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Histoire du Bas-Empire. Tome 03 cover

Histoire du Bas-Empire. Tome 03

Chapter 27: FIN DU LIVRE DIX-SEPTIÈME.
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About This Book

This work examines the later imperial administration and religious struggles during a reign that sought to restore traditional cults, tracing the ruler's mixture of public clemency and harsh reprisals, his cultural patronage and polemical writings, and his interactions with pagan intellectuals and Christian leaders. It recounts civic disturbances, legal actions, famines and urban fires, ceremonies and attempts to reconstruct religious sites, episodes of persecution and martyrdom, reported prodigies and omens, and the transfer of relics. Chapters alternate narrative episodes, judicial and military incidents, and commentary on superstition, ritual, and the practical effects of religious policy on provincial society.

[776] Moïse de Khoren attribue à l'empereur Théodose la délivrance de l'Arménie; il est évident que c'est une erreur de cet historien; le témoignage détaillé d'Ammien Marcellin ne peut pas laisser la moindre incertitude sur ce point. Faustus de Byzance ne donne pas le nom de l'empereur; il se contente de le désigner par sa dignité.—S.-M.

[777] Le nom de ce général est très-altéré dans les auteurs Arméniens. Moïse de Khoren (l. 3, c. 37) l'appelle Atté ou Addé. Dans Faustus de Byzance (l. 5, c. 1 et passim), il est nommé Até ou Adé.—S.-M.

[778] Quas ob causas ad eas regiones Arinthæus cum exercitu mittitur comes, suppetias laturus Armeniis, si eos exagitare procinctu gemino tentaverint Persæ. Amm. Marc. l. 27, c. 12.—S.-M.

[779] Ce canton était dans la haute Arménie, sur la rive droite de l'Euphrate. Plusieurs forts situés à la gauche de ce fleuve, entre autres celui d'Ani, qui porte à présent le nom de Kamakh, en dépendaient aussi. Voyez mes Mémoires historiques et géographiques sur l'Arménie, t. 1, p. 72 et 73.—S.-M.

[780] Ce fort s'appelait aussi Taronkh. Son nom s'altérait encore de plusieurs autres façons, peu différentes les unes des autres. Voyez au sujet de ce canton et de cette forteresse mes Mémoires historiques et géographiques sur l'Arménie, t. 1. p. 108 et 333, et t. 2, p. 461.—S.-M.

LXV.

[Les Arméniens entrent en Perse.]

[Faust. Byz. l. 5, c. 1 et 2.]

—[L'Arménie était à peine délivrée, que déja le connétable se disposait à fondre sur le territoire persan, pour y demander vengeance des longs malheurs de sa patrie, et de ses injures personnelles. Tout était prévu pour que cette entreprise réussît; les troupes arméniennes réorganisées, les places en état de défense, laissaient Mouschegh libre de se porter à la tête d'un corps d'élite de quarante mille hommes, sur les frontières de l'Atropatène, pour y observer les mouvements du roi de Perse. Ce prince était alors à Tauriz[781], et il y concertait avec Méroujan les moyens de rentrer en Arménie. Le connétable, instruit à temps de son dessein, résolut de le prévenir; il se précipite aussitôt sur l'Atropatène, où il attaque les Persans à l'improviste: ceux-ci ne purent se défendre avec avantage; surpris de la brusque irruption des Arméniens, ils leur cédèrent sans résistance le champ de bataille, et laissèrent entre les mains du vainqueur, la reine, femme de Sapor[782], un grand nombre d'autres princesses, et beaucoup d'officiers et de généraux[783]. Mouschegh fit encore écorcher vifs ces derniers, et il envoya à son souverain, leurs peaux garnies de paille: quant à la reine et aux autres captives, il les traita avec les plus grands égards, défendit qu'on se permît envers elles la moindre insulte; puis il leur donna la liberté, et les renvoya avec honneur auprès de Sapor. Le roi de Perse fut aussi touché de la noblesse de ce procédé, qu'il était étonné et effrayé de la valeur du prince mamigonien. Les seigneurs arméniens ne furent pas aussi charmés de cet acte de générosité; ils ne croyaient pas, qu'on dût avoir tant de ménagements pour un prince si barbare envers les Arméniens, et qui les avait tous si cruellement outragé. Ils en firent long-temps de vifs reproches à Mouschegh, ils inspirèrent même au roi des soupçons contre lui à ce sujet; et ce fut plus tard un des motifs, que ses ennemis employèrent pour le perdre. Le butin que le connétable fit en cette occasion fut immense, il suffit pour enrichir tous les siens; il put même en abandonner une grande partie, qui fut distribué entre les soldats romains, et les guerriers qui étaient restés dans l'intérieur du pays auprès de leur roi.

[781] Voyez ci-devant p. 278, not. 4, liv. XVII, § 5.—S.-M.

[782] Faustus de Byzance donne, l. 5, c. 2, à cette princesse le titre de reine des reines, qui était sans doute attribué aux épouses des rois de Perse, parce que ces monarques portaient eux-mêmes le titre de roi des rois.—S.-M.

[783] Ils étaient au nombre de six cents, si l'on en croit Faustus de Byzance, l. 5, c. 2.—S-M.

LXVI.

[Les Perses sont tout-à-fait chassés de l'Arménie.]

[Amm. l. 27, c. 12.

Faust. Byz. l. 5, c. 2, 4, 5 et 6.

Mos. Chor. l. 3, c. 37.]

—[Cependant, Sapor était impatient de venger les défaites qu'il avait éprouvées, et de recouvrer l'Arménie; il fit donc un immense armement: toutes ses troupes furent mises sur pied[784], et elles se dirigèrent des diverses parties de son empire, vers l'Atropatène; le roi de l'Albanie[785], Ournaïr, lui amena un renfort considérable avec lequel il pénétra sur le territoire arménien, précédé, comme à l'ordinaire, par Méroujan qui le conduisit jusqu'au centre du royaume. Par les ordres de Térentius et d'Arinthée, les Romains s'étaient concentrés vers les sources de l'Euphrate, et ils occupaient un camp retranché formidable, près du bourg de Dsirav, dans le canton de Pagaran, au pied du mont Niphates[786]. Le roi d'Arménie, le patriarche Nersès et le connétable, y arrivèrent bientôt après avec une armée nombreuse, et dont on portait la force à quatre-vingt-dix mille hommes. On résolut d'attaquer sur-le-champ les Perses et on fit des dispositions en conséquence: le roi et le patriarche, se placèrent sur une colline à quelque distance du champ de bataille; et pendant toute la durée du combat, le patriarche ne cessa d'implorer le seigneur pour les guerriers arméniens, comme autrefois Moïse, quand Israël était aux prises avec les Amalécites. Les étendards et les armes furent bénis solennellement par le patriarche; Mouschegh jura ensuite entre les mains de ce vénérable personnage, de combattre et de mourir pour son roi, comme ses aïeux avaient combattu pour les ancêtres de ce prince, ou de revenir victorieux; puis monté sur un cheval du roi, armé d'une lance que ce prince lui avait donnée, il descendit pour engager la bataille. On n'était guère moins animé des deux côtés: on s'attaqua, avec toute la fureur que peuvent produire les haines nationales et religieuses; le carnage fut affreux, chefs et soldats rivalisèrent de courage, et surtout les princes arméniens, qui avaient plus d'injures à venger que les généraux romains. Mouschegh, le prince des Pagratides[787], Sempad fils de Pagarad, et Spantarad prince de Camsar[788] firent des prodiges de valeur. Au plus fort de la mêlée, Spantarad se précipite au milieu des bataillons ennemis, attaque et renverse de sa main Schergir, roi des Léges[789], peuple encore célèbre en Asie, sous le nom de Lesghis, et qui était venu combattre sous les drapeaux de Sapor. Après une mêlée aussi longue qu'opiniâtre, la victoire se déclara enfin pour les Arméniens et leurs alliés, et les Persans prirent la fuite dans toutes les directions. Mouschegh rencontra alors le roi d'Albanie, qu'il avait blessé de sa main, et qui s'éloignait avec peine, monté sur un mauvais chariot; le connétable eut honte de verser le sang d'un roi sans défense, il lui permit de se retirer dans ses états, avec huit cavaliers qui le suivaient. Le connétable ne montra pas moins de grandeur d'ame envers les débris de l'armée vaincue; il épargna tout ce qu'il put des fugitifs: cette humanité le fit encore taxer de trahison par les autres princes arméniens; il fallut, pour les faire taire, que Mouschegh se signalât par de nouveaux exploits. Ce général fut bientôt récompensé de la conduite généreuse qu'il avait tenue. Sapor et Méroujan étaient à peine parvenus à regagner les frontières de l'Atropatène, qu'ils s'étaient empressés d'y rallier les débris de leurs forces. Ils les joignent aux soldats qui étaient déja dans la province, et se préparent à attaquer les Arméniens, qu'ils croient surprendre sans défense, au milieu du désordre et de l'imprévoyance, suites trop ordinaires de la victoire; Sapor comptait ainsi regagner l'avantage qu'il avait perdu. Il en aurait peut-être été ainsi, sans les avis que le roi d'Albanie transmit aussitôt au connétable, pour lui faire connaître les nouvelles opérations de Sapor; Mouschegh n'eut que le temps de réunir six mille cavaliers armés de toutes pièces, les autres troupes s'étaient dispersées: il se joint à l'infanterie romaine, et de concert ils marchent à la rencontre des Perses. Le combat ne fut pas moins acharné que la première fois, et peut-être cette journée fut-elle plus glorieuse pour les Arméniens et les Romains, qui en cette rencontre étaient bien inférieurs en nombre à leurs adversaires. La perte des deux parts fut considérable; mais enfin l'avantage resta aux Arméniens, et Sapor fut encore obligé de s'enfuir, en abandonnant une partie de l'Atropatène aux vainqueurs. Le royaume d'Arménie fut ainsi entièrement délivré des Perses, et le jeune prince Arsacide, grace à l'assistance des Romains, et à la valeur des seigneurs du pays, se retrouvait en possession de tout son héritage paternel; Mouschegh et Térentius, après avoir assuré la frontière contre de nouvelles attaques, en laissant à Tauriz un corps de trente mille hommes choisis, sous les ordres de Cylacès, revinrent auprès du roi, désormais libre d'inquiétude.

[784] Moïse de Khoren dit, l. 3, c. 37, que Sapor fit partir pour l'Arménie toutes ses troupes; il n'excepta que ceux de ses soldats que leurs infirmités empêchaient d'entrer en campagne.—S.-M.

[785] Les anciens appelaient Albanie et les Arméniens Aghouan ou Alouan, tout le pays situé à l'occident de la mer Caspienne et qui s'étend depuis l'embouchure du Cyrus dans cette mer, jusqu'au défilé connu à présent sous le nom de Derbend, mais qui se nommait autrefois les Portes Albaniennes ou Caspiennes. Ce pays qui est actuellement soumis à la Russie, est connu sous les noms de Schirwan et de Daghistan. J'ai donné de grande détails sur les Albaniens dans mes Mémoires historiques et géographiques sur l'Arménie, t. 1, p. 212-226.—S.-M.

[786] Cette montagne était nommée par les Arméniens Nébad ou Népat. On peut, au sujet de cette montagne et du bourg de Dsirav, consulter l'ouvrage que j'ai déja cité, t. 1. p. 49 et 313, et t. 2, page 427.—S.-M.

[787] Cette famille, dont il sera souvent question dans la suite de cette histoire, a donné jusqu'à la fin du dix-huitième siècle des souverains à la Georgie. Il existe encore beaucoup de princes de la même race dans la Russie, où ils portent le nom de Bagration.—S.-M.

[788] Voy. t. 1, p. 408, not. 1, liv. VI, § 14 et t. 2, p. 240, liv. X, § 22.—S.-M.

[789] Ces peuples sont mentionnés dans Strabon, l. 11, p. 503, et dans la vie de Pompée par Plutarque. Ils en parlent tous deux d'après les Mémoires de Théophanes, qui avait suivi Pompée dans ses expéditions à travers le Caucase et dans la Scythie. Ils les nomment Λήγας, Legæ, ce qui est la même chose que Gheg ou Leg, nom que les Arméniens et les Georgiens ont toujours donné aux Lesghis. Les auteurs grecs, que j'ai déja cités, les placent entre l'Albanie et la Scythie, dont ils étaient séparés par le fleuve Mermodalis. Les chroniques georgiennes les mettent entre le passage de Derbend, borne septentrionale de l'Albanie, et le fleuve Loméki, qui est le Térek. C'est encore la situation du territoire occupé par les Lesghis, qui sont répandus dans tout le pays montagneux appelé pour cette raison Daghistan (en turc pays de montagnes) compris entre Derbend et le Térek. Voy. mes Mémoires hist. et géographiques sur l'Arménie, t. 2, p. 184, 188 et 189.—S.-M.

LXVII.

[Mort d'Arsace.]

[Amm. l. 27, c. 12.

Faust. Byz. l. 5, c. 7.

Mos. Chor. l. 3, c. 35.

Procop. de Bell. Pers. l. 1, c. 5.]

—[Pendant que l'Arménie supportait tous les maux qui accompagnent trop souvent une invasion étrangère, et qui étaient aggravés par la résistance opiniâtre des habitants, le roi Arsace vivait toujours dans le triste château de l'Oubli, où il avait été enfermé. Son nom faisait couler des torrents de sang en Arménie, où il était devenu le cri de guerre[790] de ses vengeurs, tandis que retranché pour ainsi dire du nombre des vivants, il attendait dans les angoisses du désespoir qu'une lente et triste mort vînt terminer son supplice. Cependant dans le temps même où les armées persanes étaient contraintes de quitter l'Arménie, le bruit se répandit qu'Arsace venait de mourir, et que, par un trépas volontaire, il s'était affranchi de la tyrannie du roi de Perse[791]. Voici comment était arrivé ce tragique événement. Parmi les captifs arméniens que Sapor avait emmenés en Perse, se trouvait un eunuque, long-temps honoré de la confiance du roi Diran et de son fils, et d'une fidélité à toute épreuve. Il se nommait Drastamad[792]. Arsace lui avait donné le titre de Haïr, c'est-à-dire Père, que portait en Arménie le chef des eunuques[793]. C'était, à proprement parler, son grand-intendant, le ministre de sa maison. Le roi lui avait confié en cette qualité la garde des trésors déposés dans les châteaux forts de la Sophène[794] et de l'Ingilène[795]; et il s'en était acquitté avec loyauté; mais, trahi par le seigneur de l'Ingilène, il avait été livré par lui à Sapor, à peu près dans le temps où son souverain était condamné à une prison perpétuelle. Tandis que Sapor s'efforçait de profiter de la captivité du roi d'Arménie pour envahir ses états, il soutenait à l'autre extrémité de son empire une guerre non moins importante contre les Bactriens[796]. Je vais, en peu de mots, faire connaître ce peuple si redoutable aux Persans. Toutes les régions situées à l'orient de la Perse, sur les deux rives de l'Oxus, s'avançant au loin vers l'Inde et la Scythie, et répondant à la Bactriane des anciens, étaient alors possédées par une branche de la famille des Arsacides, ennemie des rois sassanides. Ces pays, démembrés autrefois du vaste empire des Séleucides, avaient formé un puissant état gouverné par des chefs grecs. Leur domination s'était étendue jusque sur des contrées restées inconnues à Alexandre. Les rois grecs de la Bactriane, placés au milieu des nations sauvages et guerrières qui avaient si long-temps occupé la valeur du héros Macédonien, n'eurent jamais un instant de repos; la durée de leur puissance ne fut pour ainsi dire qu'un long combat. Toujours occupés à reconquérir les provinces soumises par leurs prédécesseurs, on les voit constamment promener, des rives de l'Indus aux déserts de la Scythie, des armées qu'ils ne purent plus recruter, quand le nouvel empire fondé en Perse par les Arsacides, les sépara à jamais de la Grèce et des parties de l'Asie où les Grecs s'étaient établis. Leurs forces furent bientôt épuisées, et ils furent contraints de reconnaître la suprématie des monarques arsacides[797]. Ils voulurent secouer le joug, lorsqu'en l'an 130 avant J. C., le roi de Syrie Antiochus Sidétès, déjà trois fois vainqueur des Parthes, et maître de Babylone et de Séleucie, s'avançait vers la Médie pour ressaisir le sceptre de l'Orient[798]. La défaite et la mort du prince Séleucide laissèrent les Grecs de la Bactriane sans appui; ils ne purent résister aux efforts réunis des Parthes et des nations scythiques que le roi Phrahates II avait appelées à son secours. Ils succombèrent. Leurs états devinrent alors entre leurs vainqueurs, le sujet de guerres longues et sanglantes. Deux rois des Parthes, Phrahates II et Artaban II périrent en combattant les Scythes; la victoire resta à la fin aux Parthes sous Mithridate II, qui établit dans ces régions une branche de la famille arsacide[799]. Ce royaume, connu des Arméniens et des Chinois sous le nom de Kouschan[800], eut pour capitale la ville de Balkh[801], et il prolongea son existence jusqu'au temps de Sapor. Depuis la chute des Arsacides en Perse, les rois de ce pays, toujours en relation avec leurs parents d'Arménie[802], et avec les Romains, ne cessaient de les exciter à combattre les Sassanides, possesseurs de la Perse, et leurs communs ennemis[803]. La guerre, que Sapor fut obligé de soutenir à l'époque dont il s'agit, contre le prince qui régnait alors à Balkh, fut sérieuse[804]. Les succès et les revers se balançaient de manière à prolonger indéfiniment cette lutte; ce qui était fort préjudiciable à Sapor, pressé de revenir dans l'occident. Les troupes du roi de Perse étaient affaiblies par les guerres qu'il soutenait depuis si long-temps, de sorte que, pour réparer ses pertes, il avait enrôlé tous ceux des captifs amenés d'Arménie qui étaient en état de porter les armes. Malgré la défiance que devaient lui inspirer de tels soldats, Sapor eut cependant à se louer de leur courage et de leur fidélité. Drastamad, ce serviteur dévoué du roi Arsace, était parmi eux; et c'est à lui qu'il fut redevable d'une victoire qui termina les hostilités et assura un avantage décisif aux Persans. Les guerriers du Kouschan avaient déjà mis en déroute la cavalerie persane, et ils faisaient un horrible carnage des fuyards: Sapor lui-même était menacé de tomber entre les mains des vainqueurs, quand Drastamad parvint à rallier les débris de l'armée, qu'il ramène à la charge. Il dégage le roi, repousse les ennemis et leur arrache une victoire qu'ils regardaient déjà comme assurée. Lorsque Sapor fut de retour dans ses états, il s'empressa de témoigner sa reconnaissance à Drastamad: Que désires-tu? lui dit-il; je jure de te l'accorder. Drastamad lui demanda, sans hésiter, la faveur de pouvoir pénétrer dans le fort de l'Oubli, pour y voir et y servir durant un jour entier son souverain légitime, dégagé de ses fers. Sapor fut aussi surpris qu'embarrassé par la hardiesse et le dévouement de Drastamad. Que ne m'as-tu demandé, lui répliqua-t-il, des trésors, des villes, des provinces, je te les aurais accordés bien plus volontiers, que de violer une loi aussi ancienne que la monarchie. Cependant comme il était lié par son serment, il n'osa refuser de le satisfaire. Suivi d'un détachement de la garde royale et muni d'une lettre de Sapor, Drastamad se pressa de se rendre à la forteresse où son maître languissait depuis si long-temps. Les portes lui furent ouvertes, et on lui présenta Arsace: saisi de douleur à sa vue, il se précipite à ses pieds, se hâte de le débarrasser des fers dont il était chargé; et serrés l'un contre l'autre, l'infortuné roi et son généreux serviteur confondent dans leurs embrassements et leurs pleurs et la joie qu'ils ont de se retrouver ensemble. Le fidèle Arménien s'empresse ensuite de faire sortir Arsace du cachot affreux où il était abandonné depuis cinq ans, il lui fait prendre un bain, le couvre de vêtements magnifiques, et il cherche par ses discours à dissiper le chagrin profond auquel le roi d'Arménie était en proie. On prépara ensuite un banquet splendide, où tout fut disposé selon l'usage des rois. Tous ceux qui avaient amené Drastamad y furent conviés: on n'y épargna rien pour traiter Arsace avec tous les honneurs dont il avait joui, lorsqu'il portait la couronne. Lui-même semblait prendre part à la joie des convives et au contentement de son fidèle eunuque. Mais vers le soir quand il fallut se séparer, témoignant à haute voix l'excès de son malheur, il saisit un couteau qui était sur la table et s'en perce le cœur. A cette vue, Drastamad se précipite vers Arsace, s'arme du même fer et le plonge dans son sein. Il tombe et meurt sur le corps de son souverain expirant[805].]—S.-M.

[790] Faustus de Byzance rapporte, l. 5, c. 5, que toutes les fois que les Arméniens attaquaient les Persans, ils proféraient à grands cris le nom d'Arsace, et que lorsqu'ils immolaient un ennemi, ils disaient qu'ils faisaient un sacrifice à Arsace.—S.-M.

[791] Moïse de Khoren se contente de dire, l. 3, c. 35, qu'Arsace se tua lui-même comme Saül. Ammien Marcellin n'en dit pas beaucoup plus, l. 27, c. 12; seulement ses expressions donneraient lieu de croire qu'il pensait que Sapor avait fait périr Arsace dans les tourments. Son récit est trop bref pour qu'on puisse se flatter d'avoir bien saisi sa pensée, exterminavit, dit-il, ad castellum Agabana nomine, ubi discruciatus cecidit ferro pœnali. C'est à Faustus de Byzance et à Procope qu'il faut recourir pour de plus grands détails.—S.-M.

[792] Faustus de Byzance est le seul qui nous fasse connaître le nom de ce serviteur fidèle. Procope se contente de dire qu'il était un des amis les plus dévoués d'Arsace, τῶν τις Ἀρμενίων τῷ Ἀρσάκῃ ἐν τοῖς μάλιστα ἐπιτηδείοις, du nombre de ceux qui l'avaient accompagné en Perse, καὶ οἱ ἐπισπόμενοι ἐς τὰ Περσῶν ᾔθη ἰόντι.—S.-M.

[793] Ou Haïr-ischkhan, c'est-à-dire Seigneur père. Ce nom correspond, pour le sens et sans doute dans son application, à celui d'Atabek, qui, du temps des Seldjoukides et des dynasties qui leur succédèrent depuis le onzième siècle, désignait chez les princes turks et kurdes une haute dignité qui conférait à celui qui en était revêtu la tutèle des princes mineurs et la principale part dans l'administration de l'état. L'exemple de ce qui se pratiquait à la cour des anciens rois d'Arménie, me donne lieu de croire que les Turks n'introduisirent pas une nouvelle dignité, mais qu'ils ne firent que traduire en leur langue le nom d'une charge qui existait sans doute depuis long-temps dans toutes les cours de l'Asie. Ceux qui l'occupaient en Arménie, devaient appartenir à des familles réputées royales. A la différence de presque toutes les autres dignités, celle-ci était révocable. Nous apprenons de Moïse de Khoren, l. 2, c. 7, qu'un territoire considérable était attaché à cette charge. Il était dans l'Atropatène (Aderbadakan), sur les bords de l'Araxes s'étendant jusqu'aux villes de Djovasch et de Nakhdjavan et jusqu'au pays qui était possédé par la famille de Samedzar. Ce fonctionnaire était encore désigné par le nom de Mardbed ou Martbed, c'est-à-dire homme-chef, sans doute à cause de la surveillance des femmes qui lui était confiée.—S.-M.

[794] Voyez t. 1, p. 379, n. 1, liv. V, § 60, et t. 2, p. 215, not. 3, liv. X, § 5.—S.-M.

[795] En Arménien Ankegh-doun ou Ankel-doun, le pays ou la maison d'Ankel. Voyez t. 1, p. 379, not. 1, liv. V, § 60.—S.-M.

[796] Ce récit de Faustus de Byzance, l. 5, c. 7, est d'accord avec ce que dit Moïse de Khoren, l. 3, c. 37, qui nous apprend, comme je l'ai fait remarquer ci-devant, p. 371, § 61, que Sapor était alors dans le Khorasan, c'est-à-dire à l'extrémité orientale de son empire, lorsque Méroujan sortait de l'Arménie, chassé par le roi Para, que les Romains soutenaient.—S.-M.

[797] Bactriani per varia bella jactati, non regnum tantum, verum etiam libertatem amiserunt: siquidem Sogdianorum et Drangianorum Indorumque bellis fatigati, ad postremum ab invalidioribus Parthis, velut exsangues, oppressi sunt. Justin. l. 41, c. 6.—S.-M.

[798] Antiochus, tribus præliis victor, quum Babyloniam occupasset, magnus haberi cæpit. Justin. l. 38, c. 10.—S.-M.

[799] J'ai donné quelques détails sur ces révolutions dans mes Mémoires historiques et géographiques sur l'Arménie, t. 2, p. 30-32.—S.-M.

[800] Il est très-souvent question de ce royaume dans Moïse de Khoren (l. 2, c. 2, 64, 65, 69, 70 et 71), qui le nomme Kouschan. Il en est aussi fait mention dans les auteurs arabes et persans, qui lui donnent le même nom et en parlent comme d'un état très-faible de leur temps. Ils remarquent aussi qu'il était le seul entre tous les royaumes de l'Orient dans lequel on professât encore au dixième siècle la religion de Manès. Pour les Chinois qui l'appellent Koueï-chouang, ils nous apprennent que, vers le 2e siècle de notre ère, il s'étendait encore jusqu'aux bouches de l'Indus. C'est le pays que les anciens nomment le royaume des Indo-Scythes, et dont la capitale était Minnigara, sur l'Indus.—S.-M.

[801] On a déjà vu ci-devant, p. 290, not. 1, l. XVII, § 10, que c'est du nom de cette ville que dérive le surnom de Balhavouni que les Arméniens ont toujours donné aux Arsacides. Moïse de Khoren dit, l. 2, c. 2, que la ville de Balkh est à l'orient, dans le pays de Kouschan, et l. 2, c. 64, qu'elle est la terre natale des Arsacides.—S.-M.

[802] Quand Ardeschir, fils de Babek, eut détruit la monarchie des Arsacides en Perse en l'an 226, Chosroès Ier, roi des Arsacides d'Arménie, envoya des ambassadeurs à tous ses parents du Kouschan, pour obtenir leur assistance dans la guerre qu'il entreprit alors contre l'usurpateur. Vehsadjan régnait à cette époque dans ce pays (Mos. Chor. l. 2, c. 69).—S.-M.

[803] Trébellius Pollio nous fait connaître (in vit. Val. et Aurel.) les ambassades, que les Bactriens envoyèrent aux Romains, du temps de Valérien et d'Aurélien, mais il n'en rapporte pas le motif. Ces peuples étaient alors ennemis des Perses. C'était là la raison qui leur faisait désirer que les Romains opérassent en leur faveur une diversion du côté de l'occident, comme eux-mêmes pressaient les Perses vers l'orient, toutes les fois que ceux-ci attaquaient l'Arménie.—S.-M.

[804] Procope ne désigne pas d'une manière précise les peuples avec lesquels Sapor était en guerre; il se contente de dire (de Bell. Pers. l. 1, c. 5), que c'était une nation barbare, ἐπί τι ἔθνος βαρβαρικὸν ξυνεστράτευσεν.—S.-M.

[805] Si on prend la peine de comparer ce que j'ai raconté dans les paragraphes 3-13, et 57-67 de ce livre, avec ce que Gibbon a écrit sur les mêmes événements, t. 5, p. 106-110, on trouvera une fort grande différence entre nous. L'historien anglais, comme je l'ai déja remarqué, s'est trompé complètement en voulant mettre l'histoire arménienne de Moïse de Khoren en rapport avec Ammien Marcellin et avec les autres auteurs de cette époque. Ce qu'il a écrit à ce sujet n'est qu'un tissu d'erreurs, qu'il lui était presqu'impossible de ne pas commettre, mais qu'il pouvait ne pas introduire dans son ouvrage, s'il avait eu le bon esprit de ne pas faire usage de matériaux qui lui étaient trop mal connus.—S.-M.

FIN DU LIVRE DIX-SEPTIÈME.