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Histoire du Bas-Empire. Tome 02 cover

Histoire du Bas-Empire. Tome 02

Chapter 18: LIVRE X.
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About This Book

A chronological and thematic history of the late Roman Empire that combines concise biographies of emperors and ministers with detailed accounts of revolts, sieges, and major battles. The narrative examines theological controversies and religious legislation alongside civil and military laws, and it describes the administration of provinces and the conduct of campaigns. Drawn from contemporary authors and official codes, the text assesses rulers' character and policies while showing how legal, military, and ecclesiastical decisions affected urban life and provincial stability.

LIVRE X.

I. Consuls. [II. État de l'Arménie. III. Arsace rétablit l'organisation intérieure de son royaume. IV. Origine de la famille des Mamigoniens. V. Son histoire. VI. Nersès déclaré patriarche de l'Arménie. VII. Il est sacré à Césarée. VIII. Alliance d'Arsace et de Sapor. IX. Nersès envoyé à C. P. est exilé par Constance. X. Guerre d'Arsace contre les Romains. XI. Tyrannie d'Arsace. XII. Intrigues à la cour d'Arsace. XIII. Mort de Gnel. XIV. Arsace épouse sa veuve Pharandsem. XV. Arsace marche au secours du roi de Perse. XVI. Brouillerie entre les deux rois. XVII. Arsace fait assassiner Vartan, envoyé de Sapor. XVIII. Les princes arméniens se révoltent contre Arsace. XIX. Apostasie de Méroujan, prince des Ardzrouniens. XX. Arsace rétabli sur son trône. XXI. Alliance d'Arsace avec Constance. XXII. Massacre de la famille de Camsar. XXIII. Arsace épouse Olympias.] XXIV. Ambassade de Sapor à Constance. XXV. Réponse de Constance à Sapor. XXVI. Expédition contre les Sarmates et les Quades. XXVII. On leur accorde la paix. XXVIII. D'autres Barbares viennent la demander. XXIX. Constance marche contre les Limigantes. XXX. Ils sont taillés en pièces. XXXI. Le reste des Limigantes transportés hors de leur pays. XXXII. Affaires de l'église. XXXIII. Libérius renvoyé à Rome. XXXIV. Nicomédie renversée. XXXV. Projets de conciles. XXXVI. Troisième campagne de Julien. XXXVII. Les Saliens se soumettent. XXXVIII. Hardiesse de Charietton. XXXIX. Les Chamaves réduits. XL. Famine dans l'armée de Julien. XLI. Suomaire dompté. XLII. Hortaire réduit à demander la paix. XLIII. Retour des captifs. XLIV. Malice des courtisans. XLV. Mort de Barbation. XLVI. Séditions à Rome. XLVII. Anatolius préfet d'Illyrie. XLVIII. Limigantes détruits. XLIX. Premier préfet de Constantinople. L. Prétendue conjuration. LI. Courses des Isauriens. LII. Sapor se prépare à la guerre. LIII. Ursicin rappelé. LIV. Renvoyé en Mésopotamie. LV. Arrivée des Perses. LVI. Précautions des Romains. LVII. Les Perses en Mésopotamie. LVIII. Les Romains surpris se réfugient dans Amid. LIX. Etat de la ville d'Amid. LX. Clémence de Sapor. LXI. Sapor arrive devant Amid. LXII. Première attaque. LXIII. Lâcheté de Sabinianus. LXIV. Nouvelle attaque. LXV. Bravoure des soldats Gaulois. LXVI. Vigoureuse résistance. LXVII. Prise d'Amid. LXVIII. Suites de cette prise. LXIX. Affaires de l'église. LXX. Gouvernement équitable de Julien. LXXI. Quatrième campagne de Julien. LXXII. Julien passe le Rhin. LXXIII. Allemans subjugués.

An 358.

I. Consuls.

Idat. chron.

Not. ad Baron. an 358.

Cod. Th. l. 11, tit. 1, leg. 1.

Till. art. 47 et 48.

Tibérius Fabius Datianus, et Marcus Nératius Céréalis, consuls créés pour l'année 358, étaient recommandables par leur mérite. Céréalis l'était encore par sa naissance. Il était oncle maternel de Gallus, et de la première femme de Constance: il avait été préfet de la ville de Rome. Datianus né dans l'obscurité avait la noblesse que donne la vertu. Il parvint à la dignité de comte, et s'éleva jusqu'à celle de patrice. Son désintéressement et son zèle pour le bien public méritent une place dans l'histoire à plus juste titre encore que les exploits guerriers, parce qu'il est souvent plus utile et toujours plus rare de sacrifier à l'état ses intérêts, que de lui sacrifier sa vie. Constance, pour diminuer le poids des contributions, restreignait, autant qu'il pouvait, le nombre des privilégiés. Datianus avait acquis de grands biens dans le territoire d'Antioche; il jouissait de l'exemption. Il sollicita la révocation de ce privilége avec autant d'empressement que d'autres en auraient montré pour l'obtenir. C'est le glorieux témoignage que Constance lui rend dans une loi mal à propos attribuée à Constantin[132], par laquelle il déclare qu'à l'avenir on ne tiendra pour exempts que les biens du prince, ceux des églises catholiques, ceux de la famille d'Eusèbe[133] (c'était apparemment le père de l'impératrice) et les domaines qu'Arsace roi d'Arménie possédait dans l'empire.

[132] Cette loi adressée à Proclianus est datée du quatrième consulat de Constantin et de Licinius, c'est-à-dire, de l'an 315. Cette date est reconnue pour fausse depuis long-temps. Elle n'est pas en rapport avec le contenu de la loi. Voyez Tillemont, Histoire des Empereurs, t. 4. Constantin, art. 39.—S.-M.

[133] Cet Eusèbe était mort, lorsque la loi fut promulguée, Clarissimæ memoriæ Eusebii; il avait été consul et maître de la cavalerie et de l'infanterie, ex consule et ex magistro equitum et peditum. C'est lui sans doute qui était consul en l'an 347.—S.-M.

II. [Etat de l'Arménie.]

[Faust. Byz. Hist. Arm. l. 3, c. 21 et l. 4, c. 1.

Mos. Chor. Hist. Arm. l. 3, c. 17 et 18.]

—[Comme dans la suite de cette histoire, la succession des événements ramènera souvent sur la scène politique le roi Arsace, dont il n'a plus été question depuis son avénement au trône d'Arménie, en l'an 338, il faut revenir sur le passé et connaître les révolutions survenues, après cette époque, dans ce royaume. Quoique les forces de Constance eussent été suffisantes pour contraindre le roi de Perse à abandonner l'Arménie, qu'il avait envahie, et quoique ce prince eût consenti à laisser remonter Arsace sur le trône de ses aïeux; Sapor avait été cependant assez adroit politique pour se procurer tout l'avantage d'un traité qui semblait le dépouiller de ses conquêtes. Convaincu qu'il n'aurait pu rester le maître de l'Arménie, ayant pour adversaires tous les princes et dynastes du pays, soutenus par les Romains, il prit ses mesures pour en conserver la possession, sous le nom d'un prince qui lui serait tout dévoué. En s'obstinant à garder l'Arménie malgré elle, il aurait été obligé d'y laisser la meilleure partie des troupes dont il avait besoin pour résister aux Barbares du nord et de l'orient, qui attiraient toute son attention sur d'autres points de son empire[134]. S'il y plaçait au contraire un prince arsacide, son alliance ou sa neutralité lui étaient également utiles, puisqu'elles lui procuraient ou un accroissement de force, ou au moins une barrière pour couvrir une grande partie de ses états contre les attaques des Romains. Il pouvait alors, en cas de guerre, borner aux rives du Tigre et de l'Euphrate le théâtre des hostilités. Sapor avait donc su tirer le meilleur parti possible des circonstances, en se décidant à rendre la liberté au roi Diran et en le renvoyant avec honneur dans son royaume, qu'il était devenu incapable de gouverner. L'élévation d'Arsace, fils de Diran, dont il sut flatter l'ambition, et qu'il fit déclarer roi au défaut de son père, rendit inutiles les succès des Romains, et remit pour ainsi dire l'Arménie au pouvoir des Persans. En restituant ce pays à Arsace, Sapor acheva de le séduire par les présents et les marques d'amitié dont il le combla. Il le fit accompagner d'une suite aussi belle que nombreuse, et il porta les attentions jusqu'à le reconduire lui-même dans ses états. Toutefois il ne négligea pas pour sa sûreté de prendre des ôtages, soit du nouveau roi, soit des seigneurs arméniens, dont il n'était pas moins nécessaire de s'assurer, parce que leur puissance était aussi considérable que celle du souverain[135]. On concevra sans peine qu'un prince parvenu au trône par une telle influence ne devait pas être un allié fort utile pour l'empire. Il resta, il est vrai, en bonne intelligence avec les Romains; mais c'est que le roi de Perse, occupé de guerres éloignées, n'avait pas alors besoin de ses services, car il est certain qu'Arsace était bien plus son allié que celui de Constance.

[134] La guerre dans laquelle les Persans étaient alors engagés contre ces peuples, avait été la principale des raisons que Sapor avait eues pour conclure la paix avec Constance. Voyez ci-devant, liv. VII, § 18. Moïse de Khoren (lib. 3, c. 19) parle aussi des longues guerres que le roi de Perse fut obligé de soutenir contre les nations du nord.—S.-M.

[135] Un auteur Arménien, qui vivait au milieu du dixième siècle de notre ère, atteste qu'au temps du roi Arsace il existait en Arménie cent soixante-dix familles souveraines, dont il donne les noms. Cet auteur, appelé Mesrob, a écrit une histoire du patriarche Nersès 1er. C'est dans cet ouvrage, imprimé à Madras, dans l'Inde, en 1775, qu'il rapporte les noms de ces familles (ch. 1, p. 64 et 65). On voit dans plusieurs endroits de l'histoire d'Arménie écrite, au cinquième siècle, par Moïse de Khoren, que les différents satrapes et dynastes arméniens, prenaient une part active au gouvernement. Une lettre d'Arsace qui s'y trouve (l. 3, c. 29) porte une suscription qui en est la preuve. On y lit: Arsace, roi des peuples de la grande Arménie, et tous les dynastes Arméniens, etc.—S.-M.

III. [Arsace rétablit l'administration intérieure du royaume.]

[Faust. Byz. Hist. Arm. l. 4, c. 1 et 2.]

—[Le premier soin d'Arsace fut de réparer les maux que l'Arménie avait soufferts, par l'occupation persane, pendant la captivité de son père. Les princes et les chefs de race qui avaient été forcés de s'expatrier rentrèrent dans la possession de leurs terres et de leurs dignités. L'administration intérieure du royaume, tant civile que militaire, fut rétablie conformément aux anciens usages. Les quatre frontières de l'Arménie furent confiées aux seigneurs qui en avaient toujours eu la garde sous le titre de Pétéaschkh[136], ou commandant militaire. Des troupes, en nombre suffisant, furent assignées à chacun d'eux. La direction des affaires civiles et financières fut rendue à la race des Kénouniens[137] qui en était chargée antérieurement. Tout fut enfin remis dans l'ancien état. Les princes de la puissante famille des Mamigoniens, avaient abandonné leur souveraineté, pour éviter le joug des Perses. Ils s'étaient réfugiés dans les possessions qu'ils avaient au milieu des montagnes presqu'inaccessibles, qui séparent l'Arménie de la Colchide et du Pont. Arsace les rappela à sa cour, et ils retrouvèrent auprès de lui la considération et l'influence dont ils avaient joui sous les règnes précédents. C'est sur eux qu'il se déchargea du soin de remettre son armée sur un pied respectable, et Vasag le plus illustre de ces princes, qui avait élevé son enfance, fut créé sparabied[138] ou connétable. Mais il convient d'entrer dans quelques détails plus particuliers sur l'origine de cette famille, dont il sera si souvent question dans la suite de cette histoire.

[136] Cette dignité répondait à celle de Marzban chez les Perses. Voyez la note ajoutée ci-devant liv. VI, § 14, t. 1, p. 408, note 2.—S.-M.

[137] Cette famille descendait, selon Moïse de Khoren (l. 1, c. 22, et l. 2, c. 7), des enfants de Sennacherib, roi d'Assyrie, qui selon le livre des Rois (II, c. 19, 37), se réfugièrent en Arménie après le meurtre de leur père. Le chef de cette famille fut créé grand échanson, vers l'an 150 avant J.-C., par le roi Vagharschag ou Valarsace, fondateur de la dynastie arsacide en Arménie. C'est de cette fonction que vient le nom de Kenouni, dont le sens est en arménien qui a le vin.—S.-M.

[138] Ou selon l'origine de ce mot, général de la cavalerie, magister equitum. Voyez, sur l'étymologie de ce mot, mes Mémoires hist. et géograph. sur l'Arménie, t. 1, p. 298, 299 et 300.—S.-M.

IV. [Origine de la famille des Mamigoniens.]

[Mos. Chor. Hist. Arm. l. 2, c. 78.]

—[A l'époque dont il s'agit la race des Mamigoniens, possédait la souveraineté de la province de Daron. Ce canton était compris dans le Douroupéran[139], l'une des quinze grandes divisions qui partageaient l'Arménie. C'était une vaste et fertile plaine située au centre du royaume, non loin des sources du Tigre, au revers septentrional des montagnes qui donnent naissance à ce fleuve. Des rivières et de nombreux ruisseaux la parcourent dans tous les sens; leurs eaux servent à grossir le principal bras de l'Euphrate, celui que les anciens connurent plus particulièrement sous le nom d'Arsanias, qui se reproduit en arménien sous la forme Aradzani[140]. Ce pays contenait plusieurs villes considérables, parmi lesquelles on distinguait celle de Mousch, qui existe encore. On y trouvait aussi le célèbre monastère consacré à la mémoire de saint Jean-Baptiste; il avait été élevé par saint Grégoire l'illuminateur, sur les ruines des temples dédiés aux anciens dieux de l'Arménie, dans l'antique cité d'Aschdischad, c'est-à-dire la ville des sacrifices. C'est là que saint Grégoire avait prêché l'évangile aux Arméniens encore idolâtres, et qu'il avait placé une nombreuse colonie de moines grecs et syriens, destinés à terminer son ouvrage. Ce lieu sous le nom de Sourp-Garabied, ou le saint précurseur, est encore révéré de tous les Arméniens qui y vont en pélerinage[141]. Les Mamigoniens joignaient à la souveraineté de ce canton, la possession de quelques vallées et de plusieurs forts dans la province de Daik[142], située au milieu des monts Paryadres, nommés Barkhar par les Arméniens. Ces domaines éloignés restèrent long-temps au pouvoir de cette famille, qui les avait encore plusieurs siècles après.

[139] Pour avoir plus de détails sur ces deux pays, il faut voir les Mémoires histor. et géograph. sur l'Arménie, t. 1, p. 98-102.—S.-M.

[140] Voyez, sur ce nom, ce que j'ai dit dans le Journal des Savants, année 1820, p. 109.—S.-M.

[141] Voyez les Mémoires historiques et géographiques sur l'Arménie, t. 1, p. 101.—S.-M.

[142] Cette province située dans la partie nord-ouest de l'Arménie, dans les montagnes qui séparent le territoire de Trébizonde, de celui d'Arzroum, répond au pays des peuples appelés Taochi, par les anciens. Les Géorgiens la nomment encore Tahoskari, c'est-à-dire la porte de Taho ou des Dahæ. Voyez les Mémoires hist. et géogr. sur l'Arménie, t. 1, p. 74-78.—S.-M.

—[La race des Mamigoniens tirait son origine du Djénasdan, pays situé à l'extrémité orientale de l'Asie, qui est la Chine[143]. Ils étaient parents des souverains qui y régnaient au commencement du troisième siècle. Tout porte à croire que Mamgon, leur chef, appartenait à la dynastie impériale des Han, qui avait occupé pendant plus de quatre cents ans, le trône de la Chine, et qu'il était l'un des princes de cette race qui s'enfuirent dans l'Occident pour s'y soustraire à l'usurpateur, qui s'était emparé du pouvoir et avait fait passer la couronne dans une autre famille[144]. Mamgon et tous ses partisans avaient trouvé un asyle en Perse, auprès d'Ardeschir fils de Babek, fondateur de la dynastie des Sassanides. Mamgon fut traité à sa cour avec les égards que réclamait son infortune, et Ardeschir avait juré par la lumière du soleil de le protéger contre tous ses ennemis. L'empereur de la Chine demanda bientôt après, l'extradition du fugitif et de ses adhérents; mais le prince sassanide, lié par son serment, n'osa violer l'hospitalité qu'il leur avait accordée. Une guerre semblait imminente entre les deux empires, quand Ardeschir mourut[145]. Son fils Sapor 1er, alors aux prises avec les Romains, et mal affermi sur un trône dont l'existence toute récente était menacée de tous les côtés, craignit d'embrasser hautement la défense des réfugiés chinois. Les nombreux descendants des Arsacides, qui existaient encore en Perse et qui brûlaient de ressaisir le sceptre qu'ils avaient perdu, et les princes du même sang qui régnaient dans la Bactriane et dans l'Indo-scythie lui donnaient de trop vives inquiétudes. S'ils eussent été soutenus par les Chinois, dont la puissance s'étendait alors dans le centre de l'Asie, assez près des frontières orientales de la Perse[146], la partie n'aurait pas été égale, surtout dans un moment où, pour conserver la possession de l'Arménie, Sapor était obligé de résister aux Romains, qui voulaient rétablir dans ce royaume l'Arsacide Tiridate, qui en avait été dépouillé par Ardeschir. Pour satisfaire le monarque chinois, sans outrager la mémoire de son père, en retirant à Mamgon la protection que ce prince lui avait assurée, il engagea le fugitif à s'éloigner de la Perse et à diriger ses pas vers l'Arménie. «Je l'ai chassé de mes états, répondit-il aux ambassadeurs chinois, je l'ai relégué à l'extrémité de la terre, aux lieux où le soleil se couche; c'est l'avoir envoyé à une mort certaine.»

[143] Dans une Dissertation sur l'origine de la famille des Orpélians et de plusieurs autres colonies chinoises établies en Arménie et en Georgie, insérée dans le tome second de mes Mémoires historiques et géographiques sur l'Arménie, j'ai rassemblé toutes les raisons qui me semblent démontrer l'identité de ces deux pays.—S.-M.

[144] La dynastie qui chassa les Han, portait le nom de 'Weï.—S.-M.

[145] Ce prince mourut vers l'an 240 de J.-C.—S.-M.

[146] Dans le siècle précédent le général chinois Pan-tchao, gouverneur général de l'Asie centrale, pour l'empereur des Han, avait porté ses armes jusqu'au bord de la mer Caspienne, et on avait agité dans son camp la question de savoir si on passerait cette mer, pour pénétrer dans le Ta-thsin ou l'empire romain.—S.-M.

V. [Son histoire.]

[Faust. Byz. Hist. Arm. l. 4, c. 2.

Mos. Chor. Hist. Arm. l. 2, c. 78 et 81.]

[Mesrob. Hist. de Nersès, en Arm. c. 1.]

—[Mamgon et les siens menèrent pendant plusieurs années une vie errante au milieu de l'Arménie, mais quand Tiridate y revint soutenu par les Romains, et qu'il fit tous ses efforts pour recouvrer la couronne de ses aïeux[147], Mamgon s'empressa d'aller à sa rencontre et de lui offrir ses services. Ils furent acceptés[148] et bientôt récompensés. La puissante famille des Selkouniens[149] dévouée à la cause du roi de Perse, possédait le canton de Daron. Seloug, leur chef, avait profité d'une absence faite par Tiridate, rétabli sur son trône, pour se révolter et joindre ses forces aux troupes de Sapor, qui était rentré en Arménie. Dans le même temps les peuples du nord, excités par les Persans, pénétraient par un autre côté dans ce royaume. Oda prince des Amadouniens[150] que Tiridate avait chargé en partant de défendre ses états, fut tué par Seloug, son gendre, qui aurait peut-être envahi tout le royaume, sans le prompt retour de Tiridate. Celui-ci après avoir repoussé Sapor, dirigea ses efforts contre les Barbares du nord. Cependant les Selkouniens refusaient avec opiniâtreté de rentrer sous les lois de leur souverain légitime, et Seloug réfugié dans la forteresse de Slagan, paraissait décidé à s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité. Tiridate chargea Mamgon de le réduire; il y réussit. Les Selkouniens furent exterminés[151]; il n'en échappa que deux qui se réfugièrent dans la Sophène[152]. Leurs biens concédés au vainqueur devinrent l'héritage de la postérité de Mamgon. Ce guerrier montra encore en d'autres occasions son attachement pour le roi d'Arménie, qui lui témoigna sa reconnaissance par la haute faveur et le rang distingué qu'il lui accorda. Ses descendants ne furent pas moins illustres que lui, par les services signalés qu'ils rendirent au pays qui était devenu pour eux une autre patrie. Vatché, fils de Mamgon, revêtu de la dignité de connétable du royaume, périt en combattant les Perses. Ses enfants préférèrent perdre leurs domaines et vivre dans des régions sauvages reléguées à l'extrémité de l'Arménie, plutôt que de subir le joug des Perses, quand la trahison livra le roi Diran entre les mains de Sapor. Leur courage, leur fidélité et leurs brillantes qualités avaient fixé sur eux les yeux de toute la nation dont ils étaient l'espérance, et Arsace en les rappelant dut céder au vœu d'un peuple entier. Ils étaient alors quatre frères; Vartan, Vasag, Vahan et Varoujan: ils descendaient à la quatrième génération de Mamgon; leur père Ardavazt était fils de Vatché, fils de Mamgon. Vartan l'aîné reçut l'investiture de la province de Daron, son héritage paternel, et Vasag fut créé connétable. Pour les deux autres, des commandements et des charges militaires leur furent donnés. Vasag se montra constamment digne du haut rang qui lui avait été conféré. Pendant trente ans il ne cessa de donner des témoignages éclatants de son dévouement, quelquefois un peu jaloux, pour son prince et son pays, tant dans les conseils que sur les champs de bataille, jusqu'au jour fatal où sa fidélité fut scellée de son sang.

[147] C'est en l'an 259 que Tiridate rentra en Arménie. Voyez ci-devant livre I, § 75, t. 1, p. 76.—S.-M.

[148] Moïse de Khoren remarque cependant (lib. 2, c. 78) que Tiridate, en acceptant les offres de Mamgon, eut la délicatesse de ne pas le mener avec lui combattre les Persans, sans doute à cause des liens d'hospitalité qui avaient existé entre le prince chinois et le roi de Perse.—S.-M.

[149] Cette famille faisait remonter son origine jusqu'à Haik, le fondateur du royaume d'Arménie. Depuis le temps de Valarsace, premier roi arsacide, elle possédait par droit d'hérédité le pays de Daron.—S.-M.

[150] Sur l'origine des Amadouniens, voyez ci-devant, l. VI, § 14, t. 1, p. 410, note 1.—S.-M.

[151] Tiridate, selon Moïse de Khoren (l. 2, c. 81), ordonna d'épargner ceux des Selkouniens qui échappèrent à la ruine de leur famille. Il fait mention (l. 3, c. 20) de Gind, un de leurs descendants, qui vivait sous le règne d'Arsace.—S.-M.

[152] La Sophène était au sud de l'Arménie et limitrophe de la Mésopotamie.—S.-M.

VI. [Nersès est déclaré patriarche d'Arménie.]

[Faust. Byz. Hist. Arm. l. 4, c. 3.

Mos. Chor. Hist. Arm. l. 3, c. 20.

Mesrob, Hist. de Ners. c. 1.]

—[Arsace ne se borna pas à rétablir l'ordre dans l'administration civile et militaire du royaume; la religion fut aussi l'objet de ses soins. Depuis la mort de Housig ou Hésychius, dernier rejeton de saint Grégoire, qui avait occupé le trône patriarchal de l'Arménie, une horrible corruption s'était répandue dans ce pays; des pontifes indignes du sacré caractère dont ils étaient revêtus y donnaient eux-mêmes l'exemple du scandale. Le désordre était universel. Le patriarche Pharhnerseh vertueux, mais faible, n'avait pu remédier à de tels maux. Son successeur Sahag[153], non moins respectable que lui, ne fut pas plus énergique. La foi chrétienne semblait prête à s'éteindre. Les partisans de l'ancien culte encore assez nombreux et les sectateurs de la religion persanne, cherchaient à profiter d'un tel état de choses, pour bannir le christianisme qui était établi depuis trop peu de temps en Arménie, et qui n'avait pu y jeter de profondes racines. Il aurait fallu qu'un nouvel apôtre vînt raffermir l'édifice élevé par saint Grégoire. Au moment où on l'espérait le moins, cet homme divin parut pour le salut de l'Arménie. On s'occupait dans une grande assemblée, de choisir un successeur aux pontifes qui depuis la mort d'Hésychius avaient rempli le trône de saint Grégoire, quand le bruit se répandit qu'il existait un descendant du saint patriarche, digne de son aïeul par ses vertus. C'était Nersès fils d'Athanaginé, fils d'Hésychius. Sa mère Pampisch était sœur du roi Diran, et par conséquent tante d'Arsace. Élevé dans sa jeunesse à Césarée de Cappadoce, il avait été ensuite à Constantinople, où il s'était instruit dans la religion et les lettres des Grecs; il y avait épousé la fille d'un personnage distingué nommé Appion, dont il eut un fils unique, Sahag, qui fut dans la suite patriarche de l'Arménie. Veuf après trois ans de mariage, Nersès, de retour dans sa patrie, y avait embrassé la profession des armes. Revêtu de plusieurs dignités militaires, il y joignait celle de chambellan, dont il exerçait les fonctions auprès de la personne du roi. Il était encore fort jeune, mais ses vertus éclatantes et sa valeur lui avaient concilié l'estime universelle. Sa beauté, sa haute taille et son air majestueux, inspiraient le respect à tous ceux qui l'approchaient. On n'eut besoin que de prononcer son nom pour diriger vers lui tous les suffrages, et avec un concert unanime de louanges, on lui décerna le sceptre patriarchal. Lui seul sera notre pasteur, s'écriait-on de tous les côtés. Nul autre ne s'assoira sur le trône épiscopal. Dieu le veut. Étranger à ce grand mouvement, à tant d'honneurs, il voulut s'y soustraire. Il essaie d'échapper aux vœux impatients de tout un peuple. Le roi s'indigne, l'arrête et lui arrachant l'épée royale qu'il portait comme une marque distinctive de sa dignité, il ordonne de le revêtir sur-le-champ des habits pontificaux. Un vieil évêque, appelé Faustus, lui confère aussitôt tous les grades ecclésiastiques, et il est proclamé patriarche au grand contentement de tous les Arméniens. Son inauguration eut lieu en l'an 340.

[153] Moïse de Khoren s'est trompé (l. 3, c. 39) en faisant ce Sahag successeur de Nersès 1er, tandis qu'il fut au contraire son prédécesseur comme l'atteste Faustus de Byzance (l. 3, c. 17). Le successeur de Nersès, qui n'est connu que par le même historien (l. 5, c. 29), fut un certain Housig on Hésychius. Il fut remplacé par un autre Sahag ou Schahag. Comme Faustus était contemporain de ces trois patriarches, son témoignage doit être irrécusable. Ce qui a pu donner lieu à l'erreur de Moïse de Khoren, c'est que tous trois ils étaient de la même famille, de la race d'Albianus, évêque de Manavazakerd, compagnon de saint Grégoire dans ses travaux apostoliques.—S.-M.

VII. [Il est sacré à Césarée.]

[Faust. Byz. Hist. Arm. l. 4, c. 4.

Mesrob, Hist. de Ners. c. 1.]

—[Depuis le temps de saint Grégoire, il était d'usage que les patriarches de la Grande-Arménie fussent sacrés à Césarée en Cappadoce. C'est dans cette ville que l'apôtre de l'Arménie avait été élevé, et qu'il avait été instruit dans la religion chrétienne: c'est là qu'il avait reçu de saint Léonce la mission d'appeler à l'évangile les peuples encore idolâtres, et qu'il avait été ordonné évêque. Césarée était, pour ainsi dire, la mère spirituelle de l'Arménie. Pour se conformer à l'usage de ses prédécesseurs, Nersès résolut d'aller y chercher la confirmation du titre éminent qu'il venait d'obtenir. Sur l'ordre du roi, les plus illustres seigneurs furent désignés pour assister à son sacre. Antiochus, prince de Siounie, Arschavir, chef de la race de Camsar, Pakarad, de l'antique famille des Pagratides, et plusieurs autres non moins nobles[154], le suivirent à Césarée. Un grand concours d'évêques accourut des contrées voisines, pour prendre part à cette auguste cérémonie. Lorsque Nersès revint en Arménie, Arsace et sa cour allèrent à sa rencontre jusqu'à la frontière. Sous la direction spirituelle de ce saint personnage, la foi ne tarda pas à refleurir en Arménie; les églises ruinées, les autels renversés furent rétablis; de nouveaux temples dédiés au vrai Dieu s'élevèrent sur les débris des édifices idolâtres; des hôpitaux, des monastères furent fondés; les mœurs s'adoucirent; l'instruction fit des progrès; enfin si Nersès n'avait pas été arrêté dans la noble mission qu'il s'était imposée, s'il n'avait pas trouvé des obstacles de toute espèce, l'Arménie serait parvenue au plus haut degré de prospérité. Ses travaux furent trop tôt interrompus, et l'Arménie privée de son pasteur fut déchirée par des maux qui, sans cesse renouvelés, finirent par la livrer sanglante et désolée aux mains de ses oppresseurs.

[154] Ces autres personnages étaient le grand eunuque; Daniel, prince de la Sophène; Mehentak, dynaste des Reschdouniens; Nouïn, dynaste de la Sophène royale; et Bargev, prince de la race des Amadouniens.—S.-M.

VIII. [Alliance d'Arsace et de Sapor.]

[Faust. Byz. Hist. Arm. l. 4. c. 16 et 17.

Mesrob, Hist. de Ners. c. 1 et 5.]

—[Cependant la bonne intelligence subsistait toujours entre les rois d'Arménie et de Perse: celui-ci, pour resserrer les nœuds de leur alliance, avait invité Arsace à venir dans sa capitale. Il y fut comblé d'honneurs et de présents; Sapor le traita comme un frère ou comme un fils bien-aimé: vêtus d'ornements pareils, le front chargé d'un diadème semblable, ils paraissaient dans les festins assis sur un même trône, et le temps s'écoulait au milieu des plaisirs. Sapor avait déclaré Arsace son second, et lui avait fait don d'un magnifique palais dans l'Atropatène. Rien ne semblait pouvoir troubler l'harmonie des deux princes. Un jour Arsace visitait les écuries de Sapor; l'intendant, au lieu de lui rendre les honneurs qui lui étaient dus, se permit en persan quelques paroles inconsidérées. Pourquoi, dit-il en faisant allusion à la nature montagneuse des états d'Arsace, le roi des chèvres d'Arménie vient-il brouter l'herbe de nos pâturages? Le connétable Vasag entendit ce propos grossier; il ne put retenir son indignation, et ce malheureux fut tué. Vasag eut plusieurs fois occasion, de donner de pareilles marques de son attachement à son souverain. Bien loin d'en être irrité, Sapor lui en témoigna au contraire sa satisfaction. Cependant malgré toutes les marques d'amitié qu'il ne cessait de prodiguer à Arsace, le roi de Perse conservait toujours des inquiétudes dans le fond de son cœur, il ne pouvait être persuadé de la sincérité de ce prince; il appréhendait que tôt ou tard des conseils ou son propre intérêt ne lui ouvrissent les yeux et ne le détachassent de son alliance, pour le porter à s'unir avec l'empereur contre lui. Les sollicitudes de Sapor furent si grandes, que, pour les calmer, il fallut décider Arsace à jurer sur les saints évangiles en présence de tous les prêtres de Ctésiphon[155], que jamais il ne le tromperait, que jamais il ne se séparerait de lui. Le prince des Mamigoniens Vartan, en qui le roi de Perse avait une entière confiance, avait été chargé de cette négociation. Son frère Vasag, déja irrité contre lui, par une querelle dont l'amour était cause, fut jaloux de cette faveur, il craignit pour son crédit auprès d'Arsace et il résolut de brouiller les deux rois. Il y parvint par ses intrigues; il réussit à jeter des soupçons dans l'ame d'Arsace, qui, alarmé pour sa sûreté, prit le parti d'abandonner secrètement la résidence du roi de Perse, et de s'enfuir dans ses états. Tous les doutes de Sapor se réveillèrent alors; la répugnance qu'Arsace avait montrée à prononcer les serments qu'il avait exigés, lui parut la preuve de sa perfidie; il n'eut plus dès lors aucune confiance en la sincérité du prince arménien. Sa colère retomba sur les malheureux chrétiens qui habitaient ses états; la fuite d'Arsace fut ainsi une des causes qui excitèrent la sanglante persécution[156] qu'ils eurent à souffrir. Sapor jura par le soleil, par l'eau et par le feu, les plus grandes divinités de la Perse, qu'il n'épargnerait aucun chrétien. Le prêtre Mari[157] et tout le clergé de Ctésiphon, qui avaient reçu les promesses d'Arsace, furent ses premières victimes et bientôt le sang des fidèles coula par torrent. L'évangile sur lequel Arsace avait juré fut déposé dans le trésor royal, où, lié avec des chaînes de fer, il resta pour y être à jamais le témoin irréfragable des serments de ce prince.

[155] La ville de Ctésiphon, ancienne capitale de l'empire des Parthes, était sur les bords du Tigre du côté de l'orient. Le cours de ce fleuve la séparait de Séleucie, ville grecque grande et peuplée. Sous les Sassanides, Séleucie on plutôt le bourg de Coché qui en était voisin, et Ctésiphon furent réunies sous la dénomination de Madaïn, c'est-à-dire en arabe, les deux villes. C'était sans doute la traduction d'un nom qui avait le même sens dans la langue de cette partie de la Perse. Les Arméniens l'appelaient Dispon, c'est une altération de Ctésiphon. On retrouve ce nom dans les écrivains arabes et persans sous la forme Tisfoun.—S.-M.

[156] Voyez ci-devant, liv. V, § 22, t. 1, p. 331.—S.-M.

[157] Le nom de Mari est fort commun chez les Syriens. On rencontre plusieurs personnages ainsi appelés, parmi ceux qui périrent dans les persécutions suscitées par Sapor, mais aucun d'eux ne peut être celui dont il est question ici. Ils moururent tous vers la fin du règne de Sapor, ainsi long-temps après l'époque dont il s'agit. C'est en l'an 347 environ que Baaschemin, évêque de Ctésiphon, fut martyrisé par les ordres de ce prince, avec une grande partie de son clergé, dans lequel était sans doute Mari, dont il est parlé dans le texte de cette histoire.—S.-M.

IX. [Nersès envoyé à C. P. est exilé par Constance.]

[Faust. Byz. Hist. Arm. lib. 4, c. 5, 11, 12 et 20.

Mos. Chor. Hist. Arm. l. 3, c. 20.

Mesrob, Hist. de Ners. c. 3.]

—[Arsace, de retour dans son royaume, continua d'entretenir des relations amicales avec Sapor, malgré les craintes que ce monarque lui inspirait, ou peut-être même à cause de ces craintes. Il restait aussi en bonne intelligence avec Constance. Comme les deux empires étaient alors engagés dans une guerre opiniâtre qui avait fort affaibli Sapor, Arsace n'eut pas de peine à conserver une neutralité que personne n'était intéressé à lui contester. Il espérait profiter de sa position et faire acheter chèrement ses secours à celui qui en aurait besoin. Il fut trompé dans son attente: personne n'eut recours à lui; et le roi de Perse ayant obtenu à la fin quelque supériorité sur Constance, sa situation devint difficile. Ne pouvant plus garder une dangereuse neutralité, Arsace devait appréhender que tôt ou tard Sapor, déja mécontent de lui, ne vînt l'inquiéter jusque dans son royaume. Pour se préserver d'un tel malheur, et se procurer des ressources, il songea à resserrer l'alliance qui depuis long-temps unissait l'Arménie avec l'empire. Le patriarche Nersès et dix des principaux seigneurs[158] du royaume furent envoyés à Constantinople pour y renouveler les anciens traités. En partant, Nersès laissa pour le remplacer dans ses fonctions spirituelles un personnage très-révéré, Khad, archevêque de Pakrévant. A l'époque du voyage de Nersès à Constantinople, on était au plus fort des troubles causés par les discussions théologiques que les Ariens avaient suscitées. Les évêques orthodoxes, chassés de leurs siéges, fuyaient partout devant les hérétiques, et Constance secondait leurs fureurs de tout son pouvoir. Nersès partagea les malheurs des prélats persécutés; la pureté de sa foi et sa courageuse résistance irritèrent l'empereur. Constance dans sa colère, ne respecta pas le droit des gens, le titre d'ambassadeur ne put être une sauve-garde pour Nersès, qui fut contraint de subir un dur exil, dans une île déserte.

[158] Vartan, dynaste des Mamigoniens; son frère le connétable Vasag; Mehentag, dynaste des Rheschdouniens; Mehar, des Andsevatsiens; Gardchoïl Malkhaz, des Khorkhorhouniens; Mouschk, des Saharhouniens; Domed on Domitius, des Genthouniens; Kischken, des Bageniens; Sourik, de la vallée de Hersig; et Verken, des Hapoujiens.—S.-M.

X. [Guerre d'Arsace contre les Romains.]

[Faust. Byz. Hist. Arm. l. 4, c. 11.

Mos. Chor. Hist. Arm. l. 3, c. 19 et 20.

Mesrob, Hist. de Ners. c. 3.]

—[Les autres députés arméniens, qui avaient été corrompus par Constance, revinrent dans leur patrie chargés de ses dons. Ils portaient en outre de riches présents destinés à leur roi, auprès duquel ils devaient accuser le patriarche. L'empereur, pour apaiser le ressentiment d'Arsace, rendit encore la liberté à deux princes du sang royal d'Arménie, qui étaient gardés depuis long-temps comme otages à Constantinople, et il les renvoya dans leur pays. Ils étaient neveux d'Arsace; l'un, Dirith, était fils d'Ardaschès, frère aîné de ce monarque, qui avait cessé de vivre lorsque Diran, leur père, occupait le trône. Le dernier, nommé Gnel, avait pour père Tiridate, autre frère d'Arsace, mais moins âgé. Tiridate avait été envoyé aussi en otage à Constantinople par son père Diran, et il y avait été mis à mort, après quelques hostilités commises par les Arméniens contre l'empire. C'est depuis cette époque que ces deux princes étaient prisonniers. La nouvelle de la captivité de Nersès causa une désolation universelle en Arménie; des jeûnes, des prières y furent ordonnés, et pendant son absence, on ne cessa d'implorer le Seigneur pour obtenir son retour. Constance n'en avait pas fait assez pour calmer Arsace et le résoudre à endurer patiemment l'outrage qu'il avait éprouvé, en la personne du patriarche. Il résolut d'en tirer vengeance; un armement considérable se fit, et le connétable Vasag eut ordre d'entrer sur le territoire de l'empire et de pénétrer dans la Cappadoce. Ce général porta ses ravages jusque dans les environs d'Ancyre en Galatie, puis il revint en Arménie. Ces courses se renouvelèrent pendant six ans, et elles causèrent beaucoup de mal à l'empire. De tels actes d'hostilité dissipèrent les soupçons de Sapor, et ses ambassadeurs vinrent trouver Arsace pour lui rappeler leur ancienne amitié, promettant de le traiter en frère, s'il joignait ses forces aux armées persanes destinées à combattre les Romains. Arsace y consentit, et dès lors il prit part à toutes les entreprises militaires du roi de Perse contre Constance.