Napoléon consentait à ce que les frontières de la Pologne fussent tracées de manière à lier autant que possible la vieille Prusse, la Poméranie, le Brandebourg, la Silésie; mais en concédant la basse Vistule à Frédéric-Guillaume, il voulait lui enlever Dantzig, et la constituer ville libre comme Brême, Lubeck et Hambourg. Quant à Magdebourg, il était inflexible. Mayence, Magdebourg formaient les étapes de sa puissance au Nord, il n'était pas possible qu'il y renonçât. Il fut donc absolu dans ses volontés, relativement à Dantzig et à Magdebourg.
Le roi de Prusse se résigna encore au sujet de Dantzig, mais il tenait à Magdebourg, car c'était au sein de l'Allemagne un point d'appui considérable, et la clef de l'Elbe qui était devenu sa frontière. Il faisait valoir, non pas ce motif politique, mais une raison d'ancienne affection. En effet, les habitants du duché de Magdebourg, répandus à la droite et à la gauche de l'Elbe, étaient au nombre des sujets les plus anciens et les plus affectionnés de la monarchie. Néanmoins il ne gagna rien par ce nouveau moyen. Comme il insistait beaucoup, tantôt auprès de Napoléon, tantôt auprès d'Alexandre, celui-ci imagina d'agir sur Napoléon, en appelant à Tilsit la reine de Prusse, pour qu'elle essayât sur le vainqueur de l'Europe la puissance de son esprit, de sa beauté, de son infortune. Les bruits calomnieux auxquels avait donné naissance l'admiration d'Alexandre pour cette princesse, avaient empêché qu'elle ne se rendît à Tilsit. L'empereur Alexandre imagine de faire venir la reine de Prusse à Tilsit, pour qu'elle essaie d'arracher quelques concessions en faveur de la Prusse. Cependant on eut recours à son intervention, comme dernier moyen, non de toucher grossièrement Napoléon, mais d'émouvoir ses sentiments les plus délicats, par la présence d'une reine, belle, spirituelle, et malheureuse.
Il était tard pour essayer d'une telle ressource, car les idées de Napoléon étaient définitivement arrêtées, et du reste il est peu probable qu'à quelque époque que ce fût, Napoléon eût sacrifié une partie de ses desseins, sous l'influence d'une femme, si intéressante qu'elle pût être.
Frédéric-Guillaume invita donc la reine à venir à Tilsit. Elle s'y décida, et on prolongea la négociation, qui durait depuis une douzaine de jours, pour donner à cette princesse le temps de faire le trajet. Elle arriva le 6 juillet à Tilsit. Une heure après son arrivée, Napoléon la prévint en allant lui rendre visite. La reine de Prusse comptait alors trente-deux ans. Sa beauté, autrefois éclatante, paraissait légèrement ternie par l'âge. Mais elle était encore l'une des plus belles personnes de son temps. Elle joignait à beaucoup d'esprit une certaine habitude des affaires, qu'elle avait contractée en y prenant une part indiscrète, et une parfaite noblesse de caractère et d'attitude. Cependant le désir trop vif de réussir auprès du grand homme dont elle dépendait, nuisit à son succès même. Elle parla de la grandeur de Napoléon, de son génie, du malheur de l'avoir méconnu, en termes qui n'étaient pas assez simples pour le toucher. Mais la force de caractère et d'esprit de cette princesse se fit bientôt sentir dans cet entretien, au point d'embarrasser Napoléon lui-même, qui s'appliqua, en lui prodiguant les égards et les respects, à ne pas laisser échapper une seule parole qui pût l'engager.
Elle vint dîner chez Napoléon, qui la reçut à la porte de sa demeure impériale. Pendant le dîner, elle s'efforça de le vaincre, de lui arracher au moins une parole dont elle pût tirer une espérance, surtout à l'égard de Magdebourg. Napoléon, de son côté, toujours respectueux, courtois, mais évasif, la désespéra par une résistance qui ressemblait à une fuite continuelle. Elle devina la tactique de son puissant adversaire, et se plaignit vivement de ce qu'il ne voulait pas, en la quittant, laisser dans son âme un souvenir, qui lui permît de joindre à l'admiration pour le grand homme, un inviolable attachement pour le vainqueur généreux. Peut-être si Napoléon, moins préoccupé du soin d'agrandir des royautés ingrates, ou de créer des royautés éphémères, s'était laissé fléchir en cette occasion, et avait concédé non-seulement ce qui lui était demandé, mais ce qu'il aurait pu accorder encore, sans nuire à ses autres projets, peut-être il se fût attaché le cœur ardent de cette reine, et le cœur honnête de son époux. Mais il résista à la princesse qui le sollicitait, en lui opposant d'invincibles respects.
Embarrassé de cette lutte avec une personne à laquelle il était difficile de tenir tête, pressé de terminer son nouvel ouvrage, et de rentrer dans ses États, il voulut en finir sous vingt-quatre heures. Il avait tracé avec son immuable volonté tout ce qui était relatif à la Prusse, à la Pologne, à la Westphalie; il avait consenti à une démarcation entre la Pologne et la Poméranie, qui, suivant les bords de la Netze et le canal de Bromberg, allait joindre la Vistule au-dessous de Bromberg. Il fit, quant à Magdebourg, une concession; il accorda que, dans le cas où le Hanovre resterait à la France, soit que la paix ne se conclût pas avec l'Angleterre, soit qu'elle se conclût sans rendre le Hanovre, on rétrocéderait à la Prusse sur la gauche de l'Elbe, et aux environs de Magdebourg, un territoire de trois ou quatre cent mille âmes, ce qui emportait la restitution de la place elle-même.
Il ne voulut rien accorder de plus. M. de Talleyrand eut ordre de s'aboucher avec MM. de Kourakin et de Labanoff, et de terminer toutes les contestations dans la journée du 7, de sorte que la reine, mandée à Tilsit afin d'améliorer le sort de la Prusse, ne fit qu'accélérer le résultat qu'on cherchait à prévenir, par l'embarras même qu'elle causait à Napoléon, par le succès qu'avait failli obtenir son insistance, à la fois gracieuse et opiniâtre. Les négociateurs russes et prussiens, se voyant sommés péremptoirement de consentir ou de refuser, finirent par céder. Le traité conclu le 7, fut signé le 8, et prit le titre, demeuré célèbre, de Traité de Tilsit.
Il y eut trois genres de stipulations:
Un traité patent de la France avec la Russie, et un autre de la France avec la Prusse;
Des articles secrets ajoutés à ce double traité;
Enfin un traité occulte d'alliance offensive et défensive, entre la France et la Russie, qu'on s'engageait à envelopper d'un secret absolu, tant que les deux parties ne seraient pas d'accord pour le publier.
Les deux traités patents entre la France, la Russie et la Prusse, contenaient les stipulations suivantes:
Restitution au roi de Prusse, en considération de l'empereur de Russie, de la vieille Prusse, de la Poméranie, du Brandebourg, de la haute et basse Silésie;
Abandon à la France de toutes les provinces à la gauche de l'Elbe, pour en composer, avec le grand-duché de Hesse, un royaume de Westphalie, au profit du plus jeune des frères de Napoléon, le prince Jérôme Bonaparte;
Abandon des duchés de Posen et de Varsovie, pour en former un État polonais, qui, sous le titre de grand-duché de Varsovie, serait attribué au roi de Saxe, avec une route militaire à travers la Silésie, qui donnât passage d'Allemagne en Pologne;
Reconnaissance par la Russie et par la Prusse de Louis Bonaparte en qualité de roi de Hollande, de Joseph Bonaparte en qualité de roi de Naples, de Jérôme Bonaparte en qualité de roi de Westphalie; reconnaissance de la Confédération du Rhin, et en général de tous les États créés par Napoléon;
Rétablissement dans leurs souverainetés des princes d'Oldenbourg et de Mecklembourg, mais occupation de leur territoire par les troupes françaises, pour l'exécution du blocus continental;
Enfin, médiation de la Russie, pour rétablir la paix entre la France et l'Angleterre;
Médiation de la France, pour rétablir la paix entre la Porte et la Russie.
Les articles secrets contenaient les stipulations suivantes:
Restitution aux Français des bouches du Cattaro.
Abandon des Sept-Îles, qui devaient désormais appartenir à la France en toute propriété;
Promesse à l'égard de Joseph, déjà reconnu roi de Naples dans le traité patent, de le reconnaître aussi roi des Deux-Siciles, quand les Bourbons de Naples auraient été indemnisés au moyen des Baléares, ou de Candie;
Promesse, en cas de réunion du Hanovre au royaume de Westphalie, de restituer à la Prusse, sur la gauche de l'Elbe, un territoire peuplé de trois ou quatre cent mille habitants;
Traitements viagers enfin, assurés aux chefs dépossédés des maisons de Hesse, de Brunswick, de Nassau-Orange.
Le traité occulte, le plus important de tous ceux qui étaient signés dans le moment, et qu'on se promettait d'envelopper d'un secret inviolable, contenait l'engagement de la part de la Russie et de la France, de faire cause commune en toute circonstance, d'unir leurs forces de terre et de mer dans toute guerre qu'elles auraient à soutenir; de prendre les armes contre l'Angleterre, si elle ne souscrivait pas aux conditions que nous avons rapportées, contre la Porte si celle-ci n'acceptait pas la médiation de la France, et, dans ce dernier cas, de soustraire, disait le texte, les provinces d'Europe aux vexations de la Porte, excepté Constantinople et la Roumélie. Les deux puissances s'engageaient à sommer en commun la Suède, le Danemark, le Portugal, l'Autriche elle-même, de concourir aux projets de la France et de la Russie, c'est-à-dire de fermer leurs ports à l'Angleterre, et de lui déclarer la guerre[45].
Les deux États ne pouvaient pas se lier d'une manière plus intime et plus complète. Le changement de politique de la part d'Alexandre ne pouvait être ni plus prompt, ni plus extraordinaire.
La signature donnée par les Russes entraînant celle des Prussiens, causa à ces derniers une vive émotion. La reine de Prusse voulut partir immédiatement. Après avoir comme de coutume dîné le 8, chez Napoléon, après lui avoir adressé quelques plaintes remplies de fierté, et quelques-unes à Alexandre remplies d'amertume, elle sortit, accompagnée par Duroc, qui n'avait cessé de lui porter un vif attachement, et elle se jeta dans sa voiture en sanglotant. Elle repartit tout de suite pour Memel, où elle alla pleurer son imprudence, ses passions politiques, la fâcheuse influence qu'elle avait exercée sur les affaires, la fatale confiance qu'elle avait mise dans la fidélité des chefs d'empire à leur parole et à leurs amitiés. La fortune devait changer pour son pays et pour son époux, mais cette princesse infortunée devait mourir sans avoir vu ce changement!
Alexandre débarrassé d'amis malheureux, dont la tristesse lui pesait, se livra tout entier à l'enthousiasme de ses nouveaux projets. Il était vaincu, mais ses armées s'étaient honorées; et au lieu d'essuyer des pertes à la suite d'une guerre où il n'avait eu que des revers, il quittait Tilsit avec l'espérance de réaliser prochainement les grands desseins de Catherine. La chose dépendait de lui, car il pouvait faire tourner à la paix ou à la guerre, la médiation de la Russie auprès du cabinet britannique, et la médiation de la France auprès du Divan. L'une devait lui procurer la Finlande, l'autre tout ou partie des provinces danubiennes. Il était charmé de son nouvel allié. Alexandre et Napoléon se jurent une éternelle amitié, et se promettent de se revoir bientôt. Ils se promirent d'être inviolablement attachés l'un à l'autre, de ne se rien cacher, de se revoir bientôt, pour continuer ces relations directes, qui avaient déjà porté des fruits si heureux. Alexandre n'osait proposer à Napoléon de venir voir au fond du Nord, la capitale d'un empire trop jeune encore pour mériter ses regards; mais il voulait aller à Paris, visiter la capitale de l'empire le plus civilisé de l'univers, où s'offrait le spectacle du plus grand gouvernement succédant à la plus affreuse anarchie, et où il espérait, disait-il, apprendre en assistant aux séances du conseil d'État, le grand art de régner, que l'empereur des Français exerçait d'une manière si supérieure.
Le 9 juillet, lendemain même de la signature des traités, eut lieu l'échange solennel des ratifications, et la séparation des deux souverains. Napoléon, portant le grand cordon de Saint-André, se rendit à la demeure qu'occupait Alexandre. Il fut reçu par ce prince, qui portait le grand cordon de la Légion d'honneur, et qui avait autour de lui sa garde sous les armes. Les deux empereurs ayant échangé les ratifications, montèrent à cheval, et vinrent se montrer à leurs troupes. Napoléon demanda qu'on fît sortir des rangs le soldat de la garde impériale russe réputé le plus brave, et lui donna lui-même la croix de la Légion d'honneur. Puis, après s'être long-temps entretenu avec Alexandre, il l'accompagna vers le Niémen. L'un et l'autre s'embrassèrent une dernière fois, au milieu des applaudissements de tous les spectateurs, et se séparèrent. Napoléon resta au bord du Niémen jusqu'à ce qu'il eût vu son nouvel ami débarquer sur l'autre rive. Napoléon quitte Tilsit et arrive à Kœnigsberg le 10 juillet. Il se retira seulement alors, et, après avoir fait ses adieux à ses soldats, qui par leur héroïsme avaient rendu possibles tant de merveilles, il partit pour Kœnigsberg, où il arriva le lendemain 10 juillet.
Il régla dans cette ville tous les détails de l'évacuation de la Prusse, et chargea le prince Berthier d'en faire le sujet d'une convention, qui serait signée avec M. de Kalkreuth. Les bords du Niémen devaient être évacués le 21 juillet, ceux de la Prégel le 25, ceux de la Passarge le 20 août, ceux de la Vistule le 5 septembre, ceux de l'Oder le 1er octobre, ceux de l'Elbe le 1er novembre, à condition toutefois que les contributions dues par la Prusse, tant les contributions ordinaires que les contributions extraordinaires, seraient intégralement acquittées ou en espèces, ou en engagements acceptés par l'intendant de l'armée. Somme totale des contributions imposées sur le pays conquis. Il y en avait pour cinq ou six cents millions, portant sur les villes anséatiques, sur les États allemands des princes dépossédés, sur le Hanovre, et enfin sur la Prusse proprement dite. Cette somme comprenait à la fois ce que les troupes françaises ou alliées avaient consommé en nature, et ce qui devait être soldé en argent. Le trésor de l'armée, commencé à Austerlitz, allait donc recevoir une considérable augmentation, et des ressources suffisantes pour récompenser le dévouement de soldats héroïques au plus magnifique de tous les maîtres.
Napoléon distribua l'armée en quatre commandements, sous les maréchaux Davout, Soult, Masséna et Brune. Le maréchal Davout avec le troisième corps, les Saxons, les Polonais, et plusieurs divisions de dragons et de cavalerie légère, devait former le premier commandement, et occuper la Pologne jusqu'à ce qu'elle fût organisée. Le maréchal Soult avec le quatrième corps, la réserve d'infanterie qui avait appartenu au maréchal Lannes, une partie des dragons et de la cavalerie légère, devait former le second commandement, occuper la vieille Prusse de Kœnigsberg à Dantzig, et se charger de tous les détails de l'évacuation. Le maréchal Masséna avec le cinquième corps, avec les troupes des maréchaux Ney et Mortier, avec la division bavaroise de Wrède, devait former le troisième commandement, et occuper la Silésie jusqu'à l'évacuation générale. Enfin le maréchal Brune formant le quatrième commandement avec toutes les troupes laissées sur les derrières, avait mission de veiller sur les côtes de la Baltique, et si les Anglais y paraissaient, de les recevoir, comme il les avait autrefois reçus au Helder. La garde, et le corps de Victor, précédemment de Bernadotte, furent acheminés sur Berlin.
Napoléon partit de Kœnigsberg le 13 juillet, se rendit tout droit à Dresde, pour y passer quelques jours auprès de son nouvel allié le roi de Saxe, créé grand-duc de Varsovie, et convenir avec lui de la constitution à donner aux Polonais. Ce bon et sage prince, peu ambitieux, mais flatté ainsi que tout son peuple, des grandeurs rendues à sa famille, accueillit Napoléon avec des transports d'effusion et de reconnaissance. Retour de Napoléon à Paris. Napoléon le quitta pour rentrer dans Paris, qui l'attendait impatiemment, et qui ne l'avait pas vu depuis près d'une année. Il y arriva le 27 juillet à six heures du matin.
Jamais plus d'éclat n'avait entouré la personne et le nom de Napoléon; jamais plus de puissance apparente n'avait été acquise à son sceptre impérial. Du détroit de Gibraltar à la Vistule, des montagnes de la Bohême à la mer du Nord, des Alpes à la mer Adriatique, il dominait, ou directement ou indirectement, ou par lui-même ou par des princes qui étaient, les uns ses créatures, les autres ses dépendants. Au delà se trouvaient des alliés, ou des ennemis subjugués, l'Angleterre seule exceptée. Ainsi le continent presque entier relevait de lui, car la Russie après lui avoir résisté un moment, venait d'adopter ses desseins avec chaleur, et l'Autriche se voyait contrainte de les laisser accomplir, menacée même d'y concourir. L'Angleterre enfin, garantie de cette vaste domination par l'Océan, allait être placée entre l'acceptation de la paix, ou une guerre avec l'univers.
Tels étaient les dehors de cette puissance gigantesque: ils avaient de quoi éblouir la terre, et en effet ils l'éblouirent! mais la réalité était moins solide qu'elle n'était brillante. Il aurait suffi d'un instant de froide réflexion pour s'en convaincre. Politique de Napoléon de 1805 à 1807. Napoléon détourné de sa lutte avec l'Angleterre par la troisième coalition, attiré des bords de l'Océan à ceux du Danube, avait puni la maison d'Autriche en lui enlevant à la suite de la campagne d'Austerlitz, les États vénitiens, le Tyrol, la Souabe, et avait ainsi complété le territoire de l'Italie, agrandi nos alliés de l'Allemagne méridionale, éloigné les frontières autrichiennes des nôtres. Jusque-là tout était bien, car achever l'affranchissement territorial de l'Italie, nous ménager des amis en Allemagne, placer de nouveaux espaces entre l'Autriche et la France, était conforme assurément à la saine politique. Mais dans l'enivrement produit par la prodigieuse campagne de 1805, changer arbitrairement la face de l'Europe, et, au lieu de se borner à modifier le passé, ce qui est le plus grand triomphe accordé à la main de l'homme, vouloir le détruire; au lieu de continuer à notre profit la vieille rivalité de la Prusse et de l'Autriche, par des avantages accordés à l'une sur l'autre, arracher le sceptre germanique à l'Autriche sans le donner à la Prusse; convertir leur antagonisme en une haine commune contre la France; créer sous le titre de Confédération du Rhin, une prétendue Allemagne française, composée de princes français antipathiques à leurs sujets, de princes allemands peu reconnaissants de nos bienfaits, et après avoir rendu, par cet injuste déplacement de la limite du Rhin, la guerre avec la Prusse inévitable, guerre aussi impolitique qu'elle fut glorieuse, se laisser entraîner par le torrent de la victoire, jusqu'aux bords de la Vistule, arrivé là, essayer la restauration de la Pologne, en ayant sur ses derrières la Prusse vaincue mais frémissante, l'Autriche secrètement implacable, tout cela, admirable comme œuvre militaire, était comme œuvre politique, imprudent, excessif, chimérique!
Son génie aidant, Napoléon se soutint à ces extrémités périlleuses, triompha de tous les obstacles, des distances, du climat, des boues, du froid, et acheva sur le Niémen la défaite des puissances continentales. Mais au fond il était pressé de mettre un terme à cette course audacieuse, et toute sa conduite à Tilsit se ressentit de cette situation. S'étant aliéné pour jamais le cœur de la Prusse, qu'il n'eut pas la bonne pensée de se rattacher à jamais par un grand acte de générosité, éclairé sur les sentiments de l'Autriche, éprouvant, quelque victorieux qu'il fût, le besoin de se faire une alliance, il accepta celle de la Russie qui s'offrait dans le moment, et imagina un nouveau système politique, fondé sur un seul principe, l'entente des deux ambitions russe et française, pour se permettre tout dans le monde, entente funeste, car il importait à la France de ne pas tout permettre à la Russie, et bien plus encore de ne pas tout se permettre à elle-même. Après avoir ajouté par ce traité de Tilsit, aux profonds déplaisirs de l'Allemagne, en créant chez elle une royauté française, qui devait nous coûter en dépenses d'hommes et d'argent, en haines à surmonter, en vains conseils, tout ce que nous coûtaient déjà celles de Naples et de Hollande; après avoir reconstitué la Prusse à moitié, au lieu de la restaurer ou de la détruire entièrement; après avoir de même reconstitué la Pologne à moitié, et tout fait d'une manière incomplète, parce qu'à ces distances le temps pressait, les forces commençaient à défaillir, Napoléon s'acquit des ennemis irréconciliables, des amis impuissants ou douteux, éleva en un mot un édifice immense, édifice où tout était nouveau, de la base au sommet, édifice construit si vite que les fondements n'avaient pas eu le temps de s'asseoir, le ciment de durcir.
Mais si tout est critiquable à notre avis dans l'œuvre politique de Tilsit, quelque brillante qu'elle puisse paraître, tout est admirable au contraire dans la conduite des opérations militaires. Cette armée du camp de Boulogne, qui portée du détroit de Calais aux sources du Danube avec une promptitude incroyable, enveloppa les Autrichiens à Ulm, refoula les Russes sur Vienne, acheva d'écraser les uns et les autres à Austerlitz, reposée ensuite quelques mois en Franconie, recommença bientôt sa marche victorieuse, entra en Saxe, surprit l'armée prussienne en retraite, la brisa d'un seul coup à Iéna, la suivit sans relâche, la déborda, la prit jusqu'au dernier homme aux bords de la Baltique; cette armée qui détournée du nord à l'est, courut au-devant des Russes, les rejeta sur la Prégel, ne s'arrêta que parce que des boues impraticables la retinrent, donna alors le spectacle inouï d'une armée française campée tranquillement sur la Vistule, puis troublée tout à coup au milieu de ses quartiers, en sortit pour punir les Russes, les atteignit à Eylau, leur livra, quoique mourante de froid et de faim, une bataille sanglante, revint après cette bataille dans ses quartiers, et là campée de nouveau sur la neige, de manière que son repos seul couvrait un grand siége, nourrie, recrutée pendant un long hiver à des distances où toute administration succombe, reprit les armes au printemps, et cette fois la nature aidant le génie, se plaça entre les Russes et leur base d'opération, les réduisit, pour regagner Kœnigsberg, à passer une rivière devant elle, les y précipita à Friedland, termina ainsi par une victoire immortelle, et aux bords même du Niémen, la course la plus longue, la plus audacieuse, non à travers la Perse ou l'Inde sans défense, comme l'armée d'Alexandre, mais à travers l'Europe couverte de soldats aussi disciplinés que braves, voilà ce qui est sans exemple dans l'histoire des siècles, voilà ce qui est digne de l'éternelle admiration des hommes, voilà ce qui réunit toutes les qualités, la promptitude et la lenteur, l'audace et la sagesse, l'art des combats et l'art des marches, le génie de la guerre et celui de l'administration, et ces choses si diverses, si rarement unies, toujours à propos, toujours au moment où il les faut, pour assurer le succès! Chacun se demandera comment on pouvait déployer tant de prudence dans la guerre, si peu dans la politique! Et la réponse sera facile, c'est que Napoléon fit la guerre avec son génie, la politique avec ses passions.
Nous ajouterons toutefois, en finissant, que l'édifice colossal élevé à Tilsit, aurait duré peut-être, si de nouveaux poids accumulés bientôt sur ses fondements déjà si chargés, n'étaient venus précipiter sa ruine. La fortune de la France, quoique compromise à Tilsit, n'était donc point inévitablement perdue, et sa gloire était immense.
FIN DU LIVRE VINGT-SEPTIÈME
ET DU SEPTIÈME VOLUME.
TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS LE TOME SEPTIÈME.
LIVRE VINGT-CINQUIÈME.
IÉNA.
Situation de l'Empire français au moment de la guerre de Prusse. — Affaires de Naples, de la Dalmatie et de la Hollande. — Moyens de défense préparés par Napoléon pour le cas d'une coalition générale. — Plan de campagne. — Napoléon quitte Paris et se rend à Wurzbourg. — La cour de Prusse se transporte aussi à l'armée. — Le roi, la reine, le prince Louis, le duc de Brunswick, le prince de Hohenlohe. — Premières opérations militaires. — Combats de Schleitz et de Saalfeld. — Mort du prince Louis. — Désordre d'esprit dans l'état-major prussien. — Le duc de Brunswick prend le parti de se retirer sur l'Elbe, en se couvrant de la Saale. — Promptitude de Napoléon à occuper les défilés de la Saale. — Mémorables batailles d'Iéna et d'Awerstaedt. — Déroute et désorganisation de l'armée prussienne. — Capitulation d'Erfurt. — Le corps de réserve du prince de Wurtemberg surpris et battu à Halle. — Retraite divergente et précipitée du duc de Weimar, du général Blucher, du prince de Hohenlohe, du maréchal Kalkreuth. — Marche offensive de Napoléon. — Occupation de Leipzig, de Wittenberg, de Dessau. — Passage de l'Elbe. — Investissement de Magdebourg. — Entrée triomphale de Napoléon à Berlin. — Ses dispositions à l'égard des Prussiens. — Grâce accordée au prince de Hatzfeld. — Occupation de la ligne de l'Oder. — Poursuite des débris de l'armée prussienne par la cavalerie de Murat, et par l'infanterie des maréchaux Lannes, Soult et Bernadotte. — Capitulation de Prenzlow et de Lubeck. — Reddition des places de Magdebourg, Stettin et Custrin. — Napoléon maître en un mois de toute la monarchie prussienne. 1 à 206
EYLAU.
Effet que produisent en Europe les victoires de Napoléon sur la Prusse. — À quelle cause on attribue les exploits des Français. — Ordonnance du roi Frédéric-Guillaume tendant à effacer les distinctions de naissance dans l'armée prussienne. — Napoléon décrète la construction du temple de la Madeleine, et donne le nom d'Iéna au pont jeté vis-à-vis de l'École militaire. — Pensées qu'il conçoit à Berlin dans l'ivresse de ses triomphes. — L'idée de VAINCRE LA MER PAR LA TERRE se systématise dans son esprit, et il répond au blocus maritime par le blocus continental. — Décrets de Berlin. — Résolution de pousser la guerre au Nord, jusqu'à la soumission du continent tout entier. — Projet de marcher sur la Vistule, et de soulever la Pologne. — Affluence des Polonais auprès de Napoléon. — Ombrages inspirés à Vienne par l'idée de reconstituer la Pologne. — Napoléon offre à l'Autriche la Silésie en échange des Gallicies. — Refus et haine cachée de la cour de Vienne. — Précautions de Napoléon contre cette cour. — L'Orient mêlé à la querelle de l'Occident. — La Turquie et le sultan Sélim. — Napoléon envoie le général Sébastiani à Constantinople pour engager les Turcs à faire la guerre aux Russes. — Déposition des hospodars Ipsilanti et Maruzzi. — Le général russe Michelson marche sur les provinces du Danube. — Napoléon proportionne ses moyens à la grandeur de ses projets. — Appel en 1806 de la conscription de 1807. — Emploi des nouvelles levées. — Organisation en régiments de marche des renforts destinés à la grande armée. — Nouveaux corps tirés de France et d'Italie. — Mise sur le pied de guerre de l'armée d'Italie. — Développement donné à la cavalerie. — Moyens financiers créés avec les ressources de la Prusse. — Napoléon n'ayant pu s'entendre avec le roi Frédéric-Guillaume sur les conditions d'un armistice, dirige son armée sur la Pologne. — Murat, Davout, Augereau, Lannes, marchent sur la Vistule à la tête de quatre-vingt mille hommes. — Napoléon les suit avec une armée de même force, composée des corps des maréchaux Soult, Bernadotte, Ney, de la garde et des réserves. — Entrée des Français en Pologne. — Aspect du sol et du ciel. — Enthousiasme des Polonais pour les Français. — Conditions mises par Napoléon à la reconstitution de la Pologne. — Esprit de la haute noblesse polonaise. — Entrée de Murat et de Davout à Posen et à Varsovie. — Napoléon vient s'établir à Posen. — Occupation de la Vistule, depuis Varsovie jusqu'à Thorn. — Les Russes, joints aux débris de l'armée prussienne, occupent les bords de la Narew. — Napoléon veut les rejeter sur la Prégel, afin d'hiverner plus tranquillement sur la Vistule. — Belles combinaisons pour accabler les Prussiens et les Russes. — Combats de Czarnowo, de Golymin, de Soldau. — Bataille de Pultusk. — Les Russes, rejetés au delà de la Narew avec grande perte, ne peuvent être poursuivis à cause de l'état des routes. — Embarras des vainqueurs et des vaincus enfoncés dans les boues de la Pologne. — Napoléon s'établit en avant de la Vistule, entre le Bug, la Narew, l'Orezyc et l'Ukra. — Il place le corps du maréchal Bernadotte à Elbing, en avant de la basse Vistule, et forme un dixième corps sous le maréchal Lefebvre, pour commencer le siége de Dantzig. — Admirable prévoyance pour l'approvisionnement et la sûreté de ses quartiers d'hiver. — Travaux de Praga, de Modlin, de Sierock. — État matériel et moral de l'armée française. — Gaieté des soldats au milieu d'un pays nouveau pour eux. — Le prince Jérôme et le général Vandamme, à la tête des auxiliaires allemands, assiégent les places de la Silésie. — Courte joie à Vienne, où l'on croit un moment aux succès des Russes. — Une plus exacte appréciation des faits ramène la cour de Vienne à sa réserve ordinaire. — Le général Benningsen, devenu général en chef de l'armée russe, veut reprendre les hostilités en plein hiver, et marche sur les cantonnements de l'armée française en suivant le littoral de la Baltique. — Il est découvert par le maréchal Ney, qui donne l'éveil à tous les corps. — Beau combat du maréchal Bernadotte à Mohrungen. — Savante combinaison de Napoléon pour jeter les Russes à la mer. — Cette combinaison est révélée à l'ennemi par la faute d'un officier qui se laisse enlever ses dépêches. — Les Russes se retirent à temps. — Napoléon les poursuit à outrance. — Combats de Waltersdorf et de Hoff. — Les Russes, ne pouvant fuir plus long-temps, s'arrêtent à Eylau, résolus à livrer bataille. — L'armée française, mourant de faim et réduite d'un tiers par les marches, aborde l'armée russe, et lui livre à Eylau une bataille sanglante. — Sang-froid et énergie de Napoléon. — Conduite héroïque de la cavalerie française. — L'armée russe se retire presque détruite; mais l'armée française, de son côté, a essuyé des pertes cruelles. — Le corps d'Augereau est si maltraité qu'il faut le dissoudre. — Napoléon poursuit les Russes jusqu'à Kœnigsberg, et, quand il s'est assuré de leur retraite au delà de la Prégel, reprend sa position sur la Vistule. — Changement apporté à l'emplacement de ses quartiers. — Il quitte la haute Vistule pour s'établir en avant de la basse Vistule, et derrière la Passarge, afin de mieux couvrir le siége de Dantzig. — Redoublement de soins pour le ravitaillement de ses quartiers d'hiver. — Napoléon, établi à Osterode dans une espèce de grange, emploie son hiver à nourrir son armée, à la recruter, à administrer l'Empire, et à contenir l'Europe. — Tranquillité d'esprit et incroyable variété des occupations de Napoléon à Osterode et à Finkenstein. 207 à 432
FRIEDLAND ET TILSIT.
Événements d'Orient pendant l'hiver de 1807. — Le sultan Sélim, effrayé des menaces de la Russie, réintègre les hospodars Ipsilanti et Maruzzi. — Les Russes n'en continuent pas moins leur marche vers la frontière turque. — En apprenant la violation de son territoire, la Porte, excitée par le général Sébastiani, envoie ses passe-ports au ministre de Russie, M. d'Italinski. — Les Anglais, d'accord avec les Russes, demandent le retour de M. d'Italinski, l'expulsion du général Sébastiani, et une déclaration immédiate de guerre contre la France. — Résistance de la Porte et retraite du ministre d'Angleterre, M. Charles Arbuthnot, à bord de la flotte anglaise à Ténédos. — L'amiral Duckworth, à la tête de sept vaisseaux et de deux frégates, force les Dardanelles sans essuyer de dommage, et détruit une division navale turque au cap Nagara. — Terreur à Constantinople. — Le gouvernement turc, divisé, est près de céder. — Le général Sébastiani encourage le sultan Sélim, et l'engage à simuler une négociation, pour se donner le temps d'armer Constantinople. — Les conseils de l'ambassadeur de France sont suivis, et Constantinople est armée en quelques jours avec le concours des officiers français. — Des pourparlers s'engagent entre la Porte et l'escadre britannique mouillée aux îles des Princes. — Ces pourparlers se terminent par un refus d'obtempérer aux demandes de la légation anglaise. — L'amiral Duckworth se dirige sur Constantinople, trouve la ville armée de trois cents bouches à feu, et se décide à regagner les Dardanelles. — Il les franchit de nouveau, mais avec beaucoup de dommage pour sa division. — Grand effet produit en Europe par cet événement, au profit de la politique de Napoléon. — Quoique victorieux, Napoléon, frappé des difficultés que la nature lui oppose en Pologne, se rattache à l'idée d'une grande alliance continentale. — Il fait de nouveaux efforts pour pénétrer le secret de la politique autrichienne. — La cour de Vienne, en réponse à ses questions, lui offre sa médiation auprès des puissances belligérantes. — Napoléon voit dans cette offre une manière de s'immiscer dans la querelle, et de se préparer à la guerre. — Il appelle sur-le-champ une troisième conscription, tire de nouvelles forces de France et d'Italie, crée avec une promptitude extraordinaire une armée de réserve de cent mille hommes, et donne communication de ces mesures à l'Autriche. — État florissant de l'armée française sur la basse Vistule et la Passarge. — L'hiver, long-temps retardé, se fait vivement sentir. — Napoléon profite de ce temps d'inaction pour entreprendre le siége de Dantzig. — Le maréchal Lefebvre chargé du commandement des troupes, le général Chasseloup de la direction des opérations du génie. — Longs et difficiles travaux de ce siége mémorable. — Les deux souverains de Prusse et de Russie se décident à envoyer devant Dantzig un puissant secours. — Napoléon, de son côté, dispose ses corps d'armée de manière à pouvoir renforcer le maréchal Lefebvre à l'improviste. — Beau combat livré sous les murs de Dantzig. — Derniers travaux d'approche. — Les Français sont prêts à donner l'assaut. — La place se rend. — Ressources immenses en blé et en vin trouvées dans la ville de Dantzig. — Le maréchal Lefebvre créé duc de Dantzig. — Le retour du printemps décide Napoléon à reprendre l'offensive. — La reprise des opérations fixée au 10 juin 1807. — Les Russes préviennent les Français, et dirigent, le 5 juin, une attaque générale contre les cantonnements de la Passarge. — Le maréchal Ney, sur lequel s'étaient portés les deux tiers de l'armée russe, leur tient tête avec une intrépidité héroïque, entre Guttstadt et Deppen. — Ce maréchal donne le temps à Napoléon de concentrer toute l'armée française sur Deppen. — Napoléon prend à son tour une offensive vigoureuse, et pousse les Russes l'épée dans les reins. — Le général Benningsen se retire précipitamment vers la Prégel, en descendant l'Alle. — Napoléon marche de manière à s'interposer entre l'armée russe et Kœnigsberg. — La tête de l'armée française rencontre l'armée russe campée à Heilsberg. — Combat sanglant livré le 10 juin. — Napoléon, arrivé le soir à Heilsberg avec le gros de ses forces, se prépare à livrer le lendemain une bataille décisive, lorsque les Russes décampent. — Il continue à manœuvrer de manière à les couper de Kœnigsberg. — Il envoie sa gauche, composée des maréchaux Soult et Davout, sur Kœnigsberg, et avec les corps des maréchaux Lannes, Mortier, Ney, Bernadotte et la garde, il suit l'armée russe le long de l'Alle. — Le général Benningsen, effrayé pour le sort de Kœnigsberg, veut courir au secours de cette place, et se hâte de passer l'Alle à Friedland. — Napoléon le surprend, le 14 au matin, au moment où il passait l'Alle. — Mémorable bataille de Friedland. — Les Russes, accablés, se retirent sur le Niémen, en abandonnant Kœnigsberg. — Prise de Kœnigsberg. — Armistice offert par les Russes, et accepté par Napoléon. — Translation du quartier général français à Tilsit. — Entrevue d'Alexandre et de Napoléon sur un radeau placé au milieu du Niémen. — Napoléon invite Alexandre à passer le Niémen, et à fixer son séjour à Tilsit. — Intimité promptement établie entre les deux monarques. — Napoléon s'empare de l'esprit d'Alexandre, et lui fait accepter de vastes projets, qui consistent à contraindre l'Europe entière à prendre les armes contre l'Angleterre, si celle-ci ne veut pas consentir à une paix équitable. — Le partage de l'empire turc doit être le prix des complaisances d'Alexandre. — Contestation au sujet de Constantinople. — Alexandre finit par adhérer à tous les projets de Napoléon, et semble concevoir pour lui une amitié des plus vives. — Napoléon, par considération pour Alexandre, consent à restituer au roi de Prusse une partie de ses États. — Le roi de Prusse se rend à Tilsit. — Son rôle entre Alexandre et Napoléon. — La reine de Prusse vient aussi à Tilsit, pour essayer d'arracher à Napoléon quelques concessions favorables à la Prusse. — Napoléon respectueux envers cette reine malheureuse, mais inflexible. — Conclusions des négociations. — Traités patents et secrets de Tilsit. — Conventions occultes restées inconnues à l'Europe. — Napoléon et Alexandre, d'accord sur tous les points, se quittent en se donnant d'éclatants témoignages d'affection, et en se faisant la promesse de se revoir bientôt. — Retour de Napoléon en France, après une absence de près d'une année. — Sa gloire après Tilsit. — Caractère de sa politique à cette époque. 433 à 678
FIN DE LA TABLE DU SEPTIÈME VOLUME.