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Jésus

Chapter 6: V. Le frère inexplicable
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About This Book

A first-person portrayal of a carpenter's son who remembers waking in a small home, working alongside his father, observing village life, and reflecting on poverty, family, animals, and the rhythms of day and evening. The narrative blends intimate domestic scenes with spiritual meditation, depicting encounters with travelers and the marginalized while exploring compassion, humility, and the nature of truth and revelation. Short, image-rich chapters alternate concrete everyday detail with contemplative passages that consider language, silence, and the moral responsibilities of community. The tone mixes tenderness and moral urgency as the narrator situates ordinary labor and suffering within a larger ethical vision.

CHAPITRE V

1. — On le montre du doigt, on le glorifie, on dit : Rabbi, Rabbi… On m’a dit : Celui-là, écoute-le, petit, suis-le. C’est un savant maître.

2. — Je réponds : Non.

3. — Car une telle confiance est idolâtre.

4. — Il faut que je donne par moi-même, et non par ouï-dire, l’autorité à mon maître.

5. — Il faut que chacun se recrée toujours tout entier : sa foi, ses certitudes,

6. — Et sa confiance dans un autre.

7. — Sa confiance, à savoir : la grande richesse qu’on a quand on n’a rien.

8. — Ce n’est pas du nom propre qu’il faut s’émouvoir, mais de la simple parole du peuple des mots.

9. — Ce n’est pas le maître consacré qu’il me faut suivre.

10. — C’est lui.

11. — Mon frère inexplicable.

12. — Il est venu à moi.

13. — Il était pareil à moi, et de ma taille : Jean, fils de Zébédée.

14. — Et je suis venu aussi à lui.

15. — Nous nous éloignâmes de tous l’un vers l’autre.

16. — Et nous nous sommes parlé.

17. — Parler, c’est quelqu’un.

18. — La présence réelle est dans la parole à l’ami.

19. — On a besoin de toi qui écoutes, pour être vraiment soi-même, et pour se reconmaître.

20. — Quand tu es là, je viens entre nous deux.

21. — Les paroles que tu dis sont douces à ma bouche.

22. — Quand je te vois dormir, que le sommeil t’immobilise et te ferme, et que ta présence n’est plus ta présence, j’ai peur du temps qui passe.

23. — Car le sommeil, c’est le printemps de la mort.

24. — Par toi, je refais mes regards. Par toi, je refais mon cœur et j’invente mes joies, et je suis mon prophète.

25. — Et je te remercie de tout.

26. — Quand j’ai vu Jean, fils de Zébédée, je lui ai dit d’un seul coup ce que je savais :

27. — Même si on est un pauvre perdu parmi les pauvres, on est fait pour voir royalement.

28. — Et pour que nous nous rendions ce que nous avons donné à l’espace.

29. — Et on est fait pour parler.

30. — Voici : Jean sort de la distance, ou du coin bleu de la chambre, ou du tournant blanc et noir de la rue ; il me regarde ; il va me parler.

31. — Je l’aime, de tout l’inconnu que j’ai dans mon cœur.

32. — Il y a une autre lumière.

33. — Qui n’est pas dans le ciel.

34. — Qui est dans les têtes et sur les figures.

35. — Je ne suis que le fils de l’homme auquel Dieu a dit : Je rendrai ta face plus dure que leurs faces.

36. — Mais quand me reconnaîtra-t-on, et dira-t-on de moi : Voici l’homme.