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Jésus

Chapter 13: IX IL CROISSAIT DEVANT DIEU
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About This Book

A lyrical sequence of poetic scenes and meditations draws on Gospel episodes to portray the road to Emmaus, the nativity, humble shepherds, an inhospitable inn and the visit of distant sages. The poems shift between narrated encounters and prayerful reflection, exploring doubt, yearning and the felt presence of a veiled but guiding divinity. Pastoral imagery and simple gifts underscore humility and compassion, while recurring motifs of resurrection, spiritual darkness and consolation frame a persistent desire for communion and moral guidance amid uncertainty.

IX
IL CROISSAIT DEVANT DIEU

Et puis ?… De ces douze ans sublimes jusqu’à trente ?
Comment fit-il son âme en faisant son métier ?
Que disait Dieu le Père à cette âme parente ?
Que répondait à Dieu le fils du charpentier ?
D’un an, d’un jour à l’autre on voudrait bien le suivre !
Par qui l’adolescent divin fut-il guidé ?
Le monde, là-dessus, ne voit rien dans le Livre,
Et ce temps-là demeure un mystère insondé.
Il dit plus tard : — « Soyez béni, Père suprême,
Car vous avez caché ces choses au savant,
Mais vous les révélez à l’enfant qui vous aime. »
Et dans le Livre saint l’enfant paraît souvent.
Or la sagesse est là ; c’est là tout l’Évangile :
« Sois pareil aux petits, souris et tends les bras.
L’esprit, comme la chair, est chose bien fragile.
Le cœur est tout. Sois humble et tu me connaîtras. »
Ce qu’il fait de douze ans à trente ? Il songe. Il garde,
Divinement, comme un trésor, son cœur d’enfant.
Il travaille en rêvant ; sa mère le regarde ;
Contre le mal subtil son rêve le défend.
Pour l’homme de sagesse il n’y a que deux âges,
Avec deux noms : Aimer, Penser. Or pour Jésus
La pensée est amour, mais c’est l’amour des sages
Qui n’ont que des fils d’âme en leur âme conçus.
Peut-être qu’au moment de sa force montante
Quelque Samaritaine attira son regard,
Et son cœur, s’éloignant du trouble qui nous tente,
Souffrit de se tourner vers « la meilleure part ».
Pour garder la vertu qui sort, lorsqu’on le touche,
De sa chair guérisseuse et de ses vêtements,
Pour garder ce sourire apaisant sur sa bouche,
Il veut, vierges en lui, tous ses pouvoirs aimants.
Il ne veut rien donner au charme périssable,
Pour qu’un charme éternel sorte de ses yeux purs.
Il ne fondera point un foyer dans le sable :
Seuls les amours du cœur ont des fondements sûrs.
Et Jésus à vingt ans pensait déjà ces choses ;
Il se tenait songeur dans les lieux écartés ;
Il préférait les lys tout blancs aux roses roses
Et les grâces du cœur aux visibles beautés.
Il admirait comment, mis en terre, un grain lève :
En dépit du Sabbat, il lève nuit et jour…
Et le long des sentiers parfumés Jésus rêve,
Et Dieu sur toute vie épand le même amour.
Les blés mûrs, les figuiers, les nids, tout l’intéresse.
Sans doute il a connu, parmi des travailleurs,
Ces ouvriers tardifs qui, malgré leur paresse,
Touchent le même prix, le soir, que les meilleurs…
Il approuve du cœur l’indulgence du maître
Qui, juste envers les bons, a pitié des mauvais :
— « Ma charité n’est pas selon leurs lois, peut-être,
Mais c’est vers la cité d’un Père que je vais. »
Sur le figuier stérile en vain cherchant la figue,
Il le soignait avant de le jeter au feu.
Peut-être a-t-il aussi connu l’enfant prodigue
Et qu’il dit aux parents : « Pardonnez comme Dieu. »
Et quand il ouvre enfin son âme révélée,
Quand, discoureur sublime et martyr triomphant,
Il nous donne d’un coup sa vie accumulée,
Ce qui nous éblouit, c’est son âme d’enfant.