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Insurrections et guerre des barricades dans les grandes villes / par le général de brigade Roguet

Chapter 25: CHAPITRE IV.
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About This Book

A systematic study of urban insurrections and barricade warfare in European cities, tracing examples from ancient and medieval episodes through more recent disturbances; it compiles historical cases to inform practice. The author compares strategic options available to authorities—suppress the revolt, secure a military quarter, hold an external rallying position, or withdraw—and evaluates their advantages and dangers. He lays out tactical principles for command, troop composition and deployment, and the effect of barricade construction. Detailed chapters treat logistics, garrison and guard arrangements, supply and administration, and procedures for clearing streets and attacking strongpoints. The work closes with preventive measures, policing and regulatory suggestions, and reflections on causes of urban anarchy and the need for civil concord.

CHAPITRE III.

Principes fondamentaux.

§ 1er.

PRINCIPES GÉNÉRAUX.

72. Commençons par l'exposé des principes généraux qui ont rapport à la force morale de la troupe et à son maintien en toutes circonstances.

Il est d'abord nécessaire de rappeler huit assertions relatives à l'emploi de l'armée dans les troubles civils; on avait donné beaucoup trop d'importance aux trois premières; les militaires et les hommes d'État ne peuvent les admettre, même très-exceptionnellement et avec les plus grandes restrictions. Les trois dernières sont moins contestables.

1° Le lendemain même d'une révolution, a-t-on dit, la troupe serait moins apte à faire cette guerre, sans aucune préoccupation.

2° Il y aurait même, dans ce premier moment, lieu de ne pas trop s'exagérer ce service, qui, peu de jours après, serait décisif.

3° La troupe obtiendra immédiatement un succès complet, si la garde nationale marche avec elle; dans le cas contraire, il faudra moins espérer de la prompte efficacité de son action.

4° Un gouvernement régulier et national peut être forcé d'avoir, quelquefois, recours à ce moyen extrême.

5° Dans ce genre de guerre, le tort et la défaite sont presque toujours pour le parti qui donne lieu à la lutte; le succès et le droit pour le Pouvoir qui se défend et sait se laisser attaquer.

6° Les forces morales sont incommensurables par rapport aux forces matérielles: 10,000 hommes de secours que l'autorité peut recevoir sont plus, pour elle, que 20,000 hommes à la présence desquels les partis sont habitués.

7° Si, dans la guerre ordinaire, le moral joue le plus grand rôle, il a une autre importance dans une guerre d'émeutes, au milieu des hésitations ou du délire des partis, et des embarras du Pouvoir.

8° Les troupes doivent donc, en général, être tenues à proximité des villes où la tranquillité peut être compromise, plutôt que dans ces villes mêmes où elles pourraient, quelquefois, être disséminées dans une lutte mal engagée.

* * * * *

73. Ajoutons que les armées n'ont pas une valeur égale et constante, surtout aux époques critiques de la vie des nationalités; il y a, pour cela, une infinité de raisons dont le sujet de ce livre ne comporte pas le développement: quatre principales doivent cependant être rappelées: la discipline, l'administration, le maintien de l'effectif des disponibles, la bonne composition des cadres.

L'administration et la discipline font les armées patientes, durables, laborieuses, invincibles: avec elles le soldat est heureux, puisqu'il est pourvu aussi bien que possible, et qu'il sait ce qu'exige de lui une volonté intelligente, non capricieuse au gré des instants.

Le militaire qui, tous les jours, et jusque dans les moindres choses, aura contracté l'habitude impérieuse de la règle et du devoir, n'y échappera jamais dans les circonstances les plus grandes, les plus difficiles, et même à l'heure suprême des Gouvernements où la mollesse et le scepticisme ont quelquefois plus de latitude.

74. L'effectif, ou plutôt le maintien de l'effectif des disponibles, est une des premières causes d'ordre et de force morale: un corps qui, au jour d'une action, d'une opération militaire importante, a moitié moins de l'effectif disponible qu'il pourrait déployer, n'est capable que de la moitié de ce qu'il doit au pays; bien plus, le découragement qui résulte de cette situation fâcheuse, les vices dont elle provient, réduisent réellement sa force morale au quart de celle d'un autre régiment qui se serait mieux maintenu: souvent même, l'effet si rapidement progressif du désordre rend cette troupe d'un secours douteux ou négatif.

Le maintien de l'effectif résulte de l'observation constante et intelligente de l'administration, de la discipline et des règles militaires: le soldat qui n'a pas ce qu'on peut lui procurer, qui n'est pas commandé comme il doit l'être et par qui il le faut, qui n'est pas utilisé comme le veulent les règlements, ce soldat, ailleurs précieux et inépuisable élément de gloire, prend l'habitude du désordre; il s'use au milieu des difficultés et du vice incessant d'une position rendue impossible; il végète dans les hôpitaux, échappe à ses chefs et au service de mille manières, ou succombe écrasé par un surcroît de devoirs devenus d'autant plus grands pour ceux qui restent auprès du drapeau: cent soldats ne sont pas égaux à cent soldats; ils valent d'autant plus que tous les éléments précédents se sont mieux maintenus autour et au-dessus d'eux; d'autant moins qu'ils ont été davantage négligés ou méprisés.

L'art si difficile du commandement se compose de deux parties bien distinctes: créer et entretenir l'élément de combat; le mettre en action. Aucuns succès durables ne peuvent être obtenus sans le concours de toutes deux.

75. Les cadres font aussi les armées qu'ils fortifient, qu'ils dominent, qu'ils entraînent aux plus grandes choses, s'ils sont vigoureux, riches de capacité, d'avenir, d'audace et de dévouement; ils forment, autour du chef, au-dessus des soldats, une atmosphère entraînante qui, bonne ou mauvaise, rend tout facile ou impossible: ils méritent la plus active, la plus constante sollicitude.

Turenne, qu'il ne faut pas se lasser de citer, exécuta de grandes choses dans ces temps d'anarchie où tout marche vers l'impossible; il les exécuta avec de petits corps de troupes admirablement administrés et dont il soignait lui-même l'éducation militaire par un sollicitude de tous les jours, préparant chaque fois, dans d'immortelles conférences où s'échappaient les secrets de la victoire, ses officiers aux efforts surhumains que les circonstances exigeaient.

Napoléon doubla la force des légions impériales par l'admirable composition de ses cadres. Ne se fiant même pas il sa prodigieuse activité d'investigation, à sa profonde connaissance des hommes dont il ne perdait aucun de vue, il aimait à reproduire, sous ce rapport, toute sa volonté, toute sa persévérance, au milieu de nombreuses et de lointaines armées, par des généraux de confiance longtemps éprouvés, sous ses yeux, comme créateurs et conservateurs de l'élément de combat.

Il doubla surtout ses forces par d'inimitables proclamations, dont l'héroïque poésie fera battre le coeur des soldats jusqu'aux derniers âges du monde.

Ainsi il put longtemps soutenir une lutte prodigieuse, et contre l'Europe, et contre les éléments, et contre des désastres successivement accumulés, par ceux-ci, comme pour lui rappeler les limites dont aucun génie humain n'avait jamais eu, encore, ni la force, ni l'audace d'approcher.

Au dernier jour d'action et de gloire impériales, le monde étonné voit Napoléon impassible, seul avec une poignée de soldats privés de tout, au milieu des masses d'armées ennemies, étreindre, entraîner encore d'un bras vigoureux, sous ses aigles toujours redoutées, la victoire expirante de lassitude et d'efforts.

D'immortels cadres, qui ne croyaient rien d'impossible parce qu'ils avaient déjà tant de fois fait ou vu faire tout ce qui est humainement exécutable, et quelques jeunes paysans apprenant la charge en douze temps dans les combats de chaque jour, partageront, avec le génie des temps modernes, la gloire de cette grande lutte et de ces grands revers.

Mais c'est trop insister sur ces quatre principaux éléments de la force des armées; il eût été mieux, surtout pour les temps d'anarchie, de n'en compter qu'un seul: le respect et l'habitude constante de la règle, d'où découlent nécessairement tous les autres, même la force morale.

* * * * *

76. Une capitale soulevée est un champ de bataille des plus difficiles par son étendue, les péripéties morales qui le compliquent, l'imprévu qui y règne, les masses rapidement impressionnables au milieu desquelles on agit, le terrain inextricable, le danger, quelquefois même la nécessité de beaucoup de détachements; les positions, qui peuvent les compromettre; l'importance, la diversité des résultats; le nombre des partis, entre lesquels il faut choisir de suite, et sans perdre les instants précieux aussi fugitifs que décisifs qui les conseillent; les influences, les impressions, les exigences au milieu desquelles le chef militaire est obligé de se débattre; les émotions progressives et rapides qui aggravent tout autour de lui; la difficulté de savoir juger, dans chaque circonstance, l'état dominant des esprits; ce qu'il permet d'employer de rigueur et d'énergie, de manière à faire constamment progresser la répression, sans accroître imprudemment l'excitation.

77. Pour une pareille lutte, le chef ne peut avoir trop de supériorité, de fermeté, de calme, de jugement, de prudence ou de prévoyance habile. Cette lutte devient tout-à-coup des plus graves; elle menace l'existence du Pouvoir et de la société entière un moment après celui où elle paraissait sans importance.

Le Gouvernement lui-même, presque toujours alors directement attaqué, et par conséquent affaibli, doit avoir toutes ces qualités, en conserver l'usage, et cependant les mettre entièrement à la disposition d'un chef militaire, en qui il ait pleine confiance.

* * * * *

78. En face de l'insurrection qui ne cesse pas d'être unie et vigoureuse, en vue du renversement qu'elle se propose, les changements de commandants militaires, de ministres, et à plus forte raison de chef de l'État, sont toujours dangereux et décisifs.

79. Les divisions et sous-divisions, dans le commandement militaire, doivent être assez nombreuses pour que partout la répression soit prompte, énergique et éclairée; sans qu'il y ait lieu d'attendre une direction qui ne peut partir de loin, quant aux détails d'exécution.

Un arrondissement de 400 à 800 hectares d'étendue, de 50 à 100,000 âmes de population, est une unité de résistance partielle des plus convenables; la répression y sera forte du concours de tous les moyens d'action, de l'influence d'une autorité municipale et de la légion de garde nationale directement intéressées au maintien de l'ordre.

La répression se multiplie autant qu'il est nécessaire, mais partout sous une direction unique; les gardes nationales, l'armée, l'administration, la police, le pouvoir judiciaire, la gendarmerie, doivent réunir leurs forces et centraliser leur impulsion, avec les services administratifs, dans des quartiers généraux-magasins établis aux mairies, ou aux chefs-lieux de circonscriptions civiles, sous les ordres de commandants militaires investis des pouvoirs de l'état de siége.

80. Trop souvent une faible insurrection semble tenir en échec le double et quelquefois même le triple de ses forces réelles, à l'aide du concours apparent des curieux et indécis trois ou quatre fois plus nombreux.

* * * * *

81. L'émeute se porte habituellement:

1° Sur les grandes communications ou places et dans les lieux de réunion ordinaires de la population.

2° Dans les quartiers populeux, mécontents ou mal percés.

3° Accidentellement, près des édifices, autorités ou demeures des individus qui sont le motif ou le prétexte du désordre.

82. Les révolutionnaires ont toujours le même jeu: ils excitent le peuple, ils l'appellent dans la rue par la presse incendiaire, les agitations des clubs, les menées des sociétés secrètes, dont certains mots d'ordre répétés à la fois par toutes les bouches accusent la puissance et l'activité.

Puis, l'on affecte de donner des conseils de prudence, de modération, qu'on sait bien ne pas devoir être suivis; des meneurs, au besoin désavoués, achèvent d'irriter, en attendant l'occasion d'apparaître dans la rue avec les éternels éléments de l'émeute.

Il y a, dans toute capitale, une bande de vagabonds que toute émotion publique fait instantanément surgir à la disposition des agitateurs: cette troupe, audacieuse si la résistance est incertaine, disparaît devant un pouvoir résolu.

Les rassemblements publics sont précédés de réunions occultes et précèdent, eux-mêmes, l'établissement des barricades. Celui-ci est d'abord timide, lent, décousu; mais bientôt, si l'on montre de la faiblesse ou de l'indécision, si la répression reste inactive, il s'étend avec audace, ensemble et activité progressive, chaque barricade poussant, pour ainsi dire, la suivante avec une vitesse de plus en plus accélérée.

Un mouvement marqué de la province, et même de l'étranger; les routes couvertes de piétons voyageant par troupes vers la capitale, sont, plusieurs jours d'avance, des indices certains de l'émeute.

83. La police, informée, avertit le gouvernement, qui a dû prendre les mesures nécessaires, parmi lesquelles il faut surtout compter:

1° L'arrestation prompte et secrète des chefs principaux de l'insurrection, et quelquefois du parti hostile le plus en mesure d'en profiter.

Les véritables instigateurs des révolutions sont presque toujours des hommes hauts placés dans le pays, souvent même auprès des diverses fonctions ou pouvoirs de l'État; il faut savoir remonter jusqu'à eux, par les chefs plus ostensibles et de confiance qui les représentent au plus bas de la masse des anarchistes.

Le langage des journaux et bien des indiscrétions donnent, à ce sujet, des indices aussi certains que les rapports de police.

2° La réunion, dans les centres de défense et surtout dans le quartier militaire, de considérables approvisionnements de vivres, de munitions et de matériel.

3° La concentration des principaux pouvoirs et moyens d'action autour du chef du gouvernement.

Le défaut de ces trois prévisions a fait réussir la plupart des émeutes.

§ II.

PRINCIPES PARTICULIERS.

84. 300 à 600 hommes suffisent, en quelques heures, pour barricader, à l'aide d'une première traverse provisoire couvrante et plus avancée, tout un quartier, de cent pas en cent pas; ils travaillent par groupes de 10 à 20 hommes; une fois l'opération exécutée, ils peuvent défendre la tête de leur travail, si profond qu'il soit.

85. 150 à 200 hommes de troupes de ligne suffisent d'abord, dans un quartier de 15 à 25,000 âmes de population, de cent hectares d'étendue, pour empêcher, au premier moment, avec les quelques gardes nationaux déjà accourus, l'élévation des barricades.

86. Une fois les insurgés groupés, fortifiés, et excités par l'inertie de la répression, 1,500 soldats deviendront insuffisants devant la série de barricades accumulées, les unes derrière les autres, le long d'une rue et sur ses flancs; ces véritables citadelles intercepteront toutes les communications, bloqueront chez eux les gardes nationaux; elles seront défendues, avec un entraînement inexplicable, par ceux-là mêmes qui d'abord seraient restés tranquilles, ou auraient aidé à les attaquer; une population ainsi agitée n'est que trop disposée à suivre moutonnement ceux qui savent l'entraîner; ses dispositions varient du tout au tout en un instant.

Ces 1,500 hommes, vu leur nombre et la manière dont l'absence de la garde nationale aura été expliquée, seront insuffisants, quoique convenablement engagés par leurs chefs; mais si, ce qui arrive quelquefois dans des circonstances aussi critiques, la direction laisse à désirer, un échec partiel peut devenir bientôt imminent.

87. L'élévation de ces barricades constitue, au milieu de la ville, un grand obstacle qui intercepte les communications, les mouvements de troupes, la transmission des ordres et des rapports, l'arrivée des vivres et de la grande quantité de munitions nécessaires, qu'il faut, dès lors, faire venir par de longs détours et avec de grosses escortes, si ces moyens de défense indispensables n'ont pas été, à l'avance, réunis sur les positions principales.

88. Dès ce moment, la cavalerie ne peut être employée dans la partie barricadée que par petites troupes, sur les places et carrefours, en arrière des barricades, et avec beaucoup de prudence ou d'à-propos; elle est d'autant moins utile qu'on a laissé élever plus de retranchements.

89. Lors même qu'elle fait peu de mal réel, l'artillerie produit un grand effet moral sur la population, soit avant l'élévation des barricades qu'elle empêche, à l'aide de quelques volées de coups de canon, dans les rues longues et droites.

Soit, après leur construction, pour faire évacuer ces retranchements ainsi que les bâtiments qui les dominent.

Soit contre les colonnes profondes d'insurgés qui se présentent imprudemment à ses coups. Avec son concours, la troupe les disperse sans courir risque de s'éparpiller elle-même en les poursuivant.

Son action est plus avantageuse partout où elle peut atteindre de loin, sans se découvrir à la fusillade des insurgés, soit en se masquant pendant une partie de la manoeuvre derrière un retour de rue, ou en faisant occuper, en avant d'elle, par l'infanterie, les maisons d'où celle-ci pourra la protéger.

Le nouveau tir des obus à balles de plein fouet aurait une puissance telle, qu'il est à désirer qu'on n'ait pas lieu d'en faire usage dans une lutte aussi funeste.

L'artillerie ne peut plus circuler à travers un quartier déjà barricadé, elle doit éviter, soit de laisser couper ses communications en arrière et de côté, par des traverses; soit de traîner, à sa suite, en tête des colonnes d'attaque, le nombre de chevaux et de caissons excédant ses besoins les plus indispensables dans une pareille lutte; des pièces prises, ou que l'on ne pourrait facilement dégager, exalteraient le moral des insurgés; la place de cette arme est principalement aux réserves divisionnaires ou générales.

90. Le feu de l'infanterie produit le plus d'effet dans des rues étroites, et du haut de positions dominantes, sur les groupes arrêtés par des obstacles.

L'impulsion donnée par le duc d'Aumale, à l'aide d'écoles spéciales, aux exercices du tir et au perfectionnement de l'arme, ont fait acquérir, sous ce rapport, à l'infanterie, une puissance et des propriétés nouvelles, dont les premières guerres démontreront toute l'importance sur l'art désormais profondément modifié.

Chaque arme attire les insurgés sur le terrain qui lui est favorable et évite de se laisser entraîner, là où elle perd une partie de ses avantages.

* * * * *

91. 200 soldats de ligne, approvisionnés et bien commandés, résistent dans un bâtiment de facile défense cerné par l'insurrection.

92. Deux bataillons de ligne, approvisionnés dans un centre d'action, ralliant au besoin les gardes nationales du quartier, commandent, autour d'eux, un espace militaire d'environ 500 mètres de rayon.

93. Pour enlever une barricade, ordinairement faite par 10 à 20 hommes, défendue tout au plus par 50 à 100 hommes, deux patrouilles jumelées de 100 hommes chaque, dont une agissant sur les flancs, par les rues latérales ou l'intérieur des maisons, suffisent en une demi-heure.

L'attaque, uniquement faite de front, et par le bas de la rue même, exigerait dix fois plus de monde, de temps et de pertes.

94. Entre deux centres d'action espacés de 500 mètres, des patrouilles mixtes de 100 hommes de garde nationale et de troupes de ligne, chacune, cheminant en deux pelotons distants de 50 mètres, suffisent, surtout si elles sont appuyées par une patrouille semblable, suivant, à même hauteur, une direction parallèle.

95. Par arrondissement de 50 à 100,000 âmes de population, de 400 à 800 hectares de superficie, il faut, selon que le quartier est plus ou moins populeux, hostile ou révolté, 200, 2,000, 4,000 ou 6,000 hommes, au plus, de troupes de ligne, c'est-à-dire moins de 10 soldats par hectare, et 200 hommes par rayon de 250 mètres environ.

96. Dans chaque arrondissement, les troupes en patrouille doivent être le tiers de celles en réserve, au centre d'action; les deux tiers de l'effectif total des disponibles.

97. Entre deux grands quartiers généraux, disposant d'une réserve mobile de troupes, et espacés de 1,500 mètres, aucune insurrection sérieuse ne pourra solidement s'établir.

98. Entre deux centres d'action espacés de 500 mètres, convenablement occupés et approvisionnés, aucune barricade ne pourra être élevée bien solidement, même dans le quartier le plus hostile; il sera difficile, pour des attroupements considérables, d'y stationner et même de s'y former.

* * * * *

99. Un faible détachement d'une ou deux compagnies peut lutter avantageusement, dans le dédale des rues, contre un corps considérable d'insurgés, si celui-ci n'agit que de front, et si, au contraire, les flancs et derrière du détachement sont assurés.

La profondeur des colonnes mobiles ou d'attaque n'est qu'un embarras et une cause de pertes ou d'étonnement; le chef ne peut répondre de ce qui se passe loin derrière lui; les subdivisions doivent marcher à une distance telle les unes des autres, qu'elles puissent se protéger réciproquement contre les entreprises tentées des maisons et rues transversales intermédiaires; deux ou trois subdivisions de garde nationale et de ligne entremêlées et flanquées de semblables colonnes jumelées suffisent.

Plus une position à enlever est formidable, plus un quartier à battre est hostile et populeux, plus l'emploi de colonnes parallèles jumelées, cheminant à la fois de front et sur les flancs des rassemblements ou barricades, est indispensable.

100. La concentration de la troupe par corps et fractions constituées de corps, sous les ordres de ses chefs naturels, fait sa force morale et assure plus facilement, plus complètement tous les besoins.

Trop souvent cette troupe avait été fatalement fractionnée sur des étendues de 2 à 4,000m, sous des commandements supérieurs différents, en détachements de 2 à 4 compagnies, et chaque position se trouvait être occupée par des fractions ainsi affaiblies de plusieurs corps.

Dans de pareilles circonstances, où tout moment peut amener des événements qui changent totalement la position des partis, les détachements sont toujours difficiles; ils deviennent fâcheux s'ils ne sont indispensables; tous ne sont pas également capables, au milieu de pareilles préoccupations, de prendre conseil des circonstances; un seul qui se trompe peut causer un échec partiel.

* * * * *

101. Le soldat qui stationne, sans agir, plusieurs jours de suite sur les places ou rues, au milieu de la population agitée, se fatigue et s'inquiète: la troupe qui n'est pas active doit rester, au repos, à l'intérieur d'établissements et positions convenables.

102. La force armée, obligée de se rassembler, d'attendre les officiers, de se munir de tout ce qui est nécessaire, et souvent de relever ses postes journaliers, occupe d'autant plus tard les positions de combat que celles-ci sont plus éloignées de ses quartiers.

L'arrivé des ordres de mouvement exige une heure à une heure et demie de temps; le départ du quartier a lieu une demi-heure après; la troupe emploie une heure ou deux pour se rendre sur les points de concentration; elle n'entre en action que deux ou trois heures ensuite, obligée souvent de rebrousser chemin; ainsi, presque toujours, il y a quatre à six heures de retard, habilement mis à profit par l'émeute pour s'établir.

103. Les divers corps doivent se concentrer sur les points d'une circonférence de positions les plus rapprochées de leurs casernes; cette circonférence menace les quartiers suspects et couvre, à proximité, le centre de défense ou quartier militaire.

104. La réunion des gardes nationales est d'autant plus lente et plus difficile, leur action sera d'autant moins efficace, leur service d'autant plus pénible, qu'elles iront opérer sur des positions plus éloignées de leur quartier.

Les légions de garde nationale, les pelotons à cheval, les arrondissements, les subdivisions militaires de défense, organisées d'une manière permanente, doivent avoir les mêmes circonscriptions, et pour centre unique d'action, la mairie convenablement établie dans un lieu central dominant à débouchés faciles; une caserne, pour 2 à 3 bataillons, est en face ou à côté.

105. Il faut se hâter d'occuper le réseau de toutes les positions principales; et successivement, au fur et à mesure du développement de l'insurrection et de l'arrivée des forces dont on dispose, occuper également, dans les plus mauvais quartiers, les positions secondaires et tertiaires autour des grands centres d'action, afin d'obliger la révolte, désunie et débordée de toutes parts, à les attaquer avec désavantage.

Il serait regrettable de lui avoir laissé le temps de se réunir, de choisir, de prendre ces positions, de s'y fortifier et de réduire ensuite la troupe à en faire le siége long et sanglant.

Dans ce genre de guerre, l'avantage est pour celui qui part de positions défensives judicieusement établies; les pertes, les difficultés, pour celui qui les attaque sans les bases d'appui nécessaires.

Il y a d'autant moins de danger à occuper un plus grand nombre de postes que la position de l'armée et les dispositions de la garde nationale sont meilleures; mais toujours ces détachements doivent être convenablement appuyés d'une réserve centrale présentant une force double de l'effectif total des diverses fractions qui en dépendent.

106. Les méprises, les engagements pris en apparence avec les révoltés, sont leur principal moyen de succès; l'insurrection les obtient à l'aide de pourparlers toujours compromettants et dangereux. Dans aucun cas, la troupe et ses chefs ne doivent entrer en rapport avec les insurgés, si habiles à profiter des hésitations et des malentendus, et décidés à pousser tout à l'extrême, tant que l'on reste sur la voie des concessions. Toute hésitation est funeste, même au seul point de vue de l'humanité.

* * * * *

107. Les gros détachements doivent se lier entre eux et au quartier général par des postes intermédiaires ou, au moins, par des signaux de correspondance.

108. Quelques grandes cours seront occupées comme places d'armes avec des réserves de toutes armes.

Elles sont d'autant plus avantageuses qu'elles dominent mieux un plus grand nombre de débouchés et qu'elles assurent les communications entre les principaux détachements.

109. Les divers postes, et même les plus considérables, doivent toujours pouvoir se soutenir et, au besoin, réunir toutes leurs forces contre un gros rassemblement qui se formerait dans leur rayon d'activité.

110. Chaque poste ou détachement a son but, son centre d'action, sans y être immobilisé.

Il doit marcher, soit au secours des corps voisins, soit au secours du quartier général lui-même, selon les circonstances.

La première règle, pour tous, est de ne pas cesser d'être utiles et de prendre conseil des événements.

111. Le temps de l'établissement des troupes sur leurs positions de combat est le plus critique de toute la lutte.

Il faut l'abréger autant que possible, et éviter de modifier, pendant ce mouvement, les ordres donnés, ce qui le rendrait plus long, plus difficile, plus dangereux.

* * * * *

112. Les dégâts résultant de la lutte donnent lieu à une dépense de 100 à 200,000 fr., par journée, et pour un arrondissement de 100,000 âmes.

113. La perte en tués et en blessés, pour les deux partis, s'élève de 1 à 15/10,000 de la population, par journée de combat: la force armée supporte les 2 à 5/10 de ces pertes. Dans les deux partis, les hommes tués font les 3 à 4/12 de tous ceux frappés.

114. Par heure, un parc d'artillerie organisé à raison de 50 bouches à feu, dont 1/2 à 2/3 mortiers, pour 100,000 âmes de population hostile, jettera dans un quartier de ville de cette importance 100 projectiles, dont 2/3 bombes, 1/3 boulets rouges. Il détruira 100 maisons et fera pour 250,000 fr. à 500,000 fr. de dégâts. Ce genre d'attaque, employé contre Bruxelles en 1695, peut se prolonger pendant 2 et 3 jours: l'humanité le réprouve, même contre une population étrangère.

115. Dans la moitié ou les deux tiers d'une ville en émeute, et pendant deux à quatre jours, on élève ordinairement 8 à 12 barricades par hectare.

On distribue le plus souvent 4 à 8 cartouches, par journée de lutte, à chaque soldat ou garde national; les 2/3 de ces munitions sont consommées. On peut tirer 400 à 800 coups de canon pur jour, dans la plus grande capitale; les approvisionnements seront faits d'avance à chaque quartier général, en conséquence, ainsi que pour les vivres. C'est surtout le quartier militaire qui doit être abondamment pourvu, non-seulement de tous moyens de résistance, mais encore des transports nécessaires.

116. Si la ville a une surface en hectares de S hect. le chiffre P de la population sera 250 S y compris une population flottante de 50 S

     Le nombre d'individus gênés en temps difficile 2/3 P
     Les individus secourus P/3
     parmi lesquels sont indigents P/10

     Chiffre de la classe ouvrière P/36
     dont sans ouvrage en temps difficile P/160

     L'effectif de la garde nationale est 2P/25
     dont un quart se présentera au rappel P/50

     L'effectif des gardes journalières fournies
     par la troupe sera P/250

La troupe disponible fera les 2/3 de son effectif total.

Le chiffre des gardes nationaux de province, accourus 2 ou 3 jours après au secours de l'autorité, s'élèvera peut-être à P/20

La garnison nécessaire pour avoir de suite, et sans compter sur ce dernier secours tardif ou incertain, moitié en sus des plus gros rassemblements hostiles possibles, sera P/20

Le chiffre maximum des hommes sur lesquels l'émeute pourrait compter, hommes la plupart accourus à cet effet du dehors, s'élèverait peut-être, dans les circonstances les plus critiques, à P/30

Chiffre plus probable des anarchistes P/250

Parmi lesquels sont véritablement résolus P/5000

Détenus de toute espèce P/100

Telles sont les moyennes qui peuvent servir à fixer très-approximativement les idées. Telle est la triste statistique de la plus horrible de toutes les guerres civiles.

§ III.

MOYENS MATÉRIELS NÉCESSAIRES.

117. Dès que l'émeute est solidement retranchée dans ses positions, l'attaque ne peut réussir, à moins d'une lutte longue et sanglante, qu'à l'aide des précautions et moyens accessoires ordinairement employés dans la guerre des retranchements.

«Aux affaires de villages retranchés, de barricades, de maisons, dit Antoine de Ville, il y a des préparatifs sans lesquels je ne crois pas qu'on pusse réussir, si ce n'est par hasard, ou que la peur gagne ceux qui sont dedans, ce qui n'arrive jamais souvent.

«Au contraire j'ai vu la plupart des attaques de ce genre échouer, les assaillants être repoussés avec perte et honte, l'assurance des ennemis augmenter, celle des nôtres diminuer lorsqu'il s'agissait de retourner à de nouvelles attaques, soit contre les mêmes positions, soit contre de nouvelles.

«Cela est arrivé faute de s'être présenté muni de ce qui se peut préparer et conduire partout facilement, de ce qui assure la vie des soldats et diminue les obstacles à franchir.

«Ces obstacles sont un fossé avec parapet derrière, une muraille, une barricade, palissade, barrière ou porte.

«Si on n'emploie aucune invention pour les forcer, que celle des hommes, on en viendra difficilement à bout, et on n'en recevra que de la perte.

«On a à faire à des gens assurés derrière leurs parapets; ceux qui attaquent viennent de loin et à découvert; on les canarde sans qu'ils puissent répondre efficacement; le remède est d'employer les moyens accessoires suivants:

«Je voudrais premièrement avoir des chariots légers, tant des roues que du reste, qui puissent être facilement tirés par un cheval et marcher aussi vite que la cavalerie.

«Il faudrait quelques pétards bien chargés, en état d'être appliqués avec leurs madriers, des fourchettes, des marteaux et autres choses nécessaires à cet effet. Cet instrument est indispensable dans toute entreprise où il peut y avoir quelque chose à rompre.

«Les pièces de bois, en guise de béliers pour faire tomber les clôtures des jardins, sont aussi très-utiles: on passera, par ce moyen, en des endroits dont les défenseurs ne se doutent pas.

«Les serpes, haches, hoyaux, pics et pelles sont également nécessaires pour abattre ou ouvrir les retranchements.

«On rompt les portes à l'aide de gros marteaux ou en arrachant la serrure et le verrou avec de fortes tenailles longues de 3 pieds; d'autres tenailles plus petites et quelques scies seraient aussi utiles.

«Qu'on ne dise pas que cet attirail serait embarrassant à porter; d'ailleurs, si on a bien reconnu la position, on ne traînera avec soi que les outils nécessaires à l'entreprise.

«Les mantelets sont indispensables; je voudrais les faire avec 2 ou 3 petites roues, 2 manches et des montants pour les tenir debout; ils auraient 5 pieds de hauteur par-dessus la partie à 1'épreuve du mousquet; j'y joindrais 5 pieds d'exhaussement en planches légères avec canonnières de 3 pieds de large pour tirer.

«Il faudra avoir plusieurs mantelets; un chariot en portera 3. Lors de l'attaque, plusieurs avanceront de front poussés par les soldats abrités: lorsque ceux-ci seront aux barricades, ils abattront le mantelet contre, en haussant les manches, de manière à se couvrir des endroits où les ennemis seront; on montera par-dessus pour entrer dans le retranchement. Ce moyen est bon là où il n'y a pas de fossés.

«J'ai vu quelquefois les paysans se retirer dans des églises où ils résistent tant qu'ils peuvent; puis ils montent au haut de la voûte et tirent l'échelle après eux; la voûte est percée en plusieurs endroits, d'où ils fusillent ceux qui veulent entrer pour prendre le butin qu'ils y ont retiré.

«Pour ce cas, on aura des mantelets élevés et portés sur l'essieu de deux roues, à l'aide de pieds droits; ils seront soutenus debout par des soldats marchant au-dessous.

«Avec ces mantelets, on avancera à couvert sans être exposé.

«En marchant à travers la campagne, on les laisse porter sur l'essieu pour les élever quand cela est nécessaire.»

118. Dans l'émeute de Toulouse, du 11 au 17 mai 1562, on fit avantageusement usage de mantelets analogues à ceux que recommande le chevalier de Ville.

* * * * *

119. L'attaque de l'armée de Condé retranchée derrière les barricades du faubourg Saint-Antoine, le 2 juillet 1652, ne fut aussi sanglante qu'à cause du mépris de ces règles.

Le roi, le cardinal et la cour, aussitôt qu'ils virent l'infanterie arrivée, envoyèrent ordre au vicomte de Turenne d'attaquer, sans attendre le maréchal de La Ferté, le canon et toutes les choses nécessaires pour rompre les murailles, combler les retranchements, enfoncer les barricades.

M. de Turenne les fit inutilement prier de prendre patience; il représenta que l'ennemi ne pouvait échapper, si les Parisiens, dont on croyait être assuré, ne lui ouvraient les portes; le temps qu'il fallait pour avoir le canon n'en donnerait pas assez à Condé pour se fortifier davantage; il était dangereux de s'exposer ainsi, sans les précautions nécessaires, à un échec qui ferait manquer une entreprise, au contraire assurée si l'on attendait que le canon et les outils de pionniers fussent arrivés.

L'impatience de la cour l'emporta sur toutes ces bonnes raisons; M. de Bouillon pressa plus que personne son frère de suivre aveuglément des ordres imprudents, mais formels, plutôt que de s'exposer à la censure des courtisans capables de persuader au roi qu'il voulait épargner le prince de Condé.

M. de Turenne n'était pas encore assez bien dans l'esprit du roi; il n'avait pas alors cette réputation de probité acquise depuis; pour oser désobéir à des ordres contraires au bien du service, il ne se fiait pas, à cette époque, sur sa capacité et son expérience, autant qu'il le fit dans la suite en plusieurs occasions; après avoir opposé la résistance qui lui était alors permise, il crut qu'il était sage d'obéir à des volontés que son autorité, toute grande qu'elle était déjà, ne pouvait cependant pas encore éclairer.

* * * * *

120. Mais de tous les moyens matériels d'action, ceux dont il faut constamment se préoccuper de la manière la plus sérieuse, et dont le défaut a fait triompher la plupart des émeutes, ce sont les approvisionnements de vivres et de combat, sur la plus grande échelle, et pour les diverses éventualités.

Cette prévoyance des services administratifs, si importante dans toutes les guerres, devient encore plus décisive en celle-ci; le moral est alors plus impressionnable; tant de péripéties diverses peuvent tout à coup surprendre, et si peu de moments sont accordés, au milieu de la tourmente révolutionnaire, pour pourvoir aux nécessités nouvelles de chacun de ces instants, où se décident irrévocablement les plus grandes destinées.

En pareille circonstance, la victoire sera presque toujours pour celui qui, le dernier, pourra subsister et combattre.

Les magasins de vivres et de munitions des divers quartiers généraux, ceux du quartier militaire ou de la position extérieure de ralliement, les approvisionnements de vivres particuliers des fournisseurs protégés par ces centres d'action, les moyens de transports suffisants et de toute nature, des services administratifs actifs et mobiles avec l'armée, assureront, ainsi qu'il sera expliqué ultérieurement, ces grands et impérieux besoins.

* * * * *

Nous venons de voir l'opinion de Turenne sur l'utilité de l'artillerie dans une semblable lutte.

À propos du deuxième siége de Sarragosse, en 1808, Napoléon répète plusieurs fois: La prise de cette ville est une affaire de canon, que ne pourraient avancer de nouveaux renforts de troupes.

Ainsi, plus la lutte sera sérieuse, plus la répression aura dû employer les voies lentes et régulières, plus il faudra de matériel: nécessité moins regrettable, si l'abondance des moyens prévient l'effusion du sang, en rendant toute lutte impossible.

* * * * *

Après avoir résumé les principaux faits observés ou les principes qui s'en déduisent pour ce triste genre de guerre, et avant d'exposer le système général de répression qu'il convient d'adopter, rappelons une maxime du chancelier de L'Hospital, qui doit être toujours présente à l'esprit:

«Toute sédition est mauvaise et pernicieuse en royaume et république; encore qu'elle eust bonne et honnête cause, il vaut mieux souffrir toutes pertes et injures qu'être cause d'un si grand mal, que d'amener guerre civile en son pays.»

CHAPITRE IV.

Mesures générales de défense.

§ Ier.

DISPOSITIONS PERMANENTES.

En conséquence des principes qui viennent d'être exposés, les dispositions suivantes doivent être prises dans le cas où l'on veut soutenir la lutte à l'intérieur de la ville, partout où éclatera la révolte.

121. Les légions, bataillons et compagnies de gardes nationales à pied ou à cheval sont établies par arrondissement, quartier et rue, pour les garder sans avoir à se déplacer.

Des bataillons, demi-bataillons ou compagnies désignés d'avance occupent les positions importantes à proximité.

D'autres détachements, tirés des arrondissements hostiles à l'émeute qui n'a pu s'y développer, vont de suite suppléer les gardes nationales moins bien disposées des plus mauvais arrondissements.

122. L'artillerie de la garde nationale reste concentrée à la réserve générale; sa dissémination dans les divers arrondissements aurait peu d'utilité, elle pourrait donner lieu à la perte de quelques pièces.

123. Les fractions de garde nationale ne laissent pas stationner dans les rues, dissipent les groupes, empêchent la formation des barricades, en font au besoin de défensives là où celles-ci ne peuvent être nuisibles à la répression, fouillent ou arrêtent les personnes suspectes, accompagnent les autres à l'aller et au retour.

124. Dans chaque compagnie, on tient, pendant la lutte, un état des hommes hostiles du quartier ou des gardes nationaux qui manquent à l'appel.

125. Sitôt que l'insurrection s'est complètement démasquée, des bataillons ou légions des arrondissements restés tranquilles, la moitié ou le tiers des troupes de ligne primitivement affectées à leur défense, viennent renforcer les réserves des divisions et subdivisions militaires engagées.

* * * * *

126. Les troupes de ligne fournissent habituellement le service dans ou près de leur arrondissement de casernement ou de combat, de manière à ce que les gardes puissent être plus facilement appuyées, rappelées ou relevées s'il y a lieu.

127. Les troupes agissent, autant que possible, dans la subdivision militaire où elles sont casernées, concurremment avec la garde nationale du quartier, à l'aide de l'assistance des autorités municipales et des agents de police dudit arrondissement.

Ainsi, elles sont constamment sur leurs positions de combat, et convenablement approvisionnées de vivres, de munitions; elles n'ont même pas besoin d'ordres et de temps pour les occuper et les défendre.

128. Les troupes casernées extrà muros ou sur les lignes de chemin de fer composent la majeure partie de la réserve générale, des réserves divisionnaires et des subdivisions extrà muros le plus à leur proximité.

129. Les commandements militaires de division et de subdivision sont permanents quant à la troupe, aux quartiers et positions que celle-ci doit défendre, aux gardes nationales et aux agents municipaux ou de police avec lesquels elle doit opérer constamment.

130. Les sections hors rang, les malades, les officiers et sous-officiers comptables, les caporaux d'ordinaire et les cuisiniers laissés dans les casernes; les postes journaliers, les patrouilles pour aller aux vivres sont, ainsi, autant de détachements inutiles aux corps casernés sur leurs positions de combat.

Ceux-ci restent d'autant plus compacts et forts; il y a moins de chances d'échecs partiels, et pour la révolte plus d'impossibilités.

* * * * *

131. Les officiers, sous-officiers et soldats de passage, en congé, en non-activité ou en retraite, dont l'état nominatif ou numérique doit constamment être tenu dans chaque arrondissement, se réunissent au premier rappel, à la mairie de leur quartier; on prend note de leur présence, on les embrigade, on les utilise.

Les autres militaires, employés à des services spéciaux dans la capitale, se rendent, avec leur chef, au quartier général divisionnaire ou principal.

Tous peuvent être employés utilement; aucuns ne doivent être, en apparence, livrés à de mauvaises excitations.

* * * * *

132. Les meilleures dispositions pour l'établissement des mairies et casernes juxta-posées, au point de jonction de plusieurs rues, de manière à en faire des centres d'action complets et des magasins d'approvisionnements de tous genres, pour la lutte la plus sérieuse, sont:

1° Une place uniquement formée par la mairie, une caserne et des établissements publics, de telle sorte que ceux-ci se trouveraient naturellement protégés sans qu'il soit besoin d'y faire des détachements et qu'aucun bâtiment de la place ne puisse tomber à la disposition des émeutiers.

2° Un carrefour au centre duquel est une mairie isolée; à l'un des coins de rue en face est la caserne; toutes les fenêtres extérieures du rez-de-chaussée sont grillées.

3° Une cour commune de communication pour la mairie et la caserne; chacun de ces établissements fait façade sur l'une des deux rues parallèles ou concourantes.

4° La caserne et la mairie aux deux côtés opposés d'une rue; un de ces établissements possède un second débouché, derrière, sur une rue parallèle.

133. Dans ces centres, il y a une réserve de munitions et d'approvisionnement en vivres de campagne, pour quatre jours, et pour chaque soldat.

En outre, des mesures sont prises avec des bouchers, marchands de vins, boulangers et grènetiers voisins, pour la fourniture, pendant la lutte, des rations de viande, de vin, de pain et de fourrages journellement nécessaires.

Dans le quartier militaire, et en sus des approvisionnements d'arrondissement, des mesures analogues sont prises, à l'effet de pourvoir aux besoins journaliers de toute l'armée, en vivres et en munitions, au cas où celle-ci viendrait à s'y concentrer.

Des moyens de transport suffisants y sont rassemblés. Il y a, dans les magasins, une autre réserve d'approvisionnement de quatre jours en vivres de campagne et en munitions de combat.

Ainsi le pouvoir, la force armée et chacune de ses subdivisions ou spécialités sont constamment mobiles et en mesure pour toutes circonstances.

§ II.

DIVISIONS ET SUBDIVISIONS MILITAIRES.

134. Le ministre de la guerre, ou un général en chef délégué, commande directement toutes les forces, sans être gêné ou retardé dans son action par les commandements parallèles ou spéciaux de la division ou subdivision territoriale, de la garde nationale ou urbaine.

Il a, sous ses ordres, les commandants des divisions et subdivisions militaires de la capitale intrà et extrà muros.

* * * * *

135. Des généraux de division commandent chacun l'un des grands quartiers de la capitale, de 600 à 1800 hectares d'étendue, de 150 à 400,000 âmes de population, ainsi que les subdivisions extrà muros attenantes.

Leurs quartiers généraux, espacés entre eux de 1500m, à 1000 ou 1500m au plus de distance du centre, à proximité des grandes communications intérieures de la capitale, à 6000m des centres extérieurs d'action extrà muros, sont éloignés de 1000m au plus des quartiers généraux subdivisionnaires intrà muros et des mairies qui en dépendent.

136. Il y a, à l'avance, dans chaque centre tertiaire, si un établissement public convenable le permet, une réserve d'approvisionnement de vivres, de munitions et de matériel.

137. Ces généraux ont avec eux, comme réserve, des troupes de ligne de toutes armes en grande partie casernées extrà muros.

138. La circonscription du commandement des généraux de division a une grande étendue et une haute importance:

Ces chefs ne peuvent que coordonner, d'un quartier général, les opérations secondaires des généraux de brigade dans leurs arrondissements, et les appuyer à propos, à l'aide d'une partie de la réserve dont ils disposent.

139. Un de ces généraux de division commande exclusivement le quartier militaire centre de défense, d'approvisionnement de toutes espèces et des moyens administratifs ou de gouvernement sur la plus vaste échelle.

Il dispose de transports considérables pour toutes les éventualités.

* * * * *

140. Chaque subdivision intérieure ou arrondissement municipal de 200 à 600 hectares d'étendue, de 60 à 120,000 âmes de population, d'une défense indépendante ou au moins limitée par de grandes lignes de communication, est sous les ordres permanents d'un général de brigade.

Le quartier général est à la mairie, où se trouvent, en tous temps, les approvisionnements nécessaires de vivres et de munitions de réserve.

141. Ce général, outre la légion et le peloton de cavalerie du quartier, dispose d'une réserve de 2 à 3 bataillons de ligne casernés en face de la mairie ou, au moins, à proximité.

142. Les généraux de subdivision intérieure doivent comprimer l'émeute dans l'étendue ordinaire d'une grande ville de province.

Leur commandement est encore très important: ils ont une responsabilité qui exige une certaine initiative ou latitude.

143. Dans chaque subdivision intérieure, les centres offensifs ont, pour l'action et le logement des troupes, des débouchés, des enceintes, des locaux convenables.

Ils sont près d'établissements publics à préserver, de carrefours ou de défilés importants, sur des lignes de communications ou de séparations principales.

144. Les passages sur les rivières, canaux, vieilles enceintes, escarpements, seront défendus, de manière à maintenir constamment séparées les diverses insurrections; à empêcher les transports d'armes, de poudre de l'une à l'autre, et à conserver cependant, pour la troupe, tous ces avantages décisifs.

Suivant la force de la garnison, et le concours plus ou moins efficace de la garde nationale, l'on occupera également, dans les quartiers importants, les dépôts de grains et de farines, les maisons de boulangers, d'armuriers, d'artificiers, les imprimeries, les caisses publiques et particulières, les églises et clochers où l'on pourrait sonner le tocsin, ainsi que les maisons, qui protégent le débouché sur les places.

Tous les petits postes ordinaires, autres que ceux ci-dessus mentionnés, se replieront promptement sur les corps-de-garde les plus rapprochés non abandonnés.

145. Ces dispositions résultent d'ailleurs de l'exécution intelligente du principe général suivant.

Les arrondissements militaires en pleine insurrection, bientôt et successivement renforcés par une portion des réserves de la division dont ils font partie, et au besoin par une fraction de la réserve générale, font occuper, à 600m autour de leur quartier général, cinq à six centres d'action tertiaires, espacés de 600m les uns des autres, et gardés, chacun, par un demi-bataillon de garde nationale avec 2 à 4 compagnies de ligne.

Ces points d'appui offensifs sont principalement établis au noeud des communications, aux défilés importants, sur les principales artères; là où se rend ordinairement la foule des promeneurs, des curieux, des émeutiers; au centre des quartiers populeux ou mécontents.

* * * * *

146. Les subdivisions extrà muros, avec les gardes nationales des faubourgs et de la banlieue, avec de l'infanterie, de l'artillerie et la majeure partie de la cavalerie, successivement appelées dans la capitale, sont chacune sous les ordres d'un général de brigade.

Elles surveillent, interceptent les avenues de la ville, la banlieue, les barrières, les chemins de fer, les passages des malles, diligences et courriers.

147. S'il y a un mur d'octroi, les petites barrières sont fermées.

Les barrières principales, espacées de 1500m en 1500m, sont gardées par des détachements de ligne qu'appuient les gardes nationales des faubourgs et des provinces.

148. Les quartiers généraux des subdivisions militaires extrà muros, au nombre de trois ou de quatre, sont à une distance de l'enceinte au moins égale à la moitié du rayon de celle-ci; leur écartement entre eux peut être quatre fois plus grand: chacun est le chef-lieu d'un arrondissement administratif, où existent les réserves d'approvisionnements de vivres et de munitions nécessaires.

Ces quartiers généraux commandent les avenues et les cours d'eau principaux, ainsi que toutes les positions intermédiaires; au besoin, ils assurent les mouvements, convois et communications par la banlieue; ils arrêtent les insurgés, rallient les secours qui viennent du dehors.

* * * * *

149. On se récriera contre ce nombre de divisions et de subdivisions militaires; contre les intermédiaires, les lenteurs qui peuvent en résulter pour l'exécution des ordres. On dira que c'est créer, pour une capitale, à l'intérieur, en pleine paix apparente, une véritable armée.

Cependant l'effectif des forces, l'étendue, la complication du théâtre des opérations, les péripéties imprévues que chaque heure y fait succéder, la difficulté des communications, la durée probable de la lutte, son acharnement, ses conséquences peuvent exiger désormais, quelque part en Europe, tout ce surcroît de sous-divisions dans les hauts commandements, cette hiérarchie de responsabilité pour des mesures ou des événements la plupart hors de la portée du général en chef.

Ne faut-il pas une véritable armée organisée en permanence, d'une manière complète, avec les accessoires les plus puissants, pour une lutte qui durerait plusieurs jours, dans laquelle cent mille gardes nationaux ou soldats, répartis sur un dédale immense, au milieu de l'ouragan des révolutions, consommeraient des millions de cartouches et des milliers de coups de canon; perdraient plusieurs milliers d'hommes et autant de généraux que les plus grandes, les plus meurtrières journées de l'époque impériale en ont vus périr?

Outre ces pertes cruelles et les quelques millions engloutis pour dévastations; outre la capitale transformée pendant plusieurs mois en un hôpital de blessés et de mourants, la société peut enfin y voir ses dernières journées.

Certes, voilà des motifs suffisants pour prendre, à l'avance, de sérieuses dispositions.

150. Aucun champ de bataille n'est plus vaste, plus difficile, plus voilé, plus mystérieux, plus inquiétant pour une seule responsabilité; aucun n'exige, pour chaque grade, fraction de troupe ou position occupée, autant de latitude et de spontanéité d'action dans de certaines limites.

Napoléon lui-même, avec toutes ses puissantes facultés, y réclamerait encore le concours complet des admirables agents de combat qui le suppléèrent si heureusement, dans les opérations secondaires de ces champs de bataille immortels, dont l'immensité ne pouvait néanmoins rien dérober à son génie.

151. Telles sont désormais les nécessités malheureuses de pareilles luttes: chaque général divisionnaire ou sous-divisionnaire doit irrévocablement s'attacher à son centre d'action pour y défendre les dernières murailles avec le dernier soldat. Ce centre a, dans le plan général adopté, une latitude en rapport avec l'importance des forces dont on y dispose et du grade élevé qui les dirige; lié au quartier militaire et aux centres voisins dans de certaines limites, il reste indépendant au-dessous de ces limites.

Mieux vaut, sous quelques rapports et dans une juste mesure, plusieurs grandes défenses individuelles efficaces par leur responsabilité et leur influence réelles sur les événements; mieux vaut toute l'action du général en chef exclusivement consacrée à coordonner, soutenir, rallier ces défenses individuelles, selon le plan général de défense adopté, qu'une direction unique et impossible si elle doit dominer jusqu'aux détails des opérations secondaires.

Un instant critique, qu'il faut prévoir, pourrait tout à coup étonner, déconcerter, jeter dans l'isolement et l'impuissance le commandement le plus actif ainsi compromis.

152. D'ailleurs, ce nombre de divisions et de subdivisions militaires, tant intérieures qu'extérieures, résulte de la nécessité désormais évidente de coordonner partout, d'une manière intime et complète, en vue d'une répression énergique, l'action des troupes de ligne, des légions de garde nationale, des autorités municipales d'arrondissement et des agents de sûreté, de telle sorte que, dans chaque centre de résistance, il y ait unité forte de tous les concours, de tous les moyens répressifs et approvisionnements indispensables.

Ce nombre résulte aussi de la nécessité également évidente d'utiliser les légions de garde nationale dans leur arrondissement, avec le chiffre des bataillons de ligne, qui seuls peuvent leur donner la consistance et la valeur désirables.

Il résulte enfin de l'étendue même du champ de bataille, du nombre des positions capitales qui, à différents degrés d'importance, le subdivisent inévitablement; celles-ci exigent, dans de certaines limites, des forces ou des approvisionnements de toute nature, indépendants et assurés.

Voilà bien des motifs, et cependant nous avons encore à donner le plus important, celui qui seul dominerait dans une pareille question: la nécessité de préserver l'humanité de jours sanglants et néfastes, en rendant, par un surcroît de moyens répressifs ou préventifs, toute tentative de lutte impossible à l'anarchie.

En définitive, il faut également centraliser et élever la direction générale, multiplier et localiser l'action.

* * * * *

153. Le chiffre relatif des réserves divisionnaires est réglé d'après l'étendue, l'importance de leurs circonscriptions, des craintes qu'elles donnent; les différentes armes y entrent dans la proportion présumée utile, en raison de la nature des localités.

Ensuite, on fait ultérieurement, au fur et à mesure des nouvelles nécessités, à l'aide de la réserve générale et des troupes disponibles dans les arrondissements restés tranquilles, les modifications exigées par les événements.

154. La répartition des forces entre les subdivisions intérieures, celles extrà muros, les quartiers généraux divisionnaires et la réserve centrale, a lieu, autant que possible, conformément au tableau ci-contre.

DIVISIONS ET SUBDIVISIONS MILITAIRES. 191

+—————————————————————————————————+ | LIGNE. | +———————————+—————+—————+——————+————+ | |Infanterie| Cavalerie| Artillerie | Génie | +———————————+—————+—————+——————+————+ | Subdivisions intrà | | | | | | muros. | 10/20 | » | » | » | +———————————+—————+—————+——————+————+ | Subdivisions extrà | | | | | | muros. | 3/20 |8 à 10/20 | 8 à 10/20 | 2/20 | +———————————+—————+—————+——————+————+ | Quartiers généraux | | | | | | divisionnaires. | 5/20 |10 à 8/20 | 10/20 | 10/20 | +———————————+—————+—————+——————+————+ | Quartier général | | | | | | central. | 2/20 | 2 à 3/20 | 2 à 4/20 | 8/20 | |__________________________________________________________________|

+—————————————————————————————————+ | GARDES. | +—————————————————+———————————————-+ | Nationale. | Urbaine. | +—————————————————+———————————————-+ | 8/12 des légions. | » | +—————————————————+———————————————-+ | Toute la banlieue. | » | +—————————————————+———————————————-+ | 3/12 des légions. | » | +—————————————————+———————————————-+ | 1/12 des légions. | tout le corps. | |__________________________________|_______________________________|

155. Les autorités civiles et militaires sont responsables du maintien de l'ordre dans l'étendue de leur circonscription.

Elles y logent, ainsi que les officiers des corps de ligne casernés dans ledit quartier.

156. Chaque centre d'action principal ou secondaire lance incessamment des patrouilles mixtes de garde nationale et de troupe de ligne vers les centres voisins, les grands carrefours environnants, les défilés au travers des rivières, canaux, escarpements, vieilles enceintes; vers les noyaux de rassemblement ou établissements à surveiller.

On ne détache, en permanence, des fractions de ces centres qu'aux points les plus importants, non assurés convenablement par les patrouilles, et cependant indispensables comme postes intermédiaires.

Ainsi, l'on conserve le plus possible de forces réunies autour de chaque centre d'action.

Partout la garde nationale assiste la troupe de ligne de sa force morale, de la connaissance qu'elle a des localités, des individus et de la situation.

* * * * *

157. La proportion la plus avantageuse des différentes armes paraît être, à l'intérieur d'une grande ville, 1 escadron, 3 bataillons, 1 pièce 1/2 et 25 sapeurs du génie: c'est-à-dire, infanterie 177/200, cavalerie 12/200, artillerie 8/200, sapeurs du génie 3/200.

Dans les arrondissements extrà muros, on peut adopter la proportion, 1 bataillon, un escadron, 1 pièce et une escouade de sapeurs.

La proportion moyenne, pour toute la garnison, paraît être celle établie par les chiffres suivants: 10 bataillons, 6 escadrons, 6 pièces et 1 compagnie de sapeurs.

158. Le calcul moyen des troupes de ligne nécessaires pour un pareil système de défense, dans une ville dont P représenterait le chiffre de population, est détaillé dans les deux tableaux ci-dessous.

Ces chiffres, ceux que nous avons déjà donnés ou que nous établirons ultérieurement, ne sont que des moyennes approximatives; selon les circonstances morales ou politiques, ils peuvent beaucoup différer des chiffres véritables.

Nombre de bataillons nécessaires.

|———————————————————|——————————-| | Désignation des commandements. | Bataillons. | |———————————————————|——————————-| | P/100,000 arrondissements intérieurs | 30 P/1,000,000 | | ou mairies à 3 bataillons | | | ou P/66,000 à 2 bat. | | | | | | 1/3 du chiffre précédent pour les | 10 P/1,000,000 | | arrondissements extrà muros. | | | | | | 1/2 du même chiffre pour les | 15 P/1,000,000 | | quartiers généraux divisionnaires. | | | | | | 1/5 pour le quartier général | 6 P/1,000,000 | | principal. |_____________________| | | | | Total des bataillons de ligne | P/10,000 | | nécessaires. | | |———————————————————|——————————-|

Troupes de lignes nécessaires.

|—————————————————————————————————| | Désignation des armes. | Nombre | | | d'hommes. | |———————————————————————-|—————————| | P/16,000 bataillons de ligne à 700 h. | 700 P/16,000 | | | | | 1/10 de l'effectif précédent pour les | 70 P/16,000 | | escadr. | | | | | | 1/60 id. pour les pièces. | 11 P/10,000 | | | | | 8 sapeurs du génie par bataillon d'infanterie.| 8 P/16,000 | | | | | Garde urbaine, pompiers. | 56 P/16,000 | | |__________________| | | | | Total général de la garnison nécessaire. | P/20 hommes. | |———————————————————————-|—————————|