Note to page 188.
Montée du Carmel, liv. II. ch. ii. and iv.; also La Nuit Obscure, I. viii. and II. ch. v.-ix. This night is far more dark and painful than the first and third; and while the first is represented as common to many religious aspirants, the second is attained but by a few.
Si quelqu’un demande pourquoi l’âme donne le nom de nuit obscure à la lumière divine qui dissipe ses ignorances, je réponds que cette divine sagesse est non-seulement la nuit de l’âme, mais encore son supplice, pour deux raisons: la première est, parce que la sublimité de la sagesse divine surpasse de telle sorte la capacité de l’âme, que ce n’est que nuit et ténèbres pour elle; la seconde, la bassesse et l’impureté de l’âme sont telles, que cette sagesse la remplit de peines et d’obscurités.—P. 593.
Mais le plus grand supplice de l’âme est de croire que Dieu la hait, la délaisse, et la jette pour cette raison dans les ténèbres.... En effet, lorsque la contemplation dont Dieu se sert pour purifier l’âme la mortifie en la dépouillant de tout, l’âme éprouve, avec une vivacité pénétrante, toute l’horreur que cause la mort, et toutes les douleurs et tous les gémissements de l’enfer, &c.... On peut dire avec probabilité, qu’une âme qui a passé par ce purgatoire spirituel, ou n’entrera pas dans le purgatoire de l’autre monde, ou n’y demeurera pas longtemps.—P. 597.
But the most characteristic passage on this subject is the following: it contains the essence of his mysticism:—Les affections et les connaissances de l’esprit purifié et élevé à la perfection sont d’un rang supérieur aux affections et aux connaissances naturelles, elles sont surnaturelles et divines; de sorte que, pour en acquérir les actes ou les habitudes, il est nécessaire que celles qui ne sortent point des bornes de la nature soient éteintes. C’est pourquoi il est d’une grande utilité en cette matière que l’esprit perde dans cette nuit obscure ses connaissances naturelles, pour être revêtu de cette lumière très-subtile et toute divine, et pour devenir lui-même, en quelque façon, tout divin dans son union avec la sagesse de Dieu. Cette nuit ou cette obscurité doit durer autant de temps qu’il en faut pour contracter l’habitude dans l’usage qu’on fait de cette lumière surnaturelle. On doit dire la même chose de la volonté: elle est obligée de se défaire de toutes ses affections qui l’attachent aux objets naturels, pour recevoir les admirables effets de l’amour qui est extrêmement spirituel, subtil, délicat, intime, qui surpasse tous les sentiments naturels et toutes les affections de la volonté, qui est enfin tout divin; et afin qu’elle soit toute transformée en cette amour par l’union qui lui est accordée dans la perte de tous ses biens naturels.
Il faut encore que la mémoire soit dénuée des images qui lui forment les connaissances douces et tranquilles des choses dont elle se souvient, afin qu’elle les regarde comme des choses étrangères, et que ces choses lui paraissent d’une manière différente de l’idée qu’elle en avait auparavant. Par ce moyen, cette nuit obscure retirera l’esprit du sentiment commun et ordinaire qu’il avait des objets créés, et lui imprimera un sentiment tout divin, qui lui semblera étranger; en sorte que l’âme vivra comme hors d’elle-même, et élevée au-dessus de la vie humaine; elle doutera quelquefois si ce qui se passe en elle n’est point un enchantement, ou une stupidité d’esprit; elle s’étonnera de voir et d’entendre des choses qui lui semblent fort nouvelles, quoiqu’elles soient les mêmes que celles qu’elle avait autrefois entre les mains. La cause de ce changement est parce que l’âme doit perdre entièrement ses connaissances et ses sentiments humains, pour prendre des connaissances et des sentiments divins; ce qui est plus propre de la vie future que de la vie présente.—P. 601.
Note to page 191.
‘Pour répondre à cette objection, je dis que plus la mémoire est unie à Dieu, plus elle perd ses connaissances distinctes et particulières, jusqu’à ce qu’elle les oublie entièrement: ce qui arrive lorsque l’âme est établie dans l’union parfaite. C’est pourquoi elle tombe d’abord dans un grand oubli, puisque le souvenir des espèces et des connaíssances s’évanouit en elle. Ensuite elle se comporte à l’égard des choses extérieures avec une négligence si notable et un si grand mépris d’elle-même, qu’étant toute abîmée en Dieu, elle oublie le boire et le manger, et elle ne sait si elle a fait quelque chose ou non, si elle a vu ou non; si on lui a parlé ou non. Mais lorsqu’elle est affermie dans l’habitude de l’union, qui est son souverain bien, elle ne souffre plus ces oubliances dans les choses raisonnables, dans les choses morales, ni dans les choses naturelles: au contraire, elle est plus parfaite dans les opérations convenables à son état, quoiqu’elle les produise par le ministère des images et des connaissances que Dieu excite d’une façon particulière dans la mémoire. Car lorsque l’habitude de l’union, qui est un état surnaturel, est formée, la mémoire et les autres puissances quittent leurs opérations naturelles et passent jusqu’à Dieu, qui est à leur égard un terme surnaturel. En sorte que la mémoire étant toute transformée en Dieu, ses opérations ne lui sont plus imprimées, et ne demeurent plus attachées à elle. La mémoire et les autres facultés de l’âme sont occupées de Dieu avec un empire si absolu, qu’elles semblent être toutes divines, et que c’est lui-même qui les meut par son esprit et par sa volonté divine, et qui les fait opérer en quelque façon divinement: “Puisque celui,” dit l’Apôtre, “qui s’unit au Seigneur, devient un même esprit avec lui” (1 Cor. vi. 17). Il est donc véritable que les opérations de l’âme, étant unies totalement à Dieu, sont toutes divines.’—Montée du Carmel, liv. III. ch. i.
Note to page 192.
La Nuit Obscure, liv. II. ch. xvii. xviii.:—‘L’esprit malin ne peut connaître ce qui se passe dans la volonté que par les opérations de ces puissances. Ainsi, plus les communications de Dieu son spirituelles, intérieures, et éloignées des sens, moins il peut découvrir et les pénétrer’.—P. 621.
Evil angels may counterfeit those supernatural communications which are vouchsafed through the agency of the good. But the infused passive contemplation, in which neither the understanding, the imagination, nor the sense, exercise their representative office, is secret and safe. ‘Quand Dieu la (l’âme) comble immédiatement par lui-même de ses grâces spirituelles, elle se dérobe entièrement à la vue de son adversaire, parce que Dieu, qui est son souverain Seigneur, demeure en elle, et ni les bons ni les mauvais anges ne peuvent y avoir entrée, ni découvrir les communications intimes et secrètes qui se font entre Dieu et l’âme. Elles sont toutes divines, elles sont infiniment élevées, elles sont en quelque sorte les sacrés attouchements des deux extrémités qui se trouvent entre Dieu et l’âme dans leur union: et c’est là où l’âme reçoit plus de biens spirituels qu’en tous les autres degrés de la contemplation (Cant. I. 1). C’est aussi ce que l’épouse demandait, quand elle priait l’Epoux divin de lui donner un saint baiser de sa bouche’.—Chap. xxiii. p. 623.
Thus, this culminating point of negation is at least, to some extent, a safeguard. The extinction of knowledge, by confining ourselves to the incomprehensible (Lettres Spirituelles, p. 724), and of joy, by renouncing spiritual delights, the refusal to entertain any extraordinary manifestations that assume a definite form or purport, does at the same time shut out all that region of visionary hallucination in which many mystics have passed their days. It is indisputably true that the more the mystic avoids, rather than craves, the excitements of imagination, sentiment, and miracle, the safer must he be from the delusions to which he is exposed, if not by the juggle of lying spirits, by the fever of his own distempered brain. No one who obeys John’s great maxim, ‘Il ne faut pas voyager pour voir, mais pour ne pas voir,’ will trouble the holy darkness of his church by any erratic novelties of light. Indeed, against such danger careful provision is made by that law which is with him the sine quâ non of mystical progress,—Ne regardez jamais votre supérieur, quel qu’il soit, que comme Dieu même, puisqu’il vous est donné comme lieutenant de Dieu.’—Précautions Spirituelles, p. 734.