XXXVI
L’ARGILE
De tout petits enfants, jouant avec l’argile,
Façonnaient gauchement des oiseaux et des fleurs
Et, s’arrêtant près d’eux, l’homme de l’Évangile
Songeait : « Il est ici, l’espoir des temps meilleurs !
« En façonnant les cœurs d’enfants, argile molle,
On ferait l’homme bon et plus beau, sûrement… »
Et Jésus caressait d’une douce parole
Ceux dont pourrait sortir un avenir aimant.
Il admirait comment leur naïve tendresse
Accourt au moindre appel, tend les bras et sourit ;
Il faut que la leçon leur semble une caresse ;
C’est grandir notre espoir que grandir leur esprit.
— « Montre-moi cet oiseau, laisse que je l’achève ;
Lorsque j’étais petit, j’en faisais de pareils… »
Et l’enfant, tout debout, tendant l’oiseau, l’élève
Vers l’homme bienveillant qui donne des conseils.
Mais quand aux mains de l’Homme il cherche à le reprendre,
Tandis que ses amis se pressent à l’entour,
L’enfant laisse échapper l’oiseau d’argile tendre
Et qui s’écrase aux pieds du Prophète d’amour.
— « Oh ! mon oiseau ! l’oiseau que j’avais fait moi-même !
Que je voulais montrer à ma mère ! » — Il pleurait.
Et l’ouvrier des cœurs, qui savait comme on aime,
Souffrait avec l’enfant de ce touchant regret.
— « Fais-en bien vite un autre !… un plus joli peut-être ! »
Et, ses deux belles mains dans un limon visqueux,
Afin que les petits fussent contents, le Maître
S’était assis à terre et jouait avec eux.