XLI
LA COLÈRE
On a vu plusieurs fois sa face courroucée,
Mais surtout dans ce jour où, sur le saint parvis,
Il aperçut, hurlant dans la foule pressée,
Des marchands qui vendaient oiseaux et chènevis.
Il y avait aussi des changeurs de monnaie,
Et Jésus indigné cria, courant contre eux :
— « Je viens pour séparer le bon grain de l’ivraie !
Je viens pour nettoyer de leur mal les lépreux !
« Et ceux-là sont la lèpre à la face du Temple,
Qui sur mon seuil sacré viennent compter de l’or.
Que le parvis lavé soit pur comme un exemple !…
Hors d’ici ! Vos trésors salissent mon trésor !
« La graine que l’on vend gâtera ma semence !
Votre balance impure est de mauvaise foi,
Vous qui faites, à l’heure où mon règne commence,
Votre éventaire avec les tables de la Loi !
« Maudits ! Vous avez fait des ailes prisonnières !
Vous vendez ma colombe et mes biens les meilleurs
Et du Temple, où jadis s’envolaient les prières,
On dira : Ce n’est plus qu’un antre de voleurs ! »
Et tables, escabeaux, même les gens, tout tombe
Sous sa main, seulement pitoyable aux oiseaux…
La cage en se brisant délivrait la colombe
Et l’or sur les degrés s’en allait par ruisseaux.
— « Hors d’ici, gens sans foi ni loi ! dehors, canaille ! »
Ses yeux lançaient l’éclair et, son fouet se levant,
Tous couraient éperdus, chassés comme la paille
Qui s’enfuit, tourbillonne et s’éparpille au vent.