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Jésus

Chapter 53: XLIX LE REGARD
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About This Book

A lyrical sequence of poetic scenes and meditations draws on Gospel episodes to portray the road to Emmaus, the nativity, humble shepherds, an inhospitable inn and the visit of distant sages. The poems shift between narrated encounters and prayerful reflection, exploring doubt, yearning and the felt presence of a veiled but guiding divinity. Pastoral imagery and simple gifts underscore humility and compassion, while recurring motifs of resurrection, spiritual darkness and consolation frame a persistent desire for communion and moral guidance amid uncertainty.

XLIX
LE REGARD

— « Tu trahiras trois fois, avant que le coq chante,
Ton Maître, avait prédit Jésus, et tu l’aimais ! »
Et sûr de n’avoir pas une âme bien méchante,
Pierre avait crié : « Non ! Jamais, jamais, jamais ! »
Jésus, par les soldats conduit chez le grand prêtre,
Marchait au milieu d’eux, traité comme un voleur.
Pierre suivit de loin, comme sans le connaître,
Retenu par l’effroi, poussé par sa douleur.
Dans la cour du grand prêtre, au seuil du juge infâme,
Les soldats se chauffaient près d’un brasier ardent ;
Et Pierre vint s’asseoir comme eux devant la flamme ;
Fidèle, il était là, mais se taisait, prudent.
Par trois fois, tour à tour, une servante, un homme,
Lui dirent : — « Étranger, tu connais celui-ci ? »
— « Je ne sais même pas, moi, comment il se nomme ! »
— « N’es-tu pas cependant de Galilée aussi ? »
— « Je ne le connais point ! » répète le bon Pierre.
« Vous êtes de ses gens ? » — « Moi ? non, en vérité ! »
Et d’un air très naïf, il baissait la paupière…
Et c’est à ce moment que le coq a chanté.
Et Jésus qu’entouraient la menace et les gestes,
Tourna vers cet ami tendre et faible de cœur,
Dans la lueur du feu, ses yeux, ses yeux célestes
Où le blâme jamais n’avait rien de moqueur.
La flamme du brasier illumina sa face,
Fit grésiller d’éclairs son front, ses cheveux d’or :
Et ses yeux, où la joie expirante s’efface,
Toujours pleins de clarté brillèrent plus encor.
Oh ! ce regard d’amour, où l’amour agonise,
Quel reproche à l’ami traître par lâcheté !
Du mensonge prévu la tendresse est surprise
Et l’espoir éternel meurt pour avoir douté !
Dans ces yeux-là, l’amour survit, mais sous un voile !
La flamme en sort ; l’amour recule tout au fond.
Et c’est comme un ciel triste où fuirait une étoile
Qui voudrait ne plus voir ce que les hommes font.
— « Je l’avais bien prévu : ta bouche me renie !
Mais j’avais confiance en ton cœur, malgré moi…
Vois, dans mes yeux, souffrir la tendresse infinie,
Vois souffrir dans mes yeux l’espérance et la foi !
« A l’heure où j’ai besoin d’une force suprême,
Comment peux-tu laisser, toi l’ami juste et bon,
Parmi tant d’ennemis, ton Maître aimé, qui t’aime,
Plus malheureux, plus seul par ton lâche abandon ! »
Et, sans une parole, aux lueurs de la flamme,
Le Maître regardait son ami fixement,
Et Pierre, le dégoût de lui-même dans l’âme,
Pleura, pleura, d’avoir trahi tout en aimant !