WeRead Powered by ReaderPub
Il faut marier Jean! cover

Il faut marier Jean!

Chapter 23: XXII
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

La narration suit les efforts obstinés d'une mère pour marier son fils riche et réservé, parcourant lettres et propositions et organisant entrevues avec candidates choisies, tandis que le jeune homme accepte par complaisance mais retarde à regret la décision. Autour d'eux, parenté, amis et notables pèsent sur le destin matrimonial, révélant rivalités de classe, ambitions sociales et usages mondains. Le ton combine comique et ironie pour peindre les petits calculs, les conventions et les hypocrisies d'un milieu bourgeois, alternant scènes familiales et observations satiriques sur le mariage, la transmission des patrimoines et les tensions générationnelles.

XXII

La soirée s’avance et Jean n’a pas paru.

Elle regarde encore la pendule. Dix heures ! La résistance qu’elle a prévue se prolonge. Et à mesure que coulent les minutes, elle sent fuir de son âme, l’espérance qui y palpitait comme un oiseau fou.

Incapable de s’occuper, elle s’est réfugiée auprès de la couchette où dort Bobby. Une incessante supplication monte de son cœur.

Dix heures et demie ! Et comme la réponse de la destinée, juste à cette minute, le timbre d’entrée résonne.

Elle se dresse, soudain haletante ; et elle est déjà dans le studio, aussi blanche que sa robe, les mains jointes par l’angoisse, quand la portière se relève.

Il entre… Et, tout de suite, elle voit qu’il a dans les yeux la fièvre de la lutte… et du triomphe ! Mais que ses traits sont altérés ! Et une souffrance lui crispe le cœur à la pensée que, à cause d’elle, il vient de passer des heures qui lui ont donné ce visage.

D’un geste large, il l’appelle dans ses bras.

— Demain, mon amour, mère viendra vous demander d’être ma femme.

Sa voix, encore frémissante, n’ajoute pas un mot. Plus tard, seulement, — peut-être… — il pourra lui raconter la scène où sa volonté a vaincu la stupeur, puis la colère exaspérée et insultante de Mme Dautheray contre celle qui lui apporte une telle déception, l’effondrement de toutes ses ambitions… Peut-être, alors, il dira l’apaisement que sa ferme décision a su, peu à peu, amener dans le cœur de sa mère, dont il connaît la nature bonne, la générosité, surtout le souverain amour pour lui…

A cette heure, il n’éprouve plus que l’immense désir de reposer la lassitude de sa victoire, dans l’amour de la femme qu’il a ainsi conquise.

Elle le sent bien. Douce infiniment, tremblante de bonheur, de tendresse, de reconnaissance, elle met ses deux mains sur les épaules de Jean ; et lui offrant toute son âme dans le regard plein de larmes qu’elle lève sur lui, elle murmure passionnément :

— O Jean, mon Jean, je crois bien que, toujours, je vous ai adoré !

FIN