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Jésus

Chapter 9: V LA FUITE EN ÉGYPTE
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About This Book

A lyrical sequence of poetic scenes and meditations draws on Gospel episodes to portray the road to Emmaus, the nativity, humble shepherds, an inhospitable inn and the visit of distant sages. The poems shift between narrated encounters and prayerful reflection, exploring doubt, yearning and the felt presence of a veiled but guiding divinity. Pastoral imagery and simple gifts underscore humility and compassion, while recurring motifs of resurrection, spiritual darkness and consolation frame a persistent desire for communion and moral guidance amid uncertainty.

V
LA FUITE EN ÉGYPTE

Lorsque Hérode eut appris que pour voir un enfant
Dans une étable, rois, bergers, tous à la ronde
Accouraient, l’appelaient Maître et Sauveur du monde
Le saluaient Messie et roi, Dieu triomphant,
Le tétrarque, tremblant pour ses droits éphémères,
Furieux, donna l’ordre aux bourreaux étonnés
D’égorger en tous lieux les enfants nouveau-nés
Et partout tressaillit d’effroi le cœur des mères.
Et de bons laboureurs, prenant Joseph à part,
Lui dirent en secret l’effroyable nouvelle.
Mais, tout terrifié de ce qu’on lui révèle,
Joseph ne songea pas tout d’abord au départ.
Le péril est partout. Que faire et comment faire ?
Il n’osait prévenir Marie, et restait là.
Alors la voix d’un pauvre animal lui parla :
Mon Dieu, oui, tout à coup, l’âne se mit à braire.
« Mettons vite le bât sur l’âne, se dit-il,
Et fuyons en Égypte et plus loin, tous les quatre ! »
L’âne partit gaîment et sans se faire battre :
On eût dit qu’il avait flairé ce grand péril.
Joseph marchait, la bride en main, et l’âne, agile,
Berçait sur son vieux dos la mère de Jésus
Qui tenait ses deux bras bien serrés, et, dessus,
L’Enfant-Dieu qui portait, sous son front, l’Évangile.
L’âne, quoique naïf, peut-être un peu rêveur,
Jaloux des grands chameaux dont le pas est si large,
Vif et comme léger sous cette triple charge,
Paraissait tout joyeux de sauver le Sauveur.