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Journal de Eugène Delacroix, Tome 2 (de 3) / 1850-1854 cover

Journal de Eugène Delacroix, Tome 2 (de 3) / 1850-1854

Chapter 10: FIN DU TOME SECOND.
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About This Book

A sequence of dated personal entries by a nineteenth-century painter records travels, museum visits, and everyday impressions, combining vivid art criticism with technical observations about color, composition and stained glass. The entries offer candid reactions to exhibitions, performances and architecture, practical notes on pictorial technique, and remarks on music and theatre. Short travel descriptions, portrait sketches and conversations mix with reflective passages on taste and practice, together revealing the artist’s professional concerns, aesthetic judgments and occasional moods while moving between studios, collections and public spaces.

[393] Édouard Charton (1807-1890), littérateur et homme politique, qui fonda successivement le Magasin pittoresque et le Tour du monde.

[394] Delacroix n'a jamais réalisé ce projet.

[395] Cette observation caractéristique nous rappelle le propos qu'un amateur lança un jour à Corot, en le voyant dans le feu de l'exécution d'un tableau: «Tenez! vous ne savez pas ce que vous y mettez!» Corot se retourne un instant, puis reprend son travail en murmurant: «Il a peut-être raison!»

[396] Nous nous sommes appliqué dans notre Étude à faire ressortir l'analogie qui existait entre certaines faces de son esprit et les faces correspondantes de l'esprit de Stendhal, notamment en ce qui touche ce que nous avons appelé les principes directeurs de la vie. N'est-il pas intéressant de constater ici encore, cette analogie et de rapprocher de ce fragment du Journal le passage suivant de Stendhal: «L'homme d'esprit doit s'appliquer à acquérir ce qui lui est strictement nécessaire pour ne dépendre de personne; mais si, cette sûreté obtenue, il perd son temps à augmenter sa fortune, c'est un misérable.»

[397] Le Déluge était le premier des quarante tableaux représentant l'Histoire de l'humanité, où Chenavard voulait développer la succession chronologique des principales phases de la civilisation. Ces quarante peintures murales étaient destinées au Panthéon, dont Chenavard avait conçu une décoration grandiose. Ce projet ne fut pas réalisé.

[398] Se reporter aux premières années du Journal.

[399] Voir l'étude sur Puget que nous avons déjà indiquée, et la Correspondance, t. I, p. 288.

[400] En 1831, le gouvernement de Juillet avait mis au concours: Mirabeau répondant au marquis de Dreux-Brézé. Delacroix et Chenavard exécutèrent chacun une composition sur ce sujet. L'œuvre de Delacroix a figuré à l'Exposition universelle de 1889. À propos de cette toile, H. de la Madelène écrivait: «Comme les poètes, Delacroix devine. On ne peut même concevoir que les choses aient pu se passer autrement qu'il ne les a peintes. Le marquis de Dreux-Brézé, signifiant aux gens du tiers la volonté du Roi, n'a pu avoir une autre attitude que celle que l'artiste lui prête en face de la foudroyante apostrophe de Mirabeau.» (Voir Catalogue Robaut, n° 360.)

[401] Voir Catalogue Robaut, n° 1076.

[402] Voir Catalogue Robaut, nos 1304 à 1307.

[403] Voir Catalogue Robaut, n° 1045.

[404] Voir Catalogue Robaut, nos 589 et 766.

[405] Genty de Bussy, administrateur et homme politique, devint conseiller d'État, et siégea à la Chambre des députés de 1842 à 1848, époque où il rentra dans la vie privée et fut mis en disponibilité.

[406] Mme Jaubert donne sur Richomme les détails suivants: «L'intérieur de Berryer paraîtrait incomplet si l'on n'y retrouvait la figure de son fidèle Richomme, qui avait débuté dans la même étude d'avoué que lui, tous deux clercs et compagnons de plaisir... Une déraison pleine de comique, des lueurs de bon sens et de sensibilité, une gaieté inaltérable avec un grain de malice, tel était l'hôte admis au foyer de Berryer, sans que jamais il pût sentir que la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit.»

[407] Surtout les rochers qui donnaient l'illusion de figures humaines, aux mouvements les plus contorsionnés. Il a trouvé, dans ces croquis, l'inspiration de plusieurs sujets.

[408] Jacques-Claude Beugnot (1761-1835), ancien député constitutionnel à la Législative, emprisonné sous la Terreur; préfet de la Seine-Inférieure après le 18 brumaire, puis conseiller d'État et administrateur du grand-duché de Berg, sous l'Empire; se rallia aux Bourbons, devint ministre sous la Restauration et fut élevé à la pairie en 1830. Il est l'auteur du mot fameux, attribué au comte d'Artois revenant à Paris: «Il n y a rien de changé en France, il n'y a qu'un Français de plus.»

[409] Voir cette lettre de Delacroix à la Correspondance, t. II, p. 115.

[410] Maret, qui reçut plus tard le titre de duc de Bassano, était alors secrétaire général du Premier Consul.


1er novembre.—Remonté le matin avant déjeuner dans le parc un moment. On devait déjeuner un peu plus tôt pour aller à la messe. J'ai rencontré là Mme de C..., descendue je ne sais pourquoi.

Un peu de bateau dans la journée; elles s'écoulent doucement, mais franchement; c'est trop d'abandon de tout exercice d'imagination. Qu'est-ce donc, grand Dieu! que la vie de ces gens qui vivent toujours comme je le fais dans ce moment-ci! Tous ces élégants, toutes ces femmelettes, ne font pas autre chose que se traîner d'un temps à l'autre en ne faisant rien ou en ne s'occupant de rien.

Promenade avec Richomme à la fin de la journée, pendant les vêpres, dont nous sommes dispensés; puis avec lui et Cadignan.

Le soir, billard, le fameux mistigri, etc.

—Je suis de mauvaise humeur contre moi-même.

—M. de Cadignan me parle longuement d'une affaire que Berryer doit plaider pour des domestiques auxquels leur maître a légué sa fortune; ce jeune homme, qui travaille avec lui continuellement et lui prépare ses affaires, me le fait voir bien plus grand encore que je ne le croyais. Il me parle de son désintéressement, de son mépris de ce qui est en dessous de lui. Il ne veut pas aller à Orléans ni je ne sais où, plaider pour M. Jouvin, gantier, qui ne lui demande que quelques instants de son talent et lui offre dix mille francs pour cela.

*

2 novembre.—J'ai été bien frappé de la messe des Morts, de tout ce qu'il y a dans la religion pour l'imagination, et en même temps combien elle s'adresse au sens intime de l'homme.

Beau mites, beati pacifici: quelle doctrine a jamais fait ainsi, de la douceur, de la résignation, de la simple vertu, l'objet unique de l'homme sur la terre!

Beati pauperes spiritu: le Christ promet le ciel aux pauvres d'esprit, c'est-à-dire aux simples. Cette parole est moins faite pour abaisser l'orgueil dans lequel se complaît l'esprit humain quand il se considère, que pour montrer que la simplicité du cœur l'emporte sur les lumières.

*

3 novembre.—Pluie; le temps se remet le soir. Promenade, après déjeuner, sous les pins, avec Richomme et L... Berryer vient nous joindre avant dîner.

Avant dîner, promenade avec Mlle de Vaufreland, Berryer, Richomme; allées du haut, sapins, etc.

Le mistigri a occupé une partie de la soirée... Je suis effrayé de la difficulté de fixer mon attention sur des bagatelles comme celles-là: j'ai l'air d'un imbécile.

L'air du Comte Ory me roule sans cesse dans la tête. Je l'ai étudié au piano; maintenant je ne puis m'en distraire.

Arrêté le départ, dans la journée, avec Berryer, pour mardi.

*

4 novembre.—Je pense en me levant à l'impossibilité de faire la moindre chose dans la situation où je suis. La solitude seule, et la sécurité dans la solitude, permettent d'entreprendre et d'achever.

*

Champrosay, 7 novembre.—Parti d'Augerville à neuf heures et demie.

Été d'abord à Étampes avec ces trois dames; d'Étampes à Juvisy avec Mme de C...

J'étais à Champrosay avant trois heures. Ma bonne Jenny m'attendait au chemin de fer. J'ai été attristé de lui voir mauvaise mine. Elle est mieux que je ne pensais; elle avait été inquiète de n'avoir pas de lettre depuis longtemps.

Le soir, j'ai été voir ces dames: Mme Barbier est malade, et j'ai passé la soirée à causer très amicalement avec Mme Villot.

Les mouvements qu'excite en moi toute cette distraction ne sont pas de la nature que je voudrais. Pour un solitaire qui veut rester tel, il s'y mêle encore un élément dangereux. La jeunesse peut se partager entre toutes les émotions: le trésor se resserre avec l'âge; la muse est alors une maîtresse exigeante; elle vous abandonne à la moindre infidélité.

*

8 novembre.—Fatigué de mon voyage et de mes petites émotions d'hier. Souffrant toute la journée: mauvaise disposition de corps et d'esprit. Agitation ou torpeur, sont-ce là les conditions inévitables? Non, si je me rappelle mille moments de ma vie depuis quelques années que je me suis tiré du tourbillon. Dans maintes occasions j'ai savouré avec bonheur le sentiment de liberté et de possession de moi-même, qui doit être le seul bien où je doive aspirer.

*

9 novembre.—J'ai prolongé mon séjour un peu plus que je ne voulais auprès du cousin, dont l'amabilité ne s'est pas ralentie. J'avais aussi dans cet agréable lieu une aimable société qui n'a pas laissé de place à l'ennui; mais j'éprouve qu'une si agréable oisiveté est dangereuse pour un homme qui veut se retirer du monde. Quand il faut retourner au travail et à la tranquillité, on ne se trouve plus le même, on ne rentre plus avec la même facilité dans l'ornière de tous les jours.

*

17 novembre.—Il faut considérer la terre de Sienne brûlée comme un orangé primitif. Son mélange avec le bleu de Prusse et blanc donne un gris qui est très fin.—Laque jaune et terre de Sienne brûlée ôte à la terre de Sienne brûlée seule sa crudité et lui donne un brillant incomparable.—Excellent pour réchauffer des chairs préparées trop grises.

*

Paris, 21 novembre.—Dîné chez la princesse, que j'ai revue pour la première fois depuis son voyage: délicieuse musique et aimable personne.

Depuis un jour ou deux, repris le tableau de la Chasse aux lions. Je vais le mettre, je crois, en bonne voie.

—Éviter le noir; produire les tons obscurs par des tons francs et transparents: ou laque, ou cobalt, ou laque jaune, ou terre de Sienne naturelle ou brûlée. Dans le cheval café au lait, je me suis bien trouvé, après l'avoir trop éclairci, d'avoir repris les ombres, notamment avec des tons verts et prononcés. Se rappeler cet exemple.

*

25 novembre.—Mes journées se passent à travailler; je suis heureux de m'enterrer dans l'étude. Heureuses, heureuses distractions! douce tranquillité que les passions ne peuvent donner! Je manque malheureusement toutes mes affaires: je ne peux écrire une lettre ni faire une visite.

Je n'ai pas encore vu ces dames d'Augerville, et le moment se passe.

Avant dîner, chez Mme de la Grange: c'est une aimable personne, pleine de l'envie d'être bonne et agréable. Ensuite dîné chez Chabrier; je me suis peu diverti; des lampes assassines, des bougies partout.

X... venu le soir de Saint-Cloud pour y retourner: quatre ou cinq mois ont beaucoup changé mon ami. C'est un homme qui a beaucoup perdu à se trouver dans la sphère où il est comme égaré, eu égard à ses opinions tranchées, au moins à celles dont il faisait parade.

Mme Chabrier me parle de la vie que mène Poinsot: rentré le soir vers minuit,—il sort presque tous les soirs,—il se déshabille et reste jusqu'à près de trois heures du matin sans se coucher, à penser et à se reposer. Il mange ensuite et va au lit immédiatement. Ne sonne son déjeuner que vers dix ou onze heures, reste chez lui sans recevoir jusque vers deux heures; va à ses affaires. Dîne entre sept et huit heures, quand il dîne chez lui, et va dans le monde ensuite. Vieillard prétend qu'il n'a jamais beaucoup travaillé.

*

27 novembre.—Dîné avec Chenavard et Boissard. C'est toujours le même homme qui vous attire et vous repousse. Ce bon Boissard, en revenant, me disait qu'il le pratiquait depuis plus longtemps que moi et qu'il l'avait toujours trouvé tel.

Dans la journée chez Level, sculpteur, rue de Varennes. J'ai gelé l'allée et le retour et attendu sa venue dans son atelier, en tête-à-tête avec une péronnelle qui m'a montré ses œuvres. Pauvre sculpteur! Pauvre Napoléon! pauvre Charlemagne! que ceux qui sortent du ciseau de ce bas Normand, qui a une barbe longue et fourchue comme celle du Moïse de son confrère Michel-Ange!

—Anecdotes de Chenavard sur les hommes du temps de Louis XIV.


1er décembre.—Chez Halévy après le conseil.

Le soir, retourné chez lui. Sa femme va mieux. Ils doivent être bien heureux.

Longue conversation avec Mme Doux sur la peinture. Elle doit venir voir mon atelier mercredi et particulièrement ma palette.


19 décembre.—Diné chez Mme de la Grange avec Berryer, la princesse. Mme de X... venue le soir: robe noire, rubans verts, qui lui seyaient à merveille. Grande conversation sur les sujets les plus délicats avec M ...—Situation bizarre, au demeurant très amusante et propre à passer le temps.

FIN DU TOME SECOND.


Marg... Malheureuse! Ah! si je pouvais me soustraire aux pensées qui...
Faust, tragédie de M. de Goethe, traduite en français par M. Albert Stapfer C. Motte (Paris) 1828.


TABLE ALFABÉTHIQUE DES NOMS ET DES ŒUVRES
CITÉS DANS LE JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX.