XXIV
LA PROUE
Tout un peuple, nombreux comme les grains de sable,
Sur le rivage blanc, par un matin très clair,
Dans l’espoir d’écouter son verbe impérissable,
Le pressait, le portait, houleux comme la mer.
Une barque était là, tirée à terre, vide.
Il y monta, tourné vers les grands flots humains
Et, debout sur la proue, à cette foule avide
Il parlait sa parole en élevant les mains.
Derrière lui l’aurore éclatait, — et les âmes
Croyaient voir s’avancer, du fond du gouffre bleu,
Un bateau de secours auréolé de flammes,
Et la proue était blanche et représentait Dieu.