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Jésus

Chapter 13: XII. Vérité et réalité
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About This Book

A first-person portrayal of a carpenter's son who remembers waking in a small home, working alongside his father, observing village life, and reflecting on poverty, family, animals, and the rhythms of day and evening. The narrative blends intimate domestic scenes with spiritual meditation, depicting encounters with travelers and the marginalized while exploring compassion, humility, and the nature of truth and revelation. Short, image-rich chapters alternate concrete everyday detail with contemplative passages that consider language, silence, and the moral responsibilities of community. The tone mixes tenderness and moral urgency as the narrator situates ordinary labor and suffering within a larger ethical vision.

CHAPITRE XII

1. — M’interrogea un jeune homme qui vint à moi comme je marchais dans la rue.

2. — Maître, j’ai entendu parler diversement d’elles deux : la vérité et la réalité.

3. — Je lui répondis : Nous sommes toujours entre elles deux, l’une en dedans, l’autre en dehors. Vois cette rue où nous marchons : Elle semble se rétrécir au loin en avant de nous, et ses maisons ont l’air de se rapetisser à nos yeux, et pourtant, à mesure que nous la parcourons, nous voyons qu’elle est toujours aussi large, et ses maisons aussi hautes.

4. — Alors, il y a dans l’œil deux images de la rue : celle qui va se rétrécissant et celle toujours aussi large.

5. — Il dit, vite : C’est celle que tu dis en dernier, à savoir l’aussi large, qui est la seule vraie.

6. — Oui, mais l’autre est la seule réelle.

7. — Ne prends-tu pas la vérité par le mauvais bout ?

8. — La vérité pratique et la vérité théorique, la visible et l’invisible, ne sont pas deux choses différentes, mais les deux faces de ce qui est,

9. — Comme la forme d’un cercle diffère aux yeux selon qu’on est en dedans ou en dehors de ce cercle, tout en étant une.

10. — Il dit, s’éclairant pas à pas, du visage, et me montrant une vieille femme qui approchait, vêtue de noir jusqu’aux paupières dans le soleil, comme si elle avait ramassé son ombre par terre pour s’en envelopper : Elle grandit ; la-bas elle est petite, là, moyenne, ici, grande. Tout est là.

11. — Et parce que nous marchions, les maisons jouaient avec leurs longues et larges lignes d’or.

12. — Et je dis oui, et je dis : Toutes les fois que tu as vu les deux bouts de la vérité en désaccord, c’est que tu t’es trompé.

13. — Puisqu’ils sont inséparables.

14. — Recherche l’éclat de lumière et la justice des lignes, et tout le reste viendra par surcroît. Le reste : la certitude caressante.

15. — Ce qui est miraculeux c’est que, fermant les yeux, tu fasses un monde. Mais ce qui serait beau, c’est que ce monde fût celui qui est.

16. — Donc, ne t’amuse pas à séparer le vrai du réel ; l’esprit, de la vie.

17. — Puisqu’il n’y a en tous lieux qu’une seule réalité et qu’une seule vérité : la même, qui n’est pas la même.

18. — Qu’il n’y ait jamais une petite idée sans une petite chose.

19. — Qu’il n’y ait jamais une grande idée sans une grande chose.

20. — Car si tu sépares la réalité de la vérité, la réalité devient aveugle, et la vérité devient folle.

21. — Mais on est effrayé de ce que peut créer dans le vide le dedans de la tête.

22. — Le mal, c’est qu’on peut dire ce qu’on veut. Et même, qu’on peut faire dire ce qu’on veut à ce qui a été dit.

23. — Satan peut dire, s’il lui plaît : N’est adorable que le bien. Et c’est un mensonge, à cause de la bouche de Satan.

24. — L’hypocrite n’est-il pas quelqu’un qui dit de belles pensées ?

25. — Les paroles des fous viennent de la multitude des paroles, dit l’Ecriture :

26. — Parce que les mots se laissent faire.

27. — Mais la vérité, pendant ce temps-là, est muette.

28. — Didyme dit : Il faut toucher.

29. — Je répondis : Tu parles bien.

30. — Je veux être l’esprit en chair et en os.

31. — Qu’on me touche.

32. — Qu’il y ait la main de la joie.

33. — Car la chair et l’esprit sont les deux choses d’une seule chose :

34. — La vie.

35. — Après, nous rencontrâmes dans un coin une folle, qui était sale et pauvre ; et sa robe tombait autour d’elle comme la pluie.

36. — Elle dit : Je suis heureuse, étant certainement la reine de Saba.

37. — Autour de moi ils disaient, émus de compassion : Il faut la laisser telle quelle.

38. — Non, il ne faut jamais respecter la folie.

39. — Que l’intelligence soit pure comme le jour.

40. — Et que des lignes droites rayonnent des têtes.

41. — Et justement, nous rencontrâmes plus loin un homme qui travaillait ; et c’était un jour de sabbat !

42. — Et justement, je dis à cet homme qui travaillait au temps où cela ne devait point se faire selon la Loi (car il chargeait son âne) : Homme, si tu sais ce que tu fais, tu es heureux. Mais si tu ne le sais pas, tu es maudit et transgresseur de la Loi.

43. — Comprendre d’abord.

44. — Croire sans savoir, c’est une mâchoire sans corps.