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Jésus

Chapter 24: XXIII. La porte sur le Royaume
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About This Book

A first-person portrayal of a carpenter's son who remembers waking in a small home, working alongside his father, observing village life, and reflecting on poverty, family, animals, and the rhythms of day and evening. The narrative blends intimate domestic scenes with spiritual meditation, depicting encounters with travelers and the marginalized while exploring compassion, humility, and the nature of truth and revelation. Short, image-rich chapters alternate concrete everyday detail with contemplative passages that consider language, silence, and the moral responsibilities of community. The tone mixes tenderness and moral urgency as the narrator situates ordinary labor and suffering within a larger ethical vision.

CHAPITRE XXIII

1. — Je rencontrai Jean Zébédée qui venait au-devant de moi, et je lui dis : Tu me cherchais ?

2. — Il me répondit : Je me cherchais moi-même.

3. — Il méditait penché dans une grande préoccupation, et ses deux mains appuyées devant lui sur son bâton debout.

4. — Il m’ouvrit cette préoccupation et me dit : Cet esprit, d’où vient-il ?

5. — Cette grande voix qui vient dans des rêves, d’où vient-elle ?

6. — Il se répondit à lui-même : Croire, c’est donc croire avant de croire ?

7. — Mais il reprit : Cet esprit, d’où vient-il ?

8. — Jean, écoute le vent qui souffle. Il règne, mais on ne sait pas d’où il vient.

9. — Cet esprit, c’est le miracle de nous ; l’esprit et la vie, c’est le même miracle de nous ; c’est la force qu’on a de saisir la vérité, et d’asseoir d’aplomb la forme des idées sur la forme des choses, et de tracer aussi, avec l’art de justice, la communauté des hommes, et d’aimer à force seulement de comprendre ; (la vie, c’est faire la vérité) ; il est en nous. Demande seulement où il va.

10. — Jean redit : D’où vient-il ?

11. — Et il attendait. Il attendait que je disse : Il vient du Dieu de nos pères.

12. — Et ayant attendu (et il avait un manteau sombre), il dit : Réponds, si tu as de quoi parler. Tu as tout dit ?

13. — Mon cœur donna son beau cri :

14. — Oui.

15. — Après, Jean fit un effort de tout son être, pour rompre le silence, et dit : Pourquoi leur parles-tu du Dieu de nos pères ?

16. — Parce que je parle par paraboles et similitudes.

17. — Pourquoi parles-tu par paraboles ?

18. — Parce qu’il nous est donné de savoir la vérité, mais cela ne leur est pas donné.

19. — Beaucoup ont des yeux pour ne point voir, des oreilles pour ne pas entendre, un cœur pour ne pas comprendre.

20. — Jean baissa la tête.

21. — Qui dit : Parle-moi encore.

22. — Oui. Le royaume des cieux est au dedans de nous, et celui qui se connaît soi-même le trouve.

23. — Il tendit sa main tremblante vers les grandes distances, murmurant : Tu fais mourir la grandeur.

24. — Je la fais vivre toute. (Et ma voix tremblait comme une source.)

25. — Et je remets la prière dans le droit chemin.

26. — Jean me répondit : J’ai peur.

27. — Je dis : je ne suis pas un thaumaturge et n’ai pas inventé la vérité.

28. — Elle fut cachée, mais elle fut, est et sera.

29. — Ce n’est pas moi qui te parle, c’est l’esprit divin qui est en moi (comme en tous ceux nés à la lumière), et dont je suis le veilleur.

30. — Et rien n’empêchera que chaque matin vienne métamorphoser chaque nuit au cours des siècles ci-après, et chaque printemps ressusciter.

31. — Et rien n’empêchera que l’image juste de tout, ne s’accomplisse à vif dans les hommes.

32. — Car rien ne restera caché et tout sera proclamé.

33. — Et ce jour-là, on aura le remords d’avoir été lâches devant le savoir.

34. — Et le remords d’avoir obéi.

35. — Et ceux qui verront dans la lumière agiront dans la lumière.

36. — Mais après ces jours où cela fut dit, je vis bien que les hommes, et même les meilleurs, ne sont pas capables de comprendre les géantes formes humaines de la chose divine, ni tout ce qu’on dit quand on dit : que l’intérieur et l’extérieur soient un.

37. — Car le besoin de croire c’est le besoin de posséder, à savoir : de prendre ce qui n’est pas à nous.

38. — Et ils veulent voler l’impossible.

39. — Et ils ne seraient capables que de dire dans leur âme misérable qui tourne en rond : si on nous ôte le joug de Dieu, par quoi le remplacera-t-on ?

40. — J’ai beaucoup de choses à vous dire qui sont encore perdues, car la parole vraie, vous ne pouvez pas la porter encore.

41. — Je leur dis seulement : l’esprit et la vérité c’est la même chose, et nous sommes de la race de Dieu.

42. — Car le Psaume a avoué l’aveu : j’ai dit que vous êtes des dieux.

43. — Et chacun est son propre Christ.

44. — Je leur donnai cela seulement qui n’est que la première pierre, car le jour viendra qui n’est pas venu, où l’on saura que celui qui s’est vu, a vu Dieu.

45. — Commençons l’œuvre de ce jour-là par le commencement.

46. — Par le bas, par les pauvres cœurs, sources des pauvres hommes,

47. — Les grands aveugles qui ont des yeux.

48. — Et des mains.

49. — On est fait pour défaire ce qui est injuste.

50. — Beaucoup me haïssaient. Jekhiel surtout, ayant été mon ami, me haïssait, et souvent, je trouvais dans mes ennemis la main ou la face de sa haine.

51. — Je savais que plusieurs disaient de moi : Il faut le faire mourir.