§ III.
OBSERVATIONS.
159. Une direction unique, ferme et modérée, non exclusivement militaire, mais telle que le concours complet de tous soit assuré, part du centre même du gouvernement, autour duquel sont réunis le commandant en chef et tous les agents ou principaux moyens d'action nécessaires.
Le chef de l'administration civile, celui de la police, le commandant des gardes nationales, une imprimerie, des courriers, une réserve générale, composée de partie des gardes nationales des provinces, des milices urbaines et des troupes de ligne, appelées successivement dans la capitale, restent disponibles.
160. Les ordres généraux pour la prise d'armes, indiquant les positions principales, secondaires et tertiaires à occuper, sont concertés d'avance entre les autorités militaires ou civiles et le chef de la garde nationale.
Ils sont rédigés, pour chaque fraction de corps logée ou devant prendre position séparément, de manière à pouvoir être expédiés et exécutés de suite.
161. Mais le mieux est qu'un établissement judicieux des casernes et mairies, dans la position principale de chaque arrondissement, y fixe en permanence les troupes de ligne et de garde nationale qui y seraient indispensables au commencement de la lutte, pour rendre celle-ci difficile ou même impossible, en s'opposant à la formation des rassemblements et à leur établissement sérieux.
Ainsi, même à défaut d'ordres généraux, la répression agirait partout, immédiatement et d'une manière convenable, avec des approvisionnements assurés.
* * * * *
162. La direction militaire est trop souvent entravée, pendant l'émeute, par des influences diverses:
1° Les solliciteurs de détachements ne demandent, le plus souvent, qu'à mettre leur responsabilité à couvert, dans l'intérêt particulier de leur service ou de leurs établissements, sans s'inquiéter de la situation générale et des considérations qui doivent dominer;
2° Les incessants porteurs de nouvelles alarmantes prétendent avoir vu toutes les choses absurdes qu'une imagination timorée leur suggère;
3° Les donneurs de conseils sont toujours nombreux, un faux et ridicule zèle les excite;
4° Quelquefois des citoyens intéressés, passionnés, enveniment, prolongent, ensanglantent la lutte par leur intervention inopportune;
5° Les entremêleurs officieux et suspects sont d'autant plus dangereux qu'ils ont presque toujours un pied dans la révolte: on profite du concours loyal ou perfide de ceux-ci, de manière à les compromettre et à désorganiser l'émeute; mais on ne leur permet pas de s'initier au secret des mesures de répression; on saisit le premier prétexte pour arrêter les plus dangereux.
163. Les rapports régulièrement fréquents des chefs de patrouille aux commandants de centres d'action, de ceux-ci aux chefs de subdivisions et de divisions, de ces derniers au centre du gouvernement et au quartier général principal; des commissaires et agents de sûreté au commissaire central de police; des officiers de place ou de l'état major de ronde; dans chaque arrondissement, ceux de la milice urbaine; les signaux établis entre les différents quartiers généraux, mairies, positions militaires et casernes, permettent toujours d'apprécier, au juste, ces demandes de secours, ces avis, ces rapports exagérés, et d'agir avec connaissance de cause; ils assureront la prompte et complète exécution des ordres.
Ces avantages, ces facilités résultent de la juxta-position permanente si utile des autorités civiles et militaires correspondantes, dans chaque arrondissement et quartier.
On fait parler à chaque fraction de troupe ou de garde nationale; on trace une ligne de conduite, ferme, modérée, qui inspire la confiance; on explique le système de répression adopté, son efficacité; ainsi l'on doit triompher des principaux obstacles.
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164. Des proclamations fermes, modérées, sans jactance, sans provocation, sont adressées à la population pour l'éclairer et la soustraire à l'influence des partis.
On invite les citoyens paisibles à rentrer chez eux de bonne heure et à ne pas renforcer l'émeute, en apparence, par leur présence curieuse.
165. Le gouvernement indique aux populations un but et une idée de ralliement qui puissent convenir au plus grand nombre et permettre à chacun d'espérer.
Il leur dévoile l'insurrection, ses projets véritables, ses progrès menaçants, leurs conséquences, de manière à lui retirer le plus possible de partisans; à satisfaire, à mettre à profit ce génie, cette fougue d'initiative qui distingue les nations turbulentes dans la politique comme du combat.
Il conserve plutôt, ainsi, la bonne position du protecteur de la société que celle de principal ou unique intéressé à la répression.
166. Il faut éloigner, de suite, les autorités ou les citoyens dont l'imprudence aurait fourni un juste sujet d'excitation à l'émeute; quelquefois même on sévit contre eux.
En temps de malaise ou de mécontentement, les plus grands ménagements sont nécessaires; on évite ce qui peut surexciter.
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167. Les dispositions de ce chapitre sont prises en vue d'une lutte énergique à l'intérieur de la ville; mais le Pouvoir et le chef militaire doivent toujours se réserver, pour un cas extrême, la possibilité, suivant les circonstances, d'adopter, soit le plan de défense dans le quartier militaire, soit une concentration en dehors de la capitale.
L'un ou l'autre de ces deux plans peut encore sauver, quoique pris éventuellement et après qu'un aura échoué dans celui dont il vient d'être question; car les mesures prescrites, en vue de ce dernier système de défense, ne sont nullement incompatibles avec celles que les autres partis exigent.
168. Ce moment sera une épreuve pour les autorités diverses; il n'est pas au-dessus des forces vitales des nations européennes; et il faut bien que le grand problème des sociétés modernes puisse être résolu dans sa plus désespérante difficulté.
Le soldat obéit toujours; il aime qu'on lui commande avec confiance et énergie des actes utiles au pays; le désordre lui est antipathique.
Toute armée fera son devoir; on n'hésitera pas sur le chef à lui donner et sur les mesures à prendre: chefs et mesures, également désignés d'avance par l'anarchie, dans ses efforts pour les rendre impossibles.
Les officiers savent jusqu'où s'élève l'importance de leur mission en de semblables circonstances; ils savent le sort qui les attendrait.
Les grades, les honneurs qu'ils ont obtenus sont le prix d'un dévouement absolu aux intérêts de la société; en les acceptant, ils ont contracté de sérieux et glorieux engagements.
Pendant une longue carrière, dont la presque totalité se passe souvent dans la tranquillité et les honneurs, il peut y avoir, pour chacun, quelques jours, quelques moments difficiles, où l'occasion glorieuse se présentera enfin de remplir cet engagement sacré pour tout homme de coeur.
Le sang de l'officier ne peut être plus utilement versé qu'en préservant le pays de longs et irréparables malheurs; qu'en sauvant, par quelques moments d'énergie, les intérêts les plus chers des familles; l'honneur est son élément.
Si les services rendus dans toutes les guerres contre l'étranger, la plupart également stériles et ruineuses, ont toujours été si justement honorés, de quelle considération les gouvernements et les peuples, aujourd'hui menacés dans leur existence, ne doivent-ils pas récompenser les défenseurs de la société en décadence.
169. D'un autre côté, aucun pouvoir, ou fonctionnaire ne s'arrête, dans de pareilles circonstances, devant les fautes ou le découragement des autres: chacun a sa responsabilité dont le succès et le noble but à atteindre fixent seuls les limites.
Si les gouvernements chancèlent, c'est, quelquefois, quand, par un fatal mal entendu, on paraît disposé à se préoccuper de l'apparence trompeuse d'un défaut de lumières, de dévouement et de résolution, pouvant ou sachant toujours se rendre utiles.
En 1652, pendant une année d'angoisses et de folles rebellions, Turenne raffermit plusieurs fois le trône, soit par les résolutions prudentes et fermes qu'il inspira ou les projets désastreux qu'il put écarter; soit par un dévouement militaire de tous les instants, qui ne laissa échapper aucunes occasions, si peu importantes, si fréquentes qu'elles fussent, de prendre un avantage ou d'éviter un insuccès.
Grâce à cette héroïque persévérance, payant aussi bien chaque jour, et de sa personne et de son génie, le fils d'Anne d'Autriche put devenir Louis XIV.
Turenne replaça ainsi, sur la tête du jeune roi, cette couronne qu'il eut le bonheur de voir si belle, et qui, par un éclat inouï restera, pour la gloire de la France, pour l'admiration de la postérité, le symbole de la plus puissante nationalité.
Les pleurs que le peuple versa à la mort de ce grand homme, le mot de Montecuculli, le respect de l'histoire, et d'âge en âge, l'estime, la reconnaissance des hommes d'état, sont la juste récompense d'une persévérance de dévouement, d'une probité politique, et d'une capacité également providentiels.
Que cette grande renommée inspire les soldats appelés à rendre de tels services aux sociétés menacées!
Justum et tenacem propositi virum Non civium ardor prava jubentium, Mente quatit solidâ.
(HORACE, Ode 3, liv. 3.)
§ IV.
APPLICATIONS.
Appliquons ces considérations générales à quatre cas particuliers.
170. La ville a 10,000 âmes de population; elle est entourée d'une enceinte.
Une place centrale et l'hôtel-de-ville séparent les deux parties égales de la cité, aux extrémités desquelles sont des casernes.
Un piquet de plusieurs compagnies de ligne et de garde nationale, renouvelé plusieurs fois dans les 24 heures, lance incessamment, de l'hôtel-de-ville, des patrouilles au-devant de celles envoyées par l'une et par l'autre caserne.
Les faubourgs veillent chez eux et fournissent les gardes des portes; ils interceptent aux émeutiers toute communication.
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171. Supposons une ville de 50,000 âmes de population, de 3 bataillons de ligne de garnison; la garde nationale compte trois bataillons; il existe un mur d'octroi avec barrières: la troupe et la milice citoyenne, quoique résolues, manquent de consistance, et le pays s'attend aux plus graves événements.
Les autorités réunies en permanence à la mairie ont, sous leur main, toute la garde nationale dans l'hôtel-de-ville et, en face, à l'autre extrémité d'une grande place, toute la garnison dans une caserne.
Pendant deux heures consécutives, deux patrouilles mixtes, composées chacune de 50 à 100 hommes de ligne et d'autant de gardes nationaux, opèrent simultanément de manière à dégager un quartier.
Ces doubles patrouilles mixtes sont relevées, à leur rentrée, par des patrouilles semblables pour opérer, selon les circonstances, ailleurs ou dans le même quartier.
Les gardes nationaux des faubourgs gardent les barrières et interceptent la communication aux émeutiers.
Les positions, qu'il devient utile d'occuper accidentellement, le sont, pendant tout le temps nécessaire, par des postes mixtes relevés de deux heures en deux heures.
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172. Supposons une ville fortifiée, avec château, de 80,000 âmes, de 250 hectares de surface: elle a 7 bataillons et un escadron de garde nationale, 4 bataillons de ligne, un régiment de cavalerie et une section d'artillerie attelée; total: 3,000 hommes de garnison. Cette ville représente à peu près, par son étendue, l'un des arrondissements pris pour unité de résistance militaire dans une capitale. La mairie, à l'extrémité opposée de la citadelle, n'est pas centrale.
La section d'artillerie, la compagnie hors rang, les malingres, les cuisiniers et une compagnie du centre du régiment caserné au château garderont ce réduit.
Un bataillon de ligne, le bataillon de garde nationale du quartier et l'escadron de garde nationale formeront réserve générale, dans un établissement central, le plus rapproché de l'hôtel-de-ville.
Plusieurs détachements composés d'un demi-bataillon de ligne et du bataillon de garde nationale du quartier, s'établiront, chacun, dans un bâtiment convenable, de manière à former, autour du quartier général, une circonférence de 5 à 6 centres d'action espacés entre eux de 300 à 400m et d'autant du quartier général. La mairie sera un de ces centres d'action.
Le régiment de cavalerie, les chevaux sellés, restera dans sa caserne: il enverra des patrouilles, dans les quartiers environnants les plus ouverts, et jusqu'aux centres voisins; des piquets extérieurs d'observation surveilleront les populations urbaines remuantes.
Un demi-bataillon de ligne et un demi-bataillon de garde nationale occuperont une position intermédiaire de nature à assurer la communication avec le château.
Chaque centre d'action fait garder les portes ou le débarcadère du chemin de fer, à sa proximité, par des détachements convenables.
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173. Supposons une grande capitale d'un million d'âmes et de 3,300 hectares de superficie: elle a une garde urbaine, 42 bataillons de garde nationale et 14 pelotons à cheval; 80 bataillons, 32 escadrons, 7 batteries, 8 compagnies du génie peuvent y être réunis facilement.
Il y aura 4 divisions militaires, dont une au quartier général; 18 subdivisions militaires, dont 14 intrà muros, correspondantes aux 14 mairies.
Sauf l'artillerie, en majeure partie réunie au quartier militaire, celui-ci aura à peu près le double de troupes des autres divisions.
Sur les 80 positions tertiaires à occuper autour des quartiers généraux divisionnaires, 50 au plus, seraient simultanément nécessaires, l'émeute ne s'étendant jamais partout également: parmi ces dernières, les deux tiers, mairies ou casernes, seront déjà suffisamment gardés par les rassemblements obligés des gardes nationaux ou par les petits dépôts des corps: tout au plus peuvent-elles compter pour moitié, quant aux garnisons nécessaires.
Il n'y aurait donc réellement que quarante détachements à fournir simultanément, par un peu plus du quart des forces subdivisionnaires.
Les troupes seraient rendues sur leur position de combat: savoir, celles des subdivisions intrà muros, deux heures après le départ des ordres; celles des subdivisions extrà muros et des réserves divisionnaires trois heures après ce départ des ordres; la majeure partie de la réserve générale trois à six heures en suite des ordres donnés.
6 à 18 heures après l'expédition dus ordres, il pourrait arriver, par les voies de fer, de terre ou d'eau, des garnisons voisines, un renfort d'un septième de troupes, surtout en cavalerie.
24 à 36 heures après l'expédition des ordres, il arriverait peut-être des divisions voisines, par la voie de fer ou en poste, principalement en infanterie et en artillerie ou en sapeurs, un renfort aussi important.
Ces secours non indispensables rendraient le succès encore plus assuré.
174. Beaucoup de cas peuvent être ramenés aux quatre suppositions qui viennent d'être faites: et le système général de défense, précédemment exposé, se plie également à chacun d'eux.
CHAPITRE V.
Dispositions de détail.
§ Ier.
ÉTABLISSEMENT SUR LES POSITIONS DE COMBAT.
175. Ce chapitre est le développement indispensable de celui qui précède: on y expose les détails pratiques d'exécution.
À l'aide de quelques répétitions nécessaires, puisqu'elles ne portent que sur les principes les plus incontestables, les plus importants, on a pu présenter l'ensemble de toutes les mesures pratiques de répression, indépendamment du plan général de défense précédemment exposé et comme une autre solution moins générale, moins théorique, moins absolue du problème qui nous occupe.
Mais, cette fois encore, ne l'oublions pas, la principale condition du problème sera de rendre toute lutte impossible à la révolte, afin du mieux éviter l'effusion du sang et les autres calamités qui en résultent pour tous.
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176. Contre une émeute sérieuse, qui veut faire une révolution, il faut occuper plus d'un point; les rebelles libres, ou soutenus de tous les indifférents et peureux, y bloqueraient la garnison.
Si, au contraire, on occupe toute la ville uniformément, on n'est fort nulle part; les troupes disséminées agissent sans ensemble, leurs communications sont interceptées; chaque corps bloqué est livré à ses propres forces et impressions; la situation est moins bonne.
Il faut choisir un quartier militaire renfermant le centre du Gouvernement, les ministères, la poste, les télégraphes, les chambres, les messageries, la manutention, l'arsenal et les principales administrations: de cette position, on doit pouvoir dominer le reste de la cité, séparer les unes des autres les différentes parties de ville en insurrection, communiquer directement avec l'extérieur, isoler les quartiers extérieurs abandonnés ou révoltés.
177. Le rassemblement des gardes nationaux se fera aux mairies: les premiers réunis, ou un peloton d'élite, envoyé par la troupe dès qu'elle sera arrivée, parcourra tambour battant les rues deux fois de suite: une première fois pour appeler aux armes, une seconde pour rallier.
Aussitôt, un signe général, jusque-là inconnu, sera délivré ou assigné à chaque garde national: le peloton de la ligne retournera à son bataillon.
178. Chaque corps, avant départir, laissera dans sa caserne, sous les ordres d'un officier, 25 à 30 hommes renforcés par autant de gardes nationaux du quartier, pour défendre l'édifice, empêcher le pillage des armes: celles-ci seront démontées et incomplètes.
On occupera un bâtiment en face de la porte de la caserne, surtout si celle-ci n'a pas de cour.
170. Les bataillons, formés sur deux rangs, seront divisés en pelotons de 40 à 50 hommes, sous les ordres de deux officiers, de manière à ce que les soldats restent, autant que possible, avec leurs chefs habituels: ordinairement il y aura 10 pelotons, dont 4 d'élite par bataillon.
180. Dès que les troupes arriveront dans un quartier en pleine révolte, on y prendra position.
Elles seront précédées et suivies, à 50 pas, de deux files de 7 à 8 tirailleurs sur un rang, sous les ordres d'un officier.
Les divisions, en colonne par section, prendront entre elles 50 pas de distance, tambours et clairons dans les intervalles.
181. Lorsqu'une compagnie marchera isolément, la première section en tirailleurs à droite et à gauche, pour faire fermer les fenêtres et tirer à tout ce qui s'y montre armé, éclairera la 2e suivant à 60 pas en arrière.
* * * * *
182. Parvenu au premier embranchement de rue voisin de la position, le bataillon sera arrêté à l'abri du feu des insurgés; chaque division surveillant provisoirement le carrefour près duquel elle se trouve et assurant les derrières de la précédente.
Le premier peloton de fusiliers occupera les maisons d'angle du premier carrefour.
L'embranchement suivant à 50 ou 80 pas de distance, plus ou moins, de manière à ne laisser aucune partie de rue non observée, recevra le 2e peloton, protégé s'il est nécessaire, pendant sa marche, par le feu du 1er.
On placera de la même manière le 3e et, s'il y a lieu, le 4e peloton de fusiliers.
183. L'état-major et les 4 pelotons d'élite de réserve occuperont, au centre des pelotons déjà placés, un ou deux bâtiments contigus ou vis-à-vis l'un de l'autre, spacieux, susceptibles d'une bonne défense et à débouchés faciles.
184. Les compagnies du centre, non encore employées, prendront position aux carrefours de droite et de gauche, dans les rues littorales, vis-à-vis de cette position centrale.
185. Chaque poste particulier aura, au plus, deux factionnaires dans la rue: une des fenêtres, par maison occupée, sera constamment ouverte la nuit, sans lumière dans la chambre, et garnie de deux factionnaires.
De jour, les hommes se montreront aux fenêtres.
La grande porte du bâtiment occupé par la réserve sera ouverte, afin que les forces de celle-ci soient vues et qu'elles puissent déboucher immédiatement.
Les boutiques des maisons occupées resteront fermées.
* * * * *
186. Chaque détachement s'établira d'abord militairement.
1° Des feux de flancs plongeants, et des feux de revers renforceront l'enceinte occupée, au point de la rendre inexpugnable, même par des forces considérables, et de manière à ce que la majeure partie du détachement puisse agir au dehors, selon les circonstances.
2° Des positions extérieures seront prises pour laisser, entre elles et le poste principal de chaque détachement, les défilés d'où celui-ci pourrait être plus facilement bloqué.
3° Les maisons, qui battent ou commandent la communication du poste principal avec les avancées, seront occupées ainsi que celles qui domineraient la porte.
4° Celui de ces détachements, qui sera au milieu d'un quartier populeux et resserré, établira le gros de ses forces aussi à proximité que possible d'un arrondissement ouvert et tranquille, se bornant à soutenir, par des échelons plus ou moins forts, une avancée au centre même de l'insurrection.
187. Un peloton de la réserve du bataillon, allant se faire reconnaître aux différents postes occupés, ou lier communication avec les bataillons voisins, sera constamment dehors; il arrêtera, désarmera les insurgés et ralliera les gardes nationaux en retard.
La patrouille faite sera recommencée immédiatement par le même peloton qui, après la seconde, tournée, devra être remplacé par un autre. Tous les soldats au repos conserveront la giberne et le sabre.
188. De cette manière, et tant qu'il n'y aura pas de lutte sérieuse, chaque homme pourra se reposer trois et quatre heures de suite; moins du quart du bataillon veillera sous les armes.
La troupe, abritée et bien nourrie, résistera facilement à une émeute de plusieurs jours; elle occupera, à portée des chefs, les positions dominantes, sous la protection de la réserve; le bataillon entier pourra être réuni facilement pour un mouvement quelconque.
189. Les 5 et 6 juin 1832, un bataillon occupa, conformément à ces principes, la grande poste et le quartier environnant.
Les rebelles avaient intérêt à bloquer cet établissement, afin de tromper la province par l'absence des courriers ou l'envoi de fausses nouvelles; il leur suffisait, pour parvenir à ce but, de faire des barricades tout autour, sans même qu'il fût nécessaire de les défendre.
De ce centre d'action, d'incessantes patrouilles rayonnèrent au delà des petits postes extérieurs, jusqu'au Carrousel, les Halles, la Banque, les Petits-Pères; elles rallièrent les gardes nationaux et empêchèrent l'insurrection de s'établir dans ce quartier; elles assurèrent l'approvisionnement régulier du bataillon en vivres pris chez les fournisseurs voisins et en munitions: la soupe fut régulièrement faite dans l'hôtel même de la poste.
190. Un bataillon, posté connue il a été dit plus haut, tiendra un espace circulaire de 2 à 300m de diamètre, dans les lieux importants duquel aucun homme armé ne pourra se montrer sans être fusillé de plusieurs points.
Un second bataillon, dont la réserve sera à 5, ou 600m de celle du précédent, maintiendra un autre quartier hostile; il sera impossible aux insurgés de faire un établissement sérieux, et même de se grouper, entre eus deux centres d'action constamment liés par des patrouilles.
191. Le 11 et le 12 mai 1839, deux bataillons occupèrent ainsi les quartiers Saint-Méry, du marché des Innocents, du Châtelet et du Quai-aux-Fleurs, de manière à y rendre impossible tout désordre, nonobstant le nombre et la nature des masses de curieux ou autres individus venus de tous les points de Paris.
Un bataillon eut sa réserve dans l'église Saint-Méry, l'autre sur la place du Châtelet, à la chambre des notaires.
192. La partie de la ville à occuper sera maintenue par des bataillons ainsi postés, dans les quartiers les plus difficiles et les plus rétrécis, mais à portée des grandes communications et des lieux ouverts.
Ces bataillons feront réseau en avant de l'espace militaire qui renferme le centre du Gouvernement, les Chambres, les ministères, les principales administrations, la manutention des vivres, les télégraphes.
Liés entre eux et avec l'état-major général, ils agiront sur un rayon proportionné à leur force, et offriront aux gardes nationaux ou aux autorités, dans ces espèces de citadelles, des centres d'action et de réunion. On triomphera bientôt, ainsi, d'une insurrection débordée de toutes parts.
* * * * *
193. Les îles qui commandent les divers ponts, les débouchés des places, les étranglements et passages, rampes, escaliers, en travers des vieilles enceintes ou escarpements, seront gardés et défendus comme postes détachés, de manière à ce qu'on puisse couper les communications aux insurgés et conserver celles-ci pour la troupe.
D'autres bataillons, espacés comme il vient d'être dit, rattacheront les faubourgs et quartiers à maintenir, les citadelles ou postes extérieurs à conserver.
194. Les troupes de ligne seront à peu près réparties de la manière suivante:
1° 6/10 de l'infanterie, 4/10 des autres armes pour former le réseau;
2° 2/10 de l'infanterie, 4/10 des autres armes à l'extérieur;
3° 2/10 de toutes les armes comme réserve générale au centre du quartier militaire.
195. La garde nationale s'établira dans les mairies et places environnantes; elle pourra garder des carrefours voisins de ceux occupés par la ligne, détacher des compagnies auprès des réserves des bataillons, et des bataillons entiers auprès de la réserve générale.
196. On interceptera, à l'aide des 2/10 de l'infanterie et des 4/10 des autres armes, les communications de l'insurrection avec le dehors:
1° En occupant ou bouchant les différentes portes, si la ville a une enceinte;
2° En plaçant des bataillons ou demi-bataillons dans trois ou quatre positions extérieures commandant les principaux obstacles ou issues, chemins, ponts, rivières, canaux, et communiquant directement avec le quartier militaire;
3° Des piquets de cavalerie battent les environs, interceptent les nouvelles, dispersent les rassemblements, gardent les défilés extérieurs et rapprochés par lesquels on arriverait à la ville.
197. Les gardes de la manutention, des télégraphes, de l'arsenal, de la banque, des postes et même des messageries ou autres administrations rentreront, sur l'avis des agents de police, dans ces établissements; elles s'y barricaderont et s'y défendront; la porte du corps-de-garde sera fermée s'il est extérieur.
Si, nonobstant les concours de la garde nationale, la conservation de ces postes exigeait un trop grand déploiement de forces, il faudrait, autant que possible, avant de les évacuer, transporter dans le quartier militaire, ou, au moins détruire, tout ce qui pourrait favoriser la révolte: bateaux, voitures, poudres, moyens de transport et de correspondance.
Les gardes qui, par leur faiblesse, ne pourraient résister, se replieraient, à l'avertissement des agents de sûreté, sur d'autres postes indiqués.
198. Suivant la force de la garnison et les dispositions de la milice citoyenne, l'on occupera, sur quelques points, les dépôts de grains et de farines, les maisons de boulangers, d'armuriers, d'artificiers, les imprimeries, les caisses publiques et particulières, les églises ou clochers d'où l'on pourrait sonner le tocsin ou faire des signaux, ainsi que les bâtiments qui protégent le débouché sur les places et en dehors des casernes.
Mais on évitera toujours de disséminer la troupe, de l'engager légèrement sans les appuis et moyens nécessaires, sur des points trop éloignés communiquant difficilement entre eux ou avec la réserve.
199. On fera provision, dans le réduit de chaque bataillon et dans les mairies, de vivres, munitions, cordes, haches, leviers, échelles, petits pétards de 5 à 6 livres de poudre, mantelets, pompes à incendie, chariots légers à un cheval, béliers en bois, serpes, scies, pelles, pioches, gros marteaux et tenailles de trois pieds de long.
200. Dans les principaux centres de résistance, existent des tonneaux à lancer, soit des grenades jusqu'à 200m de distance; soit des carcasses enflammées ou de mitraille.
Ces tonneaux portatifs sont traînés et établis sur de petits traîneaux roulants: deux hommes suffisent pour les servir, soit contre une barricade, soit contre un rassemblement à disperser.
201. Les mantelets avec canonnières auront deux ou trois petites roues, deux manches et des montants de 4 à 5 pieds de haut, 3 à 4 de large: ils seront surmontés d'une pareille construction en planches légères, à l'épreuve de la balle.
Plusieurs soldats, marchant de front, en poussent chacun un devant eux; ils le renversent contre la barricade et escaladent celle-ci.
202. Chaque bataillon fera cuire du pain chez les boulangers voisins; on fera la soupe dans plusieurs des locaux occupés.
Des escortes régulières iront chercher les vivres, soit à la manutention, soit au quartier, si ceux-ci sont peu éloignés.
Dans le dernier cas, chaque compagnie, avec armes et bagages, pourra, à son tour, aller prendre ses repas à la caserne: elle servira de patrouille à l'aller et au retour.
On profitera des patrouilles, dirigées vers les dépôts les plus voisins, pour augmenter l'approvisionnement en cartouches.
203. Toutes ces dispositions prises, et autant que possible de manière à ce que les commandements militaires, le casernement des troupes, qui en dépendent, aient les mêmes circonscriptions que les mairies et que les légions de garde nationale, ainsi que nous l'avons expliqué dans le chapitre 3, les opérations ultérieures auront lieu conformément aux principes suivants.
§ II.
OPÉRATIONS ULTÉRIEURES.
204. De deux on trois centres de bataillon, on marche au foyer même de l'insurrection, s'il est extérieur, avec des troupes de la réserve; on le cerne, on s'emparant au fur et à mesure des bâtiments convenables, surtout des édifices publics; on y rallie la garde nationale des environs.
On avance toujours ainsi, en resserrant et isolant les rebelles de l'intérieur et de l'extérieur, mais de manière à pouvoir se rapprocher du gros de la garnison, en cas d'échec.
205. Si, au centre même de l'insurrection, est un bâtiment ou groupe de bâtiments important, facile à défendre, et bien approvisionné, il faut y jeter quelques compagnies, même un bataillon bien commandé.
Ce détachement facilitera les attaques, en tournant une partie des barricades et positions ennemies; il contiendra le quartier et en ralliera les gardes nationales; on communiquera, avec ce centre d'action, par quelques positions intermédiaires, par des patrouilles, ou, au moins, par des signaux.
* * * * *
206. Si une grande rue, promenade ou place, est au milieu des parties insurgées, on fera tous ses efforts pour y arriver par plusieurs directions.
On occupera fortement tous les bâtiments qui les flanquent, et ceux aux angles des rues aboutissantes; on délogera les rebelles de toutes les maisons qui y ont vue, afin que l'artillerie soit libre d'agir.
Plusieurs attaques tentées de cette place d'armes et de ces rues aboutissantes, dont deux fausses sur les ailes et les flancs de l'ennemi, une ou deux véritables sur le centre, doivent, si elles ont été bien préparées, forcer les positions des insurgés.
207. S'il y a difficulté de pénétrer dans les lieux rétrécis qu'occupent les rebelles, on les attire par une retraite simulée sur un terrain ouvert, battu de feux croisés d'artillerie et d'infanterie; on les cerne, on les attaque.
208. Partout où l'on s'étend, il faut s'emparer des défiles qui divisent l'insurrection ou qui l'isolent de l'extérieur et des autres quartiers.
Si on ne peut garder ces passages, et s'ils sont inutiles à l'attaque, on les coupe, on les barricade.
Il faut aussi s'assurer des défilés ou positions qui commandent les communications des différentes colonnes entre elles, ou avec les points occupés en arrière.
* * * * *
209. On marche, dans toutes ces opérations, par divisions à grandes distances, comme nous l'avons déjà expliqué, un peu de cavalerie soutenant l'infanterie, les flancs éclairés.
Une réserve intermédiaire est laissée entre le réduit ou point de départ.
Sur les flancs, des petits corps de garde bien établis empêchent qu'on ne soit tourné.
Si l'on peut se glisser le long d'un obstacle, canal, rivière, muraille, on n'aura qu'un flanc à couvrir.
210. Vu la difficulté du feu oblique à droite, surtout par une fenêtre élevée et sans se découvrir, une colonne suivant une rue non tortueuse, n'a guère à craindre que les feux à droite: elle évitera le plus souvent la fusillade des maisons en longeant le pied des bâtiments du côté droit de la rue.
Pour le même motif elle peut, en faisant occuper, par les derrières, les maisons du rang gauche de la rue, ordinairement peu garnies, assurer sa marche.
Ces principes résultent des observations faites, en juin 1848, par le génie militaire, à l'attaque au delà du canal Saint-Martin.
* * * * *
211. On s'étend le plus possible aux environs des rues par lesquelles ou près desquelles on a pénétré; ou occupe de distance en distance, principalement aux carrefours, deux bâtiments solides, élevés et vis-à-vis l'un de l'autre.
À mesure qu'on avance, il faut laisser à chaque attaque, de cent pas en cent pas, dans des jardins, sur les places, en arrière des clôtures ou barricades, des petites réserves de cavalerie, autant que possible abritées contre le feu des positions non forcées, et ayant des communications libres.
En dehors ou dans les parties enlevées, les lieux et bâtiments, d'où l'on peut plonger à revers sur les défenseurs des enclos ou sur les positions non encore prises, sont occupées.
212. On attaque chaque poste, sur plusieurs têtes de colonnes, par différente rues, de côté, de front, en queue; la cavalerie est échelonnée sur les flancs pour protéger ou pour prévenir les contre-attaques en tête, en queue, de côté.
Les positions enlevées et utiles sont fortifiées; les autres démolies, si elles peuvent favoriser les rebelles; on occupe les clochers, maisons et points extérieurs dominants.
Les postes que l'on ne peut forcer sont bloqués, en garnissant les bâtiments extérieurs qui les commandent.
213. Ce genre d'attaque suppose qu'il y ait peu d'obstacles matériels à franchir; ou que l'on veuille finir vite, coûte que coûte, soit pour disperser une insurrection naissante qui peut grossir; soit pour joindre un corps bloqué et sur le point de faiblir.
Il est en effet des circonstances où, vu la fatigue et l'affaiblissement des insurgés, la faiblesse de leurs positions, la nécessité de hâter la conclusion ou, au moins de nettoyer un quartier, et de parvenir, soit à une troupe bloquée qui n'a plus ni vivres, ni munitions, soit à une position importante, où l'émeute, avec le temps, pourrait solidement s'établir, il faut lancer une colonne d'attaque, à travers le dédale des rues, et enlever plusieurs positions successives de vive force.
§ III.
DÉFENSE PLUS RÉGULIÈRE.
214. Ces cas exceptés, il vaut mieux avancer pied à pied, ne faire un pas qu'autant que l'on s'est bien établi en arrière; gagner le long des murailles et maisons pour se soustraire à l'effet des feux; au besoin cheminer par l'intérieur des bâtiments, et même par les toits.
Rassurée par le nombre surabondant des regrettables moyens de défense qui vont être extraits de l'Officier d'infanterie en campagne, la répression n'oubliera pas un seul instant quels sont les hommes égarés à combattre; elle règlera, avec le calme et toute la modération possible, l'énergie de son action sur l'impérieuse nécessité ou sur le plus ou moins de violence de la révolte; choisissant toujours, de préférence, les voies les moins calamiteuses, elle n'adoptera les mesures extrêmes que dans les cas les plus désespérés.
215. Ne pas marcher à une enceinte ultérieure que tous les postes voisins de droite et de gauche, en avant, à hauteur, et en arrière de la précédente, ne soient enlevés, occupés; les passages en travers élargis; on ouvre des communications latérales; les coupures dominées sont enlevées ou masquées à l'aide de troupes et de contre-barricades; les masses d'ennemis éloignées à coups du fusil.
On établit de larges communications en arrière, et entre les attaques, à mesure que l'on avance on s'assure des voies transversales, pour que les colonnes constamment liées puissent s'entre-secourir dans les grandes rues.
La cavalerie ne doit dépasser l'infanterie, et poursuivre les ennemis en retraite, qu'autant que cette infanterie s'est emparée de toutes les maisons dominantes ou occupées par l'émeute.
216. Chaque attaque, précédée à 50 pas de deux rangs de 5 à 6 tirailleurs, marchera par petites colonnes du front d'une section ou d'une demi-section, de la force d'une à deux compagnies espacées de 50 à 100 mètres, les tambours dans les intervalles.
Cette formation a plusieurs avantages;
La troupe n'est pas entassée inutilement; ses diverses fractions peuvent agir, selon les circonstances, sous la direction d'officiers vigoureux.
On augmente ainsi les réserves, qui ne sont pas toutes sous le feu de l'ennemi; ces petites colonnes se protègent les unes les autres, empêchant que, des croisées ou des rues en arrière, on ne puisse prendre à dos les subdivisions les plus avancées.
Les dernières colonnes soutiennent les premières, prennent à droite ou à gauche pour tourner les obstacles qui arrêtent la tête.
Cette tactique fut employée par le général de division Roguet, d'après les ordres de Napoléon, pour enlever le village de Ligny, le 16 juin 1815, avec 2 bataillons de vieille garde, marchant par division à 100 mètres de distance.
Elle convient d'autant plus, quand la solidité déjà éprouvée d'une troupe permet de multiplier ainsi les commandements particuliers, et les détachements si important, si délicats en pareilles circonstances.
217. On borde, aussi près et aussi à couvert que possible, un obstacle intérieur défendu; on occupe surtout les maisons extérieures qui le dominent; on le fait évacuer à coups de fusil, avant d'essayer de le franchir; et toujours on passe sur plusieurs points à la fois.
On s'établit solidement au delà; on y ouvre des brèches larges et nombreuses, sous le commandement des positions occupées.
Si l'obstacle n'est pas défendu, il faut le franchir et s'établir lestement de l'autre côté.
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218. Se pas s'aventurer en trop grand nombre dans une place ou enceinte battue de feux; établir des tirailleurs dans les premières maisons ou lieux élevés voisins; occuper les deux bâtiments d'angle de la place.
S'étendre successivement pour protéger le débouché de la colonne, sous leur appui, soit par l'intérieur des maisons; soit extérieurement, en faisant contre-battre les tirailleurs opposés.
La tête de la colonne s'établit dans les bâtiments qui enfilent, barrent ou commandent les défilés voisins.
219. Il sera possible quelquefois d'exciter la présomption d'ennemis peu habiles, de les engager par une fuite simulée, mais lente, à déboucher en force de la place: on fera volte-face, auprès d'obstacles à l'abri desquels des réserves masquées déboucheront.
L'infanterie chargera dans le milieu, la cavalerie coupera la retraite sur les flancs; n'ayant plus à craindre le feu des maisons, on y entrera pêle mêle avec l'ennemi, avant qu'il puisse s'y mettre en état de défense.
* * * * *
220. Les barricades et maisons attenantes sont les clefs de toutes les positions:
Leur attaque sera d'autant plus lente et meurtrière qu'on négligera davantage les moyens tournants.
Il faut éviter de trop disséminer, sous le feu de ces positions, des troupes fatiguées.
221. Si la coupure est mal établie ou mal défendue, un seul peloton précédé de la 1re section de tirailleurs, l'enlèvera sans aucune opération préliminaire.
222. Deux divisions suffisent pour prendre la plus forte barricade; l'attaque est conduite pied à pied sur les flancs de la position, de manière à assurer le succès sans effusion inutile de sang.
Elles arriveront par une rue latérale et s'arrêteront, en arrière du retour de rue le plus voisin, à l'abri des feux de la coupure.
Une compagnie prendra position dans les maisons du 1er carrefour; elle dirigera son feu, des étages élevés, contre la barricade et les bâtiments qui la protègent; au besoin, une section, sous l'appui de ce feu, occupera un bâtiment plus rapproché, d'où elle remplira mieux ce but.
Deux autres compagnies ou sections s'établiront de même, aux deux carrefours voisins, dans les rues latérales de droite et de gauche pour menacer par des feux, ou par une attaque, soit le long des maisons, soit dans la rue, les flancs ou les derrières du la coupure.
Il suffira, dès-lors, de marcher à celle-ci, avec quelques hommes, pour l'enlever.
223. Si l'on ne peut tourner ainsi la traverse, les deux sections d'une même compagnie, munies de pétards, de mantelets, de leviers ou de haches, s'en rapprocheront alternativement de 50 à 100 mètres; chaque section, sous la protection de celle restée en position dans un étage supérieur en arrière, avancera pour occuper chaque fois un bâtiment plus rapproché.
Après un ou deux mouvements pareils, on plongera de près sur la barricade et sur les fenêtres qui la flanquent: l'attaque sera facile; deux pelotons suffiront pour cette opération.
Les colonnes latérales détachent quelques hommes résolus vers celle du centre, et celle-ci vers les autres, par les jardins ou maisons, pour prendre ou plonger à dos les barricades.
224. Huit à dix coups de canon suffisent pour renverser une barricade.
Souvent on tire, contre une pareille position, 400 à 800 coups de fusil.
1/20 des insurgés qui la défendent sont frappés; ils ont 4 à 8 morts; 15 à 30 blessés.
225. Si l'on préférait atteindre le but moins vite, sans grande effusion de sang, on arriverait par l'intérieur des cours ou des maisons, en escaladant les murs de clôture, en perçant ceux de refend au-dessus et derrière la position à enlever: on occuperait les toits.
226. On ne doit pas dépasser une barricade avant de s'être rendu maître des maisons attenantes; il faut exécuter avec prudence le passage du défilé en avant, et faire élargir aussitôt le chemin pour la cavalerie qui ne viendra qu'ensuite.
227. Alors cette arme, soit contre les retours offensifs mal appuyés, soit contre les groupes qui tentent de se reformer, agit par petites troupes dans les rues, sous la protection de l'infanterie logée aux fenêtres: Elle se replie au besoin en arrière de ces maisons occupées; elle charge, en tête et en flanc, les ennemis déjà repoussés par le feu des bâtiments garnis de fusiliers: mais elle doit éviter de gêner l'action de ces derniers comme le fit, le 13 mai 1839, un escadron de cavalerie qui obstrua longtemps la rue Saint-Merry dont les fenêtres étaient garnies de fantassins.
* * * * *
228. Les longues rues seront déblayées à coups de canon, en s'établissant toujours un peu en arrière de leurs coudes, si tout autre moyen est insuffisant; les maisons qui flanquent les barricades seront battues en brèche ou incendiées avec des obus, ce qui ne les fera peut-être pas évacuer.
229. On attaque ces maisons à dos, en se glissant derrière, et les enveloppant si elles sont isolées.
On occupera les bâtiments les plus voisins dans le cas contraire, afin de l'emporter par un plus grand feu.
Les meilleurs tireurs seront embusqués dans les greniers, sur les toits, derrière les cheminées; ils tireront à tout homme armé qui se montrera, et contraindront l'ennemi à laisser le champ libre.
230. On pénètre, d'une maison dans une autre attenante, par tous les étages à la fois, par la cave, le grenier, le toit ou la terrasse.
À chacun de ces étages, on perce des créneaux dans le mur de refend, on les garnit de fusiliers; sous la protection de ceux-ci, on fait ensuite des trous plus gros pour le passage des hommes.
231. Si l'on ne peut ainsi s'emparer d'une maison contiguë, et si l'importance de la position, les circonstances les plus impérieuses, les plus désespérées, l'exigent, on y met le feu, ou on brûle le bâtiment qui est à côté.
Dos soldats délogent les tireurs qui sont aux fenêtres ou sur les toits, et ceux qui veulent éteindre un incendie, dernier et regrettable moyen de salut.
232. Chaque bâtiment principal enlevé sera gardé et fortifié sans perdre de temps.
On occupera, par autant d'escouades, une maison en face de chacune de ses portes.
Si la position est nuisible à la troupe, elle sera ouverte et démolie du côté opposé.
233. Le pétard, pour faire sauter les portes, est une boîte en tôle, ou un sac goudronné, rempli de 4 à 5 livres de poudre; au marteau de la porte il y a un oeil à mèche.
L'homme qui a mis le feu, sous la protection de quelques tirailleurs, ou en se glissant de nuit et le long des maisons, s'abrite dans une allée voisine, du même côté, pendant l'explosion.
* * * * *
234. L'attaque du réduit, ordinairement la dernière et la plus sérieuse des opérations successives contre une cité étrangère, a beaucoup moins d'importance et présente peu de difficultés dans le cas qui doit plus nous occuper.
Car une insurrection cernée et resserrée dans son dernier réduit, à l'intérieur d'une ville, se disperse bientôt, lors même que l'on voudrait l'en empêcher, ce que l'on se garde bien de faire; alors chaque insurgé s'échappe le plus souvent inconnu et insaisissable, à travers les positions de la troupe dont le cercle, nonobstant toutes les précautions prises, a toujours quelques solutions de continuité.
Bienheureux la ville et le Gouvernement qui voient ainsi, après de lugubres journées, l'ordre renaître et l'effusion du sang s'arrêter.
En récapitulant toutes les cruelles nécessités de la répression, les malheurs, les victimes, les ruines que cause immédiatement l'émeute, alors même qu'elle est réprimée, on ne saurait trop flétrir les coupables excès d'une anarchie fratricide, et désirer la prompte guérison de cette monomanie furieuse du temps actuel.
L'humanité lasse d'une civilisation si féconde en chefs-d'oeuvres divers, en inventions puissantes et utiles, en hommes illustres, voudrait-t-elle rétrograder vers des époques d'une barbarie telle, qu'à peine les annales des temps les plus calamiteux en donnent l'idée.
Quelle époque que celle où il faut s'occuper de pareilles théories: où la défense sanglante du foyer domestique, lui-même, par les moyens les plus désespérés, peut devenir le sujet d'étude journalier et trop souvent applicable du citoyen, menacé dans le produit de ses labeurs, dans sa sûreté, et dans ses affections les plus douces, les plus sacrées.
Félicitons-nous d'avoir pu échapper à de tels malheurs, et plaignons les peuples qui auraient encore à traverser d'aussi dures épreuves; plaignons-les surtout de n'avoir pas su les conjurer.
CHAPITRE VI.
Cas particuliers.
§ Ier.
DIVERS CAS D'ÉMEUTE.
235. Les principes précédemment exposés doivent subir d'importantes modifications, selon le caractère de l'émeute à comprimer et les circonstances au milieu desquelles celle-ci éclate.
Ces circonstances dépendent de cinq éléments principaux:
1° État moral et politique;
2° Esprit des populations intérieures et extérieures;
3° La force publique;
4° Nature de la ville;
5° Résidence du chef de l'État au moment de l'émeute.
* * * * *
236. L'état moral et la politique dominent tout: si les esprits sont agités et mécontents; si l'opposition est dans toutes les têtes, la patience nulle part; si les affaires souffrent; si les ambitions depuis longtemps sont surexcitées et les esprits habitués aux changements; si des puissances voisines, gênées dans leur politique ambitieuse, désirent la chute du Gouvernement; si une classe importante est hostile à ce Pouvoir, une seule étincelle déterminera l'explosion pour laquelle tout est préparé.
Peu d'hommes décidés à tout, et depuis longtemps unis dans les mêmes desseins, seraient en effet une force redoutable, vis à vis d'une société divisée ou sans énergie, sans confiance en elle-même, et qui, n'ayant qu'indifférence, doute ou esprit d'opposition, ne présenterait nulle part, au milieu d'une tourmente sérieuse, un point d'appui réel à l'autorité depuis longtemps affaiblie.
Le pouvoir le plus nécessaire au pays, le plus régulier, et en apparence le plus fort, pourra s'affaisser tout à coup, au milieu de l'abandon général.
Heureux si, alors, une résolution vigoureuse, prise à propos, lui permet d'attendre, à la tête de l'armée, que cette surexcitation, que ces erreurs aient fait leur temps.
237. Si le Gouvernement, disposant d'une troupe suffisante, a pour lui l'opinion, tant dans la capitale qu'au dehors; si, rassuré contre une révolution, il ne peut redouter qu'une simple émeute excitée par un parti sans racines, il protégera l'ordre et les propriétés partout où ils seront menacés.
Il pourra, alors, disséminer ses forces et les laisser à la disposition des agents civils que cette affaire regardera particulièrement.
Mais il faut éviter que ces sortes de troubles se renouvellent et laissent descendre l'agitation jusque dans les dernières profondeurs de la société; éviter aussi que la troupe y soit employée d'une manière indécise et compromettante, et que l'anarchie y fasse parade de ses moyens: ce qui affaiblirait, à la longue, le moral du parti de l'ordre et élèverait celui des factieux, pour des circonstances plus graves.
L'anarchie aveuglée n'apprécie jamais bien ses forces et ses ressources relatives: elle compte tous les mécontents, tous les curieux pour ses adhérents: au premier coup de fusil ceux-ci se retirent: il ne reste plus que quelques groupes compromis dont les chefs prennent leurs sûretés, et alors une moitié se défie de l'autre: il ne faut croire ni à toutes ses espérances, ni à la sécurité que le défaut de ses forces réelles inspirerait.
238. Si l'insurrection préparée, soit dans un faubourg, soit à la campagne, est tout a fait étrangère et extérieure à la ville, où elle veut agir dans une circonstance donnée, le mieux sera de lui barrer le chemin, de l'isoler, soit en gardant les issues de l'enceinte; soit en occupant le débouché des principaux faubourgs et une forte position centrale intérieure, sur laquelle on convergera, en cas de trouble; soit en prenant une position intermédiaire extérieure d'observation avec de la cavalerie, sur la direction des populations agitées.
À l'entrée ou à l'intérieur de la ville, et même dans les communes environnantes suspectes, on arrête les meneurs, mais de manière à ne pas déterminer une explosion.
Dans ce cas, il faut se borner à repousser le désordre, éviter d'aller le chercher dans son centre; de l'exciter, de lui fournir un prétexte; d'appeler aux armes et de forcer, pour ainsi dire, à s'ameuter tous les habitants des communes mécontentes, soit par des dispositions militaires qui ne seraient pas indispensables, soit par des motifs de mécontentement donnés aux approches des jours de fête, de marché ou de réunion; on a soin de ne pas rallumer d'anciens dissentiments, par l'emploi de gardes nationales étrangères à la localité.
239. Éviter, surtout, d'attaquer ouvertement, de retenir dans une lutte des insurgés arrivés de l'extérieur sans but bien déterminé; faciliter, sous main, leurs projets pour une autre direction, sauf à pourvoir: ou aura plus facilement raison de cette insurrection bientôt réduite, au dehors, au dixième, par la dispersion. Dans tous les cas, elle sera moins redoutable que dans une capitale, où existent tant d'éléments inflammables.
* * * * *
240. Si l'insurrection est dans le quartier militaire qu'occupe la garnison, celle-ci, non affaiblie par des détachements, l'isolera d'abord du reste de la ville et de l'extérieur.
Sans grande effusion de sang, on pourra compter sur un succès avant le second ou le troisième jour, suivant les forces et les approvisionnements des rebelles.
Mais, si l'on veut hâter la conclusion, les différents corps postés dans les établissements publics les plus importants, bien approvisionnés de vivres et de tous les moyens indispensables dans la guerre de maisons, logés à l'écart de la population et des agitateurs, se lieront entre eux et avec l'état-major général, comme il a été expliqué: agissant sur un rayon proportionné à leurs forces, ils offriront ainsi aux gardes nationaux et autorités civiles, dans des espèces de citadelles actives, des centres de réunion et de défense.
Engagées de cette manière, les troupes n'éprouveront nulle part ni perte, ni grande résistance, et triompheront bientôt d'une insurrection débordée de toutes parts.
241. Dans le cas d'une émeute intérieure et sérieuse, les insurgés veulent agir à la fois sur tous les points et se disséminent; alors, on enlève la position la plus importante par un grand effort, et l'on marche ensuite aux autres jusque-là contenues par de fausses attaques.
Ou les réduit successivement, on menace, on avance, avec toutes les troupes réunies, en tête, en queue et par les flancs.
242. Si les insurgés n'occupent réellement qu'un seul point en forces, il faut les y amuser par peu d'hommes éprouvés et, en même temps, les cerner en occupant tous les débouchés environnants.
On agit vigoureusement et simultanément en plusieurs endroits, là où les colonnes d'attaque pourraient être soutenues par une réserve commune.
243. Dans le cas d'une rébellion ouverte, l'émeute se développe à l'extérieur du quartier militaire occupé; des secours attendus, des causes de division ou de lassitude qui peuvent survenir parmi les insurgés engagent à gagner du temps; alors, on se fera une enceinte, en profitant des rues, jardins, vieux murs, canaux, rivières, le long de laquelle on occupera de bons bâtiments, surtout aux embranchements de rues et de carrefours, de 200 en 200 pas, afin du mieux se flanquer, d'enfiler les principales communications parallèles et transversales.
Les édifices, faisant tête de pont au delà de cette enceinte, seront également occupés, pour prendre des revers utiles sur le pourtour, et permettre d'agir au dehors dès que cela sera possible ou nécessaire.
Ce parti serait chanceux, en cas de révolution imminente, dans la capitale d'un gouvernement centralisé: il ne faut le prendre que comme un pis aller, ou un des derniers moyens de ne pas abandonner tout à fait un théâtre si important, et alors seulement que la garde nationale refuse son concours; ainsi l'on reste près des factions, on profite de leurs divisions, hésitations ou découragements.
Dans ce cas, on abandonne à la garde nationale la majeure partie de la ville qu'elle sera obligée de préserver du pillage.
L'émeute de Clermont, en septembre 1841, est, sous certains rapports, un exemple de l'application de ce principe.
244. L'agitation excitée dans la ville, parmi une classe de citoyens, veut agir au dehors, contre quelques localités ou établissements, soit par le pillage, soit par l'incendie.
Des troupes d'infanterie et de cavalerie sont cantonnées, dans des positions intermédiaires d'observation, de manière à intercepter les communications aux mal intentionnés; à les arrêter au départ ou au retour; à se porter rapidement, soit au secours des établissements menacés avec des pompes à incendie; soit aux quartiers de la ville où les rassemblements s'organiseraient, en attaquant ceux-ci, partout où on pourrait les atteindre, avant qu'ils ne deviennent dangereux par leur nombre et leur position.
* * * * *
245. Si la force armée se compose d'éléments vigoureux et dévoués, tous éprouvés dans des guerres longues et glorieuses, si les chefs sont des hommes d'expérience, si les grands principes d'autorité et de fidélité sont intacts; si de récentes catastrophes n'ont donné ni le goût ni l'habitude des révolutions, le pouvoir ne peut redouter d'émeute que celle qui aurait les motifs les plus graves, les plus irritants, pour l'honneur et les intérêts de la nation: alors, la plus faible garnison agissant, avec un ensemble majestueux, donnera facilement force à la loi. Mais il faut que l'autorité veuille se défendre, et ne se laisse pas égarer, de concessions en concessions, par l'espoir trompeur d'une conciliation quelquefois impossible.
On ne doit pas oublier qu'au commencement de sa victoire, l'émeute n'est en mesure nulle part, même sur les positions les plus importantes: partout elle ne présente qu'une foule ivre de son succès; une compagnie balayerait tout en un instant, si le pouvoir attaqué gardait son sang-froid pour ce moment décisif.
246. Dans les mêmes circonstances, l'effectif du la troupe est si peu nombreux qu'il lui est impossible de conserver ses postes au milieu de l'insurrection. Des forces extérieures peuvent être ralliées: alors on se concentre de plus en plus, se jetant, s'il le faut, au dehors de la ville, ou à une de ses extrémités, de manière à pouvoir, soit rentrer au besoin; soit couper extérieurement les communications de la révolte, conserver les siennes et appeler les secours nécessaires.
Le caractère du chef pourra encore triompher d'une émeute bientôt effrayée de sa propre victoire, et qui, à l'aspect des troupes qui vont fondre sur elle de toutes parts et des difficultés intérieures qui l'attendent, viendra elle-même prier qu'on reçoive sa soumission.
Les autorités civiles resteront, autant que possible, à leur poste, pour profiter des premières bonnes dispositions des rebelles, et empêcher l'élévation d'autorités nouvelles qui, une fois compromises, s'opposent à tout accommodement.
La conduite ferme et habile de la reine-mère, dans l'émeute de 1588, est un exemple de l'observation de ce principe.
247. Dans un état des pouvoirs publics, où ceux-ci auraient besoin d'être fortifiés, encouragés, rassurés par le concours de l'opinion, il faudrait agir avec prudence et résoudre le plus de difficultés possibles sans rien compromettre.
248. Si, à proximité de la ville, existe un corps auxiliaire que l'on ne peut immédiatement y faire entrer, pour quelque motif que soit, le camp provisoirement occupé par ce corps et les positions de combat de la garnison seront tels que leurs communications restent constamment faciles et assurées.
249. Dans les états où il n'existe pas de garde nationale, le plan général de défense exposé, chapitre 4, devra être grandement modifié; il ne sera plus, alors, aussi indispensable d'organiser à l'avance, comme centres d'action et magasins d'approvisionnements, toutes les mairies; les règles pratiques du chapitre 5 resteront utiles.
Dans ce cas nouveau, il ne faudrait pas désespérer de réprimer le désordre; un principe militaire plus fort, vis-à-vis de l'anarchie entièrement désarmée, pourrait encore suppléer au défaut de cet utile auxiliaire.
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250. La topographie de la ville permet à la garnison d'occuper, comme base d'opérations, un quartier militaire à cheval sur toutes les rives, communiquant avec toutes les directions, renfermant les principales administrations et s'étendant de la circonférence vers le centre: c'est le cas le plus avantageux qui puisse se présenter.
251. Le nombre et l'importance des obstacles qui divisent la ville sont à l'avantage de la troupe ou de l'insurrection, selon que la première peut, d'un petit nombre de positions à sa portée, dominer ces obstacles, ou que ceux-ci ne couvrent pas directement l'insurrection.
252. Un quartier militaire central est d'autant moins convenable que les approvisionnements de toute nature y sont moins assurés, que la force publique est moins puissante et que ses communications avec l'extérieur peuvent être plus facilement interceptées. Il a souvent l'avantage d'isoler les différents arrondissements insurrectionnels.
Le plus heureusement placé du tous ces quartiers est celui qui se trouve dans un arrondissement peu habité et ouvert, au point de concours de plusieurs obstacles transversaux, et au centre de diverses parties de ville hostiles, populeuses, rétrécies et éloignées les unes des autres.
253. Si un quartier ennemi, très-habité, mal percé, domine toute la ville, si la troupe ne peut y parvenir, en cas d'émeute, qu'en forçant de redoutables positions, il faut nécessairement y avoir un établissement militaire permanent.
À défaut du celui-ci, et si l'on veut éviter une affaire vive et sanglante, l'attaque par le dehors de la cité ou le blocus peuvent réussir.
254. Une enceinte de ville facilite la répression toutes les fois qu'on peut faire garder ses rares issues, sans se trop diviser; mais elle rend encore plus critique le parti déjà si hasardeux de l'évacuation; dans ce cas, l'émeute, à qui on aurait abandonné la ville, s'y trouverait fortifiée; avec des approvisionnements de vivres et du combat, elle aurait peut-être les moyens de s'y défendre quelque temps.
255. Dans une grande ville que commande une citadelle, et quoiqu'on ait peu de forces, il vaut mieux occuper cette bonne position militaire d'où l'on pourra surveiller, contenir et au moins résister à la révolte, que de laisser, en se retirant, celle-ci libre de soulever les plus indifférents, et de venir, au dehors, profiter des avantages du nombre ou de la position.
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256. La résidence du chef de l'État, ou plus généralement la position éventuelle du pouvoir et de ses principaux moyens d'action ou de défense, avant ou au moment de l'émeute, est souvent décisive.
La position la plus favorable est assurément au dehors; on apprécie, on domine mieux les événements, on est moins gêné par les hommes et les circonstances, on est plus libre d'esprit et d'action, on est obligé à moins de concessions; on peut enfin intervenir, avec autorité et un grand effet moral, au moment opportun, et de la manière la plus convenable; ces grands avantages, il ne faut pas se hâter légèrement de les perdre, d'autant plus qu'on ne les retrouverait pas tels, en se retirant ensuite après s'être avancé.