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Initiation philosophique

Chapter 4: CHAPITRE II LES SOPHISTES
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About This Book

Destinée aux débutants, l'ouvrage offre une synthèse rapide de la pensée philosophique en menant le lecteur des origines antiques aux développements ultérieurs. Après une définition générale de la philosophie, il expose successivement les grandes doctrines anciennes: les tentatives d'expliquer la matière par un élément premier, la conception du devenir et du flux, l'idée d'un principe organisateur, la théorie des quatre éléments et des forces contraires, la primauté des nombres et la métempsychose, l'affirmation d'un Être immuable face aux apparences, les paradoxes dialectiques et la théorie atomiste; chaque doctrine est présentée pour en situer le sens et le rôle dans l'évolution des idées.

CHAPITRE II
LES SOPHISTES

LOGICIENS ET PROFESSEURS DE LOGIQUE ET D’ANALYSE DES IDÉES ET DE DISCUSSION

Doctrine des sophistes

Les sophistes sont nés des Parménide et des Zénon d’Élée. Gorgias fut disciple de celui-ci. A force de penser que tout est apparence sauf l’Être suprême seul réel, on en vient très facilement à croire que tout est apparence et aussi cet être là ou du moins, ce qui ne laisse pas de revenir à peu près au même, que tout est apparence y compris l’idée que nous pouvons avoir de l’Être suprême. Ne croire rien et démontrer qu’il n’y a aucune raison de croire à quelque chose, c’est comme le point central de tous les sophistes. Alors, direz-vous, il n’y a qu’à se taire. Mais non, il y a à cultiver son esprit, seule chose de l’existence de quoi nous soyons sûrs, pour le rendre habile, adroit et fort. — Pourquoi ? — Pour être un penseur habile, ce qui en soi est une belle chose ; pour être aussi un homme considérable et écouté dans sa cité et arriver à la gouverner.

Aussi les sophistes donnent-ils surtout des leçons de psychologie, de dialectique et d’éloquence. Ils enseignent du reste la philosophie ; mais pour démontrer que toute philosophie est fausse et que, comme dira Pascal plus tard, se moquer de la philosophie est vraiment philosopher. Ils semblent avoir été extrêmement intelligents, extrêmement instruits, très sérieux malgré leur scepticisme et avoir rendu à la Grèce ce très grand service de faire une analyse pénétrante, la première, de notre faculté de connaître et des limites réelles, possibles ou probables, de notre faculté de connaître.

Protagoras, Gorgias, Prodicos

Ils furent très nombreux, le goût de leur art, que l’on pourrait appeler la critique philosophique, s’étant extrêmement répandu en Attique. On peut croire, d’après Platon, qu’il y en eut de très médiocres et cela est naturel ; mais il y en eut qui furent évidemment de très grands maîtres. Les plus illustres furent Protagoras, Gorgias et Prodicos de Céos. Protagoras paraît avoir été le plus philosophe d’entre eux, Gorgias le plus orateur et le plus professeur de rhétorique, Prodicos le plus moraliste et le plus poète. Protagoras repoussait toute métaphysique, c’est-à-dire toute recherche sur les causes premières et sur l’ensemble des choses ; et réduisait toute la philosophie à la science de se gouverner en vue du bonheur et de gouverner les autres en vue du bonheur. Comme Anaxagore, il fut banni de la cité à titre d’impie et ses livres furent brûlés publiquement.

Gorgias semble avoir soutenu les mêmes idées avec plus de modération et surtout moins de profondeur. Il prétendait surtout à former un bon orateur. C’est lui, d’après Platon, que Socrate a le plus rigoureusement poursuivi de ses sarcasmes.

Prodicos, que Platon lui-même a eu en estime, paraît avoir été le plus préoccupé du problème moral. Le fameux apologue est de lui qui représente Hercule ayant à choisir entre deux chemins dont l’un est celui de la vertu et l’autre celui du plaisir. Comme Socrate devait l’être plus tard, il fut en butte à la terrible accusation d’impiété et subit la peine capitale. Les sophistes sont la date la plus importante de l’histoire de la philosophie antique. Jusqu’à eux les systèmes philosophiques étaient de vastes poèmes sur l’ensemble de toutes les choses connues et inconnues. Les sophistes ont réagi contre ces généralisations ambitieuses et précipitées où l’imagination avait le plus de part et leur découverte a été de ramener la philosophie à son vrai point de départ en affirmant qu’au moins la première chose à faire, et avant tout autre, était de connaître notre esprit et le mécanisme de notre esprit. Leur tort a été peut-être, en disant que c’était la première chose à faire, de dire le plus souvent que c’était la seule ; reste encore qu’ils étaient tout à fait dans le vrai en assurant que c’était la première.