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Chapter 41: XXXVII CHEZ MARIE, MÈRE DU CHRIST
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About This Book

A lyrical sequence of poetic scenes and meditations draws on Gospel episodes to portray the road to Emmaus, the nativity, humble shepherds, an inhospitable inn and the visit of distant sages. The poems shift between narrated encounters and prayerful reflection, exploring doubt, yearning and the felt presence of a veiled but guiding divinity. Pastoral imagery and simple gifts underscore humility and compassion, while recurring motifs of resurrection, spiritual darkness and consolation frame a persistent desire for communion and moral guidance amid uncertainty.

XXXVII
CHEZ MARIE, MÈRE DU CHRIST

UNE VOISINE.

Je vous plains ! cet enfant vous met en grand souci.

MARIE.

Et cependant il a l’âme d’une colombe !

LA VOISINE.

Hélas ! mais il en a les deux ailes aussi :
Jamais au colombier !… Nos enfants, c’est ainsi…
Il vous tourmentera toujours, jusqu’à la tombe.

MARIE.

A douze ans, il faisait aux Scribes la leçon !

LA VOISINE.

… Le mien est assidu chez un maître maçon.
Le vôtre a de l’orgueil ?

MARIE.

Oh ! non !

LA VOISINE.

Quel est son âge ?

MARIE.

Trente ans… ce cher petit

LA VOISINE.

Et ça croit tout savoir !

MARIE.

Mon Dieu, non ! mais beaucoup disent que c’est un sage.

LA VOISINE.

Jean, le baptiste, on dit qu’il est allé le voir ?…
Il s’est fait baptiser ?

MARIE.

Ça, c’était du courage :
Voici Jean en prison.

LA VOISINE.

Vous ne savez donc rien ?
Il est mort.

MARIE.

Mort !

LA VOISINE.

Hérode a fait trancher sa tête.
La fille de la reine ayant dansé très bien :
« Que veux-tu ? » lui dit-il. La réponse était prête.
La femme du tétrarque en voulait au prophète
Qui traita son second mari d’incestueux.
Et l’enfant dit au roi : « Je sais ce que je veux :
Je veux, sur un plat d’or, la tête du baptiste ! »

MARIE.

C’est effrayant, cela !

LA VOISINE.

N’est-ce pas que c’est triste ?

MARIE.

Mon fils a des amis vraiment bien dangereux !

LA VOISINE.

Puisque vous comprenez qu’un danger le menace,
Je peux vous en parler ?

MARIE.

Que savez-vous, de grâce ?

LA VOISINE.

Hérode, ayant appris qu’avec autorité
Votre fils parle au peuple et qu’il est écouté,
S’inquiète de lui… Vous serez courageuse ?…
Il prétend que Jésus, c’est Jean ressuscité !

MARIE.

Mon Dieu ! mon Dieu ! mon Dieu ! que je suis malheureuse !
J’ai prévu tout cela quand il était petit.
Voilà bien dix-huit ans au moins qu’il n’a rien dit.
Je le croyais changé, mais non ! Ce grand silence,
Ce n’était que travail et longue patience !
Je le vois : il lisait tout ce qui fut écrit.

LA VOISINE.

Oui, l’enfant, qu’on croyait corrigé — recommence !
Pauvre femme !… On ne voit que lui, sur les chemins !

MARIE.

Il touche des lépreux avec ses pauvres mains !

LA VOISINE.

On le rencontre avec des vagabonds, des filles !

MARIE.

Il dit qu’on doit avoir des sentiments humains !
Je le sais.

LA VOISINE.

Mais on doit des égards aux familles !

MARIE.

Mon Dieu ! mon Dieu ! comment cela finira-t-il ?
Hérode est irrité… c’est le plus grand péril.

LA VOISINE.

Et les Pharisiens, les grands docteurs du Temple,
Ont droit de se fâcher, quand il leur dit : « La Loi
A fait son temps ; pensez et prêchez comme moi !
Moïse n’est plus rien ! c’est moi qui suis l’exemple,
Le seul Maître ! »

MARIE.

Oh ! mon Dieu, pourquoi, mon Dieu ! pourquoi
Nos fils, devenus grands, nous font-ils tant de peine ?
… Il m’aime bien, pourtant !

Elle s’agenouille.

Dieu juste, éternel Dieu,
Ayez pitié de moi, Clémence souveraine !

Jésus paraît devant elle.

JÉSUS.

Mère, je pars encor : je viens vous dire adieu.
Mes amis les pêcheurs m’ont préparé leur barque ;
Je dois fuir pour un temps Hérode, le tétrarque.
Je pars.

MARIE.

O mon Jésus ! ô mon fils ! ô mon sang,
Ma chair ! — je vis par toi dans l’éternelle crainte !
J’ai bien souffert de toi lorsque j’étais enceinte.
J’ai bien souffert encor par toi, pauvre innocent,
Lorsqu’il fallut s’enfuir au désert, sur notre âne !
Mais tu n’y pouvais rien, quand tu ne savais pas ;
Aujourd’hui, tu devrais au moins parler plus bas :
Hérode te poursuit ! Le temple te condamne !…
Es-tu sûr, mon Jésus, d’avoir raison ?

JÉSUS.

Adieu,
Ma mère. Vous aussi vous ignorez mon âme.
Nul homme n’est si loin de l’homme — que la femme.
Ma mission commande et j’obéis à Dieu,
Et vous, vous ne songez qu’à des choses humaines.
Hélas ! de tout mon cœur j’ai pitié de vos peines,
Mais ne puis m’attarder aux humaines amours.
Pleurez, car vous non plus ne m’aurez pas toujours !
Pleurez, femme : je dois subir toutes les haines ;
Pleurez ; vos pleurs aussi deviendront un secours.
Moi, j’ai tout à souffrir pour consoler la terre,
Et si vous compreniez je souffrirais bien moins,
Car le plus grand malheur est d’être solitaire
Et le fond de mon cœur doit rester sans témoins.

MARIE.

Change ta volonté… Tout le monde te blâme.
Mon reproche est si doux !… Il te semble importun ?

JÉSUS.

Hélas ! ma mère, hélas ! vous n’êtes qu’une femme…
Hélas ! femme, entre nous qu’y a-t-il de commun ?