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Jésus

Chapter 35: XXXI MARIE-MAGDELEINE
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About This Book

A lyrical sequence of poetic scenes and meditations draws on Gospel episodes to portray the road to Emmaus, the nativity, humble shepherds, an inhospitable inn and the visit of distant sages. The poems shift between narrated encounters and prayerful reflection, exploring doubt, yearning and the felt presence of a veiled but guiding divinity. Pastoral imagery and simple gifts underscore humility and compassion, while recurring motifs of resurrection, spiritual darkness and consolation frame a persistent desire for communion and moral guidance amid uncertainty.

XXXI
MARIE-MAGDELEINE

Quand Magdeleine apprit qu’un jeune homme à l’œil clair,
Simple et beau, soumettait le peuple à sa parole,
Ayant rêvé longtemps de lui, la vierge folle
Désira le soumettre à ses charmes d’enfer.
L’orgueil seul, son orgueil naïf de fille d’Ève,
L’inspirait, — et, voulant se mesurer au Dieu,
Elle partit, le cœur brûlant, la joue en feu,
Elle vint à celui qu’elle admirait en rêve.
Elle comptait bien faire, avec des cheveux blonds,
Un câble pour lier ses pieds, ses mains, son âme…
Le vainqueur de Satan vaincra-t-il une femme ?
Et, tremblante d’orgueil, elle murmure : Allons !
Elle vint. — « O Seigneur, lui dit-elle inclinée,
Laisse mes doux parfums couler sur tes pieds nus ! »
Et, menteuse, elle prit des regards ingénus,
Mais son âme au dedans ne s’était pas donnée.
Le Dieu, calme, sourit au mensonge banal,
Et, triste, il la laissa, recevant comme on donne,
Verser l’ambre et le nard sur la chair qui frissonne,
Mais l’esprit disait : « Dieu, préservez-nous du mal !
« Qu’elle s’élève à moi par la tendresse entière,
Celle qui vient à moi pour l’amour sensuel ;
Tous les chemins d’en bas conduiront à mon ciel,
Puisque l’âme est par vous liée à la matière. »
Et, dominant sa peine et les frissons nerveux
Qui couraient sur ses pieds avec la chaude haleine,
Jésus soufflait son rêve au cœur de Magdeleine
Qui, lente, dénouait pour lui ses grands cheveux.
En vain elle écrasa sur les pieds nus sa bouche,
Les baisant, les mordant des talons à l’orteil,
Lui, songeait, l’œil au ciel, tourné vers le soleil :
« Sauvons ce cœur captif dans la chair qui me touche ! »
Et les beaux pieds du Dieu, sous le baiser charnel,
Rayonnaient vers le front de la femme abaissée,
Qui dit enfin, debout et droite de pensée :
« Pardon ! je t’aimerai, Seigneur, dans l’éternel ! »