WeRead Powered by ReaderPub
Histoire littéraire d'Italie (3/9) cover

Histoire littéraire d'Italie (3/9)

Chapter 13: CHAPITRE XXI.
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

The work offers a chronological literary history of Italy built from biographical sketches, critical readings, and lists of writings, with chapters that examine individual authors in context. One chapter devoted to Boccaccio traces his mercantile family background, early poetic gift, interrupted commercial apprenticeship, classical and humanistic studies, travels and prolonged stay in Naples, and relationships with contemporary poets. It surveys his diverse output—Latin treatises and eclogues, Italian poetry, prose romances, a life of Dante, and a commentary on the Divine Comedy—and assesses his distinctive talents while placing him alongside other fourteenth-century figures who followed different artistic paths.

Élevé dans le sein d'une chaste héroïne,
Je n'ai point de son sang démenti l'origine.
Note 508: (retour) Angelo Fabroni, Laurenti Medicis magnifici Vita. Pise, 1784, in-4., William Roscoë, the Life of Lorenzo de' Medici, etc.

Quant aux qualités physiques, on vante ses formes athlétiques et prononcées. On avoue qu'il manquait de grâces, que sa figure était commune, sa vue faible, sa voix rude, et que la nature lui avait refusé le sens de l'odorat; mais elle avait mis dans son ame une élévation, dans son esprit une pénétration et une étendue qui perçait à travers ces désavantages. Il se livrait avec beaucoup d'ardeur aux exercices qui augmentent la force, donnent de la souplesse et affermissent le courage. L'équitation, la chasse, les joutes et les tournois faisaient ses délices, autant que la philosophie, la littérature et la poésie. Il réussissait également à tout ce qu'il voulait entreprendre. Il n'avait pas encore dix-sept ans à la mort de son aïeul, et, dès ce moment, il prit part à l'administration des affaires. Pierre de Médicis, toujours languissant et souffrant, l'appela dès-lors à ce partage, et eut, dans plusieurs occasions, à se louer également de son courage et de sa capacité.

Les Florentins s'étaient vus forcés de soutenir contre Venise une guerre qui pouvait leur être funeste. De premières hostilités dont le succès fut balancé, leur donnèrent les moyens de négocier la paix. Ils l'obtinrent. Elle fut célébrée par des fêtes qui ranimèrent en eux le goût de ces brillants spectacles. Quelque temps après, Laurent parut dans un tournoi, et son frère Julien dans un antre 510 . Tous deux y donnèrent des preuves d'adresse et d'intrépidité. Laurent remporta le prix, qui était un casque d'argent surmonté d'une figure de Mars. C'était lui-même qui donnait cette fête pour le mariage d'un de ses amis 511 . Elle lui coûta dix mille florins. Il y parut avec cette magnificence, attribut inséparable de son caractère et de son nom. Ces deux tournois font époque dans l'histoire poétique d'Italie, par deux poëmes dont ils furent l'occasion. La victoire de Laurent fut célébrée en vers par Luca Pulci, frère de ce Pulci que nous verrons bientôt entrer le premier dans la carrière de la poésie épique. Celle de Julien le fut par un jeune poëte dont c'était peut-être le premier essai en langue italienne, et dont le poëme, resté imparfait, est encore aujourd'hui cité parmi les chefs-d'œuvre de cette langue. Ce poëte naissant, qui fut ensuite un philosophe et un littérateur célèbre, était Ange Politien.

Note 511: (retour) Eracelo Martello.

Il était né, le 24 juillet 1454 512, à Monte Palciano ou Poliziano, petite ville du territoire de Florence. Il substitua poétiquement ce nom à son nom de famille, et s'appela Poliziano, au lieu de s'appeler Ambrogini, comme son père. Ce père était docteur en droit, et assez pauvre. Il avait envoyé son fils achever ses études à Florence. Ange Politien apprit la langue grecque d'Andronicus de Thessalonique, le latin de Christophe Landino, la philosophie platonicienne de Marsile Ficin, et la péripatétique de Jean Argyropile. Tous ces maîtres distinguèrent bientôt en lui une aptitude singulière et une grande supériorité d'esprit. Il préférait la poésie à tout le reste; et la traduction d'Homère en vers latins, à laquelle il travaillait dès-lors, qu'il acheva dans la suite, et qui malheureusement s'est perdue, l'absorbait tout entier. Des épigrammes latines et grecques publiées les unes à treize ans, les autres avant dix-sept, n'étonnèrent pas moins ses professeurs que ses compagnons d'étude; mais ce qui lui fit le plus d'honneur ce furent ses Stances sur la joute de Julien de Médicis. Il saisit cette occasion de se faire connaître de Laurent, regardé dès-lors comme le chef de sa famille et de la république; il lui dédia son poëme, quoique Julien en fût le héros. Le goût délicat et déjà formé de Laurent fut singulièrement frappé de cette composition, supérieure, à tout ce qu'on avait écrit en vers italiens depuis long-temps. Il accueillit Politien, le logea dans son palais; se chargea de pourvoir à tous ses besoins, et en fit le compagnon assidu de ses travaux et de ses études.

Note 512: (retour) Tiraboschi, t. VI, part. II, p. 333.

La poésie était alors ce qui l'occupait principalement. Une jeune personne de la famille des Donati 513 était l'objet d'une passion poétique qui lui dictait des vers, quelquefois comparables à ceux de Pétrarque 514. Cela ne l'empêcha point de former, pour obéir à son père, un mariage avec Clarice, de la noble et puissante famille des Orsini. Il l'avait épousée depuis environ six mois, lorsque Pierre mourut, et laissa son fils maître de tout ce qu'il avait reçu de Cosme, et dont il avait conservé intact, et même augmenté le dépôt. Les funérailles de cet homme, qui laissait en héritage tant de richesses et tant de puissance, furent très-simples: «Un convoi magnifique, dit l'historien Ammirato 515, aurait pu exciter l'envie du peuple contre ses successeurs, et à qui il importait beaucoup plus d'être puissants que de le paraître.»

Note 513: (retour) Elle se nommait Lucretia.
Note 514: (retour) Nous reviendrons sur ces poésies de Laurent, ainsi que sur le poëme de Politien et sur celui de Luca Pulci.
Note 515: (retour) Istor. Fior., vol. III, p. 106.

Dès que Laurent se fut mis en possession de sa fortune, de la direction des affaires publiques, et de celles de son temps, il s'occupa de consolider et d'accroître encore la première par le commerce et par la culture des terres; de devenir de plus en plus maître de la seconde par son application, sa munificence et sa popularité, de donner tout ce qu'il pourrait du troisième à son goût pour les arts, à la société des savants et des artistes; enfin de ne rien épargner pour leur encouragement. Bientôt ses libéralités éclairées, et peut-être plus encore son affabilité pleine d'égards, rassemblèrent autour de lui ce qu'il y avait de plus distingué en Italie, dans les arts et dans les lettres. Il avait quelquefois l'adresse de se faire choisir par ses concitoyens, pour opérer le bien qu'il leur inspirait le désir de faire, et il prenait sur sa fortune de quoi remplir leurs intentions. C'est ainsi que l'Université de Pise, étant tombée dans une entière décadence, son rétablissement, qui importait aux Florentins, fut résolu. Laurent fut nommé, avec quatre autres citoyens, pour l'exécution de ce projet. Il se transporta avec eux à Pise, aplanit, par ses dons, toutes les difficultés, ajouta, de son bien, des sommes considérables aux six mille florins annuels qu'avait accordés la république, rétablit l'Université sur le pied le plus respectable, et vint rendre compte avec simplicité, à la seigneurie de Florence, de l'exécution d'un plan dont elle se doutait à peine qu'il fût l'auteur.

La philosophie platonicienne était toujours une de ses études favorites; l'académie fondée par son aïeul, et dirigée par Marsile Ficin, devint l'objet de sa sollicitude particulière. Il voulut renouveler, en l'honneur de Platon, la fête annuelle qui s'était célébrée dans l'antiquité, depuis la mort de ce philosophe jusqu'au temps de ses disciples, Plotin et Porphyre, et qui était interrompue depuis douze cents ans. Cette célébration se fit, avec beaucoup de solennité, à Florence et à la terre de Careggi le même jour. Elle subsista pendant plusieurs années, et ne contribua pas peu à donner à la philosophie platonicienne le surcroît de crédit dont elle jouit en Italie à la fin de ce siècle.

La conjuration des Pazzi vint troubler ces nobles jouissances. Cette famille ambitieuse, mécontente de voir celle des Médicis prendre, dans la république, l'ascendant qu'elle y voulait avoir elle-même, fut engagée dans cette conspiration par le pape Sixte IV, et par son neveu Jérôme Riario. Le jeune cardinal Riario, neveu de ce Jérôme, Salviati, archevêque de Pise, quelques prêtres, un secrétaire apostolique, et plusieurs Florentins mécontents, parmi lesquels on remarque Jacques Bracciolini, fils du célèbre Poggio, furent leurs complices. Le coup qui devait frapper les deux frères fut porté le dimanche 516, dans l'église de la Riparata, en présence du cardinal, pendant la messe, et au moment de l'élévation de l'hostie. Julien tomba percé de coups; Laurent, quoique blessé, eut le temps de se mettre en défense, de résister jusqu'à ce qu'il fût secouru par ses amis, arraché des mains des assassins, et reconduit à son palais. L'archevêque fut pendu dans ses habits pontificaux; la plupart des conjurés eurent le même sort; le cardinal, saisi par le peuple, ne dut sa vie qu'à l'intercession de Laurent. Il eut une telle frayeur, qu'il conserva toute sa vie cette pâleur livide, qui est la couleur de la crainte et celle du crime. Le pape, furieux que l'on eût manqué sa principale victime, emprisonné un cardinal et pendu un archevêque, excommunia Laurent, le gonfalonnier et les autres magistrats de la république, l'un, sans doute, pour ne s'être pas laissé tuer, l'autre pour avoir prévenu l'entière consommation du crime, et pour l'avoir puni.

Note 516: (retour) 26 Avril 1478. Voyez sur l'une des causes de la conjuration des Pazzi, Machiavel, Discorsi, l, III, c. 6, t. II, p. 443, sur ce qui la fit manquer, ibid., p. 456 et 458.

La guerre que l'implacable Sixte IV suscita contre Laurent plutôt que contre les Florentins, et qui menaçait d'embraser l'Italie, le parti magnanime que prit Laurent de se rendre, sans armes et presque sans suite à Naples, auprès du roi Ferdinand, l'un de ses plus ardents ennemis, et de négocier ainsi la paix pour sa patrie; le succès de cette ambassade extraordinaire, et le surcroît de puissance que tous ces événements procurèrent à Médicis, ne sont pas de mon sujet. Mais je dois rappeler ici l'excellent écrit de Politien sur cette conjuration des Pazzi, l'un des meilleurs et des plus élégants morceaux d'histoire écrits en latin moderne, et qui ne porte pas moins l'empreinte de son talent littéraire que de son tendre attachement pour ses bienfaiteurs.

Le retour de la paix rendit à Laurent ce calme dont il aimait à jouir dans le commerce des Muses. Il ne connaissait point de délassement plus doux, après les fatigues et le tumulte des affaires. La poésie ne l'intéressait pas moins que la philosophie; et, soit dans son palais à Florence, soit dans ses maisons de Fiésole ou de Careggi, sa société était aussi souvent composée des trois frères Pulci et de quelques autres poëtes, que de Pic de la Mirandole et de Marsile Ficin; s'il aimait Politien plus que tous les autres, c'est peut-être parce qu'il était à-la-fois poëte et philosophe. Il lui avait confié l'éducation de l'aîné de ses fils, et ne se séparait, pour ainsi dire, jamais ni de ses enfants ni de lui. Si l'on en croit Politien, ce n'était pas Laurent qui le consultait sur ses ouvrages, c'était Politien lui-même qui consultait avec fruit Laurent sur les siens. Dans cet âge plus mûr, Médicis traita souvent, dans ses vers, des sujets plus élevés et plus graves qu'il n'avait fait dans sa jeunesse. Quelques-unes de ses pièces roulent sur la philosophie platonicienne, et il possède l'art de la rendre aussi claire que ceux qui la traitaient en prose, la rendaient ordinairement obscure. Il offre, dans d'autres pièces, le premier modèle de la satire italienne; dans d'autres encore, il montre, pour la poésie descriptive et imitative, un talent qui n'appartient qu'aux grands poëtes. Enfin, quelques-unes de ses poésies sont de simples chansons, faites pour être chantées par le peuple, dans le délire des fêtes et des mascarades du carnaval. C'était un genre de spectacles que les Florentins aimaient avec passion: Laurent les servait selon leur goût. Il imaginait lui-même, pour ces sortes de fêtes, les déguisements les plus singuliers, composait des vers qui étaient récités par les masques, et des chansons qui étaient répétées par le peuple. Il engageait les poëtes les plus connus à en composer comme lui, mais les siennes étaient presque toujours les plus gaies et les plus piquantes. Enfin, on le voyait souvent, dans ces solennités joyeuses, descendre de son palais, venir se mêler, sur la place, aux danses populaires, chanter le premier une ronde qu'il venait de faire, pour réjouir les Florentins, et rentrer chez lui au milieu des applaudissements et des acclamations d'un peuple qui n'avait jamais été gouverné si gaîment.

Du sein de ces amusements il ne cessait point de tenir l'œil sur les affaires de la république, qui conservait toujours sa forme apparente, sur les affaires de son commerce, qui étaient immenses, et sur celles de l'Europe entière, qu'il embrassait par sa politique et par son commerce. Des troubles s'élevèrent; des guerres lui furent suscitées. Il fit tête à tous les orages, vint à bout de les calmer, et fit, par sa bonne administration, monter au plus haut degré la prospérité publique. Celle des lettres et des arts l'occupait sans cesse. La bibliothèque fondée par Cosme, accrue par Pierre, devint un des objets particuliers de ses soins. Il envoya dans toutes les parties du monde, pour y recueillir des manuscrits de toute espèce et dans toutes les langues savantes. Il fut admirablement secondé, dans ses recherches, par les savants dont il était environné, surtout par Pic de la Mirandole, et par son cher Politien. Je voudrais, disait-il, qu'ils me fournissent l'occasion d'acheter tant de livres, que ma fortune devînt insuffisante, et que je fusse obligé d'engager mes meubles pour les payer. Le Grec Jean Lascaris entreprit, à sa demande, un voyage dans l'Orient, et en rapporta un nombre considérable d'ouvrages très-rares et du plus grand prix. Il en fit un second, mais plusieurs années après, et vers la fin de la vie de Laurent, qui mourut avec le regret de ne le pas voir de retour. Ce qu'il y a de touchant dans ces soins que prenait Médicis, et dans les dépenses prodigieuses qu'il faisait pour rassembler ainsi des livres de toutes les parties du monde, c'est que c'était à l'amitié qu'il consacrait et ces soins et ces sacrifices. Son but unique était de former, pour Politien et pour Pic de la Mirandole, une collection si abondante, que rien ne pût manquer à leurs recherches d'érudition et à leurs travaux.

L'invention de l'imprimerie, qui se répandait alors en Toscane, ouvrit un nouveau champ à ses libéralités, et à cette insatiable activité qui le portait vers tout ce qui était grand et utile: il vit le parti qu'on en pourrait tirer pour multiplier et en même temps pour épurer les richesses littéraires. Il engagea plusieurs savants à collationner et à corriger les manuscrits des anciens auteurs, pour qu'ils fussent imprimés avec la plus grande correction. Christophe Landino, Politien, et plusieurs autres érudits, se livrèrent avec zèle à ce travail minutieux et difficile; et plusieurs bonnes éditions grecques et latines furent les fruits de leurs veilles et des encouragements de Médicis. L'immense travail que Politien entreprit et eut le courage d'achever, sur les Pandectes de Justinien, et qui le place parmi les plus habiles professeurs de la science du droit chez les modernes, lui fut encore, en quelque sorte, inspiré par Laurent, qui aplanit toutes les difficultés, procura tous les manuscrits, et prodigua tous les secours. Enfin, les savants Mélanges ou Miscellanea de Politien sont encore un résultat des études qu'il put faire dans la riche bibliothèque de son patron, des entretiens mêmes qu'ils avaient en se promenant ensemble à cheval, promenades que Laurent préférait aux cavalcades et aux pompes les plus brillantes; et ce recueil, précieux pour l'érudition, fut imprimé à sa prière et à ses frais.

Les sciences ne lui devaient pas moins que les lettres. Les unes et les autres se trouvaient réunies dans l'académie platonicienne. On y examinait, on y réfutait librement les rêveries de l'astrologie judiciaire. On commençait à substituer l'expérience et l'observation à la routine et aux hypothèses. Une horloge astronomique, d'une construction savante, était construite pour Laurent 517. Plusieurs traités de philosophie et de métaphysique lui furent dédiés par leurs auteurs. La médecine lui dut en partie les grands progrès qu'elle fît alors. À son exemple, d'autres citoyens riches et puissants consacrèrent aux sciences et aux lettres des dépenses considérables et d'immenses libéralités, et le nombre prodigieux d'ouvrages dans tous les genres qui parurent à Florence à cette époque, atteste quel fut, sur l'émulation publique, l'effet de la munificence de Laurent, et celui de ses exemples.

Note 517: (retour) Voy. sur cette machine ingénieuse de Lorenzo Volpaja, Politien, ép. 8, l. IV.

Son zèle fut le même pour les arts. Quoiqu'ils eussent déjà fait quelques progrès à Florence, c'est à lui surtout qu'ils durent une existence nouvelle et un plus grand essor. Sachant que le moyen le plus sûr de stimuler les talens de ceux qui vivent est d'honorer la mémoire des talents qui ne sont plus, il fit élever au célèbre peintre Giotto un buste de marbre dans l'église de Santa-Maria del Fiore. Il voulut obtenir des habitants de Spolète les cendres de leur compatriote Filippo Lippi, et lui faire ériger, dans la même église, un mausolée; sur leur refus, qui les honore autant que l'artiste, Laurent fit ériger ce monument à Spolète même, par Filippo le jeune, sculpteur habile, fils du peintre. Politien fit, en beaux vers latins, des inscriptions pour ces deux monuments. Alors, Antonio Pollajuolo, Domenico Ghirlandajo, Baldovinetti, Luca Signorelli, se distinguèrent à la fois. La sculpture rivalisa d'émulation et de progrès avec la peinture. Dès le commencement de ce siècle, Donatello et Ghiberti avaient beaucoup perfectionné cet art. Ce fut sous la direction de Donatello que Cosme de Médicis commença cette grande collection de morceaux de sculpture antique, premier noyau de la célèbre galerie de Florence, et dont la valeur fut estimée, après sa mort, à plus de 28,000 florins. Son fils Pierre l'augmenta considérablement. Laurent l'enrichit, après eux, des morceaux les plus précieux et les plus rares; et il leur donna une destination nouvelle, qui fut une inspiration du génie des arts et un bienfait public. Il fit disposer une partie de ses jardins de manière à servir d'école pour l'étude de l'antique, et fit placer dans les bosquets, dans les allées et dans les bâtiments, des statues, des bustes et d'autres ouvrages de l'art. Il donna la surintendance de ces objets au sculpteur Bertoldo, élève de Donatello, déjà avancé en âge, et pour qui ce fut une honorable retraite. Il payait aux jeunes gens sans fortune, qui se sentaient le goût des arts, et qui venaient étudier dans cette grande école, des appointements suffisants pour les soutenir dans leurs études, et fonda des prix considérables pour récompenser leurs progrès. C'est à cette institution qu'il faut attribuer l'éclat surprenant que jetèrent tout à coup les beaux-arts vers la fin du quinzième siècle, et qui se répandit rapidement de Florence dans tout le reste de l'Europe. C'est à cette institution que l'on doit ce que l'histoire des arts offre peut-être de plus sublime, puisqu'on lui doit Michel-Ange.

Issu d'une famille noble, mais peu riche, Michel-Ange Buonarotti avait été placé, par son père, à l'école de Ghirlandajo. À la demande de Laurent, deux des élèves de ce peintre furent choisis pour venir continuer leurs études dans ses jardins. Le jeune Michel-Ange fut un de ces deux élèves; et ce fut là qu'à l'aspect des chefs-d'œuvre antiques, en les copiant dans ses dessins, en modelant en terre glaise d'après ces admirables modèles, il sentit naître en lui ces grandes et sublimes idées qui se développèrent ensuite sous son pinceau, sous son ciseau, et dans ses plans d'architecture. La grande réforme qu'il opéra dans les arts eut pour origine son admission dans les jardins de Médicis. Laurent, charmé de ses progrès rapides, des premiers essais qu'il fit de son talent, et du génie que sa conversation annonçait comme ses ouvrages, fit venir le père, lui annonça que dorénavant il se chargeait de son fils, et pourvut même généreusement aux besoins du vieillard et de sa nombreuse famille. Michel-Ange, devenu le commensal de Laurent, fut dès-lors, dans son palais, comme l'étaient les savants et les artistes célèbres, sur le pied de l'égalité la plus parfaite, mangeant avec eux à sa table, où, par une règle peu suivie, et qui devrait toujours l'être, les distinctions, les cérémonies, l'étiquette, étaient abolies; où chacun prenait place au hasard, était servi selon son goût, parlait ou se taisait à son gré. C'est ainsi que ce jeune artiste, destiné à être un si grand homme, se trouva tout de suite en relation avec l'élite des citoyens, des artistes et des gens de lettres de Florence; c'est là qu'il prit le goût de toutes les connaissances qui peuvent concourir à la perfection des arts; c'est dans le palais de Médecis qu'il passait ses instants de loisir à étudier les camées, les médailles, les pierres précieuses dont Laurent possédait une collection immense; c'est là aussi qu'il s'unit d'amitié avec plusieurs savants, qui ouvrirent à son génie les trésors de l'érudition et de la science. La nature avait tant fait pour lui, qu'indépendamment de ces secours, il se fût sans doute élevé très-haut dans les arts; mais, qui peut savoir cependant toute l'influence qu'eurent sur un si beau génie, les études qu'il fit, les liaisons qu'il forma, les traitements mêmes qu'il reçut dans le palais de Médicis?

Cosme avait déjà embelli Florence de magnifiques édifices: Laurent voulut le surpasser. Il avait, de plus que son grand-père, une connaissance de l'art presque égale à celle des artistes les plus habiles. La réputation de son goût en architecture était si généralement établie, que le duc de Milan, le roi de Naples, et Philippe Strozzi, égal aux rois en magnificence, ne voulurent point bâtir de palais sans avoir reçu de lui des directions et des avis. Cependant, lorsqu'il en fit bâtir un lui-même à Poggio Cajano, il fit concourir, pour les plans de ce palais, les artistes les plus habiles de Florence; il se décida pour celui de Giuliano, architecte alors peu connu, devenu depuis célèbre sous le nom de San Galio 518, et dont cet édifice commença la réputation et la fortune. Indépendamment d'un monastère et de plusieurs autres monuments qu'il entreprit, Laurent eut la gloire d'en achever plusieurs qui avaient été commencés par ses ancêtres, entre autres l'église de Saint-Laurent, et le monastère de Fiésole. La mosaïque, la gravure en pierres fines, à la manière antique, toutes les parties des arts du dessin reçurent, de sa munificence et de son goût, une impulsion générale qui se répandit par imitation dans toute l'Italie, et de là dans l'Europe entière.

Note 518: (retour) Ce nom lui fut donné à cause d'un monastère que Laurent lui fit bâtir à Florence, auprès de la porte de San-Gallo.

D'après un inventaire dressé à la mort de Laurent de Médecis, frère de Cosme l'Ancien, plus jeune que lui de quatre ans, la fortune de chaque frère montait alors à 235,157 florins d'or.

Vingt-neuf ans après, 1469, il se fit un autre inventaire de l'héritage de Pierre, fils de Cosme, et sa fortune montait alors à 237,983 florins; elle n'avait donc, à peu près, ni augmenté ni diminué.

Les bénéfices de commerce, calculés à 20% sur ce capital, ne sont que de 46,000 florins. Le florin a été constamment la huitième partie d'une once d'or, ou la soixante-quatrième du marc, tandis que le louis d'or neuf en était la trente-deuxième. (V. Ricordi di Lorenzo de Médici Roscoë append., l. III, p. 41, 44.)

La maison de Médicis avait dépensé depuis 1434 jusqu'en 1471, en bâtimens, aumônes et impositions, 663,755 florins d'or, équivalant, poids pour poids, à 7,965,060 fr., et d'après la proportion qui existait à cette époque entre le prix des métaux précieux et celui du travail, à environ 32,000,000 de francs. (Ibid., p. 45.)

On ne peut enfin ne pas admirer de combien de manières Laurent de Médicis pouvait être grand sans avoir besoin d'être, comme il le fut, un grand homme d'état. Cependant sa santé dépérissait, son goût pour le repos augmentait en proportion de ses infirmités. Il était obligé de s'absenter souvent de Florence, d'aller aux bains chauds de Sienne et de Porretane, de passer plusieurs mois à la campagne, loin de toute occupation. Alors il forma des projets de retraite, que la mort ne lui permit pas de réaliser. Une attaque de ses incommodités habituelles, auxquelles se joignit une fièvre lente, le conduisit en peu de temps au tombeau. Il se fit transporter à Careggi, où le fidèle Politien le suivit. Il regretta de n'y pas voir son autre ami Pic de la Mirandole. Politien le fit appeler, il vint, et les derniers moments de Laurent furent adoucis par leurs entretiens. Il mourut pour ainsi dire entre leurs bras 519, à l'âge de quarante-quatre ans, en remplissant tous les devoirs d'un homme religieux, et avec la résignation et la tranquillité d'un sage.

La fin de ce siècle si brillant, surtout à Florence, par les progrès des lettres et des arts, n'offre pas, dans tous les autres états de l'Italie, le même spectacle. Il s'y rassemblait des orages qui éclatèrent enfin sur Florence même. Quelques princes protégeaient encore les sciences; mais le plus grand nombre était occupé d'intrigues ambitieuses et sanglantes; et si l'impulsion n'avait pas été donnée dès le commencement par des gouvernements placés dans des circonstances plus heureuses, ce siècle qui jeta un grand éclat, et qui surtout posa les fondements solides de la gloire des siècles suivants, ne leur eût peut-être transmis que des désastres et de la honte. Rome et Milan exercèrent la plus forte influence sur ce funeste changement.

Après des papes amis des lettres et des lumières, tels que Nicolas V et Pie II, on avait vu le farouche Paul II négliger les savants, les persécuter, les proscrire, prendre pour des conspirations les réunions les plus innocentes, incarcérer et torturer une académie entière. Sixte IV, qui présida du haut du Vatican à l'assassinat des Médicis, occupé d'établir splendidement ses fils qu'il appelait ses neveux, et d'agiter l'Italie par ses intrigues, se montra généreux envers le savant Filelfo, fit bâtir de pompeux édifices, accrut et rendit publique la bibliothèque du Vatican; on l'accuse cependant d'une avarice sordide, qui ne s'accorde pas mieux que ses autres vices avec l'amour des lettres. Il la porta au point de refuser aux professeurs de l'Université de Rome le modique salaire qu'il leur avait promis. Le réformateur ou directeur de ce collège lui ayant fait de vives instances pour qu'il payât ses professeurs: Ne sais-tu pas, lui répondit le pape, que je leur ai promis cet argent avec l'intention de ne le leur pas payer? L'autre protesta qu'il n'en savait rien. Si ce n'est pas à toi, reprit naïvement le Saint-Père, c'est donc à Sébastien Ricci que je l'ai dit 520. Le faible Innocent VIII ne fit à peu près rien ni pour ni contre les lettres; Alexandre VI lui succéda; son nom rappelle tout ce qu'il y a de plus affreux sur la terre. La justice s'est en quelque sorte épuisée à flétrir sa mémoire; et si l'on ne veut pas se condamner à des répétitions éternelles, on ne doit plus parler de lui que lorsqu'on aura trouvé quelque bien à en dire.

Note 520: (retour) Journal de Stefano Infessura, dans le Recueil de Muratori, Scrip. Rer. ital., vol. III, part. II, p. 1054.

Quelle que fût l'origine du pouvoir des Sforce devenus souverains de Milan, le règne de François Sforce fut signalé par l'encouragement des lettres. Il sembla vouloir rivaliser avec les Médicis et avec les princes de la maison d'Este par les distinctions qu'il accorda aux savants, l'asyle généreux qu'il ouvrit aux Grecs chassés de leur patrie, le nombre de littérateurs, de poëtes et d'artistes qu'il s'efforça de rassembler à Milan et d'attirer à sa cour. Son fils aîné, Galéaz-Marie, ne lui succéda que pour se rendre odieux, et provoqua, par l'excès de ses vices, les poignards dont il fut percé. Il laissait après lui un enfant 521 et pour veiller sur cet enfant un frère ambitieux, fourbe et cruel. Jean-Galéaz-Marie disparut, et son oncle, Louis-le-Maure, prit sa place, les mains, pour ainsi dire, encore teintes de son sang. Parvenu à la puissance par un crime, il voulut le faire oublier par l'éclat des lettres et des arts. Les plus fameux architectes, les plus grands peintres furent appelés auprès de lui; on y vit accourir à la fois le Bramante et Léonard de Vinci. La magnifique Université de Pavie fut bâtie et dotée; Milan se remplit d'écoles de tout genre, de professeurs, de savants. Le duc lui-même cultivait les lettres au milieu des affaires du gouvernement et des projets d'une ambition effrénée; mais les suites de cette ambition même, et la passion de se venger d'un roi qui l'avait désapprouvée 522, renversèrent ce brillant édifice, livrèrent l'état de Milan, celui de Naples et l'Italie entière aux armes d'un prince étranger. Charles VIII, appelé par Louis Sforce, traversa l'Italie en vainqueur, s'élança vers le royaume de Naples, le conquit, pour retraverser le même pays presque en fugitif, entouré d'ennemis qu'avait rassemblés contre lui ce même Louis qui l'y avait fait descendre. Cette expédition de Charles VIII amena celle de Louis XII, et pour Louis Sforce la perte du Milanais et de la liberté.

Note 521: (retour) Jean-Galéaz-Marie.
Note 522: (retour) Le vieux roi de Naples Ferdinand l'avait pressé de remettre le gouvernement à son neveu; ce fut pour s'en venger que Louis-le-Maure appela à la conquête du royaume de Naples Charles VIII, qui ne trouva plus Ferdinand, mais son fils Alphonse sur ce trône, d'où il le renversa.

La guerre qu'il avait provoquée eut pour Milan, pour la Lombardie et pour Naples, les suites les plus désastreuses; les sciences et les lettres se turent au bruit des armes; la violence militaire dispersa les savants; le pillage détruisit ou dissipa les trésors littéraires, et nulle part ces excès ne se commirent avec plus de fureur qu'au lieu où ils pouvaient faire le plus de mal, à Florence, dans le sanctuaire des Muses, dans le palais des Médicis. Après la mort de Laurent, Pierre son fils avait hérité de tout ce qu'il laissait après lui, mais non de son habilité, de ses talents ni de ses vertus. Il fut bientôt haï et méprisé des Florentins, dont son père était l'idole. Dans la position difficile où le mit l'approche de Charles VIII et de son armée, il ne fit que des fautes, et les paya cruellement. Obligé de s'enfuir à Venise, il laissa Florence et le palais de ses pères à la discrétion du vainqueur. Les troupes donnèrent un malheureux exemple qui ne fut que trop bien suivi par le peuple. Les Florentins crurent se venger de Pierre, en pillant des richesses qui étaient à eux autant qu'aux Médicis mêmes. Manuscrits dans toutes les langues, chefs-d'œuvre des arts, statues antiques, vases, camées, pierres précieuses, plus estimables encore par le travail que par la matière, tout fut dispersé, tout périt; et ce que Laurent et ses ancêtres avaient, à force de soins, d'assiduité, de richesses, accumulé dans un demi-siècle, fut dissipé ou détruit dans un seul jour 523.

Note 523: (retour) W. Roscoe, the Life of Lorenzo de' Medici, ch. i, pour certifier le fait de ce pillage, dont Guichardin, l. I, ne parle pas, cite Philippe de Commines, témoin oculaire, Mém. l. VII, ch. ix, et Bernardo Ruccellai, de Bella ital., qu'il a presque littéralement traduit. Ruccellai termine ainsi le récit de ce désastre: Hæc omnia magno conquisita studio, summisque parta opibus, et ad multum œvi in deliviis habita, quibus nihil nobilius, nihil Florentiæ quod magis visendum putaretur, uno puncta temporis in prædam cessere, tanta Gallorum avaritia, perfidiaque nostrorum fuit.

Florence, délivrée de Charles VIII et des Médicis, n'en redevint pas plus libre. Le moine Savonarole s'empara des esprits, y souffla ses visions fanatiques, au lieu des inspirations de la liberté, devint le maître, et tomba du faîte du pouvoir dans le bûcher allumé par ses partisans mêmes. Pierre de Médicis essaya plusieurs fois inutilement de rentrer à Florence. Après dix ans d'une vie errante et malheureuse, il se mit au service des Français, dans leur seconde expédition de Naples, et lorsqu'ils furent défaits aux bords du Gariglian, il se noya misérablement dans ce fleuve. Nous verrons dans la suite ce que devint la malheureuse Florence, et comment les lettres et les arts, qui en avaient été comme bannis, retrouvèrent à Rome un protecteur plus puissant et plus heureux, dans un pape, frère de Pierre et fils de Laurent, très-mauvais chef de l'église, mais digne, comme souverain, de servir de modèle, et qui fut doublement le bienfaiteur de l'esprit humain, en encourageant, en favorisant de tous ses moyens et de toute sa puissance, les lettres et les arts qui l'éclairent et l'honorent, et en contribuant, par l'excès et par l'abus même, à le guérir en partie de la superstition qui l'aveugle et l'avilit.




CHAPITRE XXI.

Suite des travaux de l'érudition pendant le quinzième siècle; Antiquités, Histoires générales et particulières; Poésie latine; Poëtes latins trop nombreux; Couronne poétique prodiguée et avilie.


On ne se borna pas, dans ce siècle de l'érudition, à la recherche des anciens, à l'étude de leurs langues, à la propagation et à l'interprétation de leurs chefs-d'œuvre; on y joignit la recherche et la découverte des antiquités, des médailles, des monuments antiques. On en formait des collections, on expliquait les inscriptions, on s'en servait pour l'intelligence des auteurs, et les auteurs servaient à leur tour à expliquer les monuments.

L'un des premiers à employer cette méthode fut Flavio Biondo ou Flavius Blondus, né à Forli en 1388 524. On a peu de détails certains sur les premières époques de sa vie. Il était encore jeune lorsqu'il fut envoyé à Milan par ses concitoyens pour traiter de quelques affaires. Il paraît qu'en 1430 il était chancelier du préteur de Bergame, et que quatre ans après il fut secrétaire du pape Eugène IV; il le fut aussi des trois successeurs d'Eugène, mais il ne les accompagna pas toujours. Il voyagea dans plusieurs villes d'Italie, s'appliquant partout à la recherche et à l'explication des antiquités. Il était marié, ce qui l'empêcha de tirer parti de sa place pour s'avancer dans la carrière ecclésiastique; et lorsqu'il mourut à Rome en 1463, il laissa cinq fils très instruits dans les lettres, mais sans fortune.

Note 524: (retour) Tiraboschi, t. VI, part. II, p. 3.

Le séjour de plusieurs années qu'il fit à Rome, et son application à en étudier les anciens monuments, lui fit naître l'idée de publier une description aussi exacte qu'il le pourrait de la situation des édifices, des portes, des temples et des autres grands débris de Rome antique, qui existaient encore en partie, ou qui avaient été rétablis. C'est ce qu'il exécuta dans un ouvrage en trois livres, intitulé Rome renouvelée 525, dans lequel il déploya une érudition prodigieuse pour le temps. Il en montra peut-être encore davantage dans sa Rome triomphante 526, où il entreprît de décrire fort en détail les lois, le gouvernement, la religion, les cérémonies, les sacrifices, l'état militaire, les guerres de l'ancienne république romaine. Un troisième ouvrage embrasse l'Italie entière, sous le titre de l'Italie expliquée 527, la fait voir divisée en quatorze régions, comme elle l'était anciennement, et développe l'origine et les révolutions de chaque province et de chaque ville. On a encore du même auteur un livre de l'Histoire de Venise 528. Il entreprit enfin un plus grand ouvrage, qui devait comprendre l'Histoire générale depuis la décadence de l'empire romain jusqu'à son temps; il le divisa par décades, à l'imitation de Tite-Live; il en avait composé trois et le premier livre de la quatrième; la mort l'empêcha d'aller plus loin, et cet ouvrage imparfait est resté en manuscrit dans la bibliothèque de Modène. Quant à ceux qui sont imprimés, ou y trouve peu d'élégance dans le style, et dans les faits des erreurs graves et fréquentes; mais ce sont les premières productions de ce genre qui aient paru; les défauts que l'on y remarque doivent être attribués à cette cause et au temps où vivait l'auteur, qui y donne d'ailleurs des preuves d'une érudition étendue et d'un immense travail.

Note 525: (retour) Romœ instauratœ, lib. III.
Note 526: (retour) Romœ triumphantis, lib. X.
Note 527: (retour) Italiœ illustratœ.
Note 528: (retour) De Origine et Gestis Venetorum.

La description de l'ancienne Rome devint alors l'objet des veilles de plusieurs auteurs, et entre autres d'un illustre florentin, Bernardo Ruccellai, l'un des meilleurs écrivains de ce siècle, et digne encore, à certains égards, de la réputation qu'il eut alors. Il naquit en 1449 529. Sa mère était fille du célèbre Pallas Strozzi, l'un des citoyens les plus puissants et les plus riches de Florence, et qui était, par son zèle à encourager les lettres, à rassembler des livres et des antiquités, le rival de Niccolo Niccoli et des Médicis eux-mêmes. Bernardo entra dès l'âge de dix-sept ans dans la famille de ces derniers, par son mariage avec Jeanne de Médicis, fille de Pierre, et sœur de Laurent. Jean Ruccellai son père, avec une magnificence royale, dépensa pour en célébrer la fête, une somme de trente-sept mille florins. Le jeune Bernardo, après son mariage, continua ses études avec la même ardeur qu'il y avait mise auparavant. Marsile Ficin avait pour lui une affection particulière. Après la mort de Laurent de Médicis, l'académie platonicienne trouva dans Bernardo un généreux protecteur. Il fit bâtir un palais magnifique, avec des jardins et des bosquets destinés aux conférences philosophiques de l'académie, et ornés des monuments antiques les plus précieux, qu'il avait rassemblés à grands frais.

Note 529: (retour) Tiraboschi, ub. supr., p. 9.

Son goût pour les lettres ne l'empêcha point de se livrer aux affaires publiques. Il fut élu, en 1480, gonfalonnier de justice. La république l'envoya, quatre ans après, son ambassadeur à Gènes, et lui confia encore trois ambassades, l'une auprès de Ferdinand, roi de Naples, et les deux autres auprès du roi de France Charles VIII. Il remplit divers emplois pendant les révolutions que Florence éprouva à la fin du siècle, et sa conduite ambiguë et partiale n'y fut pas généralement approuvée. Il mourut en 1514, et fut enterré dans l'église de Sainte-Marie-Nouvelle, dont il avait terminé, avec une magnificence extraordinaire, la façade, que son père avait commencée. Le principal ouvrage de Bernardo Ruccellai, a pour titre, De la ville de Rome 530. Il y a recueilli avec un soin extrême tout ce qui, dans les anciens auteurs, peut donner une idée des magnifiques édifices de cette capitale du monde. Ce livre est rempli d'érudition, de critique, écrit avec une élégance et une précision peu communes, et meilleur à tous égards que beaucoup d'autres qui ont paru depuis sur la même matière. Le nom de l'auteur est rendu en latin par celui d'Oricellarius; c'est pour cela que les jardins académiques de son palais furent si célèbres pendant long-temps sous le nom d'Orti Oricellarii. Son ouvrage n'a été publié à Florence que dans le dernier siècle 531. Il laissa de plus une histoire de la guerre de Pise, et une autre de la descente de Charles VIII en Italie, qui n'ont vu le jour qu'en 1733 532: enfin on a publié, en 1752, à Leipsick un petit Traité de lui sur les magistrats romains 533. Il cultiva aussi la poésie italienne. Dans le Recueil imprimé des Chants du carnaval (Canti carnascialeschi), il y en a un de lui qui porte le titre de Triomphe de la Calomnie.

Note 531: (retour) Dans le Recueil intitulé: Rerum ital. Scriptores Florentini, t. II, p. 755.
Note 532: (retour) Sous la date de Londres.
Note 533: (retour) De Magistratibus romanis. C'est le savant antiquaire Gori qui l'envoya de Florence à l'éditeur.

Le fameux Annius de Viterbe est un antiquaire du même temps, mais d'une autre espèce. Son nom était Jean Nanni, Nannius, et ce fut pour suivre la mode qui régnait alors, qu'il changea ce dernier nom en celui d'Annius. Né à Viterbe, vers l'an 1432 534, il entra fort jeune dans l'ordre des Dominicains. Il embrassa dans ses études non-seulement le grec et le latin, mais l'hébreu, l'arabe et les autres langues orientales. Ses succès dans la prédication commencèrent sa célébrité. Appelé de Gènes à Rome sous le pontificat de Sixte IV, il maintint son crédit à la cour romaine, même sous le méchant pape Alexandre VI, qui le nomma, en 1499, maître du sacré palais. Annius mourut environ trois ans après 535, âgé de soixante-dix ans.

Note 534: (retour) Tiraboschi, t. VI, part. II, p. 15.
Note 535: (retour) Le 13 novembre 1502.

Les deux premiers ouvrages qu'il publia firent une grande sensation, qu'ils durent en partie à la destruction récente de l'empire grec; c'est son Traité de l'Empire des Turcs 536, et celui qu'il intitula: Des Victoires futures des Chrétiens sur les Turcs et les Sarrasins 537. Mais ce qui lui a fait le plus de renommée en bien et en mal, c'est le grand recueil d'Antiquités diverses 538, qu'il publia à Rome en 1498, et qui ont été réimprimées plusieurs fois. Il prétendit avoir retrouvé et donner au monde savant les textes originaux de plusieurs historiens de la plus haute antiquité, tels que Berose, Manethon, Fabius Pictor, Myrsile, Archiloque, Caton, Megasthène, qu'il nomme Metasthène, et quelques autres, qui devaient jeter le plus grand jour sur la chronologie des premiers temps. Il les avait, disait-il, retrouvés dans un voyage qu'il avait fait à Mantoue pour accompagner le cardinal de S. Sixte; et, dans ses longs Commentaires, il en soutenait l'authenticité.

Note 536: (retour) Tractatus de imperio Turcarum, Gênes, 1471.
Note 537: (retour) De futuris Christianorum triumphis in Turcos et Saracenos, ad Xystum IV et omnes principes Christianos, Gênes, 1480, in-4. Cet ouvrage est divisé en trois parties, dont la troisième n'est qu'une récapitulation du premier traité. Les deux autres contiennent des applications de l'Apocalypse à Mahomet, et des prédictions véhémentes de la prochaine destruction de ses sectateurs. C'est le Recueil des Sermons qu'il avait prêchés à Gènes, et qui lui avaient fait une si grande réputation.
Note 538: (retour) Antiquitatum variarum volumina XVII, cum Commentariis Joannis Annii Vilerbiensis, Rome, 1498, in-fol. la même année à Venise, et depuis à Paris, à Bâle, à Anvers, à Lyon, tantôt avec et tantôt sans les Commentaires.

On fut ébloui par cette publication fastueuse. Dans un temps où tous les auteurs anciens semblaient sortir comme de leurs tombeaux, on crut à la résurrection de ceux d'Annius; mais si l'Italie entière commença par être dupe, ce fut d'abord en Italie que l'on reconnut l'erreur. Annius y eut aussi des apologistes et des soutiens. Cette dispute se ranima dans le dix-septième siècle 539; mais la critique éclairée du dix-huitième a réduit les choses au point que si quelqu'un s'y trompe encore, c'est qu'il est volontairement dans l'erreur. «Ce serait, dit Tiraboschi 540, une perte inutile de temps, que d'alléguer des preuves de ce dont personne ne doute plus, si ce n'est ceux qu'il est impossible de convaincre.» La question ne pourrait plus être que de savoir si ce moine, aussi crédule que savant, qualités qui ne s'excluent pas toujours, se laissa tromper par quelque fourbe qui lui donna pour authentiques ces manuscrits supposés, ou s'il fut assez fourbe lui-même pour imaginer cette ruse; assez patient pour composer ces histoires en diverses langues savantes, et pour les commenter volumineusement; assez habile pour tromper, par cette ruse, un grand nombre d'hommes instruits. L'une de ces deux suppositions paraît à peu près aussi difficile à concevoir que l'autre; mais elles sont à peu près également indifférentes, puisqu'il est universellement reconnu que ce recueil d'antiquités est un recueil d'erreurs, s'il n'en est pas un d'impostures.

Note 539: (retour) Voy. les détails de cette querelle entre Mazza, dominicain, qui publia une Apologie d'Annius, Sparavieri de Vérone, qui écrivit contre, et François Macedo, qui répondit pour Mazza; Apostolo Zeno, Dissert, Voss., t. II, p. 189 à 192.
Note 540: (retour) Ub. supr., p. 17.

Quelques critiques n'ajoutent pas beaucoup plus de foi à ce que nous a laissé sur les antiquités, un homme qui fit alors beaucoup de bruit par ses voyages et par son ardeur à rechercher les anciens monuments; mais le plus grand nombre des amateurs de la palæographie lui accorde plus de confiance: c'est Ciriaco d'Ancône, né dans cette ville vers l'an 1391 541, et qui commença, dès l'âge de neuf ans, à montrer cette passion pour les voyages, dont il fut possédé toute sa vie. À vingt-un ans, après avoir déjà vu plusieurs villes d'Italie, avec un oncle qu'il accompagnait pour les affaires de son commerce, il passa, avec un autre oncle, en Égypte. Deux ans après son retour en Italie, il commença à voyager pour son compte. La Sicile, Constantinople, les îles de l'Archipel, firent naître en lui le goût pour les monuments antiques, qui acheva de se développer lorsqu'il fut revenu dans sa patrie, et qu'il y eut joint l'instruction classique qui lui manquait. Il retourna dans la Grèce, apprit le grec à sa source, passa en Syrie, revint dans l'Archipel, séjourna dans l'île de Chipre, à Rhodes, à Mitylène, et dans les autres îles où se trouvent les plus riches débris des temps anciens, et revint en Italie, riche d'observations, de manuscrits, de médailles, d'inscriptions et d'autres antiquités. Il y était appelé par l'élection d'Eugène IV, qu'il avait beaucoup connu à Rome, et qui lui fit l'accueil qu'il en devait attendre. Ciriaco se mit alors à rechercher les antiquités des différentes villes du Latium. Il parcourut, pendant près de dix ans, presque toutes les villes d'Italie, passa une troisième fois en Orient, peut-être même une quatrième, toujours occupé des mêmes études, et infatigable dans ses recherches. On croit qu'il revint en Italie vers le milieu du siècle, et qu'il y mourut quelque temps après.

Note 541: (retour) Tiraboschi, t. VI, part. I, p. 135.

Il laissa beaucoup de manuscrits qui n'ont paru que très long-temps après sa mort, et dont on n'a même publié que des fragments. Ceux de son voyage d'Orient furent mis les premiers au jour, en 1664 542. Son Itinéraire, ou la Relation de son Voyage en Italie pour en étudier les antiquités, n'a été imprimé qu'en 1742 543, et sur un manuscrit si mal en ordre, que tous les objets y sont confondus, et qu'on ne peut s'y faire une idée juste et suivie des courses et des travaux de l'auteur. Enfin, d'autres fragments sur les antiquités d'Italie ont encore paru en 1763 544. Des antiquaires attentifs reconnaissent que Ciriaco d'Ancône s'est souvent trompé dans la manière de transcrire et d'interpréter les inscriptions, sur la date et l'authenticité de plusieurs, et sur un assez grand nombre de points d'histoire, de chronologie et de géographie; mais, avec le secours d'une critique éclairée, on ne laisse pas de tirer beaucoup d'utilité des recherches d'un voyageur si actif et si laborieux. Il n'avait aucun intérêt à tromper; et il serait malheureux de s'être donné tant de peines pendant sa vie, pour ne laisser, après sa mort, que la réputation d'un homme de peu de lumières ou de mauvaise foi.

Note 542: (retour) À Rome, par Moroni, bibliothécaire du cardinal Barberini.
Note 543: (retour) À Florence, par l'abbé Mehus.
Note 544: (retour) À Pesaro, avec des notes d'Annibal degli Abati Olivieri.

Un auteur en qui l'on a plus de confiance dans les sujets d'antiquités, et dont la vie mérite d'ailleurs une attention particulière, est Giulio Pomponio Leto. Tous ces noms étaient de son choix. Il était né bâtard de l'illustre maison de Sanseverino, dans le royaume de Naples 545; il évita toujours avec soin de parler de sa naissance; il répondait même brusquement à ceux qui l'interrogeaient sur cet article; et lorsque cette famille puissante lui eût écrit pour l'inviter à venir demeurer dans son sein, où il aurait joui de l'abondance et de l'état le plus heureux, il répondit laconiquement: «Pomponio Leto à ses parents et à ses proches, salut. Ce que vous demandez est impossible. Adieu 546.» Il se rendit très-jeune à Rome, où il étudia d'abord sous un habile grammairien de ce temps 547, et ensuite sous Laurent Valla. Celui-ci étant mort en 1457, Pomponio fut jugé capable de remplir sa chaire. Ce fut alors qu'il fonda une académie qui lui attira bientôt de violents orages.

Note 545: (retour) Tiraboschi, ub. supr., p. 11.
Note 546: (retour) Pomponius Lœtus cognatis et propinquis suis salutem. Quod petitis fieri non potest. Valete. Id. ibid.
Note 547: (retour) Pietro da Monopoli.

Plusieurs hommes de lettres, livrés comme lui à l'étude de l'antiquité, s'y rassemblaient; leurs entretiens roulaient sur les monuments que l'on retrouvait à Rome, sur les langues grecque et latine, sur les ouvrages des anciens auteurs, et quelquefois sur des questions philosophiques. La plupart de ces académiciens étaient jeunes. Leur zèle pour l'antique les dégoûta de leurs noms de baptême et de famille; ils prirent des noms anciens: le fondateur choisit celui de Pomponio Leto, ou plutôt Pomponius Lœtus; Philippe Buonaccorsi, s'appela Callimaco Esperiente, ou Callimachus Experiens, ainsi des autres. Peut-être ces jeunes gens, dans leurs conversations philosophiques, se permirent-ils d'autres comparaisons entre les institutions anciennes et les modernes, où celles-ci n'avaient pas l'avantage. Cela fut transformé, auprès du pape Paul II, en mépris pour la religion, bientôt en complot contre l'église, et enfin en conspiration contre son chef.

Platina, dans son Histoire des Papes, raconte au long toute cette affaire, dont voici le fond en peu de mots. Paul II donnait au peuple romain des spectacles et des fêtes pendant le carnaval 548, lorsqu'on vint lui dénoncer cette conspiration prétendue. Effrayé, ou feignant de l'être, il ordonne aussitôt un grand nombre d'arrestations, et entre autres celle de Platina lui-même. Tous les académiciens qu'on put prendre furent arrêtés comme lui, incarcérés, mis à la question, et souffrirent de si horribles tortures, que l'un d'eux 549, jeune homme de la plus grande espérance, en mourut peu de jours après. Pomponio Leto était alors à Venise: il y était même depuis trois ans dans la maison Cornaro, et l'on ne sait, ni le motif de ce séjour, ni comment le pape, qui le soupçonna de complicité avec ses confrères, s'y prit pour faire violer, à son égard, les lois de l'hospitalité. Quoi qu'il en soit, le malheureux Pomponio fut conduit enchaîné à Rome, incarcéré et torturé comme les autres, sans que l'on pût arracher à personne l'aveu de ce qui n'existait pas.

Note 549: (retour) Agostino Campano.

L'arrivée de l'empereur Frédéric III interrompit, pour quelque temps, la procédure. Dès qu'il fut parti, le pape se rendit lui-même au château St.-Ange, et voulut examiner les prisonniers, non plus sur la conjuration, mais sur des hérésies dont on les supposait auteurs. Il fit ensuite passer leurs opinions à l'examen des plus savants théologiens, qui n'y trouvèrent point d'hérésie. Paul retourna cependant une seconde fois au château, et, après une nouvelle épreuve tout aussi inutile que la première, il finit en déclarant qu'à l'avenir on tiendrait pour hérétique quiconque prononcerait, ou sérieusement, ou même en plaisantant, le nom d'académie 550. Il ne rendit pourtant point encore la liberté aux accusés; il les retint en prison jusqu'après l'année révolue. Ce terme arrivé, il fit d'abord adoucir leur captivité, et leur permit enfin d'être libres. Il mourut sans avoir pu trouver parmi eux de coupables, et sans avoir voulu reconnaître hautement leur innocence. Mais ce qui la prouve évidemment, c'est que son successeur, Sixte IV, qui ne valait pas mieux que lui, confia pourtant à Platina la garde de la bibliothèque du Vatican, et permit à Pomponio Leto de reprendre sa chaire publique, où il continua de professer avec un grand concours et de grands succès. Sixte n'aurait certainement pas traité ainsi des conspirateurs ni des hérétiques. Pomponio parvint même à réunir son académie dispersée. On trouve, dans un historien 551 du temps, le récit de deux anniversaires qu'elle célébra en corps, avec beaucoup de solennité, en 1482 et 1483, l'un de la mort de Platina, l'autre de la naissance ou de la fondation de Rome.

Note 550: (retour) Paulus tamen hœreticos eos pronunciavit qui nomen Academiœ, vel serio vel joco deinceps commemorarent. (Platina ia Paulo II.)
Note 551: (retour) Journal de Jacopo da Volterra, publié par Muratori, Script. Rer. ital., vol. XXIII, p. 144.

Pomponio vécut pauvre, mais rien ne prouve qu'il ait été obligé d'aller finir ses jours dans un hôpital, comme l'assure Valerianus 552, qui, pour grossir son livre, a souvent ajouté aux infortunes trop réelles des gens de lettres, des infortunes imaginaires. Il en a oublié une de Pomponio, qui méritait cependant d'être citée; c'est qu'en 1484, dans une sédition qui s'éleva contre Sixte IV, sa maison fut pillée, ses livres et tous ses effets volés, et lui, forcé de s'enfuir en désordre 553, un bâton à la main. Mais cette perte fut bientôt réparée; quand la sédition fut apaisée, ses amis et ses écoliers lui envoyèrent à l'envi tant de présents, qu'il se trouva, pour ainsi dire, plus à son aise qu'auparavant. Il se faisait généralement estimer par sa probité, sa simplicité, son austérité même. Uniquement occupé de ses études, il n'y avait pas un réduit obscur à Rome, pas le moindre vestige d'antiquité qu'il n'eût observé avec attention, et dont il ne pût rendre compte. On le voyait errer seul et rêveur au milieu de ces monuments, s'arrêter à chaque objet nouveau qui frappait ses yeux, rester comme en extase, et souvent pleurer d'attendrissement. Il mourut à Rome en 1498. Les regrets qui éclatèrent à sa mort, et la pompe extraordinaire de ses funérailles, attestent qu'il n'avait pu être réduit à finir dans un hospice une vie environnée de tant de considération et d'estime.

Note 552: (retour) De Infelicitate Litterat., l. II.
Note 553: (retour) In giupetto coi borzacchini, Journal de Stephano Infessura; Script. Rer. ital., vol. III, part. II, p. 1163.

On a de lui plusieurs ouvrages propres à faire connaître les mœurs, les coutumes, les lois de la république romaine, et l'état de l'ancienne Rome. Ce sont des Traités sur les sacerdoces, sur les magistratures, sur les lois, un abrégé de l'histoire des empereurs, depuis la mort du jeune Gordien jusqu'à l'exil de Justin III, et plusieurs autres ouvrages 554 pleins d'une érudition profonde et variée. Il s'appliqua de plus à expliquer et à commenter plusieurs anciens auteurs. Les premières éditions que l'on fit de Salluste furent revues par lui, et confrontées avec les plus anciens manuscrits. Il employa les mêmes soins pour les Œuvres de Columelle, de Varron, de Festus, de Nonius Marcellus, de Pline le jeune; et l'on a encore de lui des commentaires sur Quintilien et sur Virgile 555.

Note 554: (retour) Ils ont été recueillis dans un volume devenu très-rare, sous le titre de: Opera Pomponii Lœti varia, Moguntiæ, 1521, in-8. Ce volume contient: Romanæ Historiæ compendium, etc., de Romanorum Magistratibus, de Sacerdotus, de Jurisperitis, de Legibus, de Antiquitatibus urbis Romæ (on croit que ce Traité n'est pas de lui), Epistolæ aliquot familiares, Pomponii Vita per M. Antonium Sabetlicum.
Note 555: (retour) Les Commentaires sur Quintilien sont imprimés avec ceux de Laurent Valla, Venise, 1494, in-fo. Ceux sur Virgile parurent, selon Maittaire, à Bâle, 1486, in-fol. Apostolo Zeno en cite une autre édition, Bâle, 1544, in-8., Dissertaz. Voss., t. II, p. 247.

L'historien qui nous a conservé le détail des persécutions qu'éprouvèrent Pomponio Leto et son académie, et qui y fut exposé lui-même, Bartolemeo Platina, était né à Pladena, dans le territoire de Crémone 556. Le nom de sa famille était de' Sacchi; il y substitua celui de sa patrie, latinisé selon le goût du temps. Il suivit d'abord le métier des armes, et se livra tard à l'étude des lettres. On croit qu'il eut pour premier maître, à Mantoue, le bon et célèbre Victorin de Feltro. Conduit à Rome par le cardinal de Gonzague, et produit auprès du pape Pie II, il en obtint une place 557, qu'il perdit sous Paul II, et l'on vient de voir ce qu'il eut à souffrir des cruautés de ce pontife. Jeté dans les fers, questionné, torturé, ainsi que les compagnons de ses études, d'abord comme conspirateur, ensuite comme hérétique, sans avoir commis d'autre crime que d'être d'une académie de savants; calomnié, dénoncé par l'ignorance, et vu de mauvais œil par un pape soupçonneux, il fut consolé de ses disgrâces par la faveur dont il jouit auprès de Sixte IV. Ce pape lui donna, en 1475, la place de garde de la bibliothèque du Vatican, place modique, mais honorable, et qui fit toute sa fortune. Il mourut à Rome, en 1481, âgé d'environ soixante ans.

Celui des ouvrages de Platina qui a le plus de célébrité, ce sont ses Vies des pontifes romains 558.

Note 556: (retour) Tiraboschi, t. VI, part. I, p. 241.
Note 557: (retour) Dans le collége ou conseil des Abbréviateurs, créé par Pie II, et détruit par son successeur.
Note 558: (retour) La première édition porte ce titre: Excellentissimi Historici B. Platinœ in Vitas summorum pontificum, ad Sixtum IV pontif. max. prœclarum opus, Venise, 1479, in-fol. Les deux autres principaux ouvrages de Platina sont: 1°. Historia inclytæ urbis Mantuæ, et serenissimæ familiæ Gonzagæ in libros sex divisa, etc. Elle n'a été imprimée qu'en 1675, à Vicence, in-4., avec des notes de Lambecius. 2°. De Honestâ Voluptate ot Valetudine libri X, imprimé pour la première fois à Cividale del Friuli (in Civitate Austriæ), 1481, in-4. Dans plusieurs des éditions subséquentes, on a ajouté au titre ces mois: de Obsoniis; c'est celui du ch. I du liv. VI; et c'est sur ce seul fondement que quelques auteurs ont dit que Platina avait fait ex professo, un livre sur la cuisine. Voyez Apostolo Zeno, Dissert. Voss., t. I, p. 254.