VIII
LE GRAND CHAGRIN
Or, Jésus adorait sa mère, qui, divine,
L’avait si tendrement bordé dans son berceau,
Réchauffé dans le nid comme un petit oiseau,
Et, lorsqu’il avait peur, caché dans sa poitrine.
Mais le désir naissait en lui d’approcher Dieu,
De hausser son esprit pour être utile aux hommes ;
Il songeait : « Nous serions meilleurs que nous ne sommes,
Si nous réalisions nos rêves, rien qu’un peu. »
C’est alors qu’il allait, en fraude, dans le Temple,
Où, grave, il s’attaquait aux docteurs de la Loi.
Sa mère le cherchait partout… — « Malheur sur moi !
Mon fils donne aux enfants le plus méchant exemple !
« Il croit savoir ce qu’à son âge on n’apprit pas ;
Il irrite de vieux savants qu’il blâme et loue ;
Et puis, trop confiant, il cause, il rit, il joue
Avec le méchant fils de nos voisins, — Judas !
« Rentre au logis, petit bavard ! taille des planches !
Au lieu de tant parler, travaille de tes mains ! »
Il s’échappait, cueillant des fleurs par les chemins,
Et pour sa gerbe heureuse il préférait les blanches.
Et, devant lui, Marie ayant dit tristement :
— « Ce n’est pas tout bonheur, allez, d’être sa mère ! »
L’enfant pleura, trouvant cette parole amère,
Et son cœur ressentit déjà l’isolement.