandent jamais pourquoi ils vivent ni ce qu'ils sont.

Les formes du sphinx représentent aussi par analogie hiéroglyphique les quatre propriétés de l'agent magique universel, c'est-à-dire de la lumière astrale: dissoudre, coaguler, réchauffer, refroidir. Ces quatre propriétés dirigées par la volonté de l'homme, peuvent modifier toutes les formes de la nature, et produire, suivant l'impulsion donnée, la vie ou la mort, la santé ou la maladie, l'amour ou la haine, la richesse même ou la pauvreté. Elles peuvent mettre au service de l'imagination tous les reflets de la lumière; elles sont la solution paradoxale des questions les plus téméraires qu'on puisse poser à la haute magie.

Les questions paradoxales de la curiosité humaine, les voici; nous allons les poser et y répondre:

1. Peut-on échapper à la mort?

2. La pierre philosophale existe-t-elle, et comment faire pour la trouver?

3. Peut-on se faire servir par les esprits?

4. Qu'est-ce que la clavicule, l'anneau et le sceau de Salomon?

5. Peut-on prévoir l'avenir par des calculs certains?

6. Peut-on faire à son gré du bien ou du mal par influence magique?

7. Que faut-il pour être un vrai magicien?

8. En quoi consistent précisément les forces de la magie noire?

Nous appelons paradoxales ces questions qui sont en dehors de toute science, et qui semblent être d'avance résolues négativement par la foi.

Ces questions sont téméraires si elles sont faites par un profane, et leur solution complète donnée par un adepte ressemblerait à un sacrilège.

Dieu et la nature ont fermé le sanctuaire intime de la haute science, en sorte qu'au delà de certaine limite celui qui sait, parlerait inutilement, il ne se ferait plus comprendre; la révélation du grand arcane magique est donc heureusement impossible.

Les solutions que nous allons donner seront donc la dernière expression du verbe magique; nous les rendrons aussi claires qu'elles peuvent être, mais nous ne nous chargeons pas de les faire comprendre à tous nos lecteurs.

QUESTIONS 1 et 2.

1. Peut-on échapper à la mort?

2. La pierre philosophale existe-t-elle, et comment faire pour la trouver?

RÉPONSES.

On peut échapper à la mort de deux manières, dans le temps et dans l'éternité.

Dans le temps, en guérissant toutes les maladies et en évitant les infirmités de la vieillesse;

Et dans l'éternité, en perpétuant par le souvenir l'identité personnelle dans les transformations de l'existence.

Posons d'abord en principes:

1° Que la vie résultant du mouvement ne peut se conserver que par la succession et le perfectionnement des formes;

2° Que la science du mouvement perpétuel est la science de la vie;

3° Que cette science a pour objet la juste pondération des influences équilibrées;

4° Que tout renouvellement s'opère par la destruction, et qu'ainsi toute génération est une mort, et toute mort une génération.

Maintenant établissons avec les anciens sages que le principe universel de la vie est un mouvement substantiel ou une substance éternellement et essentiellement mue et motrice, invisible et impalpable, à l'état volatil, et qui se manifeste matériellement en se fixant par les phénomènes de la polarisation.

Cette substance est indéfectible, incorruptible, et par conséquent immortelle.

Mais ses manifestations par la forme sont éternellement changées par la perpétuité du mouvement.

Ainsi tout meurt parce que tout vit, et si l'on pouvait éterniser une forme, on arrêterait le mouvement et l'on aurait créé la seule véritable mort.

Emprisonner à jamais une âme dans un corps humain momifié, telle serait la solution horrible du paradoxe magique de l'immortalité prétendue dans le même corps et sur la même terre.

Tout se régénère par le dissolvant universel qui est la substance première.

Ce dissolvant concentre sa force dans la quintessence, c'est-à-dire au centre équilibrant d'une double polarité.

Les quatre éléments des anciens sont les quatre forces polaires de l'aimant universel représenté par une croix.

Cette croix qui tourne indéfiniment autour de son centre, en posant ainsi l'énigme de la quadrature du cercle.

Le Verbe créateur se fait entendre du milieu de la croix et il crie: Tout est consommé.

C'est dans la juste proportion des quatre formes élémentaires qu'il faut chercher la médecine universelle des corps, comme la médecine de l'âme nous est présentée par la religion en celui qui s'offre éternellement sur la croix pour le salut du monde.

L'aimentation et la polarisation des corps célestes résultent de leur gravitation équilibrée autour des soleils, qui sont les réservoirs communs de leur électro-magnétisme.

La vibration de la quintessence autour des réservoirs communs se manifeste par la lumière, et la lumière révèle sa polarision par les couleurs.

Le blanc est la couleur de la quintessence. Vers son pôle négatif, cette couleur se condense en bleu et se fixe en noir; mais vers son pôle positif, elle se condense en jaune et se fixe en rouge.

La vie rayonnante va donc toujours du noir au rouge, en passant par le blanc; et la vie absorbée redescend du rouge au noir, en traversant le même milieu.

Les quatre nuances intermédiaires ou mixtes produisent avec les trois couleurs de la syllepse de l'analyse et de la synthèse lumineuse, ce qu'on appelle les sept couleurs du prisme ou du spectre solaire.

Ces sept couleurs forment sept atmosphères ou sept zones lumineuses autour de chaque soleil, et la planète dominante dans chaque zone se trouve aimentée d'une manière analogue à la couleur de son atmosphère.

Les métaux dans les entrailles de la terre se forment comme les planètes dans le ciel, par les spécialités d'une lumière latente qui se décompose en traversant divers milieux.

S'emparer du sujet dans lequel la lumière métallique est latente, avant qu'elle se soit spécialisée, et la pousser à l'extrême pôle positif, c'est-à-dire au rouge vif, par un feu emprunté à la lumière même, tel est tout le secret du grand oeuvre.

On comprend que cette lumière positive à son extrême degré de condensation est la vie même devenue fixe, et peut servir de dissolvant universel et de médecine à tous les règnes de la nature.

Mais pour arracher à la marcassite, au stibium, à l'arsenic des philosophes son sperme métallique vivant et androgyne, il faut un premier dissolvant qui est un menstrue minéral salin, il faut de plus le concours du magnétisme et de l'électricité.

Le reste se fait de soi-même, dans un seul vase, dans un seul athanor, et par le feu gradué d'une seule lampe; c'est, disent les adeptes, un travail de femmes et d'enfants.

Ce que les chimistes et les physiciens modernes appellent chaleur, lumière, électricité, magnétisme, n'était pour les anciens que les manifestations phénoménales élémentaires de la substance unique appelée aour, od, tik et ob, par les Hébreux. Od est le nom de l'actif, ob le nom du passif, et aour, dont les philosophes hermétiques ont fait leur or, est le nom du mixte androgyne et équilibré.

L'or vulgaire c'est l'aour métallisé, l'or philosophique c'est l'aour à l'état de pierrerie soluble.

En théorie, suivant la science transcendantale des anciens, la pierre philosophale qui guérit toutes les maladies et opère la transmutation des métaux, existe donc incontestablement. Existe-t-elle et peut-elle exister en fait? Si nous l'affirmions, on ne nous croirait pas, donnons donc cette affirmation comme une solution paradoxale aux paradoxes exprimés par les deux premières questions et passons au second chapitre.

Remarque.--Nous ne répondons pas à la question subsidiaire: Comment faire pour la trouver, parce que M. de La Palisse lui-même répondrait à notre place que pour trouver il est indispensable de chercher, à moins qu'on ne trouve par hasard. Nous en avons dit assez pour diriger et faciliter les recherches.

QUESTIONS 3. ET 4.

3.--Peut-on se faire servir par les esprits?

4.--Qu'est-ce que la clavicule, le sceau et l'anneau de Salomon.

RÉPONSES.

Lorsque le Sauveur du monde eut triomphé, dans sa tentation du désert, des trois convoitises qui asservissent l'âme humaine:

La convoitise des appétits, la convoitise des ambitions et celle des cupidités.

Il est écrit que les anges s'approchèrent de lui et le servirent.

Car les esprits sont au service de l'esprit souverain, et l'esprit souverain est celui qui enchaîne les turbulences déréglées et les entraînements injustes de la chair.

Remarquons bien toutefois qu'il est contre l'ordre de la Providence d'intervertir la série naturelle des communications entre les êtres.

Nous ne voyons pas que le Sauveur et les apôtres aient évoqué les âmes des morts.

L'immortalité de l'âme étant un des dogmes les plus consolants de la religion, doit-être réservée aux aspirations de la foi, et ne sera par conséquent jamais prouvée par des faits accessibles à la critique de la science.

Aussi l'ébranlement ou la perte de la raison est-elle et sera-t-elle toujours le châtiment de ceux qui auront la témérité de regarder, dans l'autre vie, avec les yeux de celle-ci.

Aussi les traditions magiques font-elles toujours apparaître les morts évoqués, avec des visages tristes et colères.

Ils se plaignent d'avoir été troublés dans leur repos et ne profèrent que des reproches et des menaces.

Les clefs ou clavicules de Salomon sont des forces religieuses et rationnelles exprimées par des signes, et qui servent moins à évoquer les esprits qu'à se préserver soi-même de toute aberration dans les expériences relatives aux sciences occultes.

Le sceau résume les clefs, l'anneau en indique l'usage.

L'anneau de Salomon est à la fois circulaire et carré, et il figure ainsi le mystère de la quadrature du cercle.

Il se compose de sept carrés disposés de manière à former un cercle. On y adapte deux chatons, l'un circulaire, l'autre carré, l'un en or, l'autre en argent.

La bague doit être faite de filigrane des sept métaux.

Dans le chaton d'argent on enchâsse une pierre blanche, et dans le chaton d'or une pierre rouge avec ces signatures:

Sur la pierre blanche, le signe du macrocosme;

Sur la pierre rouge, le signe du microcosme.

Lorsqu'on met l'anneau à son doigt, une des pierres doit être au dedans de la main, l'autre au dehors, suivant qu'on veut commander aux esprits de lumière ou aux puissances des ténèbres.

Expliquons en quelques paroles la toute-puissance de cet anneau.

La volonté est toute-puissante, lorsqu'elle s'arme des forces vives de la nature.

La pensée est oisive et morte tant qu'elle ne se manifeste pas par le verbe ou par le signe, elle ne peut donc alors ni exciter, ni diriger la volonté.

Le signe étant la forme nécessaire de la pensée est l'instrument indispensable de la volonté.

Plus le signe est parfait, plus la pensée est fortement formulée, et plus par conséquent la volonté est dirigée avec puissance.

La foi aveugle transporte les montagnes, que sera-ce donc de la foi éclairée par une science complète et immuable?

Si notre âme pouvait concentrer toute son intelligence et toute son énergie dans l'émission d'une seule parole, cette parole pour elle ne serait-elle pas toute-puissante?

L'anneau de Salomon avec son double sceau, c'est toute la science et toute la foi des mages résumées en un signe.

C'est le symbole de toutes les forces du ciel et de la terre et des lois saintes qui les régissent, soit dans le macrocosme céleste, soit dans le microcosme humain.

C'est le talisman des talismans et le pantacle des pantacles.

L'anneau de Salomon est tout-puissant, si c'est un signe vivant, mais il est inefficace, si c'est un signe mort; la vie des signes c'est l'intelligence et la foi, intelligence de la nature, foi en son moteur éternel.

L'étude approfondie des mystères de la nature peut éloigner de Dieu l'observateur inattentif chez qui la fatigue de l'esprit paralyse les élans du coeur.

C'est en cela que les sciences occultes peuvent être dangereuses et même fatales à certaines âmes.

L'exactitude mathématique, la rigueur absolue des lois de la nature, l'ensemble et la simplicité de ces lois, donnent à plusieurs l'idée d'un mécanisme nécessaire, éternel, inexorable, et la Providence disparaît pour eux derrière les rouages de fer d'une horloge au mouvement perpétuel.

Ils ne réfléchissent pas au fait redoutable de la liberté et de l'autocratie des créatures intelligentes.

Un homme dispose à son gré de l'existence d'êtres organisés comme lui; il peut atteindre les oiseaux dans l'air, les poissons dans l'eau, les bêtes sauvages dans les forêts; il peut couper ou incendier les forêts elles-mêmes, miner et faire sauter les rochers et les montagnes, changer autour de lui toutes les formes, et malgré les analogies ascendantes de la nature, il ne croirait pas à l'existence d'êtres intelligents comme lui qui pourraient à leur gré déplacer, briser et incendier les mondes, souffler sur les soleils pour les éteindre, ou les broyer pour en faire des étoiles... des êtres si grands qu'ils échappent à sa vue, comme nous échappons sans doute à celle de la mite ou du ciron.... Et si de pareils êtres existent sans que l'univers soit mille fois bouleversé, ne faut-il pas admettre qu'ils obéissent tous à une volonté suprême, à une force puissante et sage, qui leur défend de déplacer les mondes, comme elle nous défend de détruire le nid de l'hirondelle et la crysalide du papillon? Pour le mage qui sent cette force au fond même de sa conscience, et qui ne voit plus dans les lois de l'univers que les instruments de la justice éternelle, le sceau de Salomon, ses clavicules et son anneau sont les insignes de la suprême royauté.

QUESTIONS 5 ET 6.

5. Peut-on prévoir l'avenir par des calculs certains?

6. Peut-on faire du bien ou du mal par influence magique?

RÉPONSES.

Deux joueurs d'échec d'égale force, sont assis à une table, ils commencent la partie, lequel des deux gagnera?

--Celui qui sera le plus attentif à son jeu.

Si je connais les préoccupations de l'un et de l'autre, je puis prédire certainement le résultat de leur partie.

Au jeu d'échecs, prévoir c'est gagner, il en est de même au jeu de la vie.

Rien dans la vie n'arrive par hasard, le hasard, c'est l'imprévu; mais l'imprévu de l'ignorant avait été prévu par le sage.

Tout événement, comme toute forme, résulte d'un conflit ou d'un équilibre de forces, et ces forces peuvent être représentées par des nombres.

L'avenir peut donc être d'avance déterminé par le calcul.

Toute action violente est balancée par une réaction égale, le rire pronostique les larmes, et c'est pour cela que le Sauveur disait: Heureux ceux qui pleurent!

C'est pour cela aussi qu'il disait: Celui qui s'élève, sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé.

Aujourd'hui Nabuchodonosor se fait Dieu, demain il sera changé en bête.

Aujourd'hui Alexandre fait son entrée dans Babylone, et se fait offrir de l'encens sur tous les autels, demain il mourra brutalement ivre.

L'avenir est dans le passé; le passé est dans l'avenir.

Quand le génie prévoit, il se souvient.

Les effets s'enchaînent si nécessairement et si exactement aux causes et deviennent ensuite eux-mêmes des causes d'effets nouveaux si conformes aux premiers dans leur manière de se produire, qu'un seul fait peut révéler au voyant toute une généalogie de mystères.

Quand le Christ est venu, il est certain que l'Antéchrist viendra: mais la venue de l'Antéchrist précédera le triomphe du Saint-Esprit.

Le siècle d'argent où nous vivons est le précurseur des plus abondantes charités et des bonnes oeuvres les plus grandes qu'on ait encore vues dans le monde.

Mais il faut savoir que la volonté de l'homme modifie les causes fatales, et qu'une seule impulsion donnée par un homme peut changer l'équilibre de tout un monde.

Si telle est la puissance de l'homme dans le monde qui est son domaine, que doivent donc être les génies des soleils!

Le moindre des égrégores pourrait d'un souffle, en dilatant subitement le calorique latent de notre terre, la faire éclater et disparaître comme un petit nuage de cendre.

L'homme aussi peut d'un souffle faire évanouir toute la félicité d'un de ses semblables.

Les hommes sont aimantés comme les mondes, ils rayonnent leur lumière spéciale comme les soleils.

Les uns sont plus absorbants, les autres irradient plus volontiers.

Personne n'est isolé dans le monde, tout homme est une fatalité ou une providence.

Auguste et Cinna se rencontrent: tous deux sont orgueilleux et implacables, voilà la fatalité.

Cinna veut fatalement et librement tuer Auguste, Auguste est entraîné fatalement à le punir, il veut lui pardonner et librement il lui pardonne. Ici la fatalité se change en providence, et le siècle d'Auguste inauguré par cette bonté sublime devient digne de voir naître celui qui dira: Pardonnez à vos ennemis! Auguste, en faisant grâce à Cinna, a expié toutes les vengeances d'Octave.

Tant que l'homme est asservi aux exigences de la fatalité, c'est un profane, c'est-à-dire un homme qu'il faut repousser loin du sanctuaire de la science.

La science, en effet, serait entre ses mains un instrument terrible de destruction.

L'homme libre au contraire, c'est-à-dire celui qui domine par l'intelligence les instincts aveugles de la vie, celui-là est essentiellement conservateur et réparateur, car la nature est le domaine de sa puissance, le temple de son immortalité.

Quand le profane voudrait bien faire, il ferait mal.

L'initié libre ne peut pas vouloir mal faire; s'il frappe, c'est pour châtier et pour guérir.

Le souffle du profane est mortel, celui de l'initié est vivifiant.

Le profane souffre pour faire souffrir les autres, l'initié souffre pour que les autres ne souffrent pas.

Le profane trempe ses flèches dans son propre sang et les empoisonne; l'initié, libre avec une goutte de son sang, guérit les plus cruelles blessures.

QUESTIONS 7 ET 8.

7. Que faut-il faire pour être un vrai magicien?

8. En quoi consistent précisément les forces de la magie noire?

RÉPONSES.

L'homme qui dispose des forces occultes de la nature, sans s'exposer à être écrasé par elles, celui-là est un vrai magicien.

On le reconnaît à ses oeuvres et à sa fin, qui est toujours un grand sacrifice.

Zoroastre a créé les dogmes et les civilisations primitives de l'Orient, et a disparu comme Oedipe dans un orage.

Orphée a donné la poésie à la Grèce, et avec cette poésie la beauté de toutes les grandeurs, et il a péri dans une orgie à laquelle il refusait de se mêler.

Julien, malgré toutes ses vertus, n'a été qu'un initié à la magie noire. Il est mort victime et non martyr; sa mort a été une destruction et une défaite, il ne comprenait pas son époque.

Il connaissait le dogme de la haute magie, mais il en appliquait mal le rituel.

Apollonius de Thyane et Synesius n'ont été autre chose que de merveilleux philosophes, ils ont cultivé la vraie science, mais ils n'ont rien fait pour la postérité.

Les mages de l'Évangile régnaient alors dans les trois parties du monde connu, et les oracles se taisaient en écoutant les vagissements du petit enfant de Bethléem.

Le roi des rois, le mage des mages, était venu dans le monde, et les cultes, les lois, les empires, tout était changé!

Entre Jésus-Christ et Napoléon, le monde merveilleux reste vide.

Napoléon, ce Verbe de la guerre, ce messie armé, est venu fatalement et sans le savoir, compléter la parole chrétienne. La révélation chrétienne ne nous apprenait qu'à mourir, la civilisation napoléonienne doit nous apprendre à vaincre.

De ces deux Verbes contraires en apparence, le dévouement et la victoire, souffrir, mourir, combattre et vaincre, se forme le grand arcane de l'HONNEUR!

Croix du Sauveur, croix du brave, vous n'êtes pas complètes l'une sans l'autre, car celui-là seul sait vaincre qui sait se dévouer et mourir!

Et comment se dévouer et mourir, si l'on ne croit pas à la vie éternelle?

Napoléon qui était mort en apparence, devait revenir dans le monde en la personne d'un homme réalisateur de son esprit.

Salomon et Charlemagne reviendront aussi en un seul monarque, et alors saint Jean l'Évangéliste, qui, selon la tradition, doit revivre à la fin des temps, ressuscitera aussi en la personne d'un souverain pontife, qui sera l'apôtre de l'intelligence et de la charité.

Et ces deux princes réunis, annoncés par tous les prophètes, accompliront le prodige de la régénération du monde.

Alors fleurira la science des vrais magiciens: car, jusqu'à présent, nos faiseurs de prodiges ont été pour la plupart des hommes fatals et des sorciers, c'est-à-dire des instruments aveugles du sort.

Les maîtres que la fatalité jette au monde sont bientôt renversés par elle. Ceux qui triomphent par les passions seront la proie des passions. Lorsque Prométhée fut jaloux de Jupiter et lui déroba sa foudre, il voulut se faire aussi un aigle immortel, mais il ne créa et n'immortalisa qu'un vautour.

La fable dit encore qu'un roi impie nommé Ixion voulut faire violence à la reine du ciel, mais il n'embrassa qu'une nuée mensongère, et fut lié par des serpents de feu à la roue inexorable de la fatalité.

Ces profondes allégories menacent les faux adeptes, les profanateurs de la science, les séides de la magie noire.

La force de la magie noire c'est la contagion du vertige, c'est l'épidémie de la déraison.

La fatalité des passions est comme un serpent de feu qui roule et se tortille autour du monde en dévorant les âmes.

Mais l'intelligence paisible, souriante et pleine d'amour, figurée par la mère de Dieu, lui pose le pied sur la tête.

La fatalité se dévore elle-même; c'est l'antique serpent de Chronos qui ronge éternellement sa queue.

Ou plutôt se sont deux serpents ennemis qui se battent et se déchirent de morsures, jusqu'à ce que l'harmonie les enchante et les fasse s'enlacer paisiblement autour du caducée d'Hermès.

CONCLUSION.

Croire qu'il n'existe pas dans l'être un principe intelligent universel et absolu, c'est la plus téméraire et la plus absurde de toutes les croyances.

Croyance, parce que c'est la négation de l'indéfini et de l'indéfinissable.

Croyance téméraire, parce qu'elle est isolante et désolante; croyance absurde, parce qu'elle suppose le plus complet néant, à la place de la plus entière perfection.

Dans la nature, tout se conserve par l'équilibre et se renouvelle par le mouvement.

L'équilibre, c'est l'ordre; et le mouvement, c'est le progrès.

La science de l'équilibre et du mouvement est la science absolue de la nature.

L'homme, par cette science, peut produire et diriger des phénomènes naturels en s'élevant toujours vers une intelligence plus haute et plus parfaite que la sienne.

L'équilibre moral, c'est le concours de la science et de la foi, distinctes dans leurs forces et réunies dans leur action pour donner à l'esprit et au coeur de l'homme une règle qui est la raison.

Car, la science qui nie la foi est aussi déraisonnable que la foi qui nie la science.

L'objet de la foi ne saurait être ni défini ni surtout nié par la science, mais la science est appelée elle-même à constater la base rationnelle des hypothèses de la foi.

Une croyance isolée ne constitue pas la foi parce qu'elle manque d'autorité, et par conséquent de garantie morale, elle ne peut aboutir qu'au fanatisme ou à la superstition.

La foi est la confiance que donne une religion, c'est-à-dire une communion de croyance.

La vraie religion se constitue par le suffrage universel.

Elle est donc essentiellement et toujours catholique, c'est-à-dire universelle. C'est une dictature idéale acclamée généralement dans le domaine révolutionnaire de l'inconnu.

La loi d'équilibre, lorsqu'elle sera mieux comprise, fera cesser toutes les guerres et toutes les révolutions du vieux monde. Il y a eu conflit entre les pouvoirs comme entre les forces morales. On blâme actuellement les papes de se cramponner au pouvoir temporel, sans songer à la tendance protestante des princes pour l'usurpation du pouvoir spirituel.

Tant que les princes auront la prétention d'être papes, le pape sera forcé, par la loi même de l'équilibre, à la prétention d'être roi.

Le monde entier rêve encore l'unité de pouvoir, et ne comprend pas la puissance du dualisme équilibré.

Devant les rois usurpateurs de la puissance spirituelle, si le pape n'était plus roi, il ne serait plus rien. Le pape dans l'ordre temporel subit comme un autre les préjugés de son siècle. Il ne saurait donc abdiquer son pouvoir temporel quand cette abdication serait un scandale pour la moitié du monde.

Quand l'opinion souveraine de l'univers aura proclamé hautement qu'un prince temporel ne peut pas être pape, quand le czar de toutes les Russies et le souverain de la Grande-Bretagne auront renoncé à leur sacerdoce dérisoire, le pape saura ce qui lui reste à faire.

Jusque-là, il doit lutter et mourir, s'il le faut, pour défendre l'intégrité du patrimoine de saint Pierre.

La science de l'équilibre moral fera cesser les querelles de religion et les blasphèmes philosophiques. Tous les hommes intelligents seront religieux, quand il sera bien reconnu que la religion n'attente pas à la liberté d'examen, et tous les hommes vraiment religieux respecteront une science qui reconnaîtra l'existence et la nécessité d'une religion universelle.

Cette science répandra un jour nouveau sur la philosophie de l'histoire et donnera un plan synthétique de toutes les sciences naturelles. La loi des forces équilibrées et des compensations organiques révélera une physique et une chimie nouvelles; alors de découvertes en découvertes, on en reviendra à la philosophie hermétique, et l'on admirera ces prodiges de simplicité et de clarté oubliés depuis si longtemps.

La philosophie alors sera exacte comme les mathématiques, car les idées vraies, c'est-à-dire, identiques à l'être, constituant la science de la réalité fournissent avec la raison et à la justice des proportions exactes et des équations rigoureuses comme les nombres. L'erreur donc ne sera plus possible qu'à l'ignorance; le vrai savoir ne se trompera plus.

L'esthétique cessera d'être subordonnée aux caprices du goût qui change comme la mode. Si le beau est la splendeur du vrai, on devra soumettre à d'infaillibles calculs le rayonnement d'une lumière dont le foyer sera incontestablement connu et déterminé avec une rigoureuse précision.

La poésie n'aura plus de tendances folles et subversives. Les poètes ne seront plus ces enchanteurs dangereux que Platon bannissait de sa république en les couronnant de fleurs; ils seront les musiciens de la raison et les gracieux mathématiciens de l'harmonie.

Est-ce à dire que la terre deviendra un Eldorado? Non, car, tant qu'il y aura une humanité, il y aura des enfants, c'est-à-dire des faibles, des petits, des ignorants et des pauvres.

Mais la société sera gouvernée par ses véritables maîtres, et il n'y aura plus de mal sans remède dans la vie humaine.

On reconnaîtra que les miracles divins sont ceux de l'ordre éternel, et l'on n'adorera plus les fantômes de l'imagination sur la foi des prodiges inexpliqués. L'étrangeté des phénomènes ne prouve que notre ignorance devant les lois de la nature. Quand Dieu veut se faire connaître à nous, il éclaire notre raison et ne cherche pas à la confondre ou à l'étonner.

On saura jusqu'où s'étend le pouvoir de l'homme créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. On comprendra que lui aussi, il est créateur dans sa sphère, et que sa bonté dirigée par l'éternelle raison est la providence subalterne des êtres placés par la nature, sous son influence et sous sa domination; la religion alors n'aura plus rien à craindre du progrès, et en prendra la direction.

Un docteur justement vénéré dans les enseignements du catholicisme, le bienheureux Vincent de Lérins, exprime admirablement cet accord du progrès et de l'autorité conservatrice.

Selon lui, la vraie foi n'est digne de notre confiance que par cette autorité invariable qui en rend les dogmes inaccessibles aux caprices de l'ignorance humaine. «Et cependant, ajoute Vincent de Lérins, cette immobilité n'est pas la mort; nous conservons, au contraire, pour l'avenir, un germe de vie. Ce que nous croyons aujourd'hui sans le comprendre, l'avenir le comprendra et se réjouira d'en avoir connaissance. Posteritas intellectum gratuletur, quod ante vetustas non intellectum venerabatur. Si donc on nous demande: Est-ce que tout progrès est exclu de la religion de Jésus-Christ? Non sans doute, et nous en espérons un très grand.

«Quel homme, en effet, serait assez jaloux des hommes, assez ennemi de Dieu, pour vouloir empêcher le progrès? Mais il faut que ce soit réellement un progrès, et non pas un changement de croyance. Le progrès, c'est l'accroissement et le développement de chaque chose dans son ordre et dans sa nature. Le désordre, c'est la confusion, et le mélange des choses et de leur nature. Sans aucun doute, il doit y avoir, tant pour tous les hommes en général que pour chacun en particulier, selon la marche naturelle des âges de l'Église, différents degrés d'intelligence, de science et de sagesse, mais en telle sorte que tout soit conservé, et que le dogme garde toujours le même esprit et la même définition. La religion doit développer successivement les âmes, comme la vie développe les corps qui grandissent et sont pourtant toujours les mêmes.

«Quelle différence entre la fleur enfantine du premier âge et la maturité de la vieillesse! Les vieillards sont pourtant les mêmes, quant à la personne, qu'ils étaient dans l'adolescence; il n'y a que l'extérieur et les apparences de changés. Les membres de l'enfant au berceau sont bien frêles, et pourtant ils ont les mêmes principes rudimentaires et les mêmes organes que les hommes; ils grandissent sans que leur nombre augmente, et le vieillard n'a rien de plus en cela que n'avait l'enfant. Et cela doit être ainsi, sous peine de difformité ou de mort.

«Il en est ainsi de la religion de Jésus-Christ, et le progrès pour elle s'accomplit dans les mêmes conditions et suivant les mêmes lois. Les années la rendent plus forte et la grandissent, mais n'ajoutent rien à tout ce qui compose son être. Elle est née complète et parfaite dans ses proportions, qui peuvent croître et s'étendre sans changer. Nos pères ont semé du froment, nos neveux ne doivent pas moissonner de l'ivraie. Les récoltes intermédiaires ne changent rien à la nature du grain; nous devons le prendre et le laisser toujours le même.

«Le catholicisme a planté des roses, devons-nous y substituer des ronces? Non sans doute, ou malheur à nous! Le baume et le cinname de ce paradis spirituel ne doivent pas se changer sous nos mains en aconit et en poison. Tout ce qui, dans l'Église, cette belle campagne de Dieu, a été semé par les pères, doit y être cultivé et entretenu par les fils: c'est cela qui toujours doit croître et fleurir; mais cela peut grandir et doit se développer. Dieu permet en effet que les dogmes de cette philosophie céleste soient, par le progrès du temps, étudiés, travaillés, polis en quelque sorte; mais ce qui est défendu, c'est de les changer; ce qui est un crime, c'est de les tronquer et de les mutiler. Qu'ils reçoivent une nouvelle lumière et des distinctions plus savantes, mais qu'ils gardent toujours leur plénitude, leur intégrité, leur propriété.»

Considérons donc comme acquises au profit de l'Église universelle toutes les conquêtes de la science dans le passé, et promettons-lui, avec Vincent de Lérins, l'héritage complet des progrès à venir! A elle toutes les grandes aspirations de Zoroastre et toutes les découvertes d'Hermès! À elle la clef de l'arche sainte, à elle l'anneau de Salomon, car elle représente la sainte et immuable hiérarchie. Ses luttes l'ont rendue plus forte, ses chutes apparentes la rendront plus stable; elle souffre pour régner, elle tombe pour grandir en se relevant, elle meurt pour ressusciter!

«Il faut vous tenir prêts, dit le comte Joseph de Maistre, pour un événement immense dans l'ordre divin, vers lequel nous marchons avec une vitesse accélérée qui doit frapper tous les observateurs; des oracles redoutables annoncent d'ailleurs que les temps sont arrivés. Plusieurs prophéties contenues dans l'Apocalypse se rapportaient à nos temps modernes. Un écrivain est allé jusqu'à dire que l'événement avait déjà commencé, et que la nation française devait être le grand instrument de la plus grande des révolutions. Il n'y a peut-être pas un homme véritablement religieux en Europe (je parle de la classe instruite) qui n'attende dans ce moment quelque chose d'extraordinaire. Or, n'est-ce rien que ce cri général qui annonce de grandes choses? Remontez aux siècles passés, transportez-vous à la naissance du Sauveur; à cette époque, une voix haute et mystérieuse, partie des régions orientales, ne s'écriait-elle pas: «L'Orient est sur le point de triompher... Le vainqueur partira de la Judée... Un enfant divin nous est donné; il va paraître; il descend du plus haut des cieux; il ramènera l'âge d'or sur la terre.» Ces idées étaient universellement répandues, et comme elles prêtaient infiniment à la poésie, le plus grand poète latin s'en empara, et les revêtit des couleurs les plus brillantes dans son Pollion. Aujourd'hui, comme au temps de Virgile, l'univers est dans l'attente. Comment mépriserions-nous cette grande persuasion, et de quel droit condamnerions-nous les hommes qui, avertis par ces signes divins, se livrent à de saintes recherches?

«Voulez-vous une preuve de ce qui se prépare? cherchez-la dans les sciences; considérez bien la marche de la chimie, de l'astronomie même, et vous verrez où elles nous conduisent. Croiriez-vous, par exemple, que Newton nous ramène à Pythagore, et qu'incessamment il sera démontré que «les corps célestes sont mus précisément, comme le corps humain, par des intelligences qui leur sont unies» sans qu'on sache comment: c'est cependant ce qui est sur le point de se vérifier, sans qu'il y ait bientôt aucun moyen de disputer. Cette doctrine pourra sembler paradoxale sans doute, et même ridicule, parce que l'opinion environnante en impose; mais attendez que l'affinité naturelle de la religion et la science les réunissent dans la tête d'un seul homme de génie. L'apparition de cet homme ne saurait être éloignée. Alors des opinions qui nous paraissent aujourd'hui ou bizarres ou insensées seront des axiomes dont il ne sera pas permis de douter, et l'on parlera de notre stupidité actuelle comme nous parlons de la superstition du moyen âge 24

Note 24: (retour) Joseph de Maistre, Soirées de Saint-Pétersbourg, 1821, p. 308.

Au tome dixième de ses oeuvres, page 697, saint Thomas dit cette belle parole: «Tout ce que Dieu veut est juste, mais le juste ne doit pas être nommé ainsi uniquement parce que Dieu le veut: non ex hoc dicitur justum quod Deus illud vult.» La doctrine morale de l'avenir est renfermée là tout entière; et de ce principe fécond on peut immédiatement déduire celui-ci: Non-seulement il est bien, au point de vue de la foi, de faire ce que Dieu commande, mais encore, au point de vue de la raison, il est bon et raisonnable de lui obéir. L'homme donc pourra dire: Je fais le bien non-seulement parce que Dieu le veut, mais aussi parce que je le veux. La volonté humaine sera ainsi soumise et libre en même temps; car la raison, démontrant d'une façon irrécusable la sagesse des prescriptions de la foi, agira de son propre mouvement en se réglant d'après la loi divine, dont elle deviendra en quelque sorte la sanction humaine. Alors il n'y aura plus ni superstition, ni impiété possible, on le comprend facilement d'après ce que nous venons de dire: donc, en religion et en philosophie pratique, c'est-à-dire en morale, l'autorité absolue existera et les dogmes moraux pourront seulement alors se révéler et s'établir.