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Jésus

Chapter 73: LXIX OÙ SONT LES AUTRES ?
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About This Book

A lyrical sequence of poetic scenes and meditations draws on Gospel episodes to portray the road to Emmaus, the nativity, humble shepherds, an inhospitable inn and the visit of distant sages. The poems shift between narrated encounters and prayerful reflection, exploring doubt, yearning and the felt presence of a veiled but guiding divinity. Pastoral imagery and simple gifts underscore humility and compassion, while recurring motifs of resurrection, spiritual darkness and consolation frame a persistent desire for communion and moral guidance amid uncertainty.

LXIX
OÙ SONT LES AUTRES ?

Quand il vit Jean, seul des Apôtres,
Au pied de l’arbre des douleurs,
Il se dit : « Où sont tous les autres ?
Pourtant mes maux sont faits des leurs !
« Ils me suivaient près des eaux calmes,
Dans les blés mûrs, dans la clarté,
Dans les honneurs, le jour des palmes…
L’ombre vient : ils m’ont tous quitté ! »
Oh ! lâches, lâches, trois fois lâches,
Ceux qui, payés d’un tel amour,
Ont fui devant les fortes tâches,
Peureux dès qu’il n’a plus fait jour.
Ils ont fait mentir l’espérance !
Ils avaient promis leur effort,
Mais ils feignent l’indifférence
Pour l’ami menacé de mort.
Ils répéteront sa parole
Quand il n’entendra plus leurs voix
Excepté Jean, qui le console ?
Ils ont tous peur de cette croix !
Ils n’auront pas vu l’agonie !
Ils diront : « Pardonnez, Dieu bon ! »
Lorsque la tendresse infinie
Aura souffert tout l’abandon !
Leur troupe hier s’est dispersée ;
Ces pêcheurs ont repris hier
La barque qu’ils avaient laissée
Sur le sable au bord de la mer.
Renonçant à pêcher des âmes,
Ils jettent leurs filets, bien loin…
Qui donc aura pitié ? les femmes ;
Et, seul d’entre eux, Jean est témoin.
Marie est là, pauvre âme en peine,
Mais c’est sa mère. Il est l’enfant !
Qu’est-ce après tout que Magdeleine ?
L’autre amour, partout triomphant.
L’amitié désintéressée,
L’amour issu du Verbe pur,
C’est Jean, le fils de sa pensée,
Le cœur tendre et fort, l’ami sûr.
« C’est Jean qui connaît ma doctrine,
C’est lui dont j’ai touché le front,
Lui qui posa sur ma poitrine
Sa tête où mes doigts se verront.
« Jean, seul, vient quand je désespère,
Quand, du fond des gouffres d’en bas,
Je jette un grand cri vers mon Père,
Qui, lui non plus, ne répond pas ! »