LXI
L’HORIZON DU CALVAIRE
Quand il fut sur le mont, il domina la ville
Et la Judée et tous les pays d’alentour,
Et, par-dessus les cris de cette plèbe vile,
Plus loin que l’horizon ses yeux portaient l’amour.
Son regard s’arrêtant sur l’Occident, sur Rome :
— « Pan est vaincu ! » dit-il ; puis son esprit vola
Vers le Sud, et son cœur d’enfant s’émut dans l’homme,
Vit Bethléem et dit : « L’étoile est toujours là ! »
Puis il cherche au Levant, vers le lac Asphaltite,
Les barques des pêcheurs sur les rivages blancs,
Ses amis, dont la foi lui semble bien petite,
Puisqu’ils sont aujourd’hui dispersés et tremblants.
Puis, au Nord, il revoit, par delà Samarie,
La douce Galilée et l’aube des matins,
Les reproches touchants de sa mère Marie
Et l’outil maladroit sous ses doigts enfantins.
Toute sa vie en lui dans un éclair repasse,
Et la terre, où ce roi commandera les rois,
Lui rend justice et dit : « Ton cœur emplit l’espace ! »
Mais le bourreau cria : « C’est prêt, viens sur ta croix. »