LII
LA JUSTICE DU PEUPLE
Devant le palais de Pilate.
PILATE.
JÉSUS.
PILATE.
Peuple, écoute !
Cet homme me paraît innocent ; dans le doute,
Qu’il soit libre : le cœur de son juge a douté.
Mais puisqu’on a le droit de mettre en liberté
L’un de tes prisonniers, aujourd’hui jour de fête,
Délivrons ce Jésus.
LE PEUPLE.
Non ! Non ! Sa croix est prête !
UN OFFICIER, à Pilate.
Ta femme m’a chargé de te dire tout bas,
Seigneur, d’être prudent.
LE PEUPLE.
PILATE.
Barrabas ! le plus vil des gueux ! le plus infâme !
Un meurtrier, un monstre affreux !
L’OFFICIER, bas, à Pilate.
Songe à ta femme,
Seigneur. Elle a rêvé que cet homme est un dieu.
LA FOULE.
PILATE.
O peuple ! écoute un peu…
L’OFFICIER, bas, à Pilate.
Entre cet homme et toi ne mets pas d’injustice.
PILATE.
O peuple, réfléchis ! que ton cœur s’amollisse !
Cet homme n’a rien fait de coupable, à mes yeux.
Apaise ta menace et ton cœur furieux :
Dis-nous son crime, au moins ?
LA FOULE.
Non ! qu’on le crucifie !
PILATE.
Cet homme est innocent, je vous le certifie.
LA FOULE, hurlante.
Délivre Barrabas… Barrabas !… Barrabas !…
PILATE.
Qu’on m’apporte de l’eau.
Si l’on ne m’entend pas,
On me voit ; c’est assez… Moi, juge au nom de Rome
Je me lave les mains du sang pur de cet homme.
C’est votre affaire !
LA FOULE.
PILATE, à l’officier.
LA FOULE.
PILATE, à lui-même.
A voix haute :
Peuple, encore une fois, que ton cœur s’amollisse !
D’un ton insinuant :
Voyons, mes bons amis, vous voulez la justice ?
LA FOULE.
PILATE.
Voyons, vous voulez, n’est-ce pas
La justice ?
LA FOULE.
Non ! Non ! nous voulons Barrabas.