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Islam saharien

Chapter 51: (9) SNOUSSIA
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About This Book

The author offers a witness's journal of investigations among Saharan Muslim communities, mapping the growth and organization of religious orders, saintly lineages, and mystical doctrines that bind nomads and oasis dwellers. He describes how confraternities reconfigure social and political authority, spread secret networks of allegiance, and shape moral practices across desert landscapes. The narrative links European contact to an acceleration of affiliation and mobilization, and combines ethnographic detail, historical interpretation, and personal observation to explain how these spiritual movements have transformed local loyalties and regional influence.

(9)
SNOUSSIA

Certes, ici, l’influence française n’a pas pénétré : ce sont pour nous les « pères de l’inimitié », selon la formule arabe. J’ai mentionné leurs prières qui rappellent beaucoup celles des Tidjanïa ; j’ai indiqué, également[21], les circonstances en lesquelles leur ordre fut fondé par Si-Mohammed-ben-Si-Ali-ben-Snoussi, vers 1813.

[21] Voir l’Avertissement du présent ouvrage.

Ce cheikh mourut en 1839 ; mais il avait deux fils, Si-Mohammed-Chériff et Cheikh-el-Mahdi. J’ajouterai que ce dernier nom a causé bien des confusions, dans cette région guerroyante, où le premier marabout venu prend le titre de Mahdi (Messie). Les miracles accomplis par Cheikh-el-Mahdi sont quotidiens, d’après ses fidèles. Il repose en voyage sous une tente magique qui se déplace selon ses vœux, espèce d’aérostat merveilleux sans aucun danger de chutes mortelles, et dont la foi et la baraka seraient les uniques moteurs. Sur les tapis de cette tente, autre merveille plus aimable encore, les houris du Paradis viennent en bande rendre visite au ouali. J’imagine que ces houris ne parlent point arabe, puisque sur leur poitrine sans défaut se trouve un écriteau disant : « Ami de Dieu, fils de la Lumière, à toi nos faveurs ! »

Il est difficile de prévoir si les Snoussïa continueront l’apparence d’évolution qu’ils essayent depuis deux ou trois ans du côté de la France, évolution n’empêchant d’ailleurs pas, au besoin, le vol ou l’assassinat. Leur zaouïa-mère de Koufra, dans les sables tripolitains, garde son importance considérable, bien que le chériff l’abandonne souvent pour des séjours au pays plus noir : car c’est au centre de l’Afrique, autour du Tchad (sans compter l’Asie Mineure et le Hedjaz d’Arabie) que Cheikh-el-Mahdi compte ses fervents plus extasiés.

Mais il a des adeptes secrets répandus à travers tout le monde d’Islam ; il en a dans toute notre Algérie : même une zaouïa snoussienne s’élève ostensiblement au lieu de naissance de Si-Snoussi, à l’Hillil, entre Relizane et Mostaganem…