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Jésus

Chapter 17: XIII DISCOURS SUR LA MONTAGNE
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About This Book

A lyrical sequence of poetic scenes and meditations draws on Gospel episodes to portray the road to Emmaus, the nativity, humble shepherds, an inhospitable inn and the visit of distant sages. The poems shift between narrated encounters and prayerful reflection, exploring doubt, yearning and the felt presence of a veiled but guiding divinity. Pastoral imagery and simple gifts underscore humility and compassion, while recurring motifs of resurrection, spiritual darkness and consolation frame a persistent desire for communion and moral guidance amid uncertainty.

XIII
DISCOURS SUR LA MONTAGNE

Comme sur la montagne ils étaient bien dix mille,
Jésus, au milieu d’eux, parla tout l’Évangile :
— « Excepté ma parole, ici-bas tout périt.
Heureux les pauvres en esprit
Parce qu’ils comprendront les premiers ma parole.
Heureux les affligés parce que je console.
Heureux les doux : sur terre ils possèdent le ciel.
Heureux tous les souffrants d’injustice et de haine :
Ils boiront, altérés d’amour, à ma fontaine ;
Affamés de justice, ils goûteront mon miel.
Heureux les cœurs touchés d’une pitié sincère :
On aura pitié d’eux au jour de leur misère.
Heureux les cœurs purs : ils ont Dieu
Comme une eau pure en elle a tout le grand ciel bleu.
Lorsque la lampe est allumée,
On ne la pose pas sous l’ombre du boisseau,
Mais sur la tige du flambeau,
Et la maison sourit à la lumière aimée.
Comme sur la montagne on élève une tour,
Dressez l’espoir ; plantez votre pitié féconde.
Soyez la lumière du monde :
Les hommes vous verront et béniront l’amour.
Si vous n’entrez pas mieux dans la lumière vraie
Que les Scribes bavards et les Pharisiens,
Vous n’êtes bons qu’à mettre au feu, comme une ivraie.
Vous savez quelle loi fut donnée aux anciens :
« Il ne faut pas tuer, » dit la Loi redoutable.
Or, est-on juste et bon, pour n’être pas coupable ?
Et je dis, moi, qu’il faut aimer ; soyez très doux,
Soyez indulgents ; aimez-vous.
Ne t’irrite jamais sans raison contre un frère.
Si ton frère a gardé contre toi sa colère
Et si tu t’en souviens en montant à l’autel
Ayant l’offrande en main, laisse là ton offrande,
Cours chez ton frère, et qu’il t’embrasse, à ta demande.
La paix des cœurs, voilà la vraie offrande au ciel
La plus pure, la seule grande.
Point d’adultère, a dit la Loi.
Et voici ce que je dis, moi :
« Quant tes yeux seulement désirent une femme,
L’adultère est commis ; ta faute est dans ton âme. »
Si tes yeux ou ta main compromettent ton corps,
Sauve-le, coupe-les : jette ces membres morts !
Vous dites que la Loi vous permet le divorce ?
C’est vrai, mais qu’est-ce qui vous force
A l’accepter dans sa rigueur ?
La dureté de votre cœur.
Soyez humble devant ce qui domine l’homme.
Point de pompeux serment, de sacrilège vœu.
L’homme le plus puissant est peu de chose, en somme…
Qui donc à le pouvoir de créer un cheveu ?
On vous apprit une Loi dure
Qui dit : « Dent pour dent, œil pour œil. »
Moi, je dis : Subissez l’injure ;
Votre bonté vaut mieux que l’instinct de nature ;
Un humble amour vaincra les haines et l’orgueil.
Aimez celui qui vous déteste.
Soyez grands, purs et généreux,
Comme la lumière céleste
Qui connaît les méchants et qui brille sur eux.
Amis, si vous n’aimez que l’homme qui vous aime,
Quel mérite avez-vous ? L’impie en fait autant.
Soyez bons comme Dieu lui-même
Qui promet son royaume au pécheur repentant.
Donnez, pour que le bien que vous faites console
Ceux à qui vous faites ce bien,
Mais quand votre main droite a donné son obole,
Que la gauche n’en sache rien ;
Oui, donnez comme on se dévoue ;
Parce que vous aimez, non point pour qu’on vous loue.
En priant Dieu, priez avec simplicité.
Souhaitez que son règne vienne,
Et bénissez sa volonté.
Demandez-lui le pain, la force quotidienne.
Demandez-lui que vos péchés soient effacés
Si vous pardonnez ceux qui vous ont offensés.
Dites-lui : « Rends-nous forts contre ce qui nous tente,
Délivre-nous du mal subtil,
Par ton Règne et ta Force et ta Gloire éclatante.
Ainsi soit-il. »
N’amassez pas sur terre, où tout n’est qu’un vain songe,
Des trésors que le ver ou que la rouille ronge,
Que déroberont les voleurs :
C’est dans nos cœurs que sont nos trésors les meilleurs.
L’œil des aveugles fait en eux leur nuit profonde :
Si l’œil est ténébreux, tout sera ténébreux :
Le soleil généreux
N’a jamais vu le monde
Que plein d’éclat, d’amour, et de chaleur féconde.
Qui sert Dieu ne peut pas servir aussi Mammon.
De tous les soins qu’on prend, plus d’un est inutile.
Voyez les lys. Lequel d’entre eux travaille et file ?
Pourtant ils sont vêtus mieux qu’un roi Salomon.
Juste est Dieu. Tous les nids d’oiseaux chantent son nom.
Qui d’entre vous se peut grandir d’une coudée ?
Ayez Dieu pour seul rêve et pour unique idée.
Il protège et bénit le cœur simple qui croit.
Laissez l’inquiétude vaine,
Cherchez l’amour ; le reste arrive par surcroît ;
A chaque jour suffit sa peine.
Ne jugez point, afin qu’on ne vous juge pas.
Dieu seul peut pénétrer les causes d’une faute,
Et la justice d’ici-bas
Pour bien voir tout ne peut jamais être assez haute ;
Ne jugez point afin qu’on ne vous juge pas.
Vous voyez une paille, un rien, dans l’œil d’un autre,
Mais vous ne sentez pas la poutre dans le vôtre.
Demande et l’on te donnera ;
Cherche, tu trouveras ; frappe et l’on t’ouvrira.
Pères, si votre fils — si votre enfant, ô femmes. —
Vous prie, et demande du pain,
Mettrez-vous en réponse un serpent dans sa main ?
… Dieu seul serait-il un père inhumain ?
Il ne peut tromper l’attente des âmes.
Fais pour les autres, c’est la Loi,
Tout ce que tu voudrais qu’un autre fît pour toi.
Choisis toujours la porte étroite : c’est la bonne :
Car une porte large, un chemin spacieux,
N’ont jamais conduit personne
Dans le royaume des cieux.
Gardez-vous bien des faux prophètes :
De la peau des brebis leurs tuniques sont faites :
Des loups ravisseurs se cachent dedans.
Mais voyez leur griffe et voyez leurs dents
Interrogez leur vie et pesez la réponse…
S’ils font souffrir les cœurs, ceci vous les dénonce.
La figue ou le raisin viennent-ils du chardon ?
On reconnaît un arbre au fruit mauvais ou bon.
Celui donc qui fera ce que je viens de dire,
Homme prudent, bâtit sa maison sur le roc.
En vain les eaux, le vent, tout voudra la détruire,
Tout la pousse et la heurte : elle résiste au choc,
Parce qu’elle est construite en pierres, sur le roc.
Mais celui qui construit sa maison sur le sable,
Faute d’avoir suivi le bon conseil donné,
Est un fou qui veut faire une œuvre périssable…
Sa maison croulera sous le vent déchaîné,
Parce qu’il a bâti follement sur le sable. »
Or, ceci n’était pas un discours répété,
Comme d’un faux savant qui s’attache à la lettre.
Jésus parlait au peuple avec autorité.
Et c’est ici l’esprit, l’âme et le cœur du Maître.