VII
A DOUZE ANS
Or, cette année, après la Pâque, grande fête
D’où les enfants devaient revenir assagis,
Le bon Joseph, avec bien des soucis en tête,
Quittant Jérusalem, retournait au logis.
C’était loin, Nazareth. Et voisins et voisines
Par groupes et nombreux faisaient ce long chemin,
Et les petits, tentés par les fleurs des collines,
Trompant leur mère lasse, abandonnaient sa main.
— Où donc est-il, ce diable ? Ah ! l’engeance maudite !
— Je l’aperçois là-bas qui se pique aux chardons.
— Voyez, il court offrir ses fleurs à ma petite.
— Ils reviendront toujours, bien sûrs de nos pardons.
Et tout le long du jour ce sont mêmes paroles,
Et les enfants, d’un groupe à l’autre, vont, rieurs,
Se montrant de grands lys, buvant dans les corolles,
Apparaissant ici quand on les croit ailleurs.
Et Joseph, sérieux, répétait à Marie :
« Le cèdre du Liban se vend toujours plus cher ! »
Et mille autres propos sur la charpenterie,
Tandis qu’elle songeait à la chair de sa chair…
— Et Jésus ? disait-elle. — Il joue avec les autres ;
Tous ceux de Nazareth sont en bande là-bas.
— Avez-vous vu mon fils ? — Il entraîne les nôtres,
Voisine. — Et les parents ne le rappelaient pas.
Or, on avait marché tout un long jour sans ombre,
Et les enfants plaintifs revinrent un par un
S’accrocher à leur mère, ayant peur dans le sombre,
Et leur bouquet trop lourd devenait importun.
Quel âge a-t-il ? « Douze ans. » Mais alors c’est un homme :
Il saura bien toujours retrouver ses parents…
— Mon fils est égaré, bon passant… Il se nomme
Jésus. Il est tout blond avec des yeux très grands.
Et dans la nuit montante, au bord de la vallée,
Revenant sur leurs pas, par le chemin désert,
Marie avec Joseph, d’une voix désolée,
Appelaient… De tout temps Marie a bien souffert.
Jusqu’à Jérusalem, pleins d’angoisse mortelle,
Il fallut retourner… Songez donc quelle nuit !
Oh ! que ne souffrit pas Marie ! et que dit-elle,
Lorsqu’on se retrouva dans la ville, sans lui !
Deux jours sans le revoir ! Deux longues nuits encore
Des rêves sans sommeil… Oh ! des rêves affreux !
Quelle couleur de deuil eut la troisième aurore !
Et les parents, pleurant sur lui, pleuraient sur eux.
Et le troisième soir, sur les places publiques,
Comme ils erraient encor, pâles, tremblants d’effroi :
— Cet enfant de douze ans a de fortes répliques,
Dirent, passant près d’eux, des docteurs de la Loi.
— Oh ! par pitié, de qui parlez-vous ? dit la femme.
— D’un petit charpentier que l’on nomme Jésus…
Elle court… « C’est mon fils ! » Et ses mains et son âme
Attirant le beau front, se reposaient dessus.
Elle l’éloigne un peu, lui sourit, le contemple,
Et le gronde : « Il n’a pas songé que nous pleurions ! »
Depuis trois jours, l’enfant, très grave, dans le Temple,
Aux docteurs attentifs posait des questions ;
Et tous l’interrogeaient, admirant ses réponses…
— « Ah ! le méchant ! méchant petit insoucieux ! »
Mais lui, tranquillement, répondit aux semonces :
— « Avant tout je me dois à mon Père des cieux :
« Pourquoi me cherchiez-vous ? »
On revint au village.
Eux, ne comprenant point, grondaient toujours un peu.
Et depuis ce temps-là, toujours plus grand, plus sage
Il leur était soumis et croissait devant Dieu.