XXVI
L’INFINI MIRACLE
Ses sœurs le cherchaient, et Marie,
Toujours craintive d’un danger,
Toujours prête à la gronderie,
Disait : « A-t-il de quoi manger ? »
Le peuple autour de lui fourmille,
Implorant les mots guérisseurs.
On lui dit : « Voici ta famille :
Ta mère approche avec tes sœurs. »
— « Mes frères, mes sœurs et ma mère,
Dit-il au peuple, c’est vous tous ;
La vie est une plante amère,
Mais le miel de ma ruche est doux.
« Je suis la tendresse promise ;
Sur vos maux je viens me pencher ;
Et je suis plus grand que Moïse
Qui fit jaillir l’eau du rocher :
« C’est la dureté des cœurs même
Que je frappe, et l’amour en sort :
Le ciel est en nous lorsqu’on aime…
L’amour est plus fort que la mort.
« Possédés d’orgueil et de haine,
Je chasse de vous ces démons.
J’apporte la tendresse humaine :
Nous avons Dieu quand nous aimons.
« Buvez à ma source d’eau vive,
Car je sauve celui qui croit.
Votre esprit boite ? qu’il me suive :
Il saura marcher vite et droit.
« Votre cœur est sourd ? qu’il m’entende
Muet ? qu’il parle. Renaissez !
Frappez : ma porte s’ouvre grande.
Reposez sur moi, cœurs lassés
« Levez-vous, ô paralytiques,
Marchez, emportez votre lit ! »
Et dans la joie et les cantiques
Le monde infirme tressaillit !
— « Un aveuglement les égare ;
Ils t’ont mis sous terre vivant…
Lazare, Lazare, Lazare,
Lève-toi ! Marche mieux qu’avant ! »
Et l’esprit humain se redresse
Et quitte, plus fort et plus beau,
Au grand appel de la tendresse,
Les bandelettes du tombeau.
O temps d’allégresse première
Où l’aveugle des grands chemins
Se voyait rempli de lumière
Quand Jésus élevait les mains !